Harry Dickson - Intégrale volume I
Chapitre 3: La Statue Mutilée
CHAPITRE 3
LA STATUE MUTILÉE
Il y avait trois jours que John Brandini et ses amis avaient pris possession de l’île Mâbar. Le beau temps sem-blait avoir dit définitivement adieu à la région ; il n’empêche que les îliens vivaient sous le charme farouche de la mer dé-montée et des sites sauvages de leur terre isolée.
Mr. Douglas Warwick n’avait pas exagéré en prétendant que l’État avait pris soin du château confié à sa garde depuis un siècle. Il était parfaitement habitable, bien qu’une partie de la grande bâtisse ait dû être condamnée à cause des dommages que les intempéries y avaient causés à travers les années.
Ces trois premiers jours avaient été presque entièrement consacrés à l’installation des nouveaux occupants. Cela fait, chacun put choisir le meilleur moyen pour combattre l’ennui de la grande solitude marine.
John Brandini, en bon propriétaire, consacrait tout son temps à l’établissement de plans et de projets pour de fu-tures améliorations, et trouva dans ces occupations pratiques un collaborateur zélé en Mr. Warwick.
Miss Evelyn avait découvert que la bibliothèque du châ-teau méritait plus qu’une attention superficielle, aussi s’y était-elle presque installée à demeure. C’était une belle pièce toute en longueur, donnant sur la mer par cinq hautes fe-nêtres, abondamment pourvue de vieux livres, de toiles, de vitrines à échantillons minéralogiques se rapportant à l’île et d’autres vitrines amplement garnies d’oiseaux de mer em-
– 38 – paillés. Un énorme feu y avait été allumé et John Brandini avait fait installer sur l’heure plusieurs lustres destinées à en chasser l’obscurité qui, même en plein jour, semblait vouloir y persister.
Tom Wills s’était découvert une ardente passion pour la chasse aux oiseaux de mer, et Harry Dickson ne s’ennuyait jamais au cours de ses solitaires promenades le long des fa-laises abruptes.
Après le lunch du troisième jour, le détective avait quitté le château dans le but d’explorer la partie nord de l’île, celle qui était la plus sauvage et même, aux dires de Mr. Warwick, la moins connue parce que la plus dangereuse. La lande sté-rile y était profondément ravinée et de longues crevasses y sillonnaient le sol rocheux ; la falaise y finissait brusquement en de formidables murailles plongeant à pic dans les bri-sants.
Mr. Smiffs, le maître d’hôtel, qui aimait également s’occuper personnellement de la cuisine, et vraiment il s’en acquittait à merveille, avait conseillé à Tom Wills de mar-cher vers l’ouest où l’île se terminait en une plage légère-ment déclive où très souvent se prélassaient de beaux oi-seaux de mer, et aussi des bandes de tadornes et de barges rouges, pièces qui font bonne figure à la broche comme sur la table.
Harry Dickson et son élève devaient faire quelque temps route ensemble, et Tom en profita pour raconter l’une ou l’autre chose qu’il avait sur le cœur.
Au fond, il n’avait pas pardonné à Miss Evelyn sa dé-convenue nocturne de l’autre jour et il continuait à manifes-ter une certaine méfiance à son adresse.
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— Après tout, répéta-t-il en marchant aux côtés du maître, cette dame qui m’était jadis bien sympathique ne me dit rien qui vaille. Elle est devenue songeuse, elle vous jette des regards sombres si par hasard vous venez fureter dans la bibliothèque, qu’elle n’est pas loin de considérer comme « sa » bibliothèque. Hier soir, j’ai voulu lui demander un livre de Walter Scott, car je sais que les œuvres complètes de ce romancier se trouvent sur un des rayons. Quand je suis en-tré, un seul des lustres était allumé, et il n’y faisait pas préci-sément bien clair, mais je vis tout de même que la place était vide. Je me mis à chercher mon bouquin… Vous rappelez-vous la configuration des lieux, monsieur Dickson ?
