Harry Dickson - Intégrale volume I

Jean Ray · Chapitre 17 sur 38

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Harry Dickson - Intégrale volume I

Le Cas de Sir Evans

 

 

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LE CAS DE SIR EVANS

 

CHAPITRE PREMIER

 

LES PISTES DU SANG

 

— Non mais, regardez-moi cette cavalcade !

Il y avait de quoi s’étonner, pour un étranger, dans le singulier cortège qui venait de tourner le coin de la rue.

Une grossière charrette, attelée de deux chevaux, était escortée par un nombre respectable d’agents de police en armes, tant montés qu’à pied. Le cocher, un ouvrier de mise débraillée, avait cédé les rênes de son attelage à l’un des convoyeurs et vidait goulûment une bouteille de bière.

Il y avait peu de gens dans la rue. Pourtant les rares pas-sants ne se retournèrent même pas sur une scène aussi cu-rieuse, mais qui leur semblait coutumière. Une dame don-nant des soins aux géraniums de son balcon ne leva pas une seule fois la tête et un balayeur de rues qui repoussait d’une mine dégoûtée un amas de poussière et de brindilles vers l’égout, cracha d’un air de mépris au passage du convoi.

Toutefois il s’aperçut de l’étonnement des deux voya-geurs qui venaient de se poser mutuellement la question et il daigna les éclairer.

— Parce que ce vieux tombereau appartient à Evans & Co, on mobilise la police entière de Preston, pour lui per-

 

– 177 – mettre d’aller chercher quelques foutaises à l’autre bout de la ville.

Au nom d’Evans & Co, l’aîné des voyageurs devint plus attentif et fit signe à son jeune compagnon de ralentir le pas.

— Evans… ce nom ne m’est pas inconnu, murmura-t-il.

— Nature, gouailla le balayeur, à moins d’être tombé de la lune, regardez-moi ces cheminées qui fument et qui em-pestent notre air. Ces usines deux fois plus hautes que des églises, et vous comprendrez qu’on veuille protéger les biens de gens aussi riches. Ah misère de sort !

— Et contre quoi veut-on protéger les biens d’Evans & Co, mon ami ? demanda le gentleman.

— Le sais-je, moi ? Je suis pas dans les petits papiers des flics, moi ! J’suppose qu’il s’agit d’une grève ou d’une autre faribole du genre, mais ce n’est pas mes oignons, mon prince.

Un agent de police qui, lui, n’escortait pas le tombereau s’approcha.

— Allons bon, Slim, vous voilà de nouveau à bavarder au lieu de faire convenablement votre travail, intervint-il d’un air mécontent.

Le balayeur prit la mouche.

— J’suis poli, moi, et quand un étranger me demande un renseignement j’essaye de le lui fournir, par politesse et civi-lité, monsieur l’agent de police. Je connais des flics qui ne pourraient pas en dire autant !

 

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— Voyons, voyons, dit aimablement le voyageur, vous n’allez pas prendre cela au tragique, j’espère. Monsieur l’agent conviendra qu’un pareil cortège est pour le moins étonnant, du moins pour quelqu’un qui n’est pas de la ville.

— MMr. Evans & Co payent les convoyeurs, dit simple-ment le représentant de l’autorité, il n’y a rien à redire à ce sujet.

— J’ignorais qu’il y eût des bruits de grève par ici, con-tinua le voyageur.

L’agent haussa les épaules.

— Je ne sais pas s’il s’agit d’une grève, mais on a reçu des ordres et cela doit nous suffire, à nous les policiers. Au revoir, messieurs !

Ainsi finit ce bref colloque dans la rue et Harry Dickson entraîna son élève Tom Wills vers les lointaines usines, dont on voyait les vastes grilles, gardées par une double senti-nelle.

— Nous en saurons bientôt davantage, Tom, dit-il, puisque c’est Evans & Co qui nous a priés de venir ici.

