Harry Dickson - Intégrale volume I
Chapitre 2: L’oiseau Mystérieux
CHAPITRE 2
L’OISEAU MYSTÉRIEUX
Harry Dickson, Tom Wills, John Brandini et Miss Evelyn Drummond arrivèrent à Glasgow par une ravissante matinée de fin septembre. Une brume légère et opaline traînait sur les flots puissants de la Clyde, comme ils traversaient le beau pont à arches qui mène vers la vieille ville.
Après une brève station à la mairie, ils furent reçus au département des archives par un vieil homme aimable et tout en sourires qui se présenta comme l’ancien conserva-teur du château de l’île Mâbar, Mr. Douglas Warwick.
— Aha ! s’écria le vieillard après avoir serré chaudement les mains tendues vers lui. Vous croyez entrer dans une fa-rouche colonie de mouettes et de goélands, mais c’est ce qui vous trompe. Le vieux castel a été soigné aux petits oignons par le Trésor britannique, il est vrai que vous en solderez la note, Mr. Brandini, mais j’ose espérer que vous ne la trouve-rez pas trop corsée.
» À votre arrivée, vous y serez reçu par un personnel restreint, mais suffisant et, à cette occasion, je serais charmé d’être votre guide dans votre propre domaine.
— Disons hôte et non guide, répliqua jovialement le jeune propriétaire.
— Entendu, accepta tout aussi cordialement Douglas Warwick ; j’y ai quelquefois passé mes vacances et elles fu-rent toujours charmantes ! Le fantôme de Mâbar ne m’a ja-mais fait le moindre mal.
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— Comment ? s’écria Brandini en riant, j’hérite égale-ment d’un fantôme ? Je ne me croyais pas aussi riche !
Mr. Warwick se mit à rire doucement.
— On ne sait jamais, dit-il, ces vieux châteaux conti-nuent toujours à garder un certain mystère. Nous sommes ici au pays de la Dame Blanche, ne l’oubliez pas !
— Et quelle sorte de dame hante ma nouvelle maison ? demanda Brandini.
— C’est une dame en effet, répondit le vieil archiviste, mais elle est noire. Comme le veut la tradition.
Brandini allait raconter qu’il avait déjà connaissance d’une Idole Noire avec qui il aurait à compter, quand il sentit la main de Harry Dickson peser sur son bras et il se tut.
— J’ai pensé vous faire plaisir en louant un petit yacht qui nous fera faire une courte croisière avant d’aborder à votre île, monsieur Brandini, continua Mr. Warwick. Nous passerons au large de l’île Mull, puis de Staffa où se trouve la merveilleuse grotte de Fingal et puis, après avoir doublé l’extrême pointe de l’île Coll, nous verrons Mâbar surgir de la mer comme une haute forteresse noire. C’est une belle île, allez, et elle contient quelques grottes presque aussi belles que celle de Fingal dont je viens de vous parler.
» Je vous retiens à déjeuner, car je puis vous offrir les premiers grouses de la saison, ainsi que d’excellentes soles d’Écosse fraîchement pêchées.
Le repas fut des plus réussis ; Douglas Warwick était un trésor vivant d’anecdotes où l’humour écossais était large-ment mis à contribution.
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Dans l’après-midi, il pilota ses nouveaux amis par la ville, en vue d’y faire l’acquisition de ce qui pouvait encore faire défaut à l’ameublement d’un château qui se respecte.
Avant la nuit close tous les colis, et ils étaient nombreux, avaient été arrimés dans la petite cale du yacht Bag Piper et comme ce dernier ne levait l’ancre qu’aux premières clartés de l’aube, Brandini invita tout le monde à dîner au restau-rant.
On avait choisi une vieille taverne renommée de la basse ville, « Aux Armes des Dundonald », dont la cuisine était cé-lèbre.
Il était relativement tôt quand ils y arrivèrent et la spa-cieuse salle à manger était déserte à l’exception d’une unique table dans le fond, où dînait un couple solitaire.
