Harry Dickson - Intégrale volume I
Chapitre 4: Les Surprises de Bugloss House
CHAPITRE 4
LES SURPRISES DE BUGLOSS HOUSE
La serrure de la porte du numéro 32 de Chancery Street était fort rébarbative, mais se révéla bien docile au rossignol du détective.
Il se trouva dans un hall immense au fond duquel un grand escalier monumental conduisait à l’unique étage.
« Troisième fenêtre, se dit Dickson en grimpant les marches, ce doit être ici. »
Il se trouva dans un salon garni de reps sombre, au goût de la province, au début du siècle passé.
— Masquons notre lumière, car il ne faut pas que Mr. Chickens fasse une seconde fois un aussi vain rapport, railla-t-il.
Il aspira l’air moisi de la pièce.
« Soufre, salpêtre, bref tout ce que contient une vieille cartouche d’un ancien revolver, se dit-il. Il est évident qu’un coup de feu a été tiré ici, et qu’il n’a pas fait assez de bruit pour attirer l’attention de Mr. Chickens. »
Ici, son monologue s’arrêta court, car le regard du détec-tive venait de tomber sur un fauteuil de velours d’Utrecht, au pied duquel luisait une tache. Harry Dickson se pencha et se redressa aussitôt avec un léger geste d’horreur.
— Du sang… cela serait-il vraiment plus grave que je ne l’aurais cru ?
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Mais déjà son perçant regard allait plus loin, découvrant, sur le rebord du siège, une longue éraflure. Harry Dickson considéra alors la muraille. Une bosselure parut. L’instant d’après, il tenait en main un mignon lingot de plomb.
— Aha, un revolver de dame a dû lancer ce pois chiche, murmura-t-il avec satisfaction. Une arme bien peu dange-reuse, dont les projectiles n’auraient pu ôter la vie à un cha-ton !
Ses yeux retombèrent sur la tache de sang, puis s’attachèrent sur le parquet. Des stries parallèles apparurent, et le front du détective devint grave.
— Du sang artériel et des traces aussi profondes ne peu-vent promettre rien de bon, grogna-t-il.
La lampe électrique se promena longuement sur le plan-cher, suivant les larges raies. Sur le palier, quelques gouttes suspectes se révélèrent. Puis d’autres sur les marches de l’escalier et sur les dalles du corridor.
— Le chemin de la cave, naturellement, gronda Harry Dickson.
Il parcourut de spacieux souterrains et finit par faire halte dans une crypte, que de nombreux baquets en maçon-nerie avaient dû transformer, dans le temps, en cave à vins.
Un amas de vieilles planches et de toiles pourries gisait dans un coin éloigné. Le détective prit quelque temps avant de les dégager.
— Ah, fit-il, cela ne pouvait être en effet que lui. Pauvre diable !
Il venait découvrir le cadavre de Prescott Wardmoor.
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Dans un salon du rez-de-chaussée, le détective trouva un divan assez convenable pour ne pas y passer une nuit tout à fait blanche.
Il venait de le quitter, un peu courbatu, un peu transi même, quand un moteur ronfla au loin.
— Bravo Goodfield ! jubila-t-il, voici une heure excel-lente pour arriver incognito dans la ville de Nolham. Même les gardiens de nuit doivent avoir cessé leurs rondes qu’eux-mêmes estiment vaines !
Il salua cordialement le superintendant qui descendit d’une puissante automobile devant la porte de l’antique de-meure.
— Je vous amène la particulière, monsieur Dickson, dit Goodfield, elle avait son billet de passage pour Buenos Aires. Quelle damnée femelle, elle nous a agonis d’injures tout au long du chemin, nous prenant pour des faux policiers qui n’en voulaient qu’à sa vertu. Ce n’est qu’aux approches de Nolham que, dans les premières clartés de l’aube, elle a re-connu le paysage et qu’elle s’est tout à coup démontée. De-puis, elle ne fait que pleurer.
Flora Chandler, pâle et défaite, fut conduite dans le sa-lon et s’y trouva en face du détective.
— Monsieur Dickson ! s’écria-t-elle, puis elle défaillit.
Mais se reprenant aussitôt, elle se mit à hurler.
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— Non, non, je ne veux pas le revoir… c’est trop hor-rible. Je vais tout avouer. Je l’ai tué !
— Qui donc, Miss Chandler ?
— L’homme horrible qui a tiré sur Sir Bugloss ! Mais je crois qu’il m’en voulait à moi aussi. Il a pénétré dans ma maison et ma servante l’a pris pour un fantôme. Mais moi je dis qu’il venait pour me tuer.