— Euh, plus ou moins, je vous avoue, Tom, que jusqu’ici je n’ai pas prêté une bien grande attention à la salle des livres, maintenant que j’ai l’occasion de lire surtout dans le grand livre de la nature.
— Eh bien, continua le jeune homme, heureux d’en sa-voir plus long, l’armoire aux romans historiques se trouve à côté de la cheminée de marbre noir, et sur cette cheminée se trouve placée une énorme glace d’une étrange et quelque peu sinistre eau verte. J’étais monté sur un escabeau et j’explorais les rayons, quand je vis bouger quelque chose dans la glace. Tout à coup, je remarquai que Miss Evelyn se tenait tout près de moi et me regardait. Je ne l’avais pas vue venir, mais je sais fort bien qu’aucune des deux portes n’a été ouverte. Je me retournai vers elle en lui souhaitant le bonsoir, puis je lui demandai les Aventures de Nigel de Walter Scott.
» Elle mit quelque temps à me répondre, puis d’une voix mécontente elle me dit que ce livre ne se trouvait pas dans la bibliothèque. Une seconde plus tard, je l’avais sous la main.
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» Quand je me retirai, elle se détourna sans me dire un mot et se dirigea vers la table où elle travaille, je constatai alors que ses pieds marquaient des empreintes humides sur le plancher. Il ne pleuvait pas et ses vêtements étaient secs, mais ses pieds ne l’étaient pas.
» Pourquoi s’amuse-t-elle à courir dans l’eau et com-ment ? Et comment encore s’est-elle trouvée à côté de moi sans que je l’aie vue venir ?
Il termina brusquement en disant d’une voix rogue :
— Je n’aime pas Miss Drummond !
Harry Dickson ne répondit pas, mais en son for intérieur il ne donnait pas tort à son élève.
Depuis sa curieuse confession à bord du Bag Piper, la chargée de cours avait effectivement changé d’allure et d’humeur. Elle était taciturne et préoccupée, elle fuyait tout le monde. Aux amabilités de Brandini elle répondait à peine et cela d’un air ennuyé ; elle rabrouait le bon Mr. Warwick quand il essayait à table de parler livres et sciences. Le dé-tective avait parfois surpris de sa part des regards effrayés sinon hostiles jetés furtivement sur lui et sur son élève.
Mais il haussa les épaules, se disant qu’après tout rien ne justifiait une intervention quelconque de sa part. Aucune menace ne semblait planer ni sur le château ni sur ses hôtes et, malgré le décor farouche, la grande demeure médiévale n’avait rien de rébarbatif, au contraire.
Un coup de clairon voilé retentit au loin sur les eaux et Tom Wills en oublia immédiatement ses appréhensions et jugements de l’instant d’avant.
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— Des tadornes ! s’écria-t-il… À bientôt, maître, je ne désire pas rentrer bredouille devant ce bon Mr. Smiffs !
Il s’élança dans la direction des appels et disparut bien-tôt au tournant d’une sente rocheuse. Harry Dickson resta seul et tourna ses pas vers la falaise nord.
Il l’atteignit bientôt et s’arrêta en haut de l’extrême cor-niche d’où son regard plongeait dans la mer blanche d’écume et portait jusqu’à l’horizon lavé par les récentes pluies.
Une fine ligne noire s’y dessinait entre le ciel et l’eau : l’île Barra.
À trois cents pieds sous lui, en une raide perpendicu-laire, le pied de la falaise plongeait dans le flot. Des mouettes flamandes y criaient à la sardine absente, guettées par de sombres stercoraires. Des harles roses et de jeunes halbrans nageaient en file dans les eaux plus calmes d’une minuscule baie, se tenant ostensiblement à distance d’une bande de macreuses noires péchant la moule et le crabe.
À trente pieds sous son observatoire, sur une corniche plus étroite longeant la muraille marine, se tenaient une dou-zaine de petits macareux, se lissant les plumes de leur bec de perroquet et s’interpellant à petits cris gutturaux.
