Inevitable: Birth Of Love Tome 1 (Vol.1) (( New romance, New adult, sentimentale, contemporaine)) (French Edition)

Kipling

 

Financial District

San Francisco

 

— Je pourrai vous livrer les nouveaux plans d’ici une quinzaine de jours si ça vous convient.

— Cela me semble acceptable. Je passerai à votre cabinet.

— Dans ce cas, je vous propose que votre secrétaire contacte la mienne pour programmer un rendez-vous.

— Très bien.

— Au revoir, monsieur Martin.

— Au revoir, monsieur Baker.

Je raccroche le combiné en soufflant.

―Rosa, vous pouvez venir une minute, je crie, à travers la pièce.

Ma secrétaire, cette femme d’un âge avancé, d’une taille relativement petite et avec ces formes que ses six grossesses lui ont laissées, se présente sur le seuil de ma porte. Elle tient de ses origines hispaniques une peau mate et une longue chevelure ébène. Son mari est décédé dix ans auparavant, la laissant avec ses nombreux enfants à gérer. Aujourd’hui, ils ont grandi et quitté le foyer familial et Rosa a eu la possibilité de se lancer dans de nouveaux projets. Trouver un travail qu’elle apprécierait était en tête de sa liste.

Cependant, sa recherche d’emploi n’a pas été une partie de plaisir. Conséquence de son manque de qualification et d’expérience dû au fait qu’à l’âge de dix-huit, elle mettait au monde son premier enfant. Son entretien à ce poste s’était déroulé après une succession d’autres candidatures. J’avais reçu une dizaine de personnes avant elle quand, de son côté, elle courait depuis le matin d’entreprise en entreprise. Lorsqu’elle avait passé la porte de mon bureau, nous étions aussi éreintés l’un que l’autre. Je l’avais invitée à s’asseoir et j’avais commencé par lui dire que sa journée avait dû être rude, qu’elle semblait épuisée. Je lui avais offert un verre d’eau, nous avions bavardé de tout sauf de l’emploi pour lequel elle se présentait à moi. Après une bonne demi-heure, elle s’était excusée de me faire perdre mon temps. Je lui avais alors répondu que justement, grâce à elle, ça ne serait plus le cas, car je l’engageais. Je peux dire que je ne suis pas peu fier de ma première décision en tant que chef d’entreprise. Rosa est une perle rare et je l’apprécie beaucoup.

— Monsieur ?

— La secrétaire de monsieur Martin va vous appeler pour poser un rendez-vous afin que je puisse présenter les nouveaux plans à son patron.

— Il vous les a fait modifier ? Encore ?

— Incroyable, hein ? je ris avec une pointe d’agacement dans la voix. Madame veut une véranda maintenant.

Elle glousse gentiment.

— Dans combien de temps le rendez-vous ?

— Pas avant une quinzaine de jours.

— Entendu. Monsieur Stephen a téléphoné. Il confirme votre déjeuner de ce midi.

— Tous les mardis, nous mangeons ensemble et tous les mardis il appelle...

— Il craint sûrement que vous l’oubliiez avec tout ce travail.

— Peut-être. Cela dit, il pourrait m’envoyer un texto.

Je lui lance alors une œillade amusée.

— Je vais finir par penser qu’il le fait uniquement pour avoir le plaisir de vous parler.

— Seigneur ! Ne dites pas des choses comme ça.

Je m’esclaffe gaiement.

— Les hommes appartiennent au passé. Aujourd’hui, il n’y a que Rosa.

— Prudence ! Parfois, l’amour vous tombe dessus sans que vous ne puissiez le contrôler.

— C’est à votre tour d’être amoureux. Vous êtes jeune, vous devez trouver une femme et fonder votre famille.

— Mais, je m’y emploie. Je vous assure.

Mon portable vibre sur mon bureau. Rosa me regarde avec un air espiègle.

— C’est sûrement elle, dans ce cas...

— Comme je serais un homme chanceux et heureux si c’était vrai. Cette femme est d’une perfection qui n’a pas d’égal.

— Alors, jetez-vous à l’eau !

Je m’empare de mon téléphone et décroche.

— Bonjour.

— Salut. Comment vas-tu ?

— J’ai du boulot à ne savoir qu’en faire...

— Si tu as dans l’intention d’annuler ce week-end...

Je ricane en l’entendant râler.

— Ce n’est pas du tout ce que je souhaite.

— Alors, pourquoi m’as-tu contactée ce matin ?

— Simplement pour te demander comment s’était passée ta soirée.

— C’était un dîner très agréable.

— En fait, il y a une autre raison à mon appel.

— Et laquelle ?

— Tu es libre pour le déjeuner ?

— Je n’ai rien de prévu, mais...

— Super ! Je dois retrouver un ami au restaurant. Tu te joins à nous ?

— J’hésite, Kip. Nous nous sommes beaucoup vus ces derniers jours. Tu devrais peut-être t’y rendre seul.

