Inevitable: Birth Of Love Tome 1 (Vol.1) (( New romance, New adult, sentimentale, contemporaine)) (French Edition)

Riley

Pacific Heights

San Francisco

 

Étendue sur le canapé de la petite bibliothèque installée sur le palier de ma chambre, je me prélasse en lisant un livre. Entre mon travail scolaire et mon job sur le campus, trouver le temps de me plonger dans un bon roman n’est pas une mince affaire. Je profite de ce moment de libre pour avancer dans ce thriller palpitant que j’ai acheté, il y a maintenant près de trois mois. Je suis captivée par ma lecture quand je sursaute brusquement. Mon téléphone vient de se mettre à vibrer sur mes genoux. L’appel provient de ma sœur aînée.

— Coucou, ma Vicky !

— Coucou, elle me répond d’une voix que je devine chagrinée.

— Ça ne va pas ? je me hâte de me renseigner.

— Je… je croule sous le travail au cabinet. Pour ce soir…

Son ton embrouillé et désolé me fait craindre les raisons de son appel.

— Tu ne vas pas annuler notre sortie ! je m’exclame, déçue à l’idée qu’elle se désiste.

— J’ai un dossier prioritaire sur lequel je dois bosser. Je suis désolée, ma chipie.

— Je comprends.

— Je t’appelle quand les choses se seront calmées, que l’on se reprogramme une soirée entre filles.

— Je pourrais passer chez toi, te préparer un truc à manger et même t’aider aussi bien que possible.

— C’est adorable, mais ça va aller.

― Comme tu voudras…

― Je te contacte très vite.

― Je t’aime, Vicky, je lance avant qu’elle ne raccroche, mais aucune réponse n’y fait écho.

Je regarde un peu sottement mon écran quelques secondes, me questionnant sur ce qui vient de se produire. Je secoue vigoureusement la tête afin de chasser ma réflexion. Ce n’est rien de plus que ce qu’elle m’a dit, elle est submergée de travail. Sans attendre, je compose le numéro de Kipling. Il décroche rapidement.

―Je te manque déjà ?

―Je voulais te faire savoir que mon emploi du temps de la soirée est totalement libre…

— Vraiment ? Plus de ciné entre sœurs ?

―Non, Vicky a eu un empêchement au bureau.

―Oh ! D’accord. On peut toujours y aller, si tu veux. Qu’aviez-vous projeté d’aller voir ?

―La dernière comédie romantique qui vient de sortir.

―Super ! ironise Kipling.

―J’ai accepté pour lui faire plaisir, mais je n’affectionne pas particulièrement ce genre-là. Il y a un super film d’horreur sinon.

―Ma chipie frémissante de terreur cherchant de valeureux bras pour la rassurer…

―Je ne suis pas une damoiselle en détresse. Ce n’est pas la vision de quelques viscères et d’un peu de sang qui parviendront à m’effrayer.

―Tu ne peux pas être comme toutes les filles, non ! Il faut que tu sois…

― Riley, je ricane. Je suis juste, Riley.

―La perfection personnifiée. Allons nous faire quelques frayeurs...

―On se rejoint au ciné ?

―OK ! Je te laisse te renseigner de l’heure de notre séance. On ira manger un morceau après.

―Super ! À tout à l’heure.

— À tout à l’heure.

 

**

 

À la fin de la séance, Kipling et moi sortons rapidement de la salle de projection. J’ai trouvé le film absolument génial et cela est dû à un scénario bien ficelé, mais aussi et surtout à mon voisin de droite qui a passé les deux dernières heures à me câliner. J’ai tant aimé ces moments d’intimités qui me font réaliser en douceur que Kipling s’attache à moi. Cette vérité s’impose à mon esprit pour ma plus grande joie, mais elle implique aussi qu’un tel rapprochement entre nous nous conduira inexorablement vers une relation plus intime, plus physique. Ces gestes affectueux qu’il a à mon égard ont attisé mon désir. Je sens cette vibrante envie de lui se faire plus omniprésente. Mon corps, qui l’a tant rêvé, le réclame plus avidement à chacune de nos rencontres et ce constat me terrorise.

