Correspondance - Tome IV
À la Princesse Mathilde .............................................. 33
Que pensez-vous de Madame Gervaisais, entre nous ? Je n’ose pas vous dire que je trouve ce livre très remarquable, car vous avez le goût difficile. C’est pourquoi je tremble en songeant à mon pauvre roman. Il avance ! et dans six se-maines je commencerai le dernier chapitre.
Ce billet va vous arriver demain au soir, mercredi, le jour où la petite bande des amis se trouve près de vous. C’est vous dire que je l’envie, Princesse.
Je me mets à vos pieds et suis
Tout à vous.
À LA PRINCESSE MATHILDE
[Croisset, 18 février 1869.]
Princesse,
J’ai été hier matin partagé entre l’attendrissement et l’amour-propre, ce croisement de nos deux lettres me don-nant la preuve nouvelle d’une sympathie qui m’est bien pré-cieuse.
Ne vous semble-t-il pas, que tous, tant que nous sommes (malgré les différences de fortune, de rang et même
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Ce que vous me dites des de Goncourt ne m’étonne nul-lement. Je les tiens pour les plus galants hommes qui exis-tent. Je ne connais rien d’aussi propre dans la Littérature. Ce sont des Bons. Fiez-vous à eux. Ils ont d’ailleurs pour Votre Altesse une affection qui me les ferait chérir.
Vous me parlez des turpitudes de la Presse ; j’en suis si écœuré que j’éprouve à l’encontre des journaux un dégoût physique radical. J’aimerais mieux ne rien lire du tout que de lire ces abominables carrés de papier. Mais on fait tout ce qu’on peut pour leur donner de l’importance ! On y croit et on en a peur. Voilà le mal. Tant qu’on n’aura pas détruit le respect pour ce qui est imprimé , on n’aura rien fait ! Inspirez au public le goût des grandes choses et il délaissera les pe-tites. – Ou plutôt laissez les petites se dévorer entre elles.
Je regarde comme un des bonheurs de ma vie de ne pas écrire dans les journaux. Il en coûte à ma bourse, mais ma conscience s’en trouve bien, ce qui est le principal.
Je compte les jours qui me séparent de la fin du mois de mars, c’est-à-dire du moment où je vous reverrai, Princesse, et où je pourrai, en réalité, vous baiser les mains et vous dire, encore, que je suis tout à vous.
Croisset, jeudi.
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