Inevitable: Birth Of Love Tome 1 (Vol.1) (( New romance, New adult, sentimentale, contemporaine)) (French Edition)
Kipling
Pacific Heights
San Francisco
Je regarde une énième fois ma montre avant de me décider à abandonner et rentrer chez moi. Je tourne la clef de contact et le moteur de ma BMW se met à vrombir quand un ultime coup d’œil dans mon rétroviseur m’apprend que la voiture de Riley remonte la rue pavillonnaire où se trouve le domicile de ses parents. Je me rue à l’extérieur de mon véhicule sans prendre la peine d’éteindre le moteur. Je me précipite à sa rencontre avant qu’elle ne s’engage dans l’allée. Je comprends à son air stupéfait qu’elle ne s’attendait absolument pas à ce que je fasse cette démarche. Elle se stationne grossièrement au bord du trottoir et sort de son véhicule.
— Tu ne peux pas rester là ! Vicky vit ici maintenant, elle va rentrer d’une minute à l’autre !
— Je m’en fous, je m’énerve, frustré qu’elle me rejette, une fois encore. Je n’en ai plus rien à foutre, Riley ! Si le fait que ta sœur soit au courant pour nous te fait aussi peur, je vais régler le problème rapidement, tu peux me faire confiance.
Ses grands yeux verts s’embuent de larmes avant qu’elle ne fasse un pas vers moi. Ses mains s’abattent sur mon torse, dans un ultime geste de rejet.
— Mais il n’y a rien entre nous ! Rentre-toi ça dans la tête, maintenant !!!
— Ne fais pas ça, je t’en conjure. J’ai besoin de toi, ma puce.
— Tais-toi, elle hurle avec virulence. Je t’interdis de t’approcher de moi ! Je ne veux plus te voir !
Je la saisis par les bras avant de l’attirer à moi et d’écraser violemment ma bouche sur la sienne. Ce baiser est plus un combat entre nous qu’un échange sensuel. Je la sens clairement se débattre dans mes bras, lutter contre mon invasion. Pourtant, je ne lâche rien. Ma langue se présente à ses lèvres et tente d’en franchir la limite quand sa voix torturée et larmoyante me parvient dans une supplique qui me retourne les entrailles.
— Arrête, je t’en prie, elle articule, tant bien que mal contre ma bouche qui la malmène tant elle la veut.
Je l’abandonne subitement dans un geste vif, motivé par ma honte d’avoir agi aussi brutalement. Je me perds alors dans son regard troublé par ses larmes. Ce magnifique regard qui a la capacité d’enflammer mon âme par le simple fait de sa beauté me renvoie plus que de la frayeur, brisant cette magie qui le caractérise quand elle le pose sur mon cœur.
— Riley, je… je te demande pardon…
— Va-t’en, je t’en supplie.
— Laisse-nous au moins une chance d’en parler.
— Mais il n’y a rien à dire, Kipling, elle dit, en essuyant ses joues. J’étais heureuse de te revoir, mais ça s’arrête là !
— Tu as seulement peur…
— Non. Tu es un homme adorable et très attirant, mais je n’éprouve pas la même envie que toi, et je ne peux pas accepter que tu t’imagines des choses entre nous qui n’arriveront jamais. Pardonne-moi si je t’ai donné de faux espoirs….
— Tu mens !!! Tu crois que je ne le vois pas ?!
— Si tu ne veux pas te faire une raison, je ne peux rien faire pour toi, mais je te demande de cesser de m’importuner, maintenant !
— Il n’y a qu’elle qui te retient !!!
— Tu fais erreur et je n’y peux rien si tu ne veux rien entendre !
— Je ne peux renoncer à toi alors que je suis convaincu que tu souhaites la même chose que moi.
Je presse mon front contre le sien.
— Je t’en supplie, trouve la force de porter notre amour.
Ses mains se crispent sur mes hanches tandis qu’elle ravale un sanglot.
— Pardonne-moi, elle murmure, avant de faire volte-face et de monter dans sa voiture.