Du fait de mon amour pour lui, je n’ai pas eu beaucoup de partenaires, et toutes mes expériences passées n’ont été qu’une continuité de choix plus épouvantables les uns que les autres. Ils résultent d’un manque évident d’affection, d’un besoin de combler une solitude dévastatrice, et les conséquences ont été déplorables.

Le premier garçon avec qui j’ai couché, je l’ai connu au lycée. Mes copines ne cessaient de me rebattre les oreilles de leurs histoires sentimentales et de leurs premières expériences sexuelles, alors un jour, j’ai accepté l’invitation de Chase, un joueur de l’équipe de football. Nous avions brièvement discuté au cours d’une soirée chez son meilleur ami et capitaine de l’équipe qui était également le petit ami de l’une de mes amies. Un après-midi, après les cours, nous nous sommes croisés à la sortie du lycée et il m’a proposé de faire la route avec moi. Finalement, j’ai fini chez lui, dans sa chambre, et en moins d’une demi-heure, j’ai perdu ma virginité, ainsi que de nombreux rêves. J’en garde un souvenir si horrible que je n’ai plus voulu coucher avec qui que ce soit pendant de très long mois.

Mon deuxième partenaire, je l’ai rencontré à l’université. Là encore, ce type ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. Après la nuit que nous avons passée ensemble, il a insisté à maintes et maintes reprises pour que nous sortions tous les deux, mais j’ai refusé.

Le troisième homme m’a dégoûté des histoires sans amour. Je l’ai rencontré lors d’une soirée de fraternité. Nous avons bavardé et, très vite, il m’a demandé de le conduire chez moi. J’ai fini par accepter. Une fois dans mon petit appartement universitaire, nous avons couché ensemble et, dans les cinq minutes, il a disparu. L’humiliation que j’ai éprouvée alors m’a poussé à faire le choix de tirer un trait sur le sexe.

Tout cela pour dire que je ne sais pas ce que peut représenter de faire l’amour avec un garçon dont je serais éprise. Mais quand celui-ci s’avère être le même homme pour qui j’éprouve des sentiments depuis l’âge de mes seize ans, pour lequel j’ai perdu tout espoir de voir notre relation prendre une tournure romantique, tout devient plus compliqué. J’ai tellement idéalisé Kipling, et ce que pourrait être une histoire avec lui, que ma crainte d’être déçue ou pire, de ne pas être à la hauteur de ses attentes, me tétanise.

―Tu n’as pas aimé le film ? s’enquit mon voisin, alors que nous remontons le trottoir jusqu’à ma voiture.

Mon silence a dû l’inquiéter et cette question vise clairement à briser la glace entre nous.

— Si ! Beaucoup même.

Je m’arrête près de mon véhicule et prends appui contre ma portière.

Sa main vient flatter ma joue.

— Pourquoi es-tu soudainement si préoccupée ?

―Tout va bien, rassure-toi.

―Tu as faim ?

―Je mangerais bien quelque chose, oui.

— Il y a un restaurant italien au bout de la rue, ça te tente ?

―Je ne dirai pas non à de bonnes pâtes.

―Alors, allons-y…

Je passe devant lui et commence à avancer quand il me retient par le poignet.

― Riley, prends ton temps. D’accord ?

Je hoche la tête.

― Je sais que ce que nous vivons tous les deux est plus délicat pour toi que pour moi et je ne te brusquerai pas. Viens vers moi comme bon te semble, laisse ton instinct te guider, moi je t’attends patiemment.

―Merci, Kipling.

Il capture ma main entre ses doigts et se met en route.

―Je ne sais pas pour toi, mais moi, je ne rêve que d’une succulente assiette de pâtes au pesto.

Je ris en le laissant m’entraîner derrière lui.

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