Harry Dickson - Intégrale volume I

Jean Ray · Chapitre 25 sur 38

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Harry Dickson - Intégrale volume I

Chapitre 3: Minuit, au Musée des Horreurs

— Du sang… murmura Dickson en grattant hors d’une fissure un léger colmatage brun. Je me demande de quelles horreurs cette cave a déjà pu être témoin ?

— Je délivre sur l’heure un mandat d’arrestation au nom du sieur Grabowski, déclara solennellement Goodfield.

— Très bien, répondit Harry Dickson. Mais permettez-moi une question, mon cher Goodfield : qui est Grabowski ?

 

CHAPITRE 3

 

MINUIT, AU MUSÉE DES HORREURS

 

— Alors je n’en suis pas ?

Tom Wills, ne cachant pas son désappointement, se te-nait devant son maître.

Harry Dickson secoua la tête.

— Inutile, mon garçon, je désire travailler seul. D’ailleurs l’endroit que j’aurai à explorer, pour être sinistre, n’est pas dangereux. C’est la morgue de Founding Hospital. Je ne puis compter sur de plus amples informations de la part de Sam le muet, qui n’aime pas qu’on s’occupe de son macabre domaine. Il y a à peine une huitaine de jours que Grabowski y travailla pour prendre un moule de visage. Je m’en vais examiner d’un peu plus près l’établi qui y est mis à sa disposition, sans éveiller la moindre curiosité à ce sujet. J’ai passé deux jours à étudier les voies d’accès au dépôt mortuaire.

 

– 293 –

» Ce ne sera pas bien malin. Vous avez une soirée libre devant vous. À « l’Empire », on passe un magnifique film d’aventures. Amusez-vous, Tom, c’est de votre âge, et pen-sez bien que je ne cours aucun danger !

Depuis la nuit de l’enlèvement de Daisy World, il n’avait cessé de pleuvoir sur Londres et ce fut sous l’averse que Dickson partit, une heure après son élève qui s’était dirigé vers l’« Empire », quelque peu à contrecœur.

Ayant traversé Guilford Street et passé devant la maison de Simpson, noire et abandonnée, il se dirigea vers l’hôpital.

La nuit était si sombre que, malgré les fortes lampes du parvis, le grand établissement semblait plongé dans les plus épaisses ténèbres.

Le détective franchit la grille mais, au lieu de gravir le perron, il se mit prudemment à contourner les vastes bâti-ments.

Heureusement, la pluie tenait le portier à l’intérieur du poste de garde, et Dickson put atteindre le jardin sans avoir été vu.

La morgue ne faisait pas partie du grand bloc blanc de l’hôpital, mais se trouvait, maison ronde comme un petit cirque forain, au fond du jardin, derrière une épaisse haie de fusains et de viornes.

Les petites vitres dépolies en étaient éteintes et, quand Harry Dickson eut ouvert sans trop de peine le portillon gril-lé, il se trouva dans le vestibule dallé de marbre qui condui-sait au dépôt mortuaire proprement dit.

Une des hautes lampes, destinées à éclairer le parc, je-tait un peu de lumière par la verrière du plafond et l’intrus

– 294 – put voir la triste salle ronde, avec ses sujets drapés de blanc étendus sur les tables roulantes. Il entendit le doux bruit de clepsydre du frigorifique et la rumeur confuse de la pluie ve-nant du dehors.

Il se dirigea vers le petit réduit où le vieux Sam remisait ses outils journaliers.

 

*

* *

 

Arrivé devant la porte de l’« Empire », Tom Wills ne se sentit aucune envie pour voir le film promis à sa curiosité.

Son inactivité lui faisait honte, surtout qu’il savait le maître lancé seul dans l’aventure.

Brusquement, il fit demi-tour et quitta le hall brillam-ment illuminé du cinéma pour s’enfoncer, tête baissée, dans la pluie battante.

À grands pas, il quitta les rues animées malgré la tour-mente liquide et, sans trop savoir pourquoi ni comment, il se retrouva dans les environs solitaires du Founding Hospital.

Devant lui, Guilford Street s’allongeait, toute noire, sans passants.

Il hésitait quant à la direction à prendre, lorsque soudain le bruit d’un cheval lancé au grand trot attira son attention.

Les cabs deviennent de plus en plus rares à Londres, où les taxis les remplacent avantageusement, et la traction che-valine s’y réduit également à un strict minimum. Le bruit

 

– 295 – s’accompagnait en se rapprochant d’un roulement de roues, et même d’un crissement d’essieux mal graissés.