John Brandini leur jeta un regard distrait, mais aussitôt sourit avec bonne humeur :
— Voilà des gens amoureux, dit-il, on dit que cela porte bonheur d’en rencontrer avant un voyage ou une affaire. La dame est bien jolie, la connaissez-vous monsieur Warwick ?
Le vieillard leva les yeux vers le plafond avec une ex-pression comique :
— Hélas, cher monsieur, j’ai passé l’âge où l’on regarde avec complaisance de jolis minois, pour ne plus accorder d’attention qu’aux portraits de belles, mortes depuis des siècles. Mais je veux bien rendre justice à cette jeune dame : elle est bigrement jolie et ses cheveux sont comme tissés de feu et de soleil.
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Miss Evelyn tourna à son tour le regard vers les dîneurs qui ne semblaient nullement s’apercevoir de l’attention dont ils faisaient l’objet.
— Oh, fit-elle à mi-voix, voilà qui est pour le moins étrange !
— Quoi donc, Miss Drummond ? demanda Harry Dick-son qui était assis à ses côtés.
— Rien… peu de chose après tout… une ressemblance. Connaissez-vous Le Livre des Merveilles, monsieur Dickson ?
— Vous nous avez parlé dans votre cours de cette œuvre des siècles enfuis, Miss Evelyn, répondit le détective, mais je ne le connais que de nom.
— L’Angleterre n’en possède aucun exemplaire, en de-hors d’un fac-similé de minime valeur, mais la bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris en détient un.
— Qui parle de bibliothèque ? s’écria Mr. Warwick, qui piétine mes plates-bandes ?
Miss Drummond répéta ce qu’elle venait de dire à Harry Dickson et ajouta :
— Il m’a semblé trouver une ressemblance entre le type très beau et à la fois très étrange de cette femme et une fi-gure qui se trouve dans ledit Livre des Merveilles, notamment celle d’une Lei ou prêtresse malabare.
— Encore ! s’écria Brandini qui avait écouté assez dis-traitement.
— C’est vrai, dit la chargée de cours en souriant, je vois des choses malabares dans tout !
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Douglas Warwick secoua la tête.
— Je ne connais pas ces gens, dit-il, ils sont probable-ment étrangers à la ville, car nous ne manquons pas de tou-ristes aussi longtemps que le beau temps perdure.
Le maître d’hôtel apporta sur la table un immense plat d’étain chargé d’une multitude de raviers. Il y avait là des anchois au beurre frais, de larges tranches de saumon fumé, des anguilles à la gelée et aux herbes fines, des écrevisses en bouquet, du caviar rose, des aspics de flétan et de homard, des paupiettes de sole à la glace, bref tout ce que la cuisine écossaise parvient en tant que hors-d’œuvre à emprunter à la marée.
Les étrangers furent oubliés et l’on ne pensa plus qu’à manger et à se réjouir autour de la table de John Brandini et de ses amis.
Toutefois le festin ne s’éternisa pas : on devait se lever dès potron-minet, pour monter à bord du Bag Piper qui pren-drait immédiatement la mer à l’arrivée de ses passagers.
On avait choisi pour passer la nuit un hôtel proche du port, d’un confort un peu désuet mais toutefois suffisant.
Au milieu de la nuit Harry Dickson fut réveillé par un bruit monotone. Il alluma sa lampe et vit les vitres de la fe-nêtre ruisseler d’eau de pluie.
— Fichtre, murmura-t-il, voici le temps qui se gâte.
Mais l’instant d’après il eut la sensation que ce n’était pas le seul bruit de la pluie battante qui l’avait tiré de son sommeil.
Il se dressa sur son séant et resta aux écoutes de la nuit.
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Bientôt une nouvelle rumeur, proche et prudente, se précisa : c’était un glissement discret de pas sur les dalles du couloir extérieur.
Ces pas se rapprochaient petit à petit et soudain ils s’arrêtèrent devant la porte de sa chambre.
