Inevitable: Birth Of Love Tome 1 (Vol.1) (( New romance, New adult, sentimentale, contemporaine)) (French Edition)
Riley
Pacific Heights
San Francisco
Retrouver la maison dans laquelle ma sœur et moi-même avons passé notre enfance me procure un grand bonheur. Ce sentiment d’appartenance ne ressemble à aucun autre et se révèle fortement précieux et réconfortant. Il y a en ces lieux, des souvenirs, des odeurs qui s’avèrent rassurantes et les ressentir après une si longue absence est tout simplement magique.
Mes parents ont acquis cette maison de style victorien typique à la ville de San Francisco au début de leur mariage. Les mois suivants, ils les avaient consacrés à la rénovation de celle-ci et le résultat est spectaculaire. Cette imposante demeure, dissimulée derrière de grands arbres centenaires, offre une superficie extrêmement appréciable. Comme beaucoup des habitations de cette ville, elle se dresse sur trois niveaux. Mes parents ont fait le choix d’en revoir l’ordre. Ainsi le rez-de-chaussée accueille l’escalier en colimaçon desservant chacun des étages, le bureau de mon père et sa salle de sport. Au premier réside un grand palier qui fait également office de salon avec ses canapés de cuir et sa majestueuse bibliothèque remplie d’une multitude de livres de tous genres. Au-delà de cet endroit de détente, nous nous trouvons face à deux portes qui ouvrent sur nos chambres à Vicky et à moi. Une chose très appréciable dans cette maison, c’est que nous avons chacune notre salle de bains. Le niveau supérieur est celui dédié à mes parents, ainsi qu’à une seconde pièce qui fait office de chambre d’amis. Au plus haut se trouve un immense espace commun et ouvert. À la montée des dernières marches, nous sommes dans le salon qui précède la salle à manger, et la cuisine qui meuble la longueur de la pièce.
Après avoir déposé mes affaires dans ma chambre, je grimpe jusqu’au coin-repas afin de prendre une bouteille d’eau. Je sors alors mon téléphone de ma poche et appelle Bree.
— Coucou, ma belle. Tu es bien arrivée ?
— Oui, oui. Désolée de ne pas t’avoir contactée plus tôt. J’ai déjeuné avec Vicky et nous n’avions que peu de temps.
— Ce n’est rien. Comment se sent-elle ?
— Elle m’a donné l’impression d’aller bien en surface. Nous verrons bien par la suite.
— C’est bien que tu sois rentrée auprès de ta sœur. Elle a besoin de toi.
— Je vais veiller sur elle. Et toi, de ton côté ?
— Tu ne vas pas vouloir me croire ! Connor m’a demandé de l’accompagner dans sa famille.
Au son de sa voix, je devine que cette perspective la ravit et je le comprends aisément.
— Super ! C’est une bonne nouvelle ! Il semblerait bien que le plan cul se transforme en une histoire plus sérieuse…
— Je n’ai pas tellement envie de me poser la question. Je vais passer l’été avec lui et l’avenir me le dira.
— Tu as raison de ne pas te prendre la tête. Ce n’est pas plus mal. Où allez-vous précisément ?
— Ses parents vivent en Floride.
— Ma pauvre Bree ! Tu vas abandonner ta petite vie new-yorkaise pour le soleil de la Floride, je me moque gentiment.
— Ce type me fait faire n’importe quoi !
Un bip de mon téléphone me signale un double appel.
— Bree, Ty essaie de me joindre. On se rappelle plus tard.
— OK ! Salut, Riley.
— Bye.
Je raccroche afin de prendre le coup de fil provenant de mon meilleur ami.
— Salut, beau blond.
— Fillette ! s’écrie Tyler avec entrain. Tu es là ?
— Je viens d’arriver chez mes parents…
— Mince, je suis trop content ! Quand je pense que je bosse toute la journée, ça me fait enrager, je te jure !
— Eh bien, il fallait prendre un jour de repos.
— J’y ai songé, crois-moi ! Malheureusement, avec les vacances d’été et l’arrivée des touristes, j’ai trop de travail et peu de personnel.
— Ah… je soupire. Mon Ty et ses nouvelles responsabilités de directeur-adjoint.
— Ce soir, je ne suis pas de service.