Le jeune homme se colla contre les façades sombres des maisons et, tout à coup, l’équipage déboucha au coin de la rue.

Il allait vite, les sabots de son cheval arrachant, malgré la pluie, des étincelles aux pavés, et les hautes roues de la voiture tournaient en soulevant des geysers d’eau de chaque côté.

Mais Tom eut fort à faire pour ne pas crier. Devant lui venait de passer, et s’éloignait maintenant, le mystérieux carrosse de l’autre nuit !

Comme la voiture passait à toute allure, son cocher re-croquevillé sur le siège, la vitre s’était brisée. Tom vit, l’espace d’un éclair, un visage de femme, puis une main qui jeta quelque chose sur le pavé, tandis qu’un rire un peu ca-naille, comme celui d’une personne ivre, éclatait.

La voiture était loin, mais Tom se précipita sur l’objet qui avait été jeté et le ramassa. C’était un bouquet de vio-lettes… Et il y en avait d’autres plus loin, comme si on avait voulu se débarrasser d’eux, dans un geste d’insouciance.

Et alors, le jeune homme se rappela également le visage. Il l’avait entrevu il y avait une demi-heure à peine, sur le trottoir de l’« Empire » : c’était celui d’une bouquetière, une belle fille blonde et bien en chair, qui y offrait sa marchan-dise parfumée aux clients, avec force sourires aguichants.

Pour le coup Tom Wills se mit à courir, dans la direction où la voiture venait de disparaître, c’est-à-dire l’angle d’une ruelle traversière.

 

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En y arrivant, il trouva cette rue complètement déserte, alors qu’il lui semblait que l’écho du roulement des roues lui parvenait encore.

Oui, il avait bien entendu… Le bruit s’éteignait à pré-sent, mais derrière une haute porte de remise, que Tom ju-gea appartenir à la demeure des Simpson.

Comme il regrettait l’absence du maître en ces minutes !

Mais le visage riant de la bouquetière lui était suffisam-ment présent dans la mémoire, son rire étrange également, comme celui d’une personne ivre ou droguée, pour qu’il se décidât à l’action.

La porte était solide, sa serrure énorme : il aurait fallu des heures d’un travail opiniâtre pour en venir à bout, et le jeune homme sentait qu’il n’avait pas de temps à perdre. Mais il y avait un mur de briques, au faîte hérissé de halle-bardes de fer, et des branches d’arbre le dépassaient. Des briques manquaient par-ci par-là. Tom se servit des excava-tions ainsi formées comme d’un périlleux escalier, qui le conduisit, après quelques vains efforts, sur l’entablement de pierre de taille supérieur.

Restaient les piques de fer. Le jeune homme éprouva leur solidité et découvrit avec satisfaction que le temps et la rouille avaient travaillé pour lui.

D’une secousse, il en arracha une à son alvéole et se glissa par l’interstice ainsi formé. Une chute de quatre mètres sur un sol de terre meuble n’était pas pour effrayer un gym-naste de sa force.

Le choc fut un peu rude, et Tom se releva, légèrement étourdi, mais dans la place quand même ! Il se trouvait aux

 

– 297 – confins d’un grand jardin négligé, que les pluies avaient transformé, par endroits, en une mare d’eau boueuse.

Il y pataugea au hasard, cherchant en vain par où avaient pu passer le mystérieux carrosse et ses voyageurs. Nul bruit autre que le murmure têtu de la pluie et la plainte du vent ne venait à ses oreilles. Dans le fond du jardin, à sa gauche, il voyait la haute masse sombre des bâtiments de Simpson House.

Tant pis ! Il fallait se confier à sa bonne étoile !

Le jeune détective s’approcha de la demeure endormie, longea les murs humides et découvrit, avec ennui, que les fenêtres du rez-de-chaussée étaient toutes pourvues de bar-reaux, autrement solides que les hallebardes du mur d’enceinte.

Restaient les portes. Elles étaient deux s’ouvrant sur le jardin et probablement verrouillées à l’intérieur.

Soudain, le jeune homme connut une vive émotion.

Il n’était pas seul dans le jardin : une lanterne portée bas s’avançait à travers l’obscurité. Elle s’approchait lentement de la maison, et bientôt il entrevit une silhouette courbée marchant d’un pas lourd.