Un fou aux ailes dures et coupantes survolait en courbes géantes le paysage proche, à l’affût d’une limande esseulée.
Harry Dickson regarda avec émotion cette belle vie ai-lée ; il prit plaisir à voir les stercoraires fondre sur les mouettes ayant pêché un petit capelan et le leur enlever d’un adroit coup de bec, puis à l’arrivée plaintive d’une bande de courlis, venue pour explorer les petits espaces sablonneux entre les roches, riches en savoureux annélides.
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Tout à coup, son attention fut sollicitée par une vive in-quiétude qui se manifestait dans la colonie des macareux. Les petits palmipèdes s’étaient soudain mis à courir d’une pointe de la corniche à l’autre, en poussant des cris plaintifs et effrayés. Pourtant rien, en apparence, ne justifiait cette crainte générale : aucun rapace n’était apparu dans le ciel, aucun stercoraire ni huîtrier ne menaçait leur repas de sar-dines et de sébastes, déposé sur la corniche à proximité des nids.
Brusquement les oiseaux se retirèrent en bloc vers le re-bord de la corniche et, d’un commun accord, plongèrent vers une plate-forme plus basse.
Intrigué, car il connaissait l’intelligence de ces oiseaux marins, le détective se coucha à plat ventre et passa la tête au-dessus du rebord de la falaise pour mieux examiner la corniche abandonnée par les macareux.
C’était un étroit boulevard rocheux long d’une trentaine de yards à peine et finissant, à chaque bout, à même le ro-cher, sans accès possible à d’autres créatures qu’à des oi-seaux.
Mais, en se penchant plus fort au mépris du vertige, Har-ry Dickson remarqua une fissure dans la falaise, s’achevant en une sorte de haute marche, à deux pieds de la corniche aux oiseaux.
Il avait observé que les regards des macareux étaient tous dirigés vers cet endroit, comme s’ils appréhendaient d’en voir surgir quelque ennemi.
Pourtant rien d’insolite ne se manifesta et Harry Dickson allait se remettre debout quand un bruit singulier monta vers lui :
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— Oel ! Oel ! Oel !
Le détective revit immédiatement en mémoire l’étrange lutte du timonier du Bag Piper avec le Grampian et se rappela le cri que le marin prétendait avoir entendu peu de temps avant l’agression aérienne.
L’appel était doux et plaintif à la fois, mais, à certaines périodes, il changeait de modulation pour devenir plus pré-cipité et comme autoritaire.
D’où émanait-il ? Harry Dickson aurait été fort en peine de le dire.
Une fois, il semblait monter du gouffre marin lui-même, mais l’instant d’après il retentissait derrière son dos et se perdait dans les hauteurs du ciel.
Mais bientôt il observa que, tout comme lui, les oiseaux de mer semblaient l’avoir perçu. Les mouettes flamandes re-tombèrent en bloc sur les rochers bas et y prirent une atti-tude défensive et, comme Dickson n’ignorait pas non plus les habitudes courageuses et batailleuses des pattes bleues, il en conclut qu’elles redoutaient l’approche de quelque ennemi. On ne voyait plus trace des petits macareux qui avaient dû se glisser dans quelque anfractuosité de la roche pour s’abriter contre le péril.
Les macreuses et les harles s’élevèrent au-dessus des flots et s’en furent en des battements d’ailes rapides. Seul le fou de Bassan continuait à décrire ses courbes vaines et fu-rieuses.
— Oel ! Oel ! Oel !
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Aucun cri d’oiseau ni de bête ne pouvait être comparé à cet appel qui avait quelque chose d’humain, d’impérieux et de suppliant à la fois.
De guerre lasse et courbatu par la difficile position qu’il occupait, le détective finit par se lever et son regard erra sur la mer. Il eut un geste d’étonnement.
Assez proche de la terre, un lougre courait de fortes bor-dées, une grande partie de sa toile dehors. Harry Dickson le reconnut sans peine : c’était le bordier des Hébrides, aperçu le soir du départ.