— Tu viens à la maison ?
— Ta mère m’a invité à dîner donc, oui.
— Cool !
— Et ton vol ?
— Tout s’est bien passé. À midi, j’ai déjeuné avec Vick.
— Et comment l’as-tu trouvée ?
— Relativement bien.
— Étonnement bien, non ?
— À vrai dire, je ne sais pas vraiment quoi penser de son attitude.
— Je crois qu’il serait sage de la garder à l’œil.
— Je suis d’accord. D’ailleurs, elle voudrait que nous partions quelques jours et tu es le bienvenu, si tu peux te libérer.
— Quand ?
— Dans une dizaine de jours.
— Mon directeur sera revenu. Je pourrais peut-être m’octroyer quelques jours et je sais déjà où nous allons aller, ma chérie.
— Où ?
— Au Mexique, fillette.
— Au Mexique ? je répète, étonnée.
— On en parle plus sérieusement ce soir. Vicky sera présente ?
— Bien sûr.
— Alors, à tout à l’heure.
— À plus.
— C’est bien que tu sois là. Je t’aime !
— Je t’aime aussi.
Après avoir coupé ma conversation avec Tyler, je m’affale sur le grand canapé en cuir blanc qui fait face à la cheminée. Le calme de la maison et la fatigue de ce voyage ont rapidement raison de moi. Je m’endors en quelques minutes.
**
— Riley ?
La voix grave et portante de mon père retentit à travers la maison me faisant presque bondir du canapé. Je n’arrive pas à croire que je dors depuis le début de l’après-midi.
— En haut !
Je m’étire en étouffant un bâillement.
Les pas assurés de sa silhouette sportive et imposante font craquer le bois vieilli des marches sur son passage. Rapidement, son beau visage, aux traits finement dessinés, apparaît devant moi. Ses yeux rieurs, dont j’ai hérité, croisent les miens et une euphorie palpable s’installe entre nous.
— Papa, je chantonne joyeusement, en piétinant tandis qu’il finit son ascension.
— Ma chipie, tu m’as tellement manqué, il s’exclame, en me faisant tournoyer dans les airs.
Je me suspends à son cou en profitant du bonheur de revoir cet homme, mon père, dont je suis follement éprise.
— Papa, je murmure d’une voix qui laisse clairement transparaître mon émoi. Je me suis tellement languie de toi.
Il me repose à terre tout en gardant mes mains dans les siennes et me contemple avec amour et tendresse.
— J’adore ta coiffure.
— C’est vrai ? Tu préfères quand ils sont longs.
— Oui, mais tu n’es plus une enfant. Ça te donne un côté plus jeune femme et ça te va à ravir.
— Merci. Et toi, tu sembles en pleine forme. Tu fais toujours autant de sport ?
— Exact ! D’ailleurs, avec ton oncle, nous nous sommes inscrits au marathon de San Francisco. Il aura lieu à la fin du mois.
— Super !
— Tu devrais le faire avec nous…
J’ai un fou rire.
— Bien tenté, mais non !
— Tant pis pour toi.
— Moi, je me tiendrai sur le trottoir et j’agiterai ma jolie pancarte pour vous encourager.
— Comme tu voudras.
Sa prise sur mes doigts se raffermit. Il m’attire derrière lui.
— Allons boire un verre ! J’aimerais que tu me racontes tout ce qu’il y a de nouveau dans ta vie.
Je le laisse me guider jusqu’à la cuisine.
— Je crains de ne pas avoir grand-chose à te dire…
— Tu plaisantes ? J’ai quitté le bureau plus tôt pour que nous ayons un moment rien qu’à nous ! Tu n’es pas rentrée depuis si longtemps. Je suis certain que tu as bien des anecdotes à me raconter.
J’accueille ses paroles avec bonheur et reconnaissance. Nous avons toujours eu une relation privilégiée. Cela vient probablement du fait que pendant les huit mois qu’a duré la grossesse de ma mère, mes parents et les médecins croyaient que j’étais un garçon. Mon père, qui avait déjà eu une fille en la personne de Vicky, était sur son nuage bleu. Bleu, comme les murs de ma chambre, mes habits… Même mon prénom était trouvé. Mais voilà, il y avait eu une petite erreur. Tout avait été si vite et mon pauvre papa avait dû gérer l’accouchement prématuré et les ennuis de santé de ma mère qui en avaient découlé. Résultat, j’avais passé mes deux premiers jours dans les bras de mon père. Il m’avait cajolée, nourrie, changée et cela avait créé un lien très fort entre nous. J’étais restée Riley et le bleu de ma chambre avait duré un moment, mais cette complicité père-fille, elle, n’avait jamais faibli.