Le décor dans lequel ils se mouvaient n’avait rien d’attrayant ; la vieille ville industrielle se montrait dans ses atours les moins riants. De hautes murailles fuligineuses fai-saient de l’ombre dans les rues ; les façades des maisons avaient adopté toutes une même teinte neutre et suiffeuse. Les usines s’alignaient à perte de vue, monotones, trouées d’une sextuple rangée étagée de fenêtres carrées.

Derrière la haute grille où veillaient les sentinelles, quelques arbres rabougris essayaient en vain d’ajouter une note réconfortante de vert tendre à tant de grisaille.

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— Êtes-vous attendus, messieurs ? demanda le gardien. Oui ? Permettez, je m’informe ! Il appuya sur un bouton élec-trique et, quelques instants plus tard, un secrétaire arriva du fond du jardin et vint s’enquérir d’un air méfiant du désir des visiteurs.

Harry Dickson lui tendit le télégramme qu’il avait reçu la veille, à Londres. L’employé sursauta.

— Monsieur Dickson… et c’est Mr. Evans en personne qui vous a envoyé ce télégramme ? Ah, sir, s’il y a quelqu’un de bienvenu ici à cette heure, ce sera bien vous ! Voulez-vous vous donner la peine de me suivre ?

Il les conduisit à travers un jardin aux minables végéta-tions, vers une haute maison grise, à perron surélevé, au pied duquel veillaient deux griffons de pierre. Des uniformes bleus circulaient entre les viornes et les haies de fusain, comme si les usines s’étaient trouvées en état de siège.

Harry Dickson en fit la remarque au secrétaire qui se contenta de secouer la tête.

— On ne sait trop ce qui se passe, sir, on devient neuras-thénique à vivre de telles journées… enfin, vous allez trouver le chef de la police, Mr. Sherwood.

— Cet excellent Sherwood ! s’écria le détective, toujours en place ? Il ne prendra donc jamais sa retraite ?

— Bah, c’est un bien brave homme, qui ne tient qu’à fi-nir en paix ses dernières années de service, aussi ces his-toires le tarabustent-elles de belle façon !

Il était inutile de questionner davantage le préposé, puisqu’on venait de gravir le perron et d’entrer dans un im-mense vestibule où s’ouvraient plusieurs salons.

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Deux agents de police se précipitèrent au-devant des en-trants et un vieux gentleman vint s’enquérir de leurs désirs, de l’air le plus ennuyé du monde.

Mais à peine eut-il entrevu le détective, que son visage s’éclaira.

— Dieu soit loué, Dickson… car je suppose que vous êtes bien Harry Dickson, bien que nous ne nous soyons plus revus, depuis mon départ de Londres.

— Soit quinze ans aux primevères ! répondit jovialement le détective, alors comme on dit, ça va bien, mon vieux Sherwood ?

— Bien ! Euh… à part les rhumatismes, oui, mais ceci est tout à fait personnel. Ce qui ne va pas, c’est cette damnée histoire.

— Pour laquelle Sir Evans m’a fait venir ?

— Il vous… a… fait… venir ?

Harry Dickson lui tendit un télégramme.

— Ah, murmura le chef de la police, que ne l’a-t-il expé-dié un jour plus tôt !

— Pourquoi donc ? Qu’y a-t-il de si urgent dans tout ce-ci ?

— Sir Evans a failli être assassiné cette nuit, Dickson !

— Où est-il ? demanda Dickson brièvement.

— Dans sa chambre, les médecins sont à son chevet, mais venez vous en rendre compte par vous-même.

 

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Harry Dickson et Tom Wills suivirent Mr. Sherwood à travers une maison de vieille ordonnance, meublée d’antiquités de prix, pour arriver à une chambre de l’étage, très sombre où, malgré l’heure, les lampes étaient allumées.

Mr. Sherwood fit les présentations, puis s’adressant à un des deux médecins :

— Eh bien, docteur Clavering ? pourriez-vous d’ores et déjà nous dire quels seront les termes de votre rapport ?

