Inevitable: Birth Of Love Tome 1 (Vol.1) (( New romance, New adult, sentimentale, contemporaine)) (French Edition)
Riley
The Royal Exchange
San Francisco
En ce samedi soir, les rues du quartier de Financial District sont relativement calmes. Du fait, il ne me faut pas longtemps pour trouver une bonne place, non loin du pub où Kipling m’a conviée à le rejoindre. Je me gare promptement à deux pas de l’établissement. Ce n’est qu’en sortant de mon véhicule que j’aperçois sa colossale silhouette qui attend patiemment sur le trottoir. Je verrouille ma portière et marche dans sa direction. Ma démarche se veut assurée, pourtant mes jambes sont bel et bien flageolantes. Kipling se tourne vers moi tandis que je ne suis plus qu’à deux pas de lui. Immédiatement, un sourire enjôleur apparaît sur son visage.
— Bonsoir, ma jolie amazone.
— Coucou.
Je m’approche de lui. Il m’accueille joyeusement les bras ouverts avant de m’embrasser chaleureusement.
— Je suis content de te voir !
— Moi aussi.
Sans que je m’y attende, il introduit sa main dans la mienne et me fait tournoyer sur moi-même dans un geste souple.
— Le Mexique t’a réussi ! Tu es radieuse, il me complimente, en me scrutant d’une manière presque intrusive. Sa façon de m’examiner me provoque un frisson qui me parcourt l’échine.
— Merci, Kip.
Il me traîne alors à l’intérieur de l’établissement étonnement paisible pour cette heure de la soirée. Nos mains toujours liées, il me fait longer le bar qui occupe la majeure partie de la pièce. Nous traversons les multiples tables qui meublent le pub dont certaines sont investies par quelques clients.
— On va se mettre là, me dit Kipling, en désignant la plus isolée.
D’un geste, il m’invite à m’asseoir sur la banquette légèrement usée et, à ma grande surprise, s’y installe à son tour. Sans que nous ayons le temps de nous dire quoi que ce soit, la serveuse arrive à notre hauteur et prend notre commande. Dès qu’elle se retire, il se tourne vers moi et me dévisage un air enjoué sur son visage.
— Allez, Chipie, je veux que tu me racontes tout sur Cancún.
— Il me semble que tu sais déjà tout vu que nous nous sommes appelés tous les jours. Sans parler du fait que je t’ai envoyé quelque chose comme un millier de photos.
— C’est vrai. Tu es heureuse d’avoir fait ce voyage ?
— Beaucoup. Vicky avait besoin de changer d’air...
— Et comment va-t-elle ?
Je tire nerveusement sur ma robe en entendant sa question. Le revers de sa main vient alors flatter délicatement mon avant-bras.
— Je me demandais si cette petite excursion lui avait été bénéfique.
— Je pense, oui.
— Ta réponse n’est pas très convaincante. Comme à chaque fois que nous parlons d’elle, tu es fuyante.
— Elle a eu une attitude inhabituelle pendant notre séjour.
— C’est-à-dire ?
— Disons qu’elle n’a pas pris ses petits-déjeuners avec nous...
— Oh ! Elle a fait une rencontre ?
— S’il n’y en avait eu qu’une..., je lui réponds avec un embarras que je ne parviens pas à dissimuler.
Kipling fronce les sourcils.
— Et elle a fait ça toutes les nuits ?
— Oui.
— Ce n’est pas son style, c’est évident. C’est regrettable que ce soit le seul moyen qu’elle ait trouvé pour gérer notre rupture. Elle n’a jamais rien eu d’une fille légère.
— J’ai voulu aborder le sujet avec elle, mais elle est très à fleur de peau. Je ne sais plus vraiment quoi faire. J’ai envisagé d’en toucher deux mots à ma mère afin qu’elle tente de la raisonner, mais je ne veux pas qu’elle se sente trahie.
— Selon moi, ce n’est pas la bonne méthode.
— Que me conseilles-tu dans ce cas ?
— Je te dirai de ne rien faire...
— Mais, Kip ! je proteste, déçue qu’il ne prenne pas le sujet plus au sérieux.
— Ta sœur est une adulte ! Elle est assez grande pour faire ses propres choix et coucher avec qui elle veut.
— Je dois donc la laisser se détruire ?!
— Tu n’exagères pas un peu, là ? ! Il ne s’agit que de quelques parties de jambes en l’air. Elle a eu d’autres comportements alarmants ?
— Non, elle a été très sérieuse pour le reste.
— Ne t’affole pas. Elle traverse seulement une mauvaise passe.
Notre conversation est interrompue par la serveuse qui dépose devant nous deux pintes de bière.
— Peut-on cesser de parler d’elle maintenant ? m’implore Kipling quand elle repart.
J’acquiesce d’un hochement de tête.
— Alors, tu as aimé la visite de cette ancienne ville Maya ?
— C’était magnifique, j’ai adoré ! C’est un lieu si particulier, chargé d’histoire et de symboles.
— Vous n’avez rien fait de plus ?
— Eh bien, non. Ces cinq jours sont bien vite passés.
— Oui, j’imagine.
— Et toi, as-tu avancé dans le déballage de tes cartons ?
— Pas tellement.
— Kipling, on ne peut pas s’occuper de ton appartement s’il n’est pas en ordre !!!
Immédiatement, ses yeux deviennent rieurs.
— Mais, c’est une vraie petite chef de chantier en plus, il s’esclaffe. Ai-je fait une bonne affaire en t’engageant ?
Je hausse les épaules.
— Tu peux me virer si tu veux ! Continue donc à vivre au milieu de boîtes en carton.
Il ricane, le nez plongé dans son verre de bière avant d’en ingurgiter une longue rasade.
