Cœurs déraisonnables: Au delà des préjugés (French Edition)

Chapitre 35 Eva - Retour aux sources

On sonne à la porte. Sauvée par le gong ?

— Eva, tu attends quelqu’un ?

— Non !

— Tu peux aller ouvrir s’il te plaît ? Je n’ai pas fait mon brushing, je ne suis pas très présentable.

Je lève les yeux au ciel, franchement on s’en fout, si ça se trouve c’est un de ces connards de voisins qui veut du sucre ou va savoir quoi. Je me dirige vers l’entrée en traînant des pieds.

— C’est bon, j’y vais, répondis-je en soupirant bruyamment.

Je manque de me décrocher la mâchoire en découvrant qui se cache derrière la porte.

— Salut Eva !

— Diego, putain, qu’est-ce que tu fais là ?

Je l’observe l’air hagard, entouré de ses bagages. — Eva, tu me manquais trop. Je sais que tu ne pensais pas ce que tu m’as dit. Je n’ai pas arrêté de ressasser tout ça dans ma tête et ce n’est pas logique. Tu n’as pas pu faire tous ces kilomètres uniquement pour me larguer et avoir le dernier mot. Si tu l’as fait, c’est à cause de ma mère. Si tu savais comme je lui en veux !

Mon cœur s’emballe dans ma poitrine. J’aurais préféré qu’il se limite à m’envoyer un message, en face à face c’est beaucoup plus dur de paraître indifférente.

— Diego, je ne sais pas quoi te dire ! La daronne est là, elle aurait pu ouvrir la porte, est-ce que je peux te retrouver quelque part pour en parler ? — Oui, bien sûr, répond-il souriant.

À ce moment-là, ma mère rapplique en rouspétant : — Eva, je ne comprends pas pourquoi c’est si long. Tous ces démarcheurs, c’est vraiment pénible ! On n’est plus tranquille chez soi ! Il faut être plus ferme, ma chérie. Nous ne sommes pas intéressées, merci et au revoir… Elle reste bouche bée en apercevant Diego. Il tente de se montrer courtois, mais je pense qu’il n’en mène pas large, leur dernière confrontation était plutôt tendue.

— Diego, tiens donc ! Comment avez-vous l’audace de vous présenter chez moi ? Que faites-vous avec tous ces bagages ? J’espère que vous n’avez pas sérieusement imaginé que je pourrais vous offrir le gîte et le couvert ? La charité chrétienne a ses limites ! Je vous le dis droit dans les yeux et croyez bien que je pèse mes mots : ma fille est mieux sans vous ! Pour l’amour de Dieu, fichez-lui la paix !

Je m’interpose, de quels droits parle-t-elle en mon nom ? — Maman, je suis assez grande pour répondre à Diego et je voudrais que tu perdes cette sale manie de vouloir toujours tout décider à ma place ! Je ne suis plus une gamine ! Si tu permets, j’aimerais avoir une conversation avec lui en privé. Il a fait le déplacement jusqu’ici, c’est quand même la moindre des choses ! On ne va pas le mettre dehors comme un malpropre ! — Vous avez cinq minutes jeune homme ! Et pas une de plus ! Eva commence à peine à se remettre de votre rupture, je ne pense pas que venir la relancer jusqu’ici soit une idée très judicieuse. Je n’accepterai pas de la voir gâcher sa vie sans réagir.

— Maman, arrête s’il te plaît ; on a compris ! — Diego, entrez s’il vous plaît. Inutile de vous donner en spectacle sur le pas de la porte, finit-elle par lui lâcher du bout des lèvres.

Nous nous installons dans le salon, sur le même canapé où nous avions laissé nos désirs s’exprimer pour la première fois. Quelle ironie ! La boucle est bouclée en quelque sorte ! Il s’assoit à côté de moi et il me prend la main, plongeant son regard dans le mien. Je suis troublée, il est loin de me laisser de marbre, mais je ne dois pas me laisser décontenancée. — Eva, je t’aime. Je t’aime tellement qu’être loin de toi m’est insupportable. J’ai pris une décision : j’ai quitté la confrérie. J’ai réfléchi, je ne veux plus faire partie d’une institution qui est une entrave à mon bonheur. J’y ai songé pendant des nuits. Ce n’est pas normal de nous pointer du doigt juste parce qu’on est tombés amoureux l’un de l’autre ! Qui sont-ils pour décider que l’on n’est pas faits pour être ensemble ? Mon renvoi m’a ouvert les yeux, je n’ai pas arrêté de cogiter et j’en suis arrivé à la conclusion que je n’ai pas envie de vivre ma foi de cette façon. Donc voilà, fini le costume de pingouin, les pin’s, la cravate. Je suis enfin libre d’aimer qui je veux, dit-il avec un sourire figé.

Je ne trouve rien à répondre, deux larmes coulent sur mon visage, est-ce le trop-plein d’émotions qui s’évacue ? Les mots me manquent pour exprimer ce que je ressens. Je parviens à bredouiller de manière à peine audible : — Tu n’aurais pas dû faire ça.