Le docteur Clavering, un homme maigre et triste, au teint gris et aux yeux pâles, salua et répondit d’une voix mo-notone.

— D’accord avec mon honorable collègue, le docteur Mills, j’ai constaté que la victime a été frappée à l’aide d’un objet lourd, à deux reprises, sur le crâne. Il n’y a pas de frac-ture, ni même de lésion essentielle. Mais, une forte commo-tion cérébrale ayant été provoquée, nous sommes inquiets quant à sa suite, surtout à cause du grand âge de la victime.

Il souffla comme s’il en avait assez dit et retourna vers le lit, où Harry Dickson le rejoignit aussitôt.

Sir Evans était un grand vieillard imposant dont le vi-sage sévère aurait pu tenter un statuaire classique, tant ses traits étaient réguliers et empreints d’une majesté sereine.

Mais, à présent, une grande pâleur l’avait envahi, que les bandages blancs de sa tête faisaient encore ressortir davan-tage. Sa respiration était pénible et sifflante et le docteur Mills, soucieux, affirmait qu’il avait trop de température et qu’il craignait des complications.

 

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Le détective, après avoir longuement considéré cette fi-gure auguste, prit Mr. Sherwood à part pour lui poser les questions d’usage.

— Vous avez tout à me raconter à ce sujet, Sherwood, dit-il, depuis la raison des singuliers convois qui circulent en ville…

— Tenez, vous avez déjà vu cela ?

— … jusqu’à cette tentative d’assassinat.

Le chef de la police de Preston ne se fit pas prier.

— C’est une bien curieuse histoire, Dickson, dont je suis loin de connaître le fin mot d’ailleurs. Mais, comme on dit, commençons par le commencement.

» Il y a de cela environ un mois, Mr. Evans me pria de venir lui rendre visite à son domicile. Mr. Evans est un homme d’importance, aussi me suis-je rendu sans retard à cette invitation.

» Il me reçut dans le salon du rez-de-chaussée que vous avez vu en entrant. Il avait l’air préoccupé et inquiet.

» — Mr. Sherwood, demanda-t-il de but en blanc, je crois qu’en supportant tous les frais, j’ai droit à une surveil-lance de police aussi étendue qu’il me plaît de l’avoir, n’est-il pas vrai ?

» Je répondis par l’affirmative.

» — C’est en effet votre droit, sir, et même, au cas où notre effectif municipal serait trop restreint, nous pourrions engager pour votre compte des agents temporaires ! dis-je en riant.

 

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» — Très bien, dit-il, en tout cas je désire que mes usines soient gardées nuit et jour par des brigades spéciales de vos agents. Ensuite que les moindres convois, camions, char-rettes, voitures, sortant de l’usine, soient convoyés par vos policiers. Cela est-il possible ?

» — C’est possible, sir, surtout si vous en supportez tous les frais comme vous le dites. Je m’empresse de vous décla-rer qu’ils seront considérables.

» Il se contenta de hausser doucement les épaules et je sentis l’inanité de ma remarque : la fortune de Sir Evans est énorme…

» Mais je hasardai toutefois une autre objection.

» — Pourtant, sir, dis-je, je crois avoir le devoir de vous demander la raison de cette surveillance.

» — C’est très juste, répondit-il. Je suis menacé dans mes biens, dans ma fortune, sinon dans ma vie. Quelqu’un que j’ai raison de craindre vient de me menacer de la sui-vante façon : Evans je vous réduirai à la ruine, je ne vous laisserai pas une pierre pour y dormir votre dernier sommeil.

» — Mais, ripostai-je, il serait facile d’empêcher cet en-nemi de vous nuire. Portez donc plainte contre lui et je m’en charge !

» Aussi grave que fût son visage, je le vis exprimer une certaine gaieté.

» — Merci Sherwood, vous êtes animé des meilleures in-tentions, mais je connais mon adversaire, et je sais ce dont il est capable. Je n’ai nulle intention de le dénoncer parce qu’il n’a pas encore passé à l’action. Je me défends, je prends des

 

– 184 – précautions pour sauvegarder ce qui m’appartient, est-ce mon droit ?