— Il faudrait que tu viennes à la maison, que je te montre les plans sur lesquels j’ai bossé cette semaine.
— D’accord.
— Tu es libre demain ?
— Oui.
— J’aurais tout le matériel nécessaire pour le week-end prochain.
— Alors, nous commencerons à ce moment-là !
— À vos ordres ! Et comment va Tyler ?
— Déçu de reprendre le travail. À part ça, il est en pleine forme.
— Je peux le comprendre. Tu devais être contente de passer du temps avec lui. Ton absence l’a sûrement beaucoup affecté.
— Nous étions ravis de nous retrouver, c’est clair.
— J’ai trouvé regrettable qu’il ne vienne pas à New York avec toi. Même si j’en ai parfaitement compris les raisons. La mort de son frère a été une douloureuse épreuve.
— C’est vrai. Il a tant souffert.
— Et comment vont ses parents ?
— Selon lui, ils se portent bien. Je dois déjeuner chez eux lundi soir et j’en suis très heureuse.
— C’est un repas officiel ?
— Officiel ?! Qu’est-ce que tu entends par là ?
— Il y a quelque chose qui m’échappe quand j’examine votre relation de plus prêt. Tu me soutiens que vous n’êtes qu’amis...
— Parce que c’est le cas ! je m’exclame, un peu brusquement.
— Alors, pourquoi vos parents vous croient en couple ? Vicky aussi.
— Vraiment ?
— Elle pense que vous prenez votre temps, que vous ne voulez rien précipiter, mais que vous vous aimez.
— Je ne sais pas pourquoi tout le monde résonne ainsi...
— Peut-être parce que vous êtes évasifs sur la nature exacte de votre relation, que vous êtes inséparables quand vous êtes proches l’un de l’autre ou encore, que vous partagez le même lit...
Mon regard se dérobe devant ses dires.
— Je...
Kipling lève ses mains en l’air, m’interrompant dans cette réponse que je peine à formuler.
— Excuse-moi ! Je me montre curieux et ce n’est pas correct.
— Tyler est gay, je lui explique, un peu craintive de lui faire une telle révélation.
— Pardon ?
Je reporte mon attention sur lui.
— Tu ne dois rien dire ! je m’empresse d’ajouter. Il ne souhaite pas que ça se sache.
Loin de moi, l’idée de trahir mon ami. Cependant, je pense que le secret de Tyler est en sécurité avec Kipling.
— Si j’ai bien saisi, Tyler aime les hommes, mais se sert de toi comme petite amie aux yeux des gens.
— Il redoute que ses parents le détestent alors, il leur fait croire que nous sommes en couple. Je me suis retrouvée prise au piège de son mensonge. Le fait que nos familles respectives se connaissent et se fréquentent n’a rien arrangé. Je n’ai jamais eu envie de mentir à qui que ce soit. C’est pour cette raison que je ne suis pas claire à notre sujet. D’un côté, il y a mon meilleur ami qui me supplie de le couvrir et de l’autre mes parents qui se questionnent et à qui je ne peux dire la vérité, mais je refuse de leur mentir également.
Kipling s’affale sur la banquette de cuir avant de me contempler quelques instants.
— Pour être tout à fait franc, je pense que Tyler n’est pas correct avec toi.
Je m’apprête à protester, mais il m’en empêche en brandissant sa main.
— Tu es assez adulte et surtout suffisamment intelligente pour savoir ce que tu as à faire. Je connais aussi ta grande gentillesse. Celle-ci a dû te pousser à agir ainsi, mais cette situation n’est pas juste pour toi.
— Ce n’est pas si important...
— Vraiment ? Que se passera-t-il quand tu rencontreras quelqu’un ? Ce ne sera pas simple d’expliquer toute cette histoire à ton entourage.
— Je doute que ce soit pour tout de suite.
— Ah oui, j’oubliais ! Tu n’es pas intéressée par les hommes, c’est ça ?
Son interrogation me décontenance quelque peu.
— Je n’en suis pas là pour le moment. Je me concentre sur mes études.
— C’est très bien. Cela dit, je dirais que tu es trop studieuse.
Il me donne une tape amicale sur le bras.
— Tu ne vas pas me faire croire que tu n’as pas fait une rencontre au Mexique !
— Pourtant c’est le cas !
Je bois une gorgée.
— Alors, qu’as-tu fait pendant mon absence ? je l’interroge, pour orienter notre conversation dans une autre direction. Hormis travailler et ne pas ranger tes cartons, bien sûr...
— Eh bien, pas grand-chose de plus en réalité. Il y a un soir où j’ai dîné avec mon père.
— Et comment va-t-il ?
— Il n’avait pas trop le moral. C’est pour cela que je me suis rendu chez lui.
— Mince...
— C’était l’anniversaire de la mort de ma mère, il y a quelques jours. Comme chaque année, ça l’a bouleversé.
— Je peux le comprendre. Ça fait huit ans maintenant, n’est-ce pas ?
— Oui, c’est ça.
— Et comment te sens-tu par rapport à ça ?
— Je dois avouer que j’ai aimé passer du temps chez nous avec mon père. Cela nous a fait du bien de nous voir.
— C’est important que vous vous souteniez dans un moment si délicat.
Kipling revient s’accouder sur la table avant de déposer un baiser timide sur ma joue.
— Je suis heureux que tu sois ici. Tu m’as manqué.
— Je suis... je bredouille, embarrassée. Je suis très contente, moi aussi.
Il rigole de bon cœur avant de presser de nouveau ses lèvres contre ma tempe. Son bras s’enroule autour de ma taille. Son visage s’éloigne du mien, mais son bras, lui, demeure posé sur mes hanches.
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