Inevitable: Birth Of Love Tome 1 (Vol.1) (( New romance, New adult, sentimentale, contemporaine)) (French Edition)
Riley
Université de Columbia
New York
Assise sur les marches du bâtiment accueillant l’école des Arts du campus de Columbia, situé entre Central Park et le quartier de Harlem, j’attends mon amie et colocataire de surcroît, Bree. Comme à son habitude, elle met un point d’honneur à ne pas être à l’heure et cela m’irrite bien au-delà des mots. Je suis de nature très ponctuelle et cette incompatibilité nous a valu quelques chamailleries, mais aucune n’a vraiment perduré. Dans l’ensemble, nous nous entendons bien et notre vie commune est très plaisante.
Depuis ma première année en histoire de l’art, nous partageons un petit appartement se trouvant à deux pas de l’université entre Broadway et la cent dixième avenue. C’est un logement étudiant offrant un loyer modéré. L’endroit n’est pas grand ; la pièce principale est un salon en L avec une minuscule kitchenette attenante, une salle de bains exiguë et deux chambres juste disposées à recevoir un lit à deux places. Cependant, j’adore notre petit havre de paix où nous pouvons étudier dans des conditions correctes, sans subir l’effervescence de la vie sur le campus.
— Coucou !
Je fais un quart de tour sur moi-même en entendant la douce voix de Bree. Je l’accueille d’un regard courroucé. Dans un geste de défense, elle lève les mains en l’air.
— J’ai une très bonne excuse cette fois, se défend Bree devant ma mine contrariée.
Je me dresse sur mes pieds en refermant les poings sur mes hanches.
— Comme si ce n’était pas toujours le cas…
— Mon prof de psycho n’a pas voulu me lâcher. Je n’y peux rien si j’ai tapé dans l’œil de ce vieux dégueulasse.
J’ai une moue d’écœurement. Pour avoir eu l’occasion de croiser ledit enseignant, je sais qu’il n’y a rien de flatteur à s’attirer les faveurs de cet homme.
— Il n’arrêtait pas de me souffler son haleine putride au visage. Même son dentier essayait de se barrer tant bien que mal. J’ai cru qu’il allait me sauter dessus.
Son corps est parcouru d’un frisson.
— Tu es répugnante !
Mon amie passe alors son bras sous le mien et me guide d’un pas aérien en direction de notre appartement.
— On sort ce soir ?
— Je ne sais pas Bree. Je dois encore mettre de l’ordre dans mes affaires avant de m’envoler pour San Francisco.
— Mais tu ne pars que dans deux jours ! Allez, accepte, je t’en supplie !
— À quoi pensais-tu ?
— Connor m’a dit qu’il allait boire une bière avec quelques-uns de ses potes dans un pub de Broadway. On peut aller les rejoindre. Ian sera là.
Cette nouvelle me stoppe net dans mon élan. Je me défais de l’entrave de mon amie avant de croiser fermement mes bras sur ma poitrine.
— Hors de question ! Si c’est pour que toi et ton plan cul me colliez Ian dans les pattes, c’est sans moi ! Je n’ai jamais vu un mec aussi envahissant. Il a des tentacules à la place des bras ce type !
Bree rit franchement.
— Je t’assure que l’on passera un bon moment et je te promets de le virer à coups de pied au cul s’il se montre trop importun avec toi, OK ?
— OK ! je capitule. Allons-y…
— Super !
**
La porte de mon appartement claque violemment tandis que je sors sur le palier. Je tente de la retenir avec mon pied, mais en vain. Mes mains sont accaparées par la lourde panière à linge dans laquelle je transporte deux semaines de vêtements sales, je me retrouve dans l’impossibilité de m’en servir. Pour couronner le tout, la sonnerie de mon téléphone se met à brailler depuis la poche arrière de mon jean.
Super !
Je termine ma descente vers la buanderie commune, placée au rez-de-chaussée, au pas de course. Une fois dans la pièce à la propreté toute relative, je jette bruyamment l’objet qui m’encombre sur le vieux meuble en bois à l’équilibre hasardeux et récupère mon mobile. Je prends connaissance de mon correspondant qui n’est nulle autre que ma sœur aînée, Victoria. Après avoir sélectionné son nom dans la liste de mes contacts, je compose son numéro. Elle décroche immédiatement.
— Hello !
— Salut, Vick. Tu m’as appelée ?
— Il me semble, ma petite Riley, que tu es en vacances, braille ma sœur dans le téléphone.
Je le décale légèrement de mon oreille en grimaçant.
— Vicky, je la réprimande. Tu es folle de crier de la sorte !
— Je suis trop heureuse que tu rentres à la maison.
— Je suis également très contente de vous revoir tous.
Enfin… presque tous, me fait remarquer ma conscience.
— J’ai mangé avec Ty hier soir et lui aussi ne tient plus en place. Tu nous as tellement manqué.
Je souris en apprenant cela. Je peux aisément imaginer l’impatience de mon ami de toujours ou de ma sœur quant à mon retour en Californie. La distance est pesante au quotidien.