Le cri pouvait-il provenir de ce bord lointain ?
Dickson n’osait le supposer : le bordier courait au plein nord et le vent venant de l’ouest n’aurait pu lui rapporter au-cune rumeur s’élevant à bord du dundee.
Au contraire, il retentissait à présent plus âpre et plus fort, sur la lande même. Il prit tout à coup de l’éloignement et s’éteignit.
Deux coups de feu claquèrent au loin.
— J’espère que Tom fait bonne chasse, se dit le détec-tive, allons à sa rencontre.
Il refusait d’avouer que le singulier appel avait troublé ses nerfs et qu’il éprouvait le plus vif désir de ne plus se trouver seul au milieu de cette vastitude farouche sur la-quelle les premières ombres vespérales commençaient à se déployer.
Il marcha droit vers les sables de l’ouest où Tom devait pourchasser tadornes, barges et souchets.
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Deux nouveaux coups de feu annoncèrent un probable doublé et Dickson pressa le pas. Bientôt, il atteignit un raidil-lon qui lui permit de descendre vers une des petites plages de sable rouge.
Tom Wills s’y tenait à l’affût derrière un gros bloc goé-moneux et, dès qu’il vit le maître s’approcher, il lui fit signe de le faire avec prudence.
En effet deux gros harles gris au bec en dents de scie ar-rivaient lentement dans la direction du chasseur, donnant par-ci par-là un coup de bec dans les petites flaques laissées par le jusant et se gobergeant de menus poissons et de bou-quet.
Dickson rejoignit son élève et s’assit à ses côtés à l’abri du rocher.
— Eh bien avez-vous fait bonne chasse, mon petit ?
Pour toute réponse, Tom tira de son carnier deux su-perbes tadornes au bec orangé, et trois barges rousses bien en chair.
— Laissez-moi joindre ces deux pièces à mon tableau et je vous en montrerai une autre qu’il ne m’a pas fallu tirer, dit-il d’un air triomphant.
Les harles s’approchaient sans défiance et deux nou-velles cartouches furent brûlées à leur intention.
— Hurrah ! s’écrira Tom Wills en voyant les deux oi-seaux culbuter sous la cinglée de plomb.
— Et maintenant venez, maître, dit-il d’un ton important après avoir fourré les deux nouvelles pièces dans son carnier tendu à éclater.
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Il se glissa derrière d’autres blocs de roche, traversa une sorte de petite moraine et finit par s’aventurer dans un long et tortueux corridor rocheux.
Mais à peine les détectives y avaient-ils fait quelques pas, qu’ils s’arrêtèrent pour prêter l’oreille.
Un bruit clair et cadencé leur parvenait du fond du cou-loir qu’ils suivaient.
C’était, à ne pas s’y méprendre, le choc d’un marteau métallique contre les blocs de basalte. Il retentissait avec une hâte fiévreuse, une énergie farouche.
— Je me demande quel démolisseur s’amuse en ces lieux désolés, à donner des coups de pic dans la falaise, marmotta Tom Wills.
Un galet roula sous ses pieds et fut aussitôt suivi par la dégringolade sonore d’un flot de pierraille. Le bruit du mar-teau cessa comme par enchantement.
— C’est regrettable, dit Harry Dickson, nous venons de donner l’éveil à ce curieux casseur de pierres !
Tom avait pressé l’allure et, au bout de quelques mi-nutes, ils avaient atteint la fin du couloir pour se trouver dans un cirque minuscule entre de hautes pierres erratiques.
— Et voici ce que j’avais à vous montrer, maître ! s’écria joyeusement le jeune homme en s’avançant vers un des ro-chers.
Mais presque en même temps il poussa une exclamation de dépit :
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— On a démoli presque complètement ma statue ! se lamenta-t-il.
Il indiqua une étrange figure sculptée à même le roc qui présentait de graves traces de mutilation. Épars autour d’elle, gisaient des éclats de pierres fraîchement brisées.