Elle n’a pas tort. Nos rencontres ont été très fréquentes depuis que nous nous sommes revus au match et j’ai la faiblesse de croire que cela est aussi plaisant pour moi que pour elle.

— Très bien... Comme tu voudras, je réponds sans parvenir à cacher ma déception. On se verra samedi. Si tu le souhaites.

— Kip...

— J’ai du travail. À plus tard.

Je raccroche avant de m’affaler dans mon fauteuil. Me faire rabrouer par Riley me provoque une vive colère que j’ai du mal à m’expliquer. Malheureusement, je ne suis que le mec qui vient de briser le cœur de sa sœur. Cette gentillesse qui est, selon moi, la qualité qui la caractérise le plus l’a certainement poussée à se montrer polie et serviable avec moi. Seulement, ça ne va pas plus loin que cela. Riley est devenue une jeune femme somptueuse et tout ce que j’aime chez elle, tout ce que je trouve ravissant dans son apparence comme dans son tempérament a mûri. Ce charme qui émane d’elle s’avère redoutable. Elle m’a envoûté à la seconde où mes yeux se sont posés sur ses formes d’une sensualité si innocente qu’elles en deviennent dangereuses. Mais qui suis-je pour pouvoir prétendre à posséder son corps ou bien son cœur ? Personne ! Pour elle, je ne suis personne. Comme en témoigne ce silence de quatre ans alors que je nous pensais amis. Pourquoi les choses seraient-elles différentes aujourd’hui ?

— Me jeter à l’eau, tu parles ! je soupire, en posant mon portable sur mon bureau.

 

**

 

Je pousse la porte de la taverne Wayfare avec quelques minutes de retard sur l’horaire habituel. La circulation a été épouvantable dans cette partie de la ville à cause de travaux réalisés à cet endroit. À mon arrivée, mon ami est déjà attablé avec un verre de bière à la main.

— Je suis désolé, Stephen. Je ne t’ai pas trop fait attendre ?

— Non, je suis là depuis peu.

Je prends place sur la chaise en face de lui.

―Une bière, comme d’hab ?! me demande Stephen.

J’acquiesce. Mon ami fait signe à la serveuse qui s’approche immédiatement et note ma commande.

— Tu as une sale tête. Tout va bien Kip ?

— Très bien, oui. J’ai beaucoup de boulot.

— C’est une bonne chose pour ton cabinet, mais fais attention à ne pas te laisser submerger par ton travail. Je sais que ce n’est pas facile.

— Non, ce n’est pas évident.

L’instant d’après, j’ai mon verre dans la main. Je le porte à ma bouche et j’en bois une bonne gorgée.

— Merde ! siffle Stephen entre ses dents, en fixant quelque chose derrière moi. Il y a une nana qui vient d’entrer, une petite merveille, mon pote.

Je rigole en posant mon verre sur la table.

— Vas-y, Kip. Je te la laisse. Tu en as plus besoin que moi.

— C’est très généreux de ta part, mais je ne suis pas intéressé.

— Elle semble perdue, presque terrorisée. Tu devrais tenter ta chance parce qu’elle est une proie idéale pour les connards qui se trouvent ici.

— Nous sommes donc deux de ces fameux connards...

— Retourne-toi et tu comprendras.

Je lance une brève œillade par-dessus mon épaule et me lève brusquement, bousculant la table au passage, manquant de renverser nos verres, en découvrant Riley qui balaie la salle du regard. Quand il se pose sur moi, mon corps est soudainement pris de vertiges.

— Chipie...

Les mains accrochées à la lanière de son sac qu’elle porte en bandoulière, elle avance d’une démarche certaine jusqu’à nous.

— Salut !

Son ton est strict quand elle s’adresse à moi.

— Salut.

— Ta secrétaire m’a dit que je te trouverais là.

— Je...

— J’ai été obligée de passer par ton cabinet puisque tu ne réponds pas à mes appels ! Tu peux dire que je suis une boudeuse. Toi, tu es capricieux, Kipling Baker.

Elle tournoie sur elle-même et se présente face à l’homme qui m’accompagne.

— Salut, je suis Riley, une amie de Kip. Il m’a proposé de me joindre à vous pour le déjeuner. Tu dois être Stephen ?

Elle le salue d’une poignée de main.

— C’est ça ! Je suis ravi de te connaître...

Avec aisance, elle s’assied sur la banquette que j’occupe également.

— J’ai loupé quelque chose ?

— Pas du tout ! lui dit Stephen. Que veux-tu boire ?

— Je veux bien une bière, s’il te plaît.

Je reprends place près d’elle, un peu sonné par son apparition inespérée.

— Merci d’être venue, je lui murmure discrètement.

— J’ai longuement hésité quand j’ai compris que tu esquivais mes appels.

— Excuse-moi, je lui dis, piteux. J’ai mal réagi.

— N’en parlons plus.

Elle se lance dans la lecture du menu.

— Que servent-ils de bon dans ce restaurant ?

Je m’affale contre le cuir du dossier et la contemple quelques instants.

