Inevitable: Birth Of Love Tome 1 (Vol.1) (( New romance, New adult, sentimentale, contemporaine)) (French Edition)
Riley
Stade l’AT&T
San Francisco
L’AT&T Park est le stade qui a pour locataire l’équipe de baseball des Giants, et ce depuis les années 2000. Avec ces quelque quarante mille places, il est l’endroit idéal afin de recevoir les matchs de la ligue nationale. Et encore ce soir, la rencontre qui oppose les Giants de San Francisco aux Knicks de New York s’annonce serrée. Une certaine cohue réside dans les coulisses du stade tandis que les visiteurs se ravitaillent en boisson, en nourriture ou qui, comme moi, se rendent aux W.C.. Comme je le redoutais alors, une file interminable de supportrices s’est créée devant les toilettes réservées aux dames. Je m’y glisse en soufflant.
Quelle imbécile je fais ! J’aurais pu utiliser ceux de la pizzeria, je me houspille silencieusement.
Piétinant derrière l’une de mes compagnes de file, je pianote sur mon téléphone. Je consulte mes mails, surfe sur le Net afin de faire passer le temps qui semble s’écouler à une lenteur des plus horripilantes, quand je sens sur ma peau un souffle léger, à la naissance de ma nuque. Puis, il y a cette voix, mais pas n’importe laquelle... la sienne !
— Ne t’ai-je pas répété cent fois que la seule équipe de baseball qui vaille la peine d’être soutenue est celle des River Cats ?
Mon corps, tremblant de la tête aux pieds, pivote maladroitement vers l’individu qui vient de s’adresser à moi. À cet instant, le voir là, devant moi, cet homme dont je suis amoureuse depuis tant d’années me méduse totalement. Je le contemple, apeurée par cette rencontre fortuite, mais surtout par le chambardement émotionnel dont je suis la victime à chaque fois qu’il pose ce joli regard nuancé de vert et d’une subtile teinte noisette.
— Kipling, je marmonne de manière hésitante.
Dans un mouvement qui me surprend, ses bras s’enroulent autour de mes épaules et m’étreignent chaleureusement.
— Ma petite amazone ! Je suis content de te voir. Comment vas-tu ?
Je souris en l’entendant m’appeler ainsi. Il m’a attribué ce gentil surnom le jour où il m’a conduit à mon cours d’équitation, il y a sept ans de cela.
— Très bien.
Ma prononciation toujours aussi laborieuse m’exaspère en mon for intérieur. Je me ridiculise complètement face à lui et ce n’est pas dans mes habitudes de voir mon assurance flancher, encore moins devant Kipling.
Pourquoi suis-je soudainement intimidée face à lui ?
— Tu es venue avec ton père ?
J’acquiesce d’un hochement de tête. J’inspire longuement, m’accordant ainsi quelques secondes pour réunir mes pensées et parvenir enfin à formuler des phrases audibles et censées.
— Pourquoi es-tu là si tu n’aimes pas les Giants ?
— Un ami m’a offert des billets. Ça aurait été stupide de les refuser. C’est toujours du baseball, tu ne crois pas ?
— La ligue nationale est nettement plus intéressante que la ligue mineure.
Je le vois alors croiser ses bras imposants et forts sur son torse parfaitement sculpté. Chaque arrondi de sa sublime musculature se dessine sous le tissu fin de son tee-shirt à la coupe moulante.
— Chipie, Chipie, Chipie, soupire Kip, avec désarroi. Qu’est-ce que je vais faire de toi ?
Tu peux faire absolument tout ce que tu veux de moi. Je te suivrai au bout du monde.
Il tapote alors gentiment sur le dessus de mon crâne.
— Tu as bien grandi !
Je le repousse en bougonnant.
— Tu as quel âge maintenant, dix-huit, dix-neuf ans ?
— Je vais avoir vingt-deux ans ! Ce que tu peux être nul !
Il redresse ses mains en signe de défense.
— Oh ! Oh ! C’est un sujet sensible, on dirait...
— Depuis le temps, tu pourrais connaître mon âge, Kipling !
— Mais je te charrie ! Je sais parfaitement quel âge tu as. Je peux même te dire que ton anniversaire est le premier octobre.
— Tu n’as pas oublié ?
Étonnée qu’il s’en souvienne, je laisse échapper ma question. Il glousse en me gratifiant d’un clin d’œil.
