Cœurs déraisonnables: Au delà des préjugés (French Edition)

Chapitre 32 Eva - Retour à la case départ

 

Le voyage m’a paru interminable alors que le vol ne durait à peine plus de quatre petites heures. Je n’ai pas quitté mes lunettes de soleil, pas pour me donner des allures de rock star, mais pour cacher mes yeux tout boursouflés d’avoir trop pleuré.

Manon est venue me chercher à l’aéroport. Dès qu’elle m’aperçoit, elle s’avance vers moi pour me serrer dans ses bras. C’est bon de la retrouver, c’est indéniablement quelqu’un sur qui je peux compter. Même si mon histoire avec Diego nous avait quelque peu éloignées, je sais qu’elle a l’étoffe d’une véritable amie et elle me le prouve encore aujourd’hui.

— Alors ma belle comment ça s’est passé ? J’imagine que vos retrouvailles n’ont pas été très catholiques ? Tu sais que les flammes de l’enfer te guettent, espèce de sale petite pécheresse !

— Arrête Manon, ce n’est pas drôle, ce n’est pas ce que tu imagines. J’enlève mes lunettes et elle aperçoit mes yeux explosés. — Ah putain, le petit enfoiré il a osé te briser le cœur ? Il fallait s’y attendre, une fois rentré au bercail, il n’allait pas risquer de s’attirer les foudres de toute sa famille et jeter de l’huile sur le feu en continuant de fricoter avec toi. Ma pauvre chérie, je savais que ce n’était pas une bonne idée d’y aller. Ces mecs, tous des lâches !

— Manon, je t’assure que tu fais fausse route. — Alors, raconte-moi punaise !

Elle attrape ma valise et m’aide à la mettre dans le coffre, comme si me décharger d’un fardeau allait instantanément me délier la langue. Je m’installe dans sa voiture, j’attache ma ceinture et je me décide enfin à tout déballer :

— Je suis parvenue à retrouver Diego, mais ça n’a pas été facile. Un moment j’ai bien cru que j’allais devoir rentrer sans même avoir réussi à le revoir.

— À voir ta tête, il y a quelque chose qui ne s’est pas passé comme tu l’espérais. Je savais bien qu’on ne pouvait pas lui faire confiance. Tu lui donnerais le bon Dieu sans confession et au final, il est pire que les autres. — Arrête, tu es totalement à côté de la plaque, et t’entendre le débiner en permanence ne risque pas de m’aider à aller mieux. Comme tu l’as compris, on n’est plus ensemble, mais c’est moi qui ai mis fin à cette relation. J’ai eu une sorte de révélation.

— Une illumination divine, tu veux dire ! Merci, seigneur, mes prières ont été entendues. Tu es enfin revenu à la raison, ce voyage n’aura pas été vain finalement.

— Tu es vraiment médisante !

— Eva, s'il te plaît qu’est-ce que tu pouvais espérer de cette relation ? Le trip toi et moi contre le monde entier, c’est mignon au début, mais ça ne pouvait pas durer.

— Je n’en sais rien, tu vois c’est peut-être ça le fond du problème justement. Je suis plutôt le genre de nana qui profite de la vie, qui essaye de vivre à fond l’instant présent, et soudain j’ai réalisé que j’étais incapable de me projeter dans l’avenir. J’ai essayé de nous imaginer Diego et moi dans un an, dans deux ans, dans cinq ans et je ne voyais pas la jolie petite maison, avec le chien et les deux enfants… Je crois que la petite vie plan-plan, ça ne me fait pas vraiment rêver. Tu crois qu’il y a un truc qui ne tourne pas rond chez moi ?

— Tu n’es pas prête à te caser et si tu veux mon avis c’est plutôt une bonne nouvelle. Profite de tes plus belles années avant de te passer la corde au cou. Et puis tu imagines : coucher toute ta vie avec le même mec, encore et encore ?

Elle fait une grimace de dégoût.

— Je n’en sais rien…

— À un moment, tu dois être totalement blasée. Crois-moi il y a trop de mecs sexys pour se limiter à un seul.

— Il faut que l’on se mette d’accord sur la version à servir à ma mère… Au cas où elle nous poserait des questions.

— Ne t’inquiète pas, j’ai déjà tout prévu dans les moindres détails. — Tu es machiavélique !

— C’est pour cela que tu m’adores !

— Manon, j’ai quelque chose à te demander.

— Tout ce que tu voudras.

— Est-ce que tu crois que je confonds la passion et l’amour ? — C’est quoi cette question pourrie, tu es devenue philosophe ou quoi ? — Non, je suis sérieuse !

— Puff, je n’en sais rien. Si tu veux mon avis l’amour c’est surfait, on en fait des caisses et au final, regarde comment finissent les princesses de contes de fées « ils vécurent heureux et ils eurent beaucoup d’enfants », autrement dit plus un instant de répit pour profiter de la vie. Crois-moi, vivre des relations passionnées et enflammées c’est beaucoup plus fun ! — Vu sous cet angle forcément. Mais toi, tu t’imagines un jour casée, mariée avec des marmots ?

— Pas vraiment, mais tu sais quoi on s’en fout ! — Peut-être qu’on n’a pas eu de bons exemples sous les yeux et c’est pour ça, qu’on n’est pas faites pour l’amour.

— Putain, mais où tu es allée chercher toutes ces conneries ! C’est l’autre fils de vierge effarouchée qui t’a retourné le cerveau ? — J’ai eu le temps de cogiter dans l’avion…

— Tu te prends trop la tête si tu veux mon avis ! Tu sais ce dont tu as vraiment besoin ?

— Quoi donc ?

— Tourner la page et passer à autre chose ! Pour ça j’ai ce qu’il te faut, me dit-elle en me lançant en clin d’œil. Finie la déprime ma belle !

 

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