Cœurs déraisonnables: Au delà des préjugés (French Edition)

Chapitre 8 Eva - Soirée latino

 

La semaine qui a suivi a été longue, j’ai bûché sur le rapport que j’avais à rendre pour le cours de stratégie marketing et ça m’a pas mal occupé l’esprit. D’un côté, ça m’a empêché de trop réfléchir, même si je dois bien admettre que je n’ai pas arrêté de penser à Diego. Ce mec m’intrigue et j’ai du mal à me le sortir de la tête. Le week-end est enfin là et j’ai bien l’intention d’en profiter.

Il est 23 h 45, avec Manon ma fidèle acolyte, nous nous dirigeons bras

dessus, bras dessous perchés sur nos hauts talons au Papagallo[15], un pub latino. Nous sommes chaleureusement accueillies, il faut dire que nous faisons partie des habituées. Ce soir, nous avons prévu de retrouver des amis pour refaire le monde autour de quelques verres. J’attrape Manon par le bras et je lui glisse à l’oreille : — J’espère que ça ne t’embête pas, mais j’ai demandé à Diego de nous rejoindre.

— Pourquoi tu traînes encore avec ce mec ?

— Je l’aime bien et puis c’est un super danseur. — C’est n’importe quoi, tu n’étais pas obligée de l’inviter à notre soirée ! — Plus j’apprends à le connaître et plus je l’apprécie. Il est différent. Il prend le temps de m’écouter. J’ai l’impression qu’il s’intéresse vraiment à moi.

— Mais bien sûr, il est en train de t’enguirlander ni plus ni moins. Pour lui tu n’es qu’une potentielle recrue. Je n’ai pas envie que tu finisses dans une secte au fin fond de nulle part.

— Arrête avec ça ! On a fait un pacte, on n'évoque pas la religion entre nous.

— Et vous parlez de quoi alors ?

— De tout et de rien, des choses de la vie. De nos hobbies[16]. — Ne tombe pas amoureuse de lui ! Moi aussi je tiens à toi ! — Tu t’inquiètes pour rien, je contrôle la situation, il n’y aura pas de dérapage !

— Si tu le dis !

Manon a toujours été très protectrice avec moi. Je la serre dans mes bras pour la rassurer.

— Fais-moi confiance, je vais gérer.

— Il ne doit pas y avoir beaucoup de filles qui écartent les cuisses dans sa confrérie. C’est un mec, tu penses qu’il se passera quoi quand il sera arrivé à ses fins ?

— Arrête, tu deviens totalement lourde dingue, qu’est-ce qui te prend ? — Je sais que les opposés s’attirent, mais là tu fais fort quand même. Crois-moi ce n’est vraiment pas une bonne idée de coucher avec les enfants de chœur de la paroisse.

— Il n’y a rien entre nous, on est trop différents pour envisager une

quelconque love story[17], mais je l’apprécie en tant que personne. — Pas moi, il y a un truc pas clair chez lui Je ne suis pas dupe de son sourire enjôleur. Il paraît un peu trop gentil pour être honnête. — C’est son éducation qui donne cette impression. Il a une certaine candeur qui fait du bien.

— Il t’a ensorcelé ou quoi ? Je ne te reconnais plus. — Il est différent des mecs que j’ai pu rencontrer jusqu’à présent, mais justement c’est plutôt cool de tomber sur quelqu’un de plus authentique, c’est tellement rare à notre époque.

— Quand on parle du loup, on en voit la queue… — Arrête, s’il te plaît !

Diego apparaît à l’entrée et balaye la foule du regard. — Le voilà, sois gentille, je t’en prie. La dernière fois on l’a un peu malmené et ça m’a mis mal à l’aise.

— J’essayerai de faire un effort, mais je ne te promets rien.

