Je pense mieux

Christel Petitcollin · Chapitre 11 sur 54

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Je pense mieux

Chapitre 4 : Votre déficit d’ego

Notre peur la plus profonde n’est pas que nous ne soyons pas à la hauteur. Notre peur la

plus profonde est que nous sommes puissants au-delà de toute limite. C’est notre propre lumière et non notre obscurité qui nous effraie le plus. Nous nous posons la question : qui suis-je moi pour être brillant, radieux, talentueux et merveilleux ? En fait, qui êtes-vous pour ne pas l’être. Vous êtes un enfant de Dieu. Vous restreindre, vivre petit, ne rend pas service au monde. L’illumination n’est pas de vous rétrécir pour éviter d’insécuriser les autres. Nous sommes nés pour rendre manifeste la gloire de Dieu qui est en nous. Elle ne se trouve pas seulement chez quelques élus : elle est en chacun de nous, et au fur et à mesure que nous laissons briller notre lumière, nous donnons inconsciemment aux autres la permission de faire de même.

Nelson Mandela, 1994.

 

Sabine est dans mon bureau, face à moi. Elle prétend qu’elle est nulle. Je souris : « Nulle ? Oui, enfin vous avez quand même un diplôme de médecin ! » (Sabine est gynécologue-obstétricienne !) Sabine rougit et bafouille : « Oh, ça, ce n’est rien ! C’était facile ! » Je m’étonne : « Facile ? Le diplôme de médecin ? Alors pourquoi n’est-on pas tous médecins, si c’est si simple ? » Gênée, Sabine se justifie : « Non, mais j’ai eu de la chance ! » Évidemment, je ne marche pas : « On peut avoir son diplôme de médecin sur un coup de chance ? Mais c’est grave, dites donc ! » Sabine cherche une autre issue : « Je veux dire que les examinateurs ont été gentils ! » Je l’attrape aussi à cette sortie : « Sabine, réalisez-vous que vous êtes en train d’insulter vos professeurs, en insinuant qu’ils sont capables de donner par gentillesse un diplôme de médecin à quelqu’un qui ne le mériterait pas ? » Acculée à devoir admettre le fait qu’elle mérite son diplôme, Sabine reste un moment silencieuse. Puis, elle me fait un sourire timide et avoue honteusement : « En plus, je suis sortie deuxième de ma promo… »

 

Cet exemple peut vous paraître caricatural, mais vous êtes tous comme ça, incapables de mesurer votre propre valeur avec lucidité. Vous vous sous-estimez et vous vous dévalorisez gravement. Oh, je vous entends d’ici réagir : « Oui, mais c’est parce que je n’ai pas confiance en moi ! » Eh bien non, c’est l’inverse : c’est vous qui sabotez votre confiance en vous ! En fait, vous passez votre temps, « par modestie » croyez-vous, à vous dévaloriser, à nier votre propre valeur. Et rappelez-vous ce que je vous disais dans Je pense trop : « Une modestie qui ne tient pas compte de sa supériorité peut vite passer pour de la fausse modestie et même du mépris. »

 

Je vous confirme que votre « modestie » est exaspérante et insupportable. Voici une autre anecdote très parlante. Lors d’un de mes stages, les participants travaillent en sous-groupes et je supervise l’ensemble. De loin, j’ai une vue panoramique sur les jambes de Valérie, quasiment parfaites et élégamment croisées. Alors, en m’approchant du petit groupe, je le lui dis sincèrement, avec l’enthousiasme que vous me connaissez : « Dis donc, Valérie, tu as des jambes magnifiques ! » Prise de cours, Valérie est complètement déstabilisée. Elle rougit, bafouille, se débat et, comme Sabine, cherche tous les arguments possibles pour repousser le compliment. Je ne m’attendais pas à une telle panique, mais j’ai tenu bon : « T’as des belles jambes, assume ! La seule bonne réaction, c’est juste : merci pour le compliment. » Valérie finit par s’apaiser et prononce ce « merci » comme une capitulation. Elle était sonnée, mais l’involontaire effet de surprise que j’ai provoqué lui a permis de voir fonctionner son mécanisme. En face d’elle, Odile était dans le même état ! Dans la panique de Valérie, elle a reconnu une caricature de son propre comportement quand on lui fait des compliments. À travers cette loupe, Odile s’est trouvée grotesque et a compris à quel point c’était déplaisant pour les complimenteurs d’affronter une telle réaction. Odile ajoute : « C’est d’autant plus stupide que j’adore faire des compliments aux gens et que je suis malheureuse quand je vois que la personne ne le prend pas bien. » Tiens donc ! Deux poids, deux mesures, comme d’habitude ! Vous savez exactement ce qui est bon pour les autres, mais il n’est pas question que vous, vous en bénéficiiez.

 

En fait, votre problème n’est pas votre manque de confiance en vous, mais votre déficit d’ego.

 

Or, la nourriture à ego, ce sont les « Merci ! » et les « Bravo ! » En repoussant vigoureusement les uns et les autres, comme Sabine, Valérie et Odile, vous affamez votre ego. Ensuite, vous êtes tout insécurisé, tout déprimé et vous vous demandez pourquoi. On va rectifier tout ça !

 

Dans son livre 1 Wake Up !, Christine Lewicki aborde ce problème de modestie (car la modestie est un vrai problème !). Voici ce qu’elle en dit : « À vouloir être modeste, on se sent obligé de diminuer ses talents et on finit par être incapable de les voir. À vouloir être modeste, on n’ose pas prendre sa vie en main. À vouloir être modeste, on se diminue et, petit à petit, on se retrouve à douter de soi-même. À force d’être modeste, on développe une culture modeste à l’échelle de sa famille, mais aussi de son bureau, de sa communauté et finalement de son pays. Avez-vous remarqué comme nous avons tendance à nous sentir obligés de nous aligner sur la norme du plus petit et du plus pauvre ? »

 

Ainsi, dans cette peur de laisser les plus démunis et les moins chanceux à la traîne, on évite d’activer sa puissance personnelle. Bref, vous l’aurez compris, la modestie invite à prendre le « moins » comme étalon, donc à tirer tout le monde vers le bas. Comme le dit si bien Nelson Mandela, cela ne rend service à personne. C’est pour cela que dans Je pense trop, je vous invitais déjà à faire la différence entre modestie et humilité. L’humilité consiste à accepter de reconnaître simplement les talents qui sont les vôtres au lieu de les nier farouchement et entre nous, bêtement, car personne n’est dupe. Que pensez-vous de Sabine, la brillante gynécologue qui essaie de vous faire croire qu’elle a trouvé son diplôme par hasard dans une pochette surprise ? Pathétique, non ?