Je la regarde disparaître derrière l’imposant portail en fer les bras ballants. Je n’ai clairement pas les arguments nécessaires pour la faire changer d’avis sur notre histoire. Comment lutter contre l’amour qu’elle porte à sa sœur ? Elle a un choix cornélien à faire et elle seule peut le faire…
**
Le bar où m’a donné rendez-vous Stephen ne se trouve qu’à deux pas de mon bureau. Je l’ai appelé suite à ma dispute avec Riley lui demandant s’il était disponible pour boire un verre. Je n’ai aucunement envie de rentrer chez moi, de retrouver cet intérieur que nous avons réalisé tous les deux, et n’entendre que le silence de son absence.
Je suis hanté par ses yeux remplis de tristesse, sa voix blessée et son indifférence à mon égard. Je me sens profondément ridicule d’être tombé sous le charme d’une fille aussi inaccessible qu’elle. Rien chez moi ne peut lui donner le désir de renoncer à tout, et surtout à sa sœur. Et puis, ai-je réellement envie d’être celui qui brisera ce lien puissant qui les unit et causer à l’une comme à l’autre une grande tristesse ? Peut-être a-t-elle raison d’agir comme elle vient de le faire ? Le plus judicieux n’est-il pas de mettre le plus de distance possible entre nous ?
— Tu en fais une tronche ! Ça ne va pas mon pote ?
Je me redresse en entendant la voix de mon ami qui s’approche de moi alors que je suis adossé à la carrosserie de mon auto.
— Salut, Stephen, je dis mollement.
— Merde, Kip ! Qu’est-ce qui se passe ?
— Je me suis bercé d’illusions avec Riley et je viens de me les prendre en pleine figure, comme un foutu boomerang.
— Mon pote, il me réconforte avec une tape amicale sur l’épaule. Je suis désolé. Tu veux qu'on en parle ?
— Allons boire un verre pour commencer. Franchement, j’en ai besoin…
— Ah ouais… Elle t’a mis la tête à l’envers cette fille, rétorque mon ami, en m’examinant avec insistance.
— S’il n’y avait que la tête…
Stephen et moi-même nous engouffrons dans le bar qui se trouve à deux pas de là. Immédiatement, nous nous dirigeons vers le comptoir et nous y installons. Après avoir commandé un scotch, je lève mon verre vers Stephen et bois une longue gorgée.
— Alors, raconte-moi ce qui t’arrive ?
— J’ai pensé que je lui plaisais, je me suis bien planté…
— Elle te l’a dit ?
Je hoche la tête lentement. La douleur de revoir cette scène effroyable où elle m’a repoussé, en me hurlant de ne plus m’approcher d’elle, me saisit une nouvelle fois.
— Pourtant, tu m’as dit l’autre jour que vous passiez votre temps ensemble…
— Oui, mais cette histoire avec sa sœur la terrorise.
— Donc, ça n’a rien à voir avec des sentiments qu’elle n’a pas pour toi, mais plutôt avec la peur de foutre en l’air sa relation avec sa sœur. Vicky le supporterait vraiment mal, d’apprendre que tu t’es attaché à elle ?
— Honnêtement, oui. Elle serait furieuse, et bien plus contre Riley que moi.
— Mais, c’est sa petite sœur.
— Vicky est un peu égocentrique et elle ne vit pas bien notre séparation. Elle serait folle de rage de nous voir ensemble, c’est clair !
— C’est la merde, Kip ! Si tu t’obstines, tu fous le bordel entre elles, et si tu abandonnes…
— Je renonce à elle, je lâche, désespéré par ce constat. Elle ne cédera jamais. Pour elle, faire du mal à sa sœur relève de l’impossible. Je ne gagnerai jamais face à Vicky.
— Alors, tu laisses tomber ?
— Pour le moment…
— Pour le moment ?
— Je vais accorder le temps nécessaire à Vicky pour se remettre de notre histoire et j’aviserai après, mais je n’abandonne pas l’idée que Riley soit à moi, c’est inconcevable !!!
— Eh bien, elle fait son petit effet la jolie rousse.
— Tu l’as vu, non ? Ce n’est pas dur à comprendre !
— Oui, c’est vrai !