— Je me suis ennuyée de vous moi aussi !
— Peut-être que ça n’aurait pas été le cas si tu étais revenue nous voir plus régulièrement.
Je grimace en l’écoutant me réprimander au sujet de ma trop longue absence.
— J’ai énormément de travail avec mes cours, surtout cette année. J’ai dû me concentrer sur mes révisions pour ne pas foirer mon semestre.
— Je le comprends parfaitement, et vu tes résultats je ne peux qu’être fière de toi. Cela dit, tu es revenue à la maison trois fois en quatre ans. New York n’est pas la porte à côté, mais tout de même…
Si seulement tu pouvais imaginer comme je souffre de cette séparation, mais le voir est bien plus douloureux. Je voulais seulement l’oublier…, lui chuchote secrètement cette petite voix dans mon cœur.
— Je reviens cet été ! Je serai avec vous pour les deux prochains mois.
— J’ai tellement hâte. Comme tu le sais, je viens de commencer mon nouveau job et je n’ai pas de vacances. Cependant, j’ai obtenu deux jours de libres dans deux semaines et j’ai pensé que nous pourrions nous évader un moment…
Mon esprit s’égare soudainement alors qu’il assimile le contenu des paroles de Vicky, mais surtout ce qu’elles impliquent.
Un week-end avec ma sœur et lui ? Suis-je vraiment prête pour ça ?
— Tu aimerais que nous partions juste toutes les deux ?
J’espère que sa réponse comblera mes attentes les plus secrètes.
— Je ne suis pas contre le fait que Ty se joigne à nous, si tu veux.
Mon meilleur ami peut venir, super ! Mais ce qui m’importe c’est : est-ce que lui sera là ?
— Si vous êtes d’accord, nous pourrions aller au bord de la mer. Je nous imagine bien tous les trois, à bronzer, à boire des cocktails, à draguer de beaux mecs.
Tous les trois ? ! Donc, « il » ne sera pas présent ! Youpi ! Voilà un week-end bien plus engageant que je ne le craignais…
— Je ne suis pas certaine que tes plans plaisent à tout le monde, je plaisante, en lançant mon programme de lavage.
— Personne n’aura rien à redire à cela ! Je suis pleinement libre de mes agissements.
À l’aveugle, je fais un pas en arrière, cherchant à m’asseoir sur ce banc positionné parallèlement au lave-linge. Les propos évasifs et troublants de ma sœur me perturbent comme si quelque chose m’échappait.
— Kipling et moi, nous avons rompu…
Entendre ce prénom me fait chanceler sur place, mais c’est la fin de la phrase qui m’achève. Je manque ma cible, le banc derrière moi, et m’écrase lourdement sur le sol dans un bruit sourd.
Aïe !!!
— Tout va bien ?
— Pardon ! Je fais ma lessive et le baril m’a glissé des mains, je me justifie, en remettant de l’ordre dans ma tête.
Ils se sont séparés ? Kipling n’est plus en couple avec ma sœur ? Il est célibataire ? je m’interroge en silence.
Je me ressaisis et réprime mes pensées particulièrement scandaleuses.
— Je… Je…, Vicky ? je cafouille, incapable d’aligner deux mots cohérents.
Ma voix est à peine reconnaissable tant elle est déformée par ma gorge nouée.
— Il m’a quittée, il y a deux semaines maintenant.
— Mais comment ? Pourquoi ? je la questionne, effarée par cette révélation.
— Je n’ai pas tellement compris ce qui lui est passé par la tête. Son cabinet exigeait de plus en plus de temps alors, j’ai pris mon mal en patience. Il voulait que son affaire décolle et je n’ai pas eu envie de jouer la copine chiante. Mais après plusieurs mois, j’ai fini par lui en parler. Là, il m’a dit que cette distance qui s’était imposée entre nous au fil du temps ne lui paraissait pas si insurmontable que cela et que ce constat lui avait ouvert les yeux sur son manque d’implication dans notre relation.
— Je suis tellement désolée. J’ai du mal à réaliser. Je pensais que tout allait bien entre vous, que vous étiez épanouis dans votre couple.
— C’est ce que je croyais aussi et, visiblement, il n’en était pas de même de son côté.
— Il n’aurait pas rencontré quelqu’un d’autre ?
Je me mords la joue pour me châtier d’avoir eu l’indécence de poser cette question. Elle me paraît bien trop intéressée à mon goût.
— Non, je ne le crois pas. Cela dit, il ne s’en serait pas vanté si c’était le cas.
— Oui, c’est évident…
— Je suis pressée que tu sois là ! J’ai envie de me changer les idées.
— Ne t’inquiète pas ! Je serai à la maison après-demain et nous allons passer de bons moments ensemble. Je t’en fais la promesse.
— Merci, ma Riley ! Ton absence a été bien plus difficile à supporter ces dernières semaines. Il me tarde que tu sois là !
— Je ressens la même chose.
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