La lumière de la lanterne était bien faible, mais elle suffit à Tom pour reconnaître l’homme qui la portait : c’était le co-cher de l’étrange voiture.

Tom vit pendant une brève seconde le visage ridé et les favoris gris, collés par l’eau de pluie sur les joues tannées.

L’homme s’approcha d’une des portes et l’ouvrit à l’aide d’une clé, puis il disparut à l’intérieur.

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Comme le cœur de l’élève de Harry Dickson battit fort à ce moment-là !

Il avait fort bien entendu que le cocher n’avait pas fermé la porte derrière lui… Non, il l’avait même laissée légère-ment entrebâillée.

Le jeune homme laissa passer quelques minutes, le temps de laisser le vieillard s’éloigner à l’intérieur de la mai-son, puis il entra à son tour.

Il se trouvait dans un hall profond et tout noir, où volti-geait encore un mince reflet de lumière : celle de la lanterne qui s’éloignait, montant aux étages.

Mais Tom Wills avait déjà reconnu l’endroit : il se trou-vait dans le spacieux vestibule conduisant au musée des fi-gures de cire.

À sa droite devait se trouver la haute porte noire…

Sans faire de bruit, dans l’obscurité, il s’escrima contre la serrure à l’aide des ingénieux et souples rossignols de sa trousse de cambriole.

Ah ! ce n’était pas chose aisée et l’élève regrettait fort de n’avoir pas la dextérité du maître. Harry Dickson serait venu à bout de la récalcitrante en quelques secondes : il se passa un quart d’heure avant que Tom entendît le déclic final qui lui apprit que la porte allait enfin s’ouvrir.

L’odeur fade de la cire et du renfermé vint au-devant de lui, dans l’ombre, comme au jour de sa première visite.

Il connut un moment d’angoisse en songeant aux masques immobiles qui étaient à côté de lui, dans leur ter-

 

– 299 – rible immobilité, environnés de nuit épaisse, et il dut faire un effort avant d’oser allumer sa lampe.

Dans le cône blanc de la lumière des figures livides sur-girent. Les Trois Mousquetaires le toisaient dans une gri-mace figée, un moine cagoulard allongea vers lui une ombre redoutable. Mais Tom surmonta son horreur de cette vie immobile et s’avança.

Un instant, le couperet de la guillotine révolutionnaire accrocha le rayon de clarté et les yeux de verre d’une tête coupée s’allumèrent d’un éclat posthume effroyable, dont le jeune homme se détourna aussitôt, le cœur serré.

Les uniformes blancs plaqués de sang des chirurgiens apparurent, penchés sur la torture inanimée de leurs pa-tients. Comme un démon ricanant, le Marquis de Sade bran-dissait une tripe sanguinolente, qu’il venait d’arracher à un corps de femme pantelant.

Enfin, Tom arriva dans la petite salle circulaire où se trouvait le carrosse.

Il était là, à sa place, mais le jeune homme aurait pu hur-ler de terreur : les roues en étaient crottées et sales et l’eau de pluie dégoulinait encore le long des épaisses vitres miroi-tantes…

 

*

* *

 

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Mais retournons à Harry Dickson, que nous avons laissé dans les macabres solitudes de la morgue de Founding Hos-pital.

Il tournait sur place, ne faisant que rarement usage de sa lanterne électrique de poche.

Le réduit où Sam rangeait ses instruments de travail ne lui avait rien appris, si ce n’est que le gardien des morts de-vait être un homme fort soigneux et très méthodique, don-nant une place déterminée à toute chose.

Il se demandait si la soirée ne serait pas vide comme tant d’autres, quand soudain il dressa l’oreille.

On marchait quelque part, non loin de lui… mais où ?

Ce n’était pas dans la salle mortuaire, ni dans le jardin au dehors. Le bruit venait de loin et pourtant le détective eut l’impression qu’il retentissait tout près de lui à présent.

— Morbleu, grogna-t-il, fallait y penser : il doit y avoir des caves par ici, et personne ne m’en a dit mot. Nous allons voir !

Il allait sortir de la petite pièce, sanctuaire du vieux Sam, quand il entendit clairement le bruit dans la salle voisine.

Quelqu’un gravissait péniblement quelque escalier, dans l’ombre.

Un escalier ! Dickson ne se souvint pas d’en avoir aperçu un seul, et pourtant il était convaincu de connaître parfaite-ment les aîtres de céans.

