Inevitable: Birth Of Love Tome 1 (Vol.1) (( New romance, New adult, sentimentale, contemporaine)) (French Edition)
Section 7
Riley
Pacific Heights
San Francisco
La chambre dans laquelle j’ai passé mon enfance est plongée dans la pénombre quand je sors de la salle de bains adjacente où je viens de prendre une douche. Celle-ci était la bienvenue après cette soirée au stade. J’ai encore l’impression de sentir l’odeur de la transpiration des autres supporters agglutinés autour de nous.
J’allume la petite lampe au design quelque peu dépassé qui se trouve sur la longue commode en bois massif. À sa droite est placé mon lit, élégant mélange de fer forgé noir et de bois. Simplement vêtue de ma sortie de bain en coton, je trottine jusqu’à mon dressing où je récupère un ensemble de nuit composé d’un short en tissu fluide et un top à fines bretelles fait de la même matière. Je passe ma tenue rapidement alors que mon portable vibre sur mon dessus de lit bleu clair. Tout en finissant de sécher ma chevelure épaisse et rousse, j’avance afin de m’en emparer. Je suis surprise en découvrant que l’appel provient de Kipling. Je fixe l’écran quelques secondes avant de décrocher.
— Kipling ?
— Ma jolie amazone ! il s’exclame d’un air enjoué. Je t’ai envoyé plusieurs messages, mais tu ne m’as pas répondu. Tu es fâchée ?
— Pourquoi ça serait le cas ?! Je n’ai aucune raison d’être en colère après toi. Je viens de sortir de ma douche.
— De la douche ?! Tu es déjà rentrée ?
— Oui, pourquoi ? Tu es toujours au stade ?
— Je suis devant, effectivement. On a bu quelques verres avec mes amis. Je crois que je n’ai pas vu l’heure passée.
— On dirait bien.
— J’ai pensé que tu serais peut-être encore là et je me suis dit que les bars étaient encore ouverts alors...
— Peut-être, mais moi, je m’apprête à aller dormir. Et puis quelque chose me fait supposer que tu as assez bu pour ce soir. Tu devrais toi aussi aller te coucher.
Je l’entends glousser.
— À tes ordres, ma petite Chipie.
— Tu es sûr d’être en mesure de reprendre la route ?
— Je ne sais pas. Si je te dis non, tu viens me chercher ?
— Absolument pas ! Mais je t’appelle un taxi, si tu veux...
— En fait, je viens de monter dedans. J’aurais tout tenté pour te voir.
Sa voix se fait plus lointaine quand il indique son adresse au chauffeur.
— Tu es rassurée ?
— Je trouve cette décision plus adulte, c’est indéniable.
Il rit.
— Ah oui ! Tu es devenue une grande personne, c’est vrai, il me raille gentiment.
Je me glisse sous mes draps de lin.
— Dis-moi, tu n’es pas trop déçue par le résultat de cette rencontre ?
— Non, les Knicks ont été meilleurs. Leur victoire est amplement méritée.
— Je suis d’accord avec toi. Les Giants vont devoir se ressaisir s’ils ne veulent pas passer à côté de leur saison.
— Tu n’as pas tort !
— Tu es une New-Yorkaise maintenant ! Tu n’as pas réellement perdu ce soir.
— Je suis avant tout une fervente supportrice des Giants, qu’importe que je vive à New York.
— Et comment se déroule ta vie là-bas ? Tu as des amis ? Un petit copain peut-être ?
Je vire à l’écarlate et remercie le ciel qu’il ne me l’ait pas posée lorsque je me trouvais en face de lui. Dissimuler mon embarras aurait été bien compliqué.
— J’ai quelques amis, mais ça s’arrête là.
— Quoi !? Une jolie petite nana comme toi ! C’est quoi leur problème ?
— Il n’y en a pas. C’est moi qui ne suis pas intéressée.
— C’est à cause de Ty ?
— De Ty ? je rétorque, étonnée par sa question.
— Lui et toi… Ça a toujours été un peu ambigu, non ?
— Pas du tout ! Nous sommes juste amis.
— Es-tu amoureuse de lui ? C’est ça qui te rend malheureuse ? Tu as des sentiments à son égard, mais ce n’est pas son cas.
— Je me dois de te prévenir, tu es pénible quand tu as un coup dans le nez.
Kipling s’esclaffe et mon corps frissonne à l’écoute de ce son d’une incroyable beauté qui a toujours le même effet troublant sur moi.
— Accorde-moi deux secondes.
De nouveau, il échange brièvement avec le chauffeur. Un bruit de portière qui claque me parvient, puis :
— Je suis arrivé sur mon parking.
— Où habites-tu maintenant ?
— Dans le quartier de Mission Bay.
— C’est un joli coin.
— J’ai une superbe vue sur le Golden Gate. Il faudrait que tu viennes l’admirer à l’occasion.
— Pourquoi pas...
— Riley ?
— Oui.
— Pourquoi es-tu partie si longtemps ?
— J’avais du travail. J’ai bossé pour obtenir ma licence.
— Je comprends…
Il se racle la gorge.
— Tes études sont importantes et tu as toujours été très responsable, mais tu nous as manqué, tu sais.
Je perçois très clairement comme un étau se serrer sur ma poitrine.
— Je... Euh... Vous aussi.
— J’ai conscience de ne plus être personne dans la famille Reed. Cependant, j’ai passé sept ans de ma vie près de toi et de tes proches. C’est douloureux de ne plus vous voir, tu comprends ?
— Bien sûr.
— J’adorais quand nous allions manger une pizza avec ton père avant d’assister à un match, ou lorsque l’on se retrouvait le dimanche midi chez tes parents et que nous allions frapper quelques balles.
— Moi aussi, je garde d’agréables souvenirs de ces bons moments.
— Alors pourquoi es-tu partie ? Des universités prestigieuses, il y en a dans tout le pays. Pourquoi as-tu choisi de partir à l’opposé de nous ?
Pour l’unique raison que je nourris pour toi un amour interdit, un amour maudit...
Des larmes particulièrement amères s’écrasent sur mon couvre-lit.
— J’avais besoin de m’émanciper, de grandir, de couper le cordon...
— Pour grandir ça, tu as grandi !
— Je suis une adulte maintenant, je badine, espérant rendre moins sérieuse la tournure que prend notre conversation.
— C’est ce que j’ai eu le loisir de constater. Chipie, je viens de rentrer chez moi et je vais suivre tes précieux conseils et aller dormir.
— Moi aussi, je suis exténuée.
— On se voit à ton retour ?
— Oui, tu m’appelles vendredi ?
— Sans faute.
— Bonne nuit, Kipling.
— Bonne nuit.
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