— Leurs hamburgers sont fabuleux.

— OK !

Je détourne le regard quand Stephen se racle la gorge. Un grand sourire illumine son visage.

Il plonge son nez dans son verre.

— T’es mort mon pote, il chuchote tandis que Riley cherche toujours son repas.

J’accueille sa remarque dans un léger rictus avant de me détendre enfin et de profiter de ce moment en compagnie de cette femme qui se fraie dans la plus grande douceur un chemin vers mon cœur.

 

**

 

Finalement, ce déjeuner en compagnie de Riley et Stephen a duré bien plus longtemps que prévu. Ce n’est pas forcément judicieux de ma part compte tenu de la charge de travail qui m’attend au bureau, mais ce moment avec elle est bien trop agréable pour que j’y coupe court si rapidement. La note réglée par mes soins, Riley s’excuse et se rend aux toilettes. Immédiatement, Stephen se tourne vers moi. Les bras croisés sur le torse, il m’observe avec scepticisme.

— Quoi ? je ronchonne devant son regard insistant.

— La sœur de ton ex ! Sérieusement ?

— Nous sommes amis, rien de plus.

— Tu peux lui vendre ce que tu veux, mais ne joue pas à ça avec moi. Je suis un mec et je sais comment tu penses…

— Et comment ?

— Avec ta queue, mon pote ! Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle est bandante la petite Riley.

— Ne parle pas d’elle comme ça ! C’est une fille bien. Je la connais depuis qu’elle a quinze ans. Oui, elle est séduisante et attirante, mais je ne la considère pas comme tu sembles le croire.

— Arrête, Kip ! Tu l’as dévorée des yeux tout le temps que tu as pu. Elle te plaît, cesse de le nier. D’ailleurs, je ne vois pas en quoi c’est un problème. Vicky et toi avez rompu et ce n’est qu’après votre séparation que tu as commencé à fréquenter sa sœur, je me trompe ?

— Non, nous n’étions plus ensemble quand je l’ai recroisée.

— Donc, tu ne fais rien de mal !

— Sois un peu sérieux ! Tu viens de passer une heure avec elle, c’est un vrai trésor cette fille ! Elle n’est pas pour moi.

— Pourquoi ?

— C’est le style de femme que tu épouses, à qui tu fais des enfants, mais tu ne la baises pas pour la mettre dehors à l’aube.

— Ce n’est pas toi qui m’as dit, pas plus tard que la semaine dernière que tu voulais te marier, fonder une famille.

— Je ne suis pas à la hauteur de cette femme. Elle est trop particulière. Ce n’est pas que je n’ai pas envie de la séduire, bien au contraire. Cependant, je doute d’être en mesure de lui apporter ce qu’elle mérite.

— Pourtant, tu as toutes tes chances.

— Elle se fiche pas mal des mecs ! Elle est jeune et ne se soucie pas de ça pour le moment.

— Moi, je ne fais que relater ce que je vois. Il y a un truc entre vous ; pure attirance sexuelle, ou réelle envie de plus, je n’en sais rien, mais c’est très perceptible.

Je me redresse quand j’aperçois ma jolie chipie revenir vers nous.

— Elle est là.

— On peut y aller, elle chantonne en arrivant à notre hauteur.

Je pousse la porte de l’établissement et l’invite à sortir.

— Eh bien, Riley, je suis ravi d’avoir fait ta connaissance. J’espère te revoir un de ces jours.

— Moi, également.

— Kip, à mardi prochain ?

— OK ! Salut.

— Salut, lance Stephen, en s’éloignant vers sa voiture.

Je me tourne vers Riley qui le salue de la main.

— J’aime bien ton ami. Il est très agréable.

— Oui, c’est vrai. Où es-tu garée ?

— Un peu plus bas.

— Alors, allons-y.

— Si tu as du travail...

— Je vais te raccompagner, c’est bon !

— Comme tu voudras.

Elle enroule son bras autour du mien.

— Que vas-tu faire cet après-midi ?

— Je crois que je vais me prélasser au bord de la piscine.

— Quelle veinarde...

— Je te proposerai bien de te joindre à moi, mais tu as du travail.

— Effectivement. De plus, je doute que tes parents apprécient de me trouver chez eux à me baigner avec leur petite Riley.

— Ils se sont absentés pour deux jours. Tu pourrais venir ce soir ?

— Pourquoi pas !

— On ferait des grillades...

— C’est trop tentant. J’accepte !

— Super ! Ma voiture est là.

— Je vais m’arranger pour ne pas quitter le bureau trop tard.

— Très bien. Envoie-moi un message quand tu te mets en route.

— Entendu.

Elle prend appui sur la pointe des pieds et dépose un baiser sur ma joue.

— À ce soir, monsieur Baker.

— À ce soir, mademoiselle Reed.

Elle fait le tour de sa petite Ford et ouvre sa portière.

— Travaille bien.

— Bien sûr.

Elle disparaît dans le véhicule après m’avoir flatté d’un magnifique sourire.

 

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