Correspondance - Tome IV
Ivan Tourgueneff à Gustave Flaubert ............... 17
En tout cas, je compte sur votre visite, dimanche pro-chain, au boulevard du Temple.
Êtes-vous des nôtres, définitivement ? J’aime à croire que oui.
Tout à vous.
IVAN TOURGUENEFF À GUSTAVE FLAUBERT
Carlsruhe, hôtel Prince-Max.
Lundi, 25 janvier 1869.
Il faut pourtant que j’aie de vos nouvelles, mon cher ami. Voyons – en deux mots : où en êtes-vous, et que fait le roman ? Je vous écris à Croisset, et peut-être êtes-vous à Pa-ris, humant l’air du temps. – Dans tous les cas, je ne crois pas que vous y resterez longtemps.
Je ne vous ai pas encore remercié pour la photographie, qui a l’air bien militaire et bien peigné – mais c’est vous, et c’est toujours bon à voir. – Pourquoi ne faites-vous pas faire quelque chose de bien ?
J’ai souvent pensé à Croisset et je me dis que c’est un bon nid, pour y faire éclore des oiseaux chanteurs.
Quant à moi, je n’ai presque rien fait. Je me suis embar-qué dans un travail qui me répugne, et j’y patauge triste-ment. Je ne puis reculer, mais quand cela sera fini, je pous-serai un bon ouf ! Ce sont des espèces de fragments de mé-
– 17 – moires littéraires que j’ai promis à mon éditeur ; je n’ai ja-mais travaillé dans cet article-là, et ça n’est pas amusant. Oh ! deux heures de Sainte-Beuve ! Je voudrais savoir si cela l’amuse beaucoup, lui.