» Comme vous n’arriviez pas assez vite, monsieur Dick-son, je me suis mise à faire le détective moi-même. J’ai dé-couvert qu’il poussait l’audace jusqu’à violer ce domicile sa-cré où vécut et travailla Sir Bugloss. Je me suis dit que je vengerais la mémoire de notre grand homme, et que je parti-rais ensuite. Je suis entrée ici, ce qui ne m’était pas difficile puisque les clés de cette maison se trouvaient à l’Hôtel de ville, et que j’en avais fait faire des doubles, pour venir de temps à autre dans cette maison, rêver au grand disparu. J’ai trouvé le monstre dans un des salons de l’étage dormant dans un fauteuil. J’ai tiré et je me suis enfuie. Il avait laissé sa bicyclette dans le corridor et je m’en suis servie pour ga-gner Rockhurst.
— Vraiment ? s’écria Harry Dickson. Eh bien, Miss, il est assez curieux de penser qu’un homme qui a passé presque quinze ans de son existence en prison sache se servir avec tant d’adresse d’une bécane, alors qu’il n’a jamais pratiqué ce sport de sa vie et qu’il n’est sorti de geôle que depuis peu de jours. En attendant, vous êtes ma prisonnière.
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Le maire siège en tant que chef de la police de Nolham, flanqué de son adjoint. Quelques ternes personnages l’entourent. Miss Flora Chandler, tout en larmes, fait des aveux.
Harry Dickson prend la parole.
— Je crains de devoir ternir quelque peu une gloire lo-cale, messieurs, dit-il. Savez-vous ce que fut Sir Bugloss pen-dant sa jeunesse ? Un marin, un excellent marin, j’ose le dire, mais aussi un fameux pirate, qui pilla pas mal de navires, de convois et même des îles. Pourtant, le gouvernement lui fit grâce, à condition de cesser ses terribles et malfaisants ex-ploits.
» Il revint alors à Nolham où, dans cette demeure, il dut cacher pas mal de son butin d’antan. Mais, dans son âme, il était resté pirate. Sous prétexte de visiter les vieux châteaux environnants, il les mit occultement en pillage, sans qu’on le découvrit jamais. Il en a été ainsi du manoir des Wardmoor où, en effet, les vieux châtelains cachaient avec une ferveur maladive l’ancien trésor de leurs ancêtres.
» Les Wardmoor en furent ruinés, mais n’en laissèrent rien paraître, fiers hobereaux qu’ils étaient.
» En prison, Prescott Wardmoor fit la connaissance d’un vieux bibliothécaire, emprisonné pour faux et malversations de toute espèce. Cet ancien chartiste avait étudié jadis, dans ses moments perdus, l’histoire et la curieuse biographie, fort oubliée, de Sir Bugloss. Il raconta tout ce qu’il savait et pen-sait à son codétenu, Prescott Wardmoor.
» Une fois libre, celui-ci n’eut qu’une idée : retrouver le trésor de ses aïeux. Il commença, assez stupidement, par se
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— Ah, s’écria Miss Chandler, et je l’y ai tué le pauvre… Alors que Sir Bugloss… ah… que l’on me laisse mourir à pré-sent.
— Et, s’écria Mr. Stephenson, le misérable, ayant appris que le célèbre Dickson allait venir à Nolham a essayé de faire dérailler le train qui l’amenait.
— On pourrait le croire, répliqua Harry Dickson, car j’ai trouvé dans la vieille maison de Sir Bugloss des fragments de fils de cuivre et même des parcelles d’explosif. Mais…
Il se tourna vers l’adjoint et lui prit la main.
— Manier des vieux revolvers de gros calibre est chose dangereuse, monsieur l’adjoint. Par le barillet, jaillissent des fragments de métal de la douille et des grains de poudre qui s’incrustent ensuite dans la main du tireur imprudent, où elles provoquent de petites inflammations.
— Que voulez-vous dire ?
— D’abord, que le secret de Bugloss House avait été dé-couvert depuis quelque temps par quelqu’un d’autre, très versé en histoire locale, mais bien plus au courant des faits et gestes lointains du pirate-écrivain que l’archiviste de Nolham en personne, et que ce quelqu’un a mis ses trésors en sûreté, en attendant le moment propice pour s’en servir.
» Ensuite, que ce n’est pas le pois chiche du revolver de Miss Chandler qui a tué l’infortuné Prescott Wardmoor, mais la balle d’une arme de gros calibre. En troisième lieu, que
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