» — C’est votre droit, sir, et tout sera fait selon vos dé-sirs.

» Et, depuis, nos agents circulent à travers les usines, veillent aux portes de la demeure de Sir Evans, et nos cava-liers escortent les convois sortant des établissements.

— À mon tour, Sherwood, dit Dickson, de vous poser quelques questions. Que fabriquent les usines Evans & Co ?

Le policier lança à son ami un regard de reproche.

— Evans & Co est une des plus vastes manufactures co-tonnières d’Angleterre ! dit-il.

— Et qui est le « & Co » qui s’adjoint au nom de Mr. Evans ?

— C’est le nom de la firme. Il existait un associé du temps de Mr. Evans père, le tout a passé depuis aux mains de notre Mr. Evans, mais le nom de la firme est resté par tra-dition.

— Mr. Evans n’est pas marié ?

— Un célibataire endurci, un misogyne et un misan-thrope, bien qu’il soit loyal et bon envers son personnel et ses ouvriers.

— Pas de famille, pas d’amis ?

— Rien de tout cela, en effet !

 

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— Donc, fit Dickson en élevant quelque peu la voix, on ne connaîtra les raisons des appréhensions de Sir Evans que quand il pourra nous les dire lui-même.

Le docteur Clavering l’entendit et soupira.

— Ce ne sera hélas pas de sitôt, messieurs, je le crains et mon collègue Mr. Mills également !

— Avez-vous déjà questionné les domestiques, Sher-wood ? demanda le détective.

Le chef de police fit la grimace.

— Il n’y avait qu’un serviteur pour toute cette grande demeure, mon cher Dickson, à part les nettoyeuses qui inter-venaient une ou deux fois par semaine et qui se recrutaient parmi le personnel féminin des usines. Il est vrai que Sir Evans a la réputation d’un homme très sobre, ne vivant que de laitages, de fruits et de légumes.

— Et cet unique serviteur ? demanda le détective.

Le vieux Sherwood grinça des dents.

— Grissman, il s’appelle. Thomas Grissman ! Eh bien depuis ce matin, pas plus de Grissman que sur ma main ! Fi-lé, disparu, envolé ! Je le soupçonne !

— Comment avez-vous eu connaissance de la tentative de meurtre dont Sir Evans fut victime ?

— Le secrétaire Lommel, qui vous a reçu à votre entrée, vient chaque matin prendre les ordres de son patron. Le gar-dien lui a ouvert la grille, il a sonné à la porte de la maison ; comme il ne reçut aucune réponse, un de mes agents qui cir-culait dans le jardin est venu à la rescousse. Immédiatement

 

– 186 – ils m’ont prévenu par téléphone. Nous avons enfoncé la porte et trouvé Sir Evans étendu en travers du lit, la tête poissée de sang et gémissant doucement. Nous avons en vain fouillé la maison et sans trouver le domestique Grissman. De là à le soupçonner…

— Il n’y aurait qu’un pas, si…

— Si ? demanda le policier interloqué.

— S’il n’y avait pas une suite d’aléas, mon cher ami, ré-pondit Harry Dickson. Combien d’agents ont circulé de nuit dans ce jardin ?

— Exactement quatre !

— Et ce jardin n’est pas grand. Ensuite il entoure com-plètement la maison. Quelqu’un qui entre ou qui sort de cette demeure doit donc être fatalement aperçu du jardin, où d’ailleurs les lampes électriques restent allumées de nuit, n’est-ce pas ?

— C’est exact !

— Et vos agents n’ont rien vu ?

— Rien vu, ni entendu !

Harry Dickson resta songeur.

— Où se trouve l’appareil téléphonique dans cette mai-son ?

— Dans la pièce voisine qui sert de cabinet de travail à Mr. Evans.

— Je désire m’en servir.