— Je vais lui laisser un peu de temps.
— Oui, accorde-lui un peu d’espace ! Ça fait beaucoup à gérer pour elle. Elle va peut-être te rappeler !
— J’en doute franchement. Si je n’insiste pas, elle tirera un trait sur moi. Je dois seulement me montrer patient.
**
Finalement, je ne quitte le bar et Stephen que très tardivement. Mon ami et moi-même avons enchaîné les verres de scotch, ce qui explique notre démarche chancelante et notre élocution légèrement approximative. Stephen arrête le premier taxi qui passe sur l’avenue et en ouvre la portière.
— Kip ? Viens, mon pote ! il m’interpelle tandis que je reste sur le trottoir.
— Je vais retourner au bureau à pied.
— Laisse-moi te reconduire !
— C’est bon Stephen, je préfère marcher.
— Kip, tu ne vas pas prendre le volant.
— Je te donne les clefs si ça te rassure.
— Non, je te fais confiance.
— Je n’ai pas envie de rentrer chez moi. Je vais me pieuter sur le canapé de mon bureau.
— Comme tu voudras.
— Salut, Stephen.
— Salut, Kip ! On se voit la semaine prochaine ?
— Sans faute.
Je regarde Stephen monter dans le taxi et disparaître sur l’avenue, avant de prendre la direction du bâtiment qui accueille mon cabinet. Après quelques pas, je sors mon téléphone de ma poche et compose le numéro de Riley et, à ma grande surprise, elle décroche, mais sans prononcer le moindre mot.
— Ma puce ? je chuchote, devant son silence.
— Kipling, il faut que tu arrêtes maintenant !
— Je suis désolé pour tout à l’heure, je m’excuse, en faisant de mon mieux pour soigner mon élocution.
— Est-ce que tu as bu ?
— J’ai pris quelques verres avec Stephen…
— Où es-tu ?
— Près de mon bureau. Je vais aller dormir là-bas.
— Pourquoi ne prends-tu pas un taxi pour rentrer chez toi ?
— Je n’ai pas envie d’y retourner, pas ce soir !
— Mais c’est ridicule.
— Je ne voulais pas te déranger, pardonne-moi. Au revoir, Riley.
Je m’apprête à raccrocher.
— Je peux venir te chercher si tu le souhaites, elle me propose timidement.
— Ne t’embête pas, je suis à quelques pas de mon bureau.
— Mais Kip…
— Je comprends que tu aies peur ! Moi aussi, je suis terrifié devant l’ampleur des sentiments que tu fais naître en moi. Mais contrairement à toi, je ne trouve pas la force de lutter contre eux. Je ressens cet amour qui m’échappe totalement au plus profond de mon être, et jamais je ne me suis senti aussi vivant depuis que ta jolie frimousse m’est apparue dans ce fichu stade. Tu es devenue une femme si belle, si radieuse. Comment ne pas être fou de toi ? Explique-moi, parce que je ne le sais pas ! Tu as toujours eu cette capacité de me rendre heureux d’un simple mot, d’un sourire, ou d’un rire. Je réalise que tu as mon bonheur entre tes lèvres. Je comprends très clairement pourquoi je les adore tant, parce qu’elles détiennent mon avenir en leur sein. Elles n’ont qu’un mot à dire pour que je sois l’homme le plus chanceux sur cette terre.
— Kipling…
— Je sais. Tu as peur de la perdre et je ne t’en tiens pas rigueur. Crois-moi, la dernière chose que je veux est de vous séparer toi et ta sœur, mais j’ai mal de savoir quelle chance pourrait être la mienne si tu me laissais t’aimer. Ces quelques jours à tes côtés…
— Je regrette. Sincèrement, je regrette de ne pas avoir coupé court à tout ça avant que nous en arrivions là.
— Il ne faut pas, ma puce. Garde ces moments comme des instants de bonheur. C’est tout ce qu’ils étaient. Préserve-les. Maintenant, il est tard, il faut que tu te reposes.
— Je peux venir te chercher, laisse-moi te reconduire chez toi, elle sanglote.
— Au revoir, Riley, je chuchote, avant de raccrocher.
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