Correspondance - Tome IV
À Edmond et Jules de Goncourt ............................. 29
G. SAND.
À EDMOND ET JULES DE GONCOURT
[Croisset,] dimanche, 5 heures [14 février 1869].
Nom de Dieu ! c’est Fort, oui, FORT ! FORT !
Ah ! saprelotte !
J’espère bien qu’on va fortement vous engueuler. Et que ça va faire du bruit.
J’ai commencé votre bouquin à 11 heures et je ne me suis interrompu que pour tousser. Car votre ami a une grippe abominable. La lecture m’a tenu tout le temps béant et ravi.
Jusqu’à l’église San-Agostino, je vous ai cherché des chicanes, mais à partir de cet endroit-là, je n’ai eu qu’une admiration sans le moindre mélange.
Le problème du livre est résolu, à savoir : faire admettre qu’une femme philosophe et bonne devienne mystique et cruelle. C’est de l’Art, cela. Du plus fin et du plus haut !
J’ai envie de vous embrasser, et je mouille. Quels bons bougres vous faites !
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Il y a des mots sublimes « tu diras ce que font les do-mestiques », et l’apparition du frère ! faisant des reproches à sa sœur ! et le joli médecin avec sa pâte des martyrs ! Puis les descriptions, pas trop longues, et justes ! J’ai revu Rome.
C’est un bouquin ! Dites-vous ça, et foutez-vous du reste.
(N.B. Dans la prochaine édition, je vous prie de surveil-ler un peu trop de de qui se régissent ? J’aime tant ce polis-son de livre-là que je voudrais le voir irréprochable, même aux yeux des pédants.)
Mais encore un coup, c’est raide ! J’en suis stomaché.
Sans compter la valeur intrinsèque de ladite œuvre, qui selon moi est immense, je lui crois une portée philosophique considérable ?
La haine qu’elle va susciter contre leurs (sic) auteurs, vous prouvera que je ne me trompe pas !
On riposte à l’injure, à la négation, mais ce qu’on ne pardonne jamais, c’est l’analyse, c’est la Science.
Ah ! vous allez vous faire bien voir de messieurs les ec-clésiastiques !
Envoyez-moi le dessus du panier, en fait d’outrages. – Ou plutôt gardez-les pour me les montrer au dessert, chez vous.
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