 

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La pièce d’à côté était un bureau d’ameublement sévère et sombre, et d’un confort modéré. Le poste téléphonique était un appareil de table en ébonite, posé devant le fauteuil tournant. Le détective s’en empara et demanda le central.

— Le télégramme, envoyé hier par Mr. Evans à l’adresse de Mr. Dickson à Londres, a dû être expédié par message té-léphonique, je suppose ?

La réponse ne se fit pas attendre et fut affirmative.

Harry Dickson reposa le microphone, mais soudain son regard devint fixe.

— Tom, Sherwood, murmura-t-il, venez ici tous les deux et regardez cette table.

— Elle est bien propre, dit le policier.

— Elle est trop propre, dit à son tour le jeune élève dé-tective, elle a été nettoyée, mais assez hâtivement puisqu’on voit la trace du coup de torchon.

Harry Dickson passa lentement la main sur la surface de chêne poli.

— Et savez-vous ce que l’on y a nettoyé, Sherwood ? Non ? Du sang ?

Il leva une feuille de papier qu’il venait de frotter sur le bois et qui présentait des souillures suspectes.

— Aha, s’écria le policier, cela pourrait s’expliquer : Grissman a assommé son maître devant son bureau !

— Et il l’a laissé se retirer à son aise dans sa chambre à coucher, n’est-ce pas ? demanda ironiquement le détective. Trouvez donc autre chose, Sherwood !

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Soudain Tom Wills poussa un cri.

Il venait de retourner une corbeille à papiers et en reti-rait un lamentable petit objet hirsute et convulsionné.

— Pauvre petit animal ! s’écria-t-il en montrant le ca-davre d’un minuscule chaton.

— Un chat ! s’écria à son tour Mr. Sherwood. Aha ! nous sommes loin d’un crime mystérieux, messieurs. Je vois très bien ce qui s’est produit : un petit chat errant s’est introduit dans le bureau et le maître de céans l’a assommé, dans un mouvement d’impatience. Je crois en effet savoir que Sir Evans n’aimait pas plus les bêtes que les hommes.

— Donnez, dit sèchement Dickson en s’emparant de la petite dépouille.

— Drôle de façon de tuer un chat en un simple réflexe d’humeur, murmura-t-il avec dégoût. Une section en croix dans le ventre qui a dû demander un couteau rudement acé-ré.

Il se mit à examiner plus attentivement le corps tordu et efflanqué du petit félin qu’il déposa ensuite dans la corbeille.

— Sherwood, dit-il d’une voix émue, vous avez dit avoir complètement exploré cette maison ? Oui… et bien j’en doute, sinon…

— Sinon ? demanda un peu aigrement le policier.

Harry Dickson ne répondit pas, ses regards erraient au loin comme s’ils poursuivaient de redoutables images fugi-tives.

 

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— Il y a quelque chose d’affreux dans cette maison, quelque chose d’abominable, quelque part où vous n’êtes pas encore allé, Sherwood. Venez donc !

Impressionné malgré lui par la gravité de ces paroles, le chef de la police se mit aussitôt à parcourir la maison de haut en bas.

— Rien, rien, murmurait-il au fur et à mesure que l’on quittait chaque pièce soigneusement explorée.

— Et pourtant elle y est ! répliqua sombrement Harry Dickson.

Il se tenait debout au milieu du hall, les bras croisés sur la poitrine.

— Il y a le chat, j’oubliais, dit-il soudain.

— Qui a été tué dans le bureau ? demanda Sherwood.

— Mais non, il n’a pas été tué dans le bureau ! s’écria Dickson et pour preuve… Retournons au bureau !

Une fois arrivé là, il se mit à chercher furieusement au-tour de lui.

— Des traces ! Il est impossible qu’il n’y ait pas de traces ! grommela-t-il.

Tout à coup, il poussa une exclamation de triomphe.

— Les voilà ! Ah… le torchon s’est déjà promené par ici, mais pas suffisamment pour détruire toute piste. Cela nous reconduit vers les étages supérieurs, vers les combles sans doute.