Un soupir éclata et un objet lourd fut déposé, puis il y eut un claquement bref et le silence.

 

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Harry Dickson laissa, par prudence, s’écouler quelque temps avant de s’aventurer de nouveau dans la salle de mort.

Quand il le fit, celle-ci était déserte comme au moment où il l’avait quittée.

Rien n’y était changé… Rien, mais pourtant…

Oui, le détective se souvenait parfaitement que la table roulante, près de la porte, était nette et vide au moment où il avait pénétré dans le réduit. Or, à présent, un corps s’allongeait sur elle, recouvert d’un drap mortuaire.

Dickson l’arracha et braqua sa lampe.

Sa main frôla une chair encore tiède et il vit une tête blonde aux yeux clos, grimaçant encore un pénible sourire. Le corsage avait été à moitié arraché et le détective vit un peu de sang perler sous le sein gauche.

L’inconnue, qui avait été tuée d’un coup de stylet en plein cœur, devait encore vivre quelques minutes plus tôt.

Une odeur pharmaceutique prit le détective à la gorge.

— La malheureuse a été droguée avant de mourir, gron-da-t-il. Ah, ce sera bien le dernier crime de ces misérables !

Quelques moments après, il découvrit quelques cheveux d’or adhérant au rebord inférieur d’une grande table de dis-section. Le bord intérieur ! C’était puissamment révélateur : celui qui avait apporté le cadavre de la femme assassinée dans la morgue avait dû en heurter le dessous de la table.

— Une de ces dalles doit masquer le passage ! conclut le détective.

Et, peu de temps après, il le découvrit.

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*

 

* *

 

Tom Wills resta comme pétrifié à considérer la tragique voiture, mais, en même temps, un sentiment d’intense triomphe l’inonda. Il était sur la piste du mystère. Le car-rosse était devant lui, mais non attelé, le cheval de cire, se trouvait à côté des brancards, les rênes pendantes. Le cocher n’était pas sur son siège. Restait l’intérieur de la voiture.

Le cœur serré, le jeune homme s’en approcha et, à tra-vers la vitre, dirigea le jet de sa lampe à l’intérieur.

La bouquetière ne s’y trouvait plus, mais une moisson fripée de violettes était éparse sur les coussins. Pourtant le coupé n’était pas vide : une petite forme sombre se tassait dans un coin, et Tom reconnut la vieille poupée de cire, qui reproduisait la silhouette du vieux monsieur Simpson.

Sa figure ratatinée et jaune luisait doucement dans la clarté électrique et ses yeux fixes regardaient au-dessus de la tête du jeune homme.

D’un coup sec, celui-ci ouvrit la portière et poussa la tête à l’intérieur.

Mais, au même instant, comme une furie, la poupée de cire s’anima, deux mains crochues saisirent le jeune homme à la gorge et un visage de tigre se pencha sur le sien. La lampe vola au loin, en miettes et, dans les lourdes ténèbres, Tom Wills sentit la mort venir.

 

– 303 –

Les terribles griffes entraient dans sa chair comme des crochets d’acier et, tandis que l’asphyxie commençait son œuvre, le malheureux détective entendit une affreuse voix glapir avec des accents de folie :

— Une belle statue… En vérité ce sera une belle statue. Il m’en faut une pour le supplicié au collier à pointes. Ah ! la belle expression de souffrance que la cire immortalisera ! Aha !

Tom s’écroula à genoux, sans que les mains meurtrières lâchassent prise.

Tout à coup, une barre de feu passa à côté de sa joue et un tonnerre brûlant roula. Le monstre ouvrit les mains et poussa un hurlement d’agonie.

Tom Wills se trouva rejeté en arrière.

Défaillant, il se redressa sur les genoux : la salle était éclairée et vers lui, revolver au poing, s’avançait le cocher du fiacre fantôme.

De ses mains hésitantes Tom voulut prendre l’arme qu’il avait en poche, prêt à défendre chèrement sa vie.

— Pas de ça, mon petit !

C’était le cocher qui parlait, mais c’était la voix de Harry Dickson !

Celui-ci vit l’effarement de son élève et rit doucement.

— Le plus sérieux de l’ouvrage est fait, Tom, dit-il. À tout à l’heure les explications de tout ceci. À présent il nous reste à achever ce bon travail.

 

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» Je vois que vous n’avez pas été trop grièvement at-teint, bien qu’il fût moins une, comme on a coutume de dire. Venez maintenant !