Sans faire le moindre bruit, le détective se leva, marcha doucement vers la porte, fit glisser le verrou sans qu’il crissât et brusquement tira la porte vers lui.
Il retint mal une exclamation de surprise et de frayeur.
Immobile, droite et raide, une ténébreuse silhouette se tenait dans le cadre de la porte ouverte. Un énorme manteau noir terminé en cagoule la couvrait complètement, mais der-rière les deux trous du capuchon deux immenses prunelles fixes comme celles des poulpes flamboyaient d’un terrible feu vert.
Harry Dickson hésita un instant, puis voulut s’élancer.
Mais il ne vit plus devant lui qu’un long couloir vide où brûlaient deux veilleuses lumignons, et n’entendit que la si-nistre plainte du vent qui rôdant par les étages s’apparentait à un funèbre appel de détresse et de menace.
Il décida de ne plus se rendormir, mais l’aube vint triste et blafarde, sans que rien d’insolite se fût manifesté encore.
Le détective décida de ne pas troubler la joie de ses amis en leur racontant l’angoisse de la nuit.
Courbés sous les rafales, on gagna le bord du Bag Piper qui tirait sur ses amarres comme un coursier impatient de s’élancer vers l’aventure.
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Le yacht, loué par les soins de Mr. Warwick, était une de ces jolies unités comme seule la Clyde en construit sur ses chantiers. Dans les cabines exiguës mais très confortables, mises à la disposition des voyageurs, on pouvait aisément supporter les fatigues de trente heures de mer.
Car on avait abandonné le projet d’une croisière d’agrément, pour ne plus songer qu’à un voyage aussi rapide que possible.
Le temps avait opéré une brusque volte-face. Des nuages chargés de pluie chassaient bas dans le ciel poussés par un dur vent d’Ouest. Partout sur le fleuve paraissaient des « moutons » précurseurs des rudes lames qui ne tarderaient pas à assaillir le navire au sortir du Firth de la Clyde.
Mr. Warwick eût volontiers remis le voyage, mais John Brandini tenait à mettre au plus tôt le pied sur son île.
Heureusement tous avaient le pied marin, même Miss Evelyn qui possédait plusieurs voyages aux Indes à son actif.
Le Bag Piper, pourvu d’un puissant moteur semi-diesel, s’avéra excellent marcheur, un « vrai gentleman de la mer » comme l’appelait Mr. Douglas Warwick. Il doubla au plus près la pointe de Cantire et, une fois l’île Islay laissée à tri-bord, prit résolument le large, à cause des furieux brisants entourant les autres terres rocheuses dont la mer des Hé-brides était parsemée. D’ailleurs ces îles, si merveilleuses par beau temps, étaient devenues sinistres et hostiles sous la pluie battante.
Vers le milieu de la journée, après un lunch sommaire, presque tous se retirèrent dans leurs cabines respectives, car chez d’aucuns les premiers symptômes du mal de mer ve-naient de se montrer. John Brandini, complètement dépour-
– 31 – vu de sa bonne humeur coutumière, s’était allongé sur sa couchette et Mr. Warwick, devenu soudain livide, s’était éclipsé à son tour. Décidément le pied marin les abandonnait tous, ou presque.
C’était la première fois depuis le départ de Londres que Harry Dickson se trouvait seul avec son élève et qu’ils pou-vaient converser ensemble.
Le détective lui raconta alors l’étrange apparition de la nuit passée.
Tom Wills n’en parut pas mécontent.
— Cela corse toujours l’aventure, opina-t-il, bien que j’aie mon idée à ce sujet.
— Vraiment ? dit le maître avec un peu d’ironie.
— Je n’aime pas Miss Drummond, riposta brusquement le jeune homme.
Harry Dickson devint plus attentif, et enjoignit Tom de s’expliquer.
