Correspondance - Tome IV

Gustave Flaubert · Chapitre 28 sur 50

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Correspondance - Tome IV

À la Princesse Mathilde .............................................. 41

Moi, j’ai eu depuis le commencement de février un rhume à la Du Cantal dont je ne suis pas encore débarrassé et qui m’éreinte ! Je continue néanmoins mon odieux bou-quin, avec acharnement. Mais il m’emmerde d’une telle fa-çon que j’en ai, parfois, envie de pleurer. Le décrochage de la fin est dur ! J’espère qu’elle arriv[er]a dans trois mois. Vous me verrez vers Pâques.

Mais vous seriez bien gentils de m’envoyer, d’ici là, un peu de votre écriture.

Je vous embrasse l’un et l’autre, mes bons chers vieux, comme je vous aime, c’est-à-dire très fort.

 

À LA PRINCESSE MATHILDE

[Croisset,] nuit de samedi [6 mars ? 1869].

Comme votre dernière lettre est triste, Princesse ! Elle m’a profondément peiné. Car vous n’êtes pas née pour souf-frir ! La sanité naturelle de votre esprit, qui est d’une consti-tution ferme et robuste, n’a rien de commun avec nos brumes normandes. Vous êtes pleine de force et de soleil ! Restez vous-même, pour vous d’abord, et ensuite pour ceux qui vous aiment, et qui ne veulent vous savoir du chagrin.

On a ses mauvais jours, je le sais ! Mais avec de la volon-té, ils deviennent de plus en plus rares. Croyez-en là-dessus un grand maître en fait de mélancolie ! J’ai passé par de vrais spasmes d’ennui, que je ne souhaiterais pas à un assas-sin. C’était dans ma jeunesse. Car ces bouillonnements lu-

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C’est pour cela que je n’oublie rien des plus petits bon-heurs qui m’arrivent, pas une poignée de main cordiale, pas un sourire ! Tout est trésor pour les pauvres.

Je vous demande pardon de vous parler sur ce ton-là, Princesse. Mais il semble que vous me le permettez, n’est-ce pas ?

J’avais pensé à vous envoyer de la crème de Sotteville. – Mais on m’a dit, hier, que vous deviez en recevoir lundi pro-chain. – Vous voyez que je connais vos actions.

Ne vous laissez pas assombrir. C’est une mauvaise habi-tude. J’espère que votre prochaine lettre m’apprendra que vous allez mieux ?

Il fait bien beau temps. Sortez-vous ? Faites-vous des promenades ? Et la peinture ?

Moi, j’attends Pâques avec impatience, car à ce mo-ment-là je vous reverrai, et je pourrai vous baiser les deux mains, Princesse, en vous redisant encore que je suis

Tout à vous.

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