Harry Dickson regarda ce qui restait de la forme, elle était très ancienne et la patine des âges était sur elle ; indis-cutablement une main d’homme et des plus expertes avait dû la tirer du rocher. Mais, à présent que l’iconoclaste s’était attaqué à elle, ses contours étaient devenus imprécis et amorphes, pas assez pourtant pour empêcher le détective d’y discerner une certaine ressemblance. Il se tourna vers Tom.
— Heureusement que vous avez vu intacte la statue dont vous avez parlé, dit-il.
Tom Wills brandit un poing mécontent vers l’invisible.
— C’est vrai, mais tout de même je le regrette… elle était vraiment impressionnante, ma sculpture. Souvenez-vous, maître, du nom bizarre que Miss Drummond donna l’autre jour, pendant notre souper à l’auberge de Glasgow, à la jeune femme qui dînait à une table voisine : une Lei ! Eh bien cette statue avait tout à fait, à la couleur près, l’apparence de cette Lei !
— Son bourreau ne peut être loin, ajouta-t-il en jetant autour de lui des regards investigateurs.
Harry Dickson suivit son exemple mais finit par secouer la tête.
— Il y a mille endroits de fuite et tout autant d’abris ici même, déclara-t-il, nous ferions mieux de nous souvenir que nous sommes encore un peu détectives !
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Il examina les cassures et les morceaux détachés.
— L’œuvre, car c’est bien une œuvre humaine, dit-il, est ancienne, plusieurs fois séculaire sans doute. L’endroit où elle se trouvait était bien choisi pour l’abriter aussi bien que possible contre les intempéries. Tout aussi bien choisie était la roche qui est monolithique et peu friable. Le temps ne doit pas l’avoir effritée considérablement.
— Cela est vrai, répondit Tom, ou plutôt cela était vrai…
— La destruction a été faite à l’aide d’un ciseau d’acier et d’un marteau, et le démolisseur s’est servi des fines cas-sures naturelles de la roche pour arriver plus vite à ses fins. Et d’un…
Tout à coup il poussa Tom du coude.
Il lui montra de fines éclaboussures sur les pierres écla-tées :
— L’iconoclaste s’est blessé, dit-il simplement.
Mais ils eurent beau chercher, ils ne découvrirent rien de plus.
Le soir tombait et un vent annonçant la tempête proche s’éleva.
— Retournons au château, dit le détective car le temps se gâte et d’ici une heure, il ne fera pas bon être dehors.
Poussés aux épaules par les rafales, ils traversèrent la lande et saluèrent avec joie les fenêtres éclairées du vieux castel. D’aussi loin qu’il les vit, Mr. Warwick les héla.
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— Venez vite, s’écria-t-il en proie à une vive émotion, quelque chose de fâcheux et de vraiment incompréhensible est arrivé à Mr. Brandini !
Harry Dickson trouva son jeune homme couché sur une chaise longue, un bandage sur les yeux et gémissant douce-ment.
— Dickson, murmura-t-il en l’entendant entrer, je suis content de vous savoir ici à mes côtés… Cela commence, mon vieil ami, l’Idole Noire a pris l’offensive.
— Ne dites pas de bêtises ! dit presque rudement le dé-tective.
— Des bêtises ! s’écria Brandini, vous appelez cela des bêtises et j’ai failli y laisser mes yeux !
Avec précaution, le détective souleva le bandage et vit de larges écorchures entourant les yeux du jeune homme.
— Et cela dans ma propre demeure ! se lamenta-t-il, au moment où j’allais entrer dans la bibliothèque pour bavarder un peu avec cette chère Miss Evelyn.
— Mais quoi donc ? s’impatienta Harry Dickson.
— Des oiseaux… d’horribles oiseaux silencieux qui tom-baient sur moi de la voûte du corridor… tout comme celui qui attaqua le timonier du yacht !
— L’Idole Noire du Malabar est souvent représentée en-tourée d’aigles féroces, dit une voix triste.
Harry Dickson se retourna et se vit en présence de Miss Drummond.
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