Correspondance - Tome IV
À Ivan Tourgueneff ....................................................... 25
2 février.
À IVAN TOURGUENEFF
Croisset, 2 février [1869].
Mon cher Ami,
Je suis toujours à Croisset, c’est-à-dire que j’y suis reve-nu, hier, ayant passé toute la semaine dernière à Paris à la recherche des plus sots renseignements qu’on puisse imagi-ner : enterrements, cimetières et pompes funèbres d’une part, saisie mobilière et procédure de l’autre, etc., etc. Bref, je suis brisé de fatigue et d’ennui. Mon interminable roman m’écœure et m’assomme ! Et j’en ai encore pour quatre mois, au moins !
Je brûle d’envie de voir votre critique littéraire. Car la vôtre sera celle d’un praticien, – chose importante. Ce qui me choque dans mes amis Sainte-Beuve et Taine, c’est qu’ils ne tiennent pas suffisamment compte de l’Art, de l’œuvre en soi, de la composition, du style, bref de ce qui fait le Beau.
On était grammairien du temps de La Harpe, on est maintenant historien, voilà toute la différence.
Avec votre manière de sentir si originale et si intense, votre critique égalera vos créations, j’en suis sûr.
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