— Elle ne s’est pas couchée de toute la nuit, déclara le jeune homme. Sa chambre était voisine de la mienne, et la cloison de séparation n’était pas épaisse. Je l’ai entendue marcher en marmottant tout le temps, d’une voix monotone comme si elle psalmodiait des litanies. Ensuite elle a pleuré et gémi très longuement…
Il n’en dit pas plus long : une main frappait sur la porte la cabine, puis Miss Drummond entra.
— Les cloisons d’une cabine de navire sont encore moins épaisses que celles d’une chambre d’hôtel, monsieur
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Wills, dit-elle assez âprement, aussi ne pouvez-vous m’accuser d’indiscrétion, si je vous dis que, bien malgré moi, j’ai entendu votre conversation. Je n’ai pas voulu continuer à l’écouter contre ma volonté et je suis venue vous en préve-nir. Maintenant je veux vous donner la raison de ma nuit blanche.
Elle entrouvrit sa blouse de soie noire et les deux détec-tives virent un linge ensanglanté lui entourant le haut de la poitrine.
— La mystérieuse créature nocturne ne s’est pas conten-tée de me regarder comme elle le fit pour vous, monsieur Dickson, dit-elle, elle a passé tout de suite à l’action en es-sayant de me poignarder. Moi aussi je ne voulais inquiéter personne, et j’étais décidée à garder le silence à ce sujet. Mais lorsque j’entendis le début de votre entretien à travers la cloison, je me suis dit que ce silence pouvait être cou-pable.
— Miss Evelyn ! s’écria Harry Dickson effrayé, que vous est-il arrivé cette nuit ?
— Je crois que c’est ma faute et rien que ma faute, murmura la chargée de cours à voix basse. En me mettant au lit j’ai… ne vous moquez pas de moi, monsieur Dickson, j’ai invoqué l’Idole Noire… Je l’ai fait selon une formule d’incantation qui se trouve dans certains vieux manuscrits malabars que je connais. Cette incantation est vraiment ter-rible. Je crois qu’en la commençant je n’y ajoutai aucune croyance. Je la récitai machinalement, et puis je m’endormis. À ce moment Mr. Wills a dû s’endormir lui-même, puisqu’il n’a rien entendu de ce qui s’est passé ensuite.
Tom Wills rougit et baissa la tête.
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— Je vous avoue… que j’ai exagéré un peu en disant que je vous ai entendue déambuler toute la nuit dans votre chambre, Miss, répondit-il avec sincérité. Vos monotones li-tanies ont agi sur mes nerfs comme une sorte de somnifère.
— Je me suis endormie, continua Miss Drummond, mais je ne pense pas que mon sommeil dura longtemps. Je me trouvai tout à coup réveillée par un violent courant d’air. Ma lampe brûlait en veilleuse et je vis que la porte de ma chambre que je croyais pourtant avoir fermée au verrou était large ouverte.
» J’allais me lever, quand une main robuste me cloua brusquement sur ma couche. Alors, dans le falot éclairage du lumignon, je vis une grande et sombre forme indistincte et les mêmes yeux de feu vert qui vous ont fait reculer un mo-ment, monsieur Dickson. Je ne pense pas avoir eu la force de crier, peut-être que j’ai cru à un mauvais rêve. L’apparition a parlé alors, d’une voix morne et rauque, elle a dit quelques mots en ancien malabar, que je puis traduire ainsi : « Sois le premier puni, de tous ceux qui vont l’être bientôt. » J’ai reçu un coup sec dans la poitrine et la forme nocturne s’est aussi-tôt évanouie.
» Je n’ai pas une seconde perdu connaissance. Après être restée quelque temps sans mouvement, je me suis levée pour fermer la porte qui était restée ouverte.
» La poitrine me faisait mal et quand j’eus allumé toutes les lampes du plafonnier, je la vis ensanglantée. La blessure n’avait aucune gravité, ce n’était en somme qu’une estafi-lade. Je dois vous dire que le coup qui me fut porté me paraît avoir été sans force, d’une main autrement moins solide que celle qui, à mon réveil, me cloua sur le lit.
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— Permettez que j’examine la plaie, Miss Drummond ? demanda le détective.
