Cœurs déraisonnables: Au delà des préjugés (French Edition)
Chapitre 29 Eva - Prise de becs
Le téléphone de la chambre se met soudain à sonner. Je sursaute. Je ne sais même pas vraiment comment il est coutume de répondre ici, et je ne suis pas sûre que mon espagnol soit assez bon pour arriver à tout comprendre. Qui cela peut-il bien être ? J’hésite à décrocher le combiné.
— Allô ? Euh. Oiga ?[32]
— Señorita una llamada para usted. Es la señora Roso Vega[33].
— Lo siento no hablo muy bien español.¿ Quién es ?[34] — La señora dice que es la madre de su novio quiere hablar con
usted[35].
— Si voy a hablar con ella. Gracias[36].
La génitrice de Diego, putain, mais qu’est-ce qu’elle me veut ? Ça ne laisse rien présager de bon.
Mon cœur s’emballe, j’ai les mains moites, je suis comme une petite fille prise en faute. Mon regard s’attarde sur les draps froissés et j’ai des flashs de notre dernière nuit. J’imagine qu’elle ne doit pas voir d’un très bon œil notre relation. Qui sait ce qu’elle a entendu à mon sujet ? Elle me tient certainement pour responsable de l’éviction de son rejeton et de son retour précipité aux Canaries. Je m’attends à ce qu’elle me fasse la morale, mais je suis encore loin de la vérité. J’ouvre la bouche et je peine à articuler un « allô » à peine audible. Elle se présente brièvement, s’adresse à moi dans un français parfait, ce qui devrait me soulager, mais je vais rapidement déchanter.
— Allô ! Je suis Mme Roso Vega, la mère de Diego. J’ai appris que vous aviez débarqué sur l’île et que vous étiez à la recherche de mon fils. Comment osez-vous venir jusqu’ici après tout le tort que vous lui avez causé ?
Le ton est donné, je suis la méchante de l’histoire qui a compromis l’innocent petit angelot à sa maman. Que répondre à cela ? — Bonjour, Mme Roso Vega, je suis ravie de faire votre connaissance et d’avoir l’occasion de discuter avec vous.
Oui je sais, ça peut sembler ironique, mais ma mère à moi m’a appris à rester courtoise en toutes circonstances, peut-être que ça pourra aider à faire retomber la pression ?
Elle ne se laisse pas désarmer et enchaîne :
— Vous n’êtes pas la bienvenue !
J’essaye de temporiser, mais en réalité je n’en mène pas large. — Je vous assure que mes intentions sont plus qu’honorables. J’avais besoin de parler à Diego en face à face.
— Et pour quelles raisons ? Rassurez-moi, vous n’êtes pas enceinte au moins ?
Je n’en crois pas mes oreilles. Je m’insurge contre cette accusation simpliste et totalement déplacée pour un premier contact : — Non ! Je suis venue jusqu’ici par amour. On fait parfois des choses stupides quand on aime quelqu’un ! N’avez-vous jamais été amoureuse ? Elle ne se laisse pas attendrir le moins du monde. Et reprend de plus belle : — Vous n’êtes qu’une petite vicieuse qui se laisse guider par ses plus bas instincts. Diego a eu la faiblesse de céder à vos charmes, vous lui avez fait tourner la tête, mais je veillerai personnellement à lui remettre les idées en place, soyez-en sûre.
— Madame, je suis désolée que vous le preniez ainsi. Je ne sais pas ce que l’on vous a raconté à mon sujet, mais laissez-moi au moins vous présenter ma version des faits. Mon seul péché est d’aimer votre fils. Croyez-moi, j’ai lutté de toutes mes forces pour que ça n’arrive pas, mais je vous assure que ce qu’il y a entre nous n’a rien d’immoral.
— Vous vous donnez au premier venu, et vous ne voyez même pas en quoi cela est déshonorant pour une jeune fille ?
— Notre relation n’est pas pure et chaste comme vous auriez aimé qu’elle le soit, je l’admets volontiers. Mais je n’ai pas à en avoir honte, si j’ai couché avec Diego ce n’est pas pour satisfaire une vile pulsion, mais parce que je l’aime de tout mon cœur.
Elle ne se laisse pas amadouer et porte l’estocade finale. — Vous vous mentez à vous-même ma pauvre fille. Vous confondez la passion et l’amour ! Croyez-vous vraiment que votre couple résistera au temps qui passe ? Vous n’avez rien en commun, rien qui vous permette de construire une relation durable. Votre idylle ne sera rien de plus qu’un feu de paille. Et il serait grand temps que vous commenciez à le réaliser avant de vous brûler les ailes et d’y laisser des plumes ! Vous et Diego c’est une histoire d’amour impossible et vous vous faites du mal l’un à l’autre en persistant à nier l’évidence !
— Croyez bien que je suis désolée que vous le preniez ainsi, Madame Roso Vega, je n’ai fait qu’écouter mon cœur.
— Je prierai pour vous.
J’hallucine. Le dédain avec lequel elle prononce cette phrase me fait tout bonnement sortir de mes gonds.
— N’en faites rien, s’il vous plaît. Je ne suis pas une brebis égarée, pas plus qu’une âme en perdition. Racontez-vous ce que vous voulez, mais sachez que je ne suis pas la première et que je ne serai sûrement pas la dernière avec qui votre petit angelot ira batifoler. Vous préférez certainement fermer les yeux, parce que c’est un garçon, et que les hommes sont faibles. Il est plus facile de m’accuser de tous les maux, mais il est inutile de prêcher l’abstinence si on est incapable de s’y tenir ! Je ne crois peut-être pas en Dieu, mais je ne suis pas une hypocrite, je suis en accord avec mes convictions. J’assume mes actes et je prends mes précautions, pour ne pas à avoir à en subir les conséquences, soyez rassurée. — Je ne vous demande qu’une chose, Mademoiselle. Laissez mon fils en paix ! Reprenez le cours de votre vie, et vivez là comme vous l’entendez, mais loin de Diego. Si vous l’aimez vraiment, faites-lui ce dernier cadeau. — C’est au-dessus de mes forces.
— Réfléchissez et vous verrez qu’il n’y a pas d’autres issues possibles à cette histoire.
Les larmes me montent aux yeux. Je suis à court d’arguments, rien de ce que je pourrais dire ne l’incitera à me voir autrement qu’une espèce de sournoise perfide qui a perverti son enfant. Se pourrait-il néanmoins qu’elle ait raison et que je me berce d’illusions ?
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