Ils sortirent du musée de cire et se mirent à parcourir en silence la grande maison du maître.

Rien n’y bougeait et on aurait pu la croire complètement inhabitée, si une odeur chaude de cigare n’avait pas flotté autour d’eux, au moment où ils arrivèrent au premier étage.

Harry Dickson prit tout à coup son élève par le bras et le força à s’arrêter ; du doigt, il lui désignait un rai de clarté blonde sous une des portes.

— Attention, Tom, murmura-t-il à voix très basse. Vous aurez peut-être à intervenir, mais il ne faut pas que ce soit trop tôt. Il me reste à recueillir une preuve contre quelqu’un dont je doute encore.

Il toqua d’un doigt discret contre la porte et aussitôt une voix maussade intima l’ordre d’entrer.

Alors, pendant quelques instants, Tom Wills passa d’un étonnement à l’autre.

Il vit son maître entrer délibérément dans une chambre à coucher qu’éclairait un petit lustre plafonnier. Un homme en habit de soirée se tenait au milieu de la pièce et, au moment où le détective entra, il jeta le cigare qu’il fumait. Tom re-connut l’écrivain Theobald Simpson.

Simpson vit le cocher aux favoris gris entrer chez lui et aussitôt son visage exprima un vif mécontentement, mêlé même à une déchirante tristesse.

 

– 305 –

— Violet, s’écria-t-il, je vous revois de nouveau dans cet horrible accoutrement ! Malheureuse, voici que malgré mes supplications vous recommencez vos effroyables exploits. Tenez, j’ai découvert la liste des victimes que vous voulez ajouter aux autres ! Je ne veux plus ! Je ne veux plus, enten-dez-vous ? Je mettrai plutôt le feu à cet horrible musée de cire.

— Et vous ferez bien, Mr. Simpson, dit tout à coup Harry Dickson en se jetant sur la liste que l’écrivain avait laissé choir sur le sol et en braquant son revolver sur lui.

Simpson poussa un cri de terreur et, tout à coup, tirant un poignard de sa poche, fit mine de se ruer sur le détective. Mais Tom Wills veillait.

Comme un tigre, il se jeta sur le forcené, lui tordit le bras et lui arracha l’arme.

Ce fut d’ailleurs la seule manifestation d’énergie de la part de Theobald Simpson. Il se laissa tomber dans un fau-teuil et se mit à sangloter avec violence.

— Tout est perdu ! pleurait-il.

Harry Dickson avait repris tout son sang-froid. Les bras croisés sur la poitrine, il regardait avec tristesse l’homme écroulé.

— Au contraire, monsieur Simpson, dit-il doucement.

L’écrivain leva vers lui son visage inondé de larmes.

— Que voulez-vous dire, monsieur Dickson ! demanda-t-il d’une voix éplorée. Je vous en supplie, ne prolongez pas mes souffrances.

 

– 306 –

— Je vous ai débarrassé des deux démons qui hantaient votre vie, répondit le détective.

— Débarrassé… Que voulez-vous dire ?

— Morts ! dit Dickson.

Simpson poussa un cri déchirant.

— Violet…

— Elle a payé sa terrible complicité, et je remercie Dieu de ne pas avoir dû la livrer à la justice inexorable des hommes. Je vous ai épargné la honte d’un jugement impla-cable et d’une exécution capitale.

» Lorsque je bondis sur elle dans le souterrain qui relie votre musée à la morgue de Founding Hospital, elle vit que tout était perdu et elle s’empoisonna.

» Je n’ai pas empêché son geste, bien que j’aurais pu le faire, mais j’ai pensé à vous. Je doutais encore de votre complicité.

— Et maintenant, y croyez-vous ? demanda Simpson d’une voix sombre.

— Non, malgré votre malheureux geste de défense de tout à l’heure. Vous n’avez découvert l’infamie de votre belle fiancée que depuis peu de jours, et je prends sur moi de vous absoudre. Votre malheur est déjà assez grand.

— Oui, Tom, continua le détective en s’adressant à son élève. Tout à l’heure, dans les caves du musée, vous allez trouver encore une fois le cocher Smithers, non pas en cire cette fois mais en chair et en os. Toutefois, il est mort et ne

 

– 307 – conduira plus personne vers une horrible destinée. Et ce Smi-thers-là, c’est Violet Hawthorne en personne.