Je lève le bras pour lui signaler notre présence et je vais à sa rencontre. Je le serre chaleureusement contre moi et je l’invite à nous rejoindre. Manon le toise du regard et ne peut s’empêcher de le taquiner : — Salut joli cœur, je ne pensais pas te revoir. Tu as pris goût aux ambiances festives, on dirait. Je vois que Eva a une influence positive sur toi. En tous cas tu as fait un effort, tu as réussi à tomber la cravate, c’est déjà ça ! Mais dis-moi, tu n’as pas de fringues un peu plus décontractées dans ta penderie ? On n’est loin de la soirée de gala au cas où ça t’aurait échappé ! Je pince Manon à l’avant-bras, la voilà qui commence à le charrier d’entrée de jeu. Mais je dois admettre qu’elle n’a pas tout à fait tort. — Ça te donne un côté gendre parfait, j’avoue, mais là pour le coup,

effectivement, c’est too much[18]. Diego ne se laisse pas démonter et éclate de rire. — Oui, je vois ce que vous voulez dire, j’essaye simplement de me présenter sous mon meilleur jour. Le fait de porter quotidiennement le même style de fringues est un véritable gain de temps le matin. — Je comprends l’idée, répondis-je, mais personnellement j’aime bien m’habiller au gré de mes humeurs même si je ne suis pas forcément la mode.

Il rit aux éclats.

— Est-ce que vous êtes matinales ?

— Je ne vois pas le rapport, lui rétorque sèchement Manon. — Si vous voulez m’accompagner, je cours tous les matins à 7 h sur la promenade des Anglais.

— Alors là, il n’y a pas moyen, le jogging ce n’est carrément pas mon truc, le rabroue Manon.

— Tu devrais essayer, ça fait un bien fou.

— Dis-moi tu as une vie trépidante : couché tous les soirs à 22 h, pour te lever aux aurores. C’est un camp de tortionnaires votre communauté, ironise-t-elle.

— Personne ne m’oblige à faire de la course à pied, je le fais de mon propre chef. Accompagnez-moi ne serait-ce qu’une seule fois ! On partira en petites foulées…

— Ça sera sans moi, rétorque Manon. Je commence déjà bien assez tôt tous les matins pour aller en cours. Le week-end c’est grass'mat ! — On dirait que j’ai perdu une occasion de me taire, répondis-je, mais je suis prête à relever le défi.

— OK, alors on se retrouve demain sur le coup des 7 h du mat'? — Un dimanche en plus ! renchérit Manon, vous êtes totalement frappadingues tous les deux !

— Je vous laisse il faut que j’aille faire un petit tour aux toilettes. — À tout de suite.

Manon profite de mon absence pour se rapprocher de Diego et lui susurrer quelques mots « tendres » à l’oreille :

— Écoute-moi bien joli cœur, je ne sais pas ce que tu lui veux à Eva et pourquoi tu lui tournes autour, mais mets-toi bien dans la tête que ce n’est pas une fille pour toi.

— On est amis rien de plus, et tant bien même si notre relation venait à évoluer ce n’est pas ton problème, lui répond sèchement Diego qui, en dépit de son calme légendaire, commence à être agacé par cette amie inquisitrice. — Justement si. Eva c’est plus qu’une sœur pour moi. Je t’ai à l’œil. Elle joint le geste à la parole.

— Je ne comprends pas ce que tu me reproches exactement ? J’ai toujours été gentil et prévenant avec ta copine.

— Un peu trop peut-être à mon goût… En fait. Je rejoins Manon et Diego, leur discussion me semble animée, de quoi peuvent-ils bien parler ? Elle a les bras croisés et elle paraît contrariée. — Tu viens danser, Eva ? me propose Diego.

— Volontiers ! Arrête de faire cette tête Manon, s’il te plaît.

Sur la piste, c’est un autre homme, il a un côté plus sauvage, presque animal, son regard se fait plus intense. J’aime la façon dont il mène la danse, dans un subtil mélange de douceur et de virilité. Je pourrais passer des heures à virevolter dans ses bras. Soudain, il me renverse sur son avant-bras puis me ramène brusquement vers lui, nos regards se croisent en un instant qui s’étire à l’infini, malgré la foule autour de nous, c’est comme si nous étions seuls au monde. Nos lèvres sont comme aimantées l’une vers l’autre.

Mais Manon veille au grain, nous ramenant à la réalité : — Garde tes distances, mon mignon !

Il y a de l’électricité dans l’air. Diego la fusille du regard, mais elle ne se laisse pas impressionner.

 

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