Mon père m’invite à prendre place sur l’un des tabourets de bar qui longent le mur bénéficiant d’une large ouverture.
— Veux-tu une bière ?
— Oh oui ! Pourquoi pas.
Après nous avoir servi, il me rejoint.
— Donc, tu n’as rien à me dire ?
— Il n’y a rien de très palpitant. Mon année s’est très bien déroulée. J’ai validé ma licence…
— C’est très bien, ma chipie. Je suis fier de toi. Et ta vie à New York ?
— C’est génial ! Je m’entends à merveille avec ma colocataire, Bree.
— C’est une bonne chose. Il est important que tout se passe bien entre vous. Je dois t’avouer que je suis surpris que tu n’aies pas voulu revenir ici pour ton master.
— Pourquoi pensais-tu que je ferais ce choix ?
— Par rapport à Tyler, bien sûr. Comme il a changé ses projets de partir avec toi à la suite de la mort de Gage, j’ai cru que tu voudrais revenir à la fin de ta licence.
— Je suis bien à New York. J’ai mes habitudes sur le campus.
— Ce n’est pas tellement évident pour vous d’être séparés, non ?
Je grimace face à la question de mon père. Depuis notre adolescence, nos familles sont convaincues que nous sommes amoureux. Notre complicité et notre proximité sont si fortes que tous se sont fait une idée bien arrêtée sur notre relation. Jamais nous ne les avons contredits, car Tyler ne se sent pas prêt à révéler son homosexualité à son entourage et ce quiproquo lui convient parfaitement. Pour ma part, n’ayant jamais eu une histoire sérieuse, je n’ai pas eu de réelles raisons de rétablir cette vérité.
— Les choses sont bien telles qu’elles sont.
Je me penche vers lui et dépose un baiser sur sa joue.
— Cesse de te faire du souci. Je vais parfaitement bien et je suis très heureuse.
— D’accord. Tu l’as eu au téléphone ?
— Oui, tout à l’heure. Il sera là pour le dîner.
— Je suis content de l’apprendre.
Je regarde alors ce bel homme qu’est mon père d’un air malicieux. Il glousse.
— Vendredi, je badine.
— Giants…
— Knicks…
— Pizza !
Nos rires remplissent la pièce.
— Je suis impatient de retourner au stade avec toi.
— J’imagine. Vicky m’a dit que tu as essayé de l’y traîner…
Il s’esclaffe de plus belle.
— Je n’ai aucune idée de ce qui m’a pris quand je lui ai fait cette proposition. Ta sœur, à un match de baseball…
— Elle m’a expliqué que d’ordinaire tu y vas avec Kip.
— Oui, ça nous arrivait régulièrement, c’est vrai !
— Je trouve très dommage que les choses finissent si mal entre eux. Nous avions l’habitude qu’il soit ici. Il avait sa place dans notre famille.
— C’est un gentil garçon et je le regrette aussi. Nous l’avons accueilli chez nous pendant des années et nous nous entendions bien, mais il a blessé ma princesse.
— Je suis heureuse d’être là et de pouvoir veiller sur elle. Je ne suis pas tranquille depuis qu’elle m’a fait part de cette nouvelle.
— Elle appréhendait de te le dire.
Je fronce le regard.
— Pourquoi ça ?
— Parce que vous vous entendiez bien tous les deux. Elle a eu très peur que tu sois déçue.
— Je le suis, bien évidemment. Je ne m’y attendais pas.
— Personne ne se doutait qu’une telle chose arriverait.
— Je vais passer du temps avec elle afin d’essayer d’adoucir sa peine.
Mon père pose sa main sur la mienne.
— C’est bien que tu sois enfin à la maison. Tu nous manques tous les jours, il me dit, avec une sincérité qui fait vibrer mon cœur.
— Moi aussi, je me suis ennuyée de vous, atrocement.
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