— Pourquoi ?

— Et s’ils avaient raison ? Si ça ne marchait pas entre nous ? — Eva, tout ça, c’est des conneries que ma mère t’a glissées insidieusement dans la tête.La vérité c’est qu’aucun couple ne peut être sûr que ça va durer entre eux. Ils font un pari sur l’avenir, rien de plus. — Diego, je n’en reviens pas que tu aies fait un truc pareil pour moi, mais je ne voudrais pas que tu regrettes. Je ne sais pas trop quoi t’offrir en contrepartie.

— Simplement ton amour.

Je fonds sur lui et je m’accroche à son cou :

— Diego, je t’aime tellement ! J’ai essayé de me raisonner et de me convaincre que nous séparer était la meilleure chose à faire, mais c’est faux. Je suis comme une âme en peine sans toi.

Je m’aperçois qu’il a les larmes aux yeux, en cet instant, je ne peux douter de sa sincérité. Nos lèvres se rapprochent timidement pour finir dans un baiser passionné. Cependant, la daronne veille au grain et n’entend pas nous laisser le champ libre :

— Puis-je savoir ce que vous faites tous les deux ? Instinctivement, je fais un bond en arrière comme une enfant prise en faute. Sa remarque m’agace et je ne manque pas de lui faire remarquer : — Maman, tu écoutes aux portes maintenant ? — Jeune fille, je suis encore chez moi, il me semble ! Diego intervient et tente d’arrondir les angles : — Pardon, Mme Augusto. Nous nous sommes laissés emportés. — Par la passion, je sais, le coupe-t-elle. Je vois ça jeune homme. Cependant, je ne vous retiens pas. Vous êtes sûrement attendu quelque part, j’imagine.

— Maman, enfin ! Tu ne supportes tellement pas de me voir heureuse que tu en oublies les règles élémentaires de courtoisie ? — Ma fille, c’est hallucinant de voir à quel point tu es aveuglée par l’amour ! J’essaye simplement de te sortir des griffes d’un manipulateur, pour t’éviter de souffrir.

— Décidément, tu ne comprendras jamais rien, c’est quand il n’est pas là que je suis malheureuse. Peut-être que Diego n’est pas l’homme dont tu rêvais pour moi , mais tu pourrais au moins faire semblant d’être contente de me voir heureuse.

— Mesdames, intervient-il, s’il vous plaît. Je ne veux pas être la cause d’une énième querelle entre vous. Je vais m’en aller. — C’est préférable, effectivement, le rabroue-t-elle. — Je viens avec toi, rétorquais-je sans réfléchir. — Eva, je t’interdis de partir.

— Ah oui ? Et bien regardes-moi bien, répondis-je en claquant la porte.

J’attrape au passage mon sac et mon portable. Sur le coup, je suis assez fière de ma sortie théâtrale, mais à bien y réfléchir j’aurais peut-être dû mieux assurer nos arrières. Diego paraît assez déconcerté par la scène à laquelle il vient d’assister.

— Eva, je m’en veux d’avoir semé la zizanie entre toi et ta mère. — Ne t’inquiète pas tous les prétextes sont bons pour me chercher des poux dans la tête. Elle pense que parce qu’elle tient les cordons de la bourse, elle peut me manipuler comme une marionnette, mais elle n’a pas encore vu de quel bois je me chauffe. Où est-ce que tu as prévu de t’installer ? — Dans un premier temps à l’auberge de jeunesse. — Ah, OK… répondis-je un peu déçue. Je me rends soudainement compte que le lieu ne sera pas approprié pour un jeune couple qui vient de se retrouver.

— C’est une solution provisoire, tente-t-il de me rassurer. J’ai opté pour le dortoir commun pour payer moins cher.

— D’accord, pas de souci, je comprends. On peut passer quelques heures ensemble. J’irai sûrement dormir chez Manon, cette nuit. — C’est bien d’avoir une amie sur laquelle on peut compter, même si je sais qu’elle me déteste.

— Je pense que c’est plus compliqué que ça. Elle m’a même aidé et m’a servi d’alibi pour que je puisse venir te retrouver à Tenerife, donc tu vois… — Elle est surprenante !

— De toute façon, je n’ai besoin de l’approbation de personne pour être avec toi.

J’accompagne Diego à l’auberge de jeunesse. Le bâtiment n’est pas trop loin de chez moi, mais j’aurais préféré qu’il opte pour une chambre individuelle pour que l’on puisse avoir un peu d’intimité. Le temps est plutôt clément, en ce début d’été. Nous nous rendons en ville pour grignoter un truc puis nous flânons dans les rues, main dans la main, comme deux amoureux. Je n’en reviens toujours pas qu’il ait eu le cran de quitter la confrérie et de tenir tête à sa famille pour être avec moi. J’aimerais croire que nous allons pouvoir vivre notre amour au grand jour, même si l’avenir reste encore incertain. Ce soir, je n’ai pas envie de me prendre la tête avec ce genre de considération, je veux simplement profiter de l’instant présent et savourer le bonheur d’être à nouveau réunis.

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