 

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— C’est vrai, murmura Mr. Sherwood, il y a des traces de sang qui mènent vers l’étage supérieur.

— Attendez, dit Harry Dickson, cela se complique et il ne faut pas s’embrouiller dès le début. Veuillez examiner le palier, Sherwood. Relevez-vous les traces des coups de tor-chon ?

— Non, s’écria le policier, mais voici du sang, sur le re-bord de cette marche d’escalier.

Harry Dickson poussa un petit sifflement satisfait.

— Nous allons en recueillir sur notre mouchoir, l’analyse nous prouvera bientôt que nous sommes devant du sang humain, Sherwood, ou bien je ne veux plus m’appeler Harry Dickson. Nous avons déjà trouvé du sang de chat, en grande partie torché dans le bureau. Je suppose que nous allons en retrouver sur les marches.

— Quel imbroglio ! cria le chef de la police. Du sang de chat, du sang humain et puis encore du sang de chat.

— C’est pourtant très logique, riposta Harry Dickson, mais je crains que nous ne nous arrêtions pas là.

Un appel de Tom Wills lui fit tourner la tête.

— Les traces annoncées par vous, maître, mais toutes petites !

— C’est bien cela, grogna le détective, y a-t-il moyen de les suivre ?

On entendit les pas du jeune homme s’éloigner vers les hauteurs de la maison.

 

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— Facilement, maître… Mais venez donc, elles s’arrêtent devant le mur.

— Sherwood, dit froidement le détective, je crains de-voir vous mettre bientôt devant quelque chose d’horrible, comme je vous l’ai déjà dit.

Ils se trouvaient à l’étage des combles, devant un mur blanchi à la chaux où Tom Wills désignait du doigt un léger filet brun.

— Sondez la muraille, Tom, je suppose qu’elle sonnera le creux comme un tonneau vide, dit le détective.

Tom martela de ses poings la paroi blanche qui, en effet, rendit un son clair.

— Cherchons la porte, elle ne peut être loin, s’exclama Harry Dickson.

On la découvrit promptement : c’était un panneau à glis-sière qui se dissimulait assez bien, mais pas assez toutefois pour constituer une entrée secrète dans toutes les règles de l’art. Après quelques inutiles efforts, il s’écarta enfin.

Un réduit obscur, maigrement éclairé par une unique tuile en verre, s’offrit à leurs regards. Tom qui ouvrait la marche heurta au pied une soucoupe de lait.

— Le refuge du chat, explique Harry Dickson, mais ce n’est pas tout… il est impossible que ce soit tout.

Il avait à peine dit que Mr. Sherwood se jeta en arrière avec une exclamation horrifiée ; d’une main tremblante il dé-signait un sinistre paquet de hardes.

— Un homme… un cadavre… bégaya-t-il.

 

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Une large flaque de sang se coagulait sur le plancher et sur son fond noir et luisant, une tête se détachait, livide, ef-froyablement exsangue.

— Grissman ! hurla le chef de la police.

Le détective, surmontant son horreur, retira les hardes et découvrit la plaie.

— Qu’en dites-vous, Sherwood, murmura-t-il en mon-trant le ventre nu où s’ouvrait une effroyable plaie en croix.

— C’est… de… la même… manière, que le petit chat… a été tué…, balbutia le policier.

— Seul, Mr. Evans pourrait nous dire quelque chose au sujet de ces horreurs, déclara Tom Wills.

— Allons toujours le voir, accepta le détective.

Les médecins qui s’attardaient toujours auprès de leur patient, furent avertis du nouveau crime dont la découverte venait d’être faite.

— Quand pensez-vous que nous pourrons interroger Sir Evans, docteur ? demanda Mr. Sherwood.

Clavering et Mills levèrent les bras en l’air.

— Sir Evans ? Pourrez-vous le faire jamais ? Le malheu-reux vient d’entrer dans le coma, messieurs !

 

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