Elle était longue mais peu profonde, la chair était à peine entamée.
— C’est curieux, murmura Harry Dickson, cette blessure ne semble nullement avoir été provoquée par un instrument, mais bien plutôt par une griffe… oui, on dirait une grande griffe de chat, plus large, il est vrai, et un peu plus profonde.
Miss Evelyn poussa un cri de frayeur.
— Monsieur Dickson ! s’écria-t-elle, sur quelques an-ciennes estampes malabares, l’Idole Noire est représentée avec une main humaine et une autre en forme de serre d’oiseau de proie !
— Justement, répondit le détective, c’est bien la marque que laisse un coup de griffe de faucon, de busard ou même d’un aigle de petite taille, quand ce coup est mal porté !
À ce moment, un cri de détresse éclata sur le pont, puis on entendit des voix étonnées et furieuses.
— Ah les sales bêtes !
Presque aussitôt un coup de feu éclata.
Harry Dickson, suivi de son élève, s’élança hors du rouf et, par le roide petit escalier, atteignit le pont.
Il y vit le patron du bord et le timonier penchés sur une forme frémissante étendue non loin de la lisse de bâbord.
Le timonier se frottait le cou et en retira ses doigts en-sanglantés.
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— Je ne sais comment il est venu, grommela-t-il. Je donnais toute mon attention à la barre car nous passions à côté d’un de ces dangereux pitons rocheux noyés à fleur d’eau coupables de tant de naufrages en ces parages.
» Tout à coup j’entendis comme un bruit de grand re-mous dans l’air et une masse vivante et chaude s’abattit sur ma tête.
» Heureusement je donnai un coup à la barre, bâbord toute, et j’évitai l’écueil, mais je continuai à recevoir de sin-guliers coups en plein visage. Alors je vous ai entendu crier, captain, et la détonation de votre revolver suivit aussitôt. C’est la première fois de ma vie que j’entends parler d’une créature pareille qui s’attaque à un homme et encore à un homme en pleine mer.
Harry Dickson s’approcha et vit couché sur le pont un magnifique aigle des Grampians, dont la balle du capitaine avait fracassé la tête.
— Vous n’avez pas vu la bête s’approcher ? demanda Harry Dickson.
— Non, sir, en vérité, comme je viens de le dire, je re-gardais plutôt la mer que le ciel et pour cause. Maintenant que j’y pense, je dois vous dire que depuis tout un temps il me semblait entendre un bruit assez bizarre, une sorte de cri plaintif : Oel ! Oel ! Oel ! sans pouvoir dire d’où il venait. Si j’avais été moins préoccupé de la direction, j’aurais certai-nement cherché à en connaître la provenance, tellement ce cri me paraissait étrange.
Harry Dickson regarda la mer écumante où seules vole-taient quelques mouettes flamandes à pattes bleues, vrais oi-seaux de tempête.
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— Quel est ce bateau qui file à tribord sous le vent ? demanda-t-il au captain.
— C’est un bordier des Hébrides, monté par des
Gueules-Plates1. Tiens ! c’est la barque du pêcheur Kildater-Booh, il habite l’île Barra et il sera votre plus proche voisin quand vous occuperez l’île Mâbar.
— Un nom curieux, dit le détective.
— Et un homme tout aussi curieux. On le dit noble et je le crois, rien qu’à voir sa tête. Il appartient à la plus vieille famille des Hébrides.
Harry Dickson resta, penché sur la lisse de tribord, à re-garder le dundee, penché sous ses rudes voiles, filer à grande vitesse dans le vent, et s’estomper petit à petit dans le loin-tain brumeux du large.
La nuit tombait déjà. L’horizon d’ouest prit une lugubre teinte citrine, les mouettes flamandes s’éloignèrent vers une terre au loin apparue, et seul un unique goéland décrivait des orbes énormes au-dessus de la fureur verte des vagues.
1 Injure donnée aux habitants des Hébrides qui ont souvent le visage assez aplati.
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