— Je ne suis pas si nul que ça finalement...
C’est alors à mon tour de croiser mes bras sur ma poitrine.
— Je n’en suis pas si sûre. Pourquoi as-tu quitté Vicky ?
Son air enjoué disparaît brusquement. Son joli visage se délite devant mon ton désapprobateur.
— C’est très compliqué à expliquer...
Je pointe mon doigt vers lui, les traits graves.
— Il y a une autre fille ! je l’incrimine, en lui assénant une tape à l’épaule. Espèce de sale goujat !
— C’est ce qu’elle t’a dit ?
L’idée que ma sœur ait pu porter ce genre d’accusations à son encontre le rend très nerveux.
— C’est faux ! Il n’y a personne.
Je m’adoucis face à sa franchise indiscutable. Me voilà bien mal à l’aise de m’être permis de formuler une telle hypothèse.
— C’est moi qui fais cette supposition.
— Eh bien, eh bien… Je suis déçu de voir comme tu me tiens en estime.
— Je veux seulement comprendre ce qui a bien pu se produire. Vous sembliez si heureux tous les deux.
— Et il y a une grosse différence entre ce que nous étions aux yeux des gens et dans notre vie de couple. Tu sais, l’amour ne se commande pas...
Oh, oui ! J’en sais quelque chose, crois-moi !
— C’est tellement dommage.
— Ce sont des choses qui arrivent ! Tu es revenue pour les congés d’été ?
— Je reste deux mois.
— Tu n’es jamais rentrée aussi longtemps.
— C’est vrai ! J’ai validé ma licence alors, je peux me le permettre.
— Ta licence, super ! Je te félicite.
— Merci.
— Tu entres en master maintenant ?
— Dès septembre.
Il m’indique l’endroit devant lequel je fais le pied de grue depuis de longues minutes.
— Tu ne voulais pas aller là.
— Oh... Tant pis...
— Le match ne va pas tarder à commencer. Je ferais mieux de remonter.
Non, ne pars pas, je t’en prie. Tu m’as tellement manqué...
— Mon père va m’attendre.
— Je vous aurais bien proposé de me tenir compagnie, mais je doute qu’il soit ravi de me voir.
— Je crains que ce ne soit pas une bonne idée, je lui réponds, chagrinée de constater que cette entente entre eux a volé en éclats suite à cette séparation.
— C’est bien ce que je pensais. Maintenant que tu as le droit de te balader dans les bars, je pourrais t’inviter à boire un verre un de ces soirs avant que tu ne retournes à New York.
— Oh, euh, bah...
Cette proposition inattendue me prend au dépourvu. Je bredouille, j’hésite.
Riley, tu es grotesque, ma pauvre fille…
— Si tu ne veux pas me revoir, je ne t’en tiendrai pas rigueur. Après tout, Vicky est ta sœur. C’est seulement que je te connais depuis un moment maintenant. Tu es ma petite amazone, qu’importe la tournure qu’a prise ma relation avec elle.
— Je suis d’accord pour que nous sortions, Kipling.
— Génial ! J’ai conservé ton numéro, je t’appelle dans quelques jours.
— Pas la semaine prochaine. Je pars avec Vicky et Ty quelques jours en vacances.
— C’est une bonne chose. Où allez-vous ?
— À Cancún.
— Cancún !? Rien que ça ! Eh bien, c’est du joli...
— Tyler a un ami là-bas. Il nous a invités à le rejoindre.
— Quand seras-tu de retour ?
— Vendredi.
— Je t’appelle à ce moment-là, alors.
Kipling se penche vers moi avec une certaine crainte et m’embrasse sur la joue. Mon corps se fige quand sa respiration vient s’écraser sur mon oreille.
— Amuse-toi bien, mais sois sage !
— Oui, oui, je lui dis, comme pour le rassurer.
Il s’éloigne vers l’escalier qui permet d’accéder aux tribunes les plus hautes du stade.
— Je suis heureux de t’avoir vue.
Un sourire immense et incontrôlable se dessine sur mes lèvres.
— Moi aussi.
C’est d’un pas incertain que je regagne ma propre place. Je me sens complètement désorientée par cette entrevue. Mes pensées se bousculent dans mon esprit qui ne cesse de se passer en boucle cette litanie répétitive « il m’a invitée à boire un verre... »
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