Harry Dickson - Intégrale volume I

Jean Ray · Chapitre 27 sur 38

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Harry Dickson - Intégrale volume I

L’échiquier de la Mort

 

 

CHAPITRE PREMIER

 

UNE CURIEUSE TROUVAILLE

 

L’affaire de l’échiquier de la mort figure certes parmi celles que Harry Dickson, qui eut à s’en occuper, estime être les plus singulières de sa longue et victorieuse carrière.

Elle s’écarte des autres par ses bizarres possibilités de réussite, par les voies mystérieuses qui devaient conduire au succès criminel.

Le 1er avril 19…, le notaire Drywood, dont l’étude se trouve dans Barbican, reçut la visite d’un habitant du quar-tier désireux de louer une maison bourgeoise, située dans Bunhill Row, dont il avait la garde.

La maison était vide depuis longtemps et ne trouvait pas d’amateur en raison de sa vétusté. Mais elle aurait fait l’affaire de Mr. Chapmann, courtier en denrées alimentaires, pour y établir un dépôt de thé.

Mr. Chapmann reçut les clés, visita la maison et revint chez le notaire, porteur d’une curieuse nouvelle.

Dans une chambre de l’étage de la maison inoccupée, il avait trouvé un échiquier, posé sur la tablette de marbre de la cheminée et portant une unique pièce de jeu : un cavalier noir.

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Le premier mouvement de Mr. Drywood fut d’en rire, puis il s’énerva quelque peu, car cela démontrait que quelqu’un s’était introduit dans la maison dont il assurait la garde.

C’est ce qui l’incita à avertir la police du quartier.

Celle-ci constata que l’échiquier était de bonne fabrica-tion, en buis frotté et incrusté de carrés d’ébène, par consé-quent une pièce coûteuse. La figurine du cavalier noir était également en bois d’ébène sculpté.

L’inspecteur détaché aux constatations nota qu’elle oc-cupait la case numéro 3 de la troisième horizontale à gauche.

L’échiquier était posé en ordre de jeu, c’est-à-dire que le casier noir se trouvait à gauche, dans le coin inférieur.

Nous prions le lecteur de bien vouloir retenir ces détails de jeu, car ils auront leur importance à certains moments.

Mr. Chapmann ne se fit pas faute de colporter la nou-velle dans le quartier, et il ne se passa que peu de journées où elle ne fût la légende de l’endroit.

Un reporter en mal de copie trouva moyen de broder un article plein de mystère sur ce futile sujet, et aussitôt ses confrères de le reprendre avec force commentaires :

— Qui joua aux échecs dans la maison inoccupée de Bunhill Row ?

Le jeu avait été enlevé par les soins de la police et dépo-sé au greffe de Scotland Yard, parmi tant d’autres objets dis-parates, approchant de loin ou de près les affaires criminelles qui y sont journellement traitées.

 

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Mr. Chapmann loua la maison et y vint une seconde fois accompagné d’un entrepreneur pour donner des instructions en vue de son installation.

Il manqua tomber à la renverse en trouvant, au même endroit, un échiquier portant, sur la même case, un cavalier noir, figurine unique sur le dallage noir et blanc.

Cette fois-ci, le notaire Drywood se fâcha et exigea une enquête approfondie : son honneur professionnel étant en jeu. Le brave tabellion ne pouvait en effet admettre que des étrangers s’introduisent dans un des immeubles dont il avait à assumer la garde.

La chose, pour être anodine en elle-même, intrigua aussi bien les policiers que les journalistes par son côté énigma-tique. On la posa en problème à Harry Dickson, qui résolut de l’examiner à son tour.

Il se rendit donc à Bunhill Row, où Mr. Chapmann, fier de son importance, lui fit les honneurs de la maison vide et de la singulière trouvaille, que cette fois la police avait cru devoir laisser en place.

Le deuxième échiquier était loin d’avoir la même valeur que le premier.

C’était un grand carré de bois blanc, dont les cases noires étaient simplement peintes. Le cavalier était une figu-rine vulgaire et non plus en ébène sculptée comme la précé-dente.

Harry Dickson, en l’examinant, fit la constatation sui-vante, et de nouveau nous attirons l’attention du lecteur sur elle :

 

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La figurine était en bois peint et sa peinture de mauvaise qualité s’en allait par parties. À la loupe, le détective décou-vrit que quatre cases s’en trouvaient entachées :

Première horizontale, case numéro 2 à gauche (blanche).

Troisième horizontale, case numéro 1 à gauche (noire).

Cinquième horizontale, case numéro 2 gauche (blanche).

Troisième horizontale, case numéro 3 à gauche (noire).

Sur cette dernière case se trouvait le cavalier noir.

Un joueur d’échecs verra immédiatement que, pour arri-ver à cette dernière case, le cavalier avait dû faire trois bonds successifs.

Harry Dickson nota tout cela. Fermant son carnet, il s’apprêtait à quitter la chambre, quand un objet faiblement brillant attira son attention.

Dans un coin de la pièce, il ramassa une longue douille de cuivre, ayant dû provenir d’un fusil Winchester.

Et nous voici immédiatement plongé jusqu’au cou dans le côté, ou, plutôt, dans un des côtés tragiques de l’étrange aventure :

En face de la maison inoccupée de Bunhill Row, se trou-vent les Artillery Grounds ou terrains d’artillerie, servant à des exercices intermittents de la garnison. Or, la veille, le soldat Brands de l’artillerie montée avait été tué à la nuit tombante, d’une balle de Winchester, sur ces terrains. Son cheval, une belle bête noire, était rentré seul à l’écurie et quelque temps après, on avait ramassé le cadavre de son ca-valier aux abords de la clôture du parc.

 

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