Je pense mieux

Christel Petitcollin · Chapitre 25 sur 54

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Je pense mieux

Le chamanisme, votre héritage spirituel ?

 

La condition humaine est l’exil. L’addict et l’artiste ressentent tous deux de façon aiguë la sensation de séparation, d’isolement, et les deux cherchent une issue pour la transcender et pour trouver l’apaisement. La souffrance humaine vient d’être suspendu entre deux mondes et de ne pouvoir pleinement s’incarner dans l’un des deux. Êtres de chair, nous ne pouvons accéder au royaume supérieur. Cet endroit appartient aux dieux. Mais on ne peut pas l’oublier non plus. On ne peut échapper à une intuition, à une demi-mémoire de… quoi ? D’un certain séjour antérieur, avant la naissance probablement, parmi les immortels ou les étoiles. Notre lot, hélas, est de rester dans le royaume du bas, dans la sphère matérielle et temporelle, dans la dimension limitée dans le temps des instincts et des passions animales, de la haine et du désir, de l’aspiration et de la peur. Nous nous sentons appelés au royaume supérieur, mais nous avons un sacré bout de temps à passer dans le royaume des sens. Résultat, nous restons coincés au milieu et nous avons le blues. Nous sommes tous des anges emprisonnés dans des navires de chair.

Steven Pressfield 3

(La traduction est toujours de mon cru…)

 

Dans Je pense trop, j’ai parlé à plusieurs reprises de votre spiritualité, de votre sens du sacré et de vos valeurs humanistes. Rappelez-vous, je vous parlais de Pierre et de son expérience mystique de fusion de son ADN avec l’ADN du genêt ! Je vous disais aussi que beaucoup d’entre vous m’ont relaté des expériences sensorielles étranges, mystiques, paranormales… Dans vos courriers, vous avez été nombreux à confirmer avoir eu ce genre d’expériences d’expansion de conscience. Vous m’avez aussi beaucoup remerciée d’avoir osé aborder ce thème de la spiritualité, bien que je ne l’aie fait que brièvement et pudiquement. Même si je continue à penser que la spiritualité est quelque chose d’intime et de très personnel, je serais moins brève et moins pudique, cette fois-ci.

Plus loin dans le livre, j’abordais votre soif d’absolu, votre idéalisme aussi, à propos de ce que devraient être les valeurs humaines. Ensuite, je relevais votre sens du sacré. « Les surefficients pensent avec le cœur… Tout est teinté d’affectif, même les objets (ces copains qui ont les mêmes électrons) » et je vous parlais de votre réceptivité aux vieux rituels sacrés, vous qui pouvez par ailleurs être si hermétiques aux implicites sociaux actuels. Je concluais : « Il n’y a pas d’immaturité affective dans ce besoin de vivre dans la paix, l’harmonie et le respect, mais au contraire une grande sagesse. »

 

Je suis de plus en plus convaincue que les surefficients mentaux portent en eux une mémoire ancestrale d’une spiritualité primitive et universelle, ou quelque chose de cet ordre-là.

 

Par exemple, voici un petit texte qui a circulé sur Facebook. Il est attribué à John Lame Deer, un Amérindien, né en 1903 dans une réserve amérindienne aux États-Unis et mort en 1976 : « Avant que nos frères blancs viennent nous civiliser, on n’avait aucune prison. Par conséquent, il n’y avait aucun délinquant. Nous n’avions pas de clés ni de serrures, donc il n’y avait pas de voleurs. Quand quelqu’un était trop pauvre pour s’offrir un cheval, une couverture ou une tente, il pouvait recevoir cela comme cadeau. Nous n’étions tellement pas civilisés que nous n’accordions pas une telle importance à la propriété privée. Nous voulions posséder des choses pour donner aux autres, s’entraider. Nous n’avions pas d’argent, pour cette raison la valeur d’un homme ne pouvait être déterminée selon sa richesse. Nous n’avions aucune loi (écrite), aucun avocat (ou procureur), aucun politicien. Par conséquent, nous n’étions pas capables de tricher ou d’escroquer autrui. Nous suivions vraiment une mauvaise voie avant que les hommes blancs viennent, et je ne saurais vraiment pas expliquer comment nous nous y prenions pour nous en sortir sans ces choses fondamentales (c’est ce que nos frères blancs nous ont dit) qui sont absolument nécessaires pour une société civilisée. » Je suis sûre que les paroles de cet Indien sonnent juste pour la plupart d’entre vous !

Dans Je pense trop, je vous recommandais vivement de nourrir votre soif de spiritualité, mais sans me risquer à vous donner des pistes précises. D’abord, comme je vous l’ai dit, parce que je considère que la spiritualité est quelque chose d’intime. Ensuite, parce que les pistes dont je disposais à l’époque me paraissaient incomplètes, parcellaires, fragmentées, donc sectaires. Et puis, par un de ces hasards qui n’en sont pas et dont je raffole, ma route a croisé celle de Patrick Dacquay, qui m’a offert son livre Paroles d’un grand-père chaman aux enfants et aux

petits-enfants de la Terre4.

 

Patrick Dacquay est Déo (de la tradition celte de Soof-Ta). Il est le chef coutumier du cercle de sagesse de l’union des traditions ancestrales. Le chamanisme existe sur tous les continents, depuis la nuit des temps. Partout, il exprime la même sagesse ancestrale, les mêmes valeurs universelles. Il a beaucoup subi de persécutions et de tentatives d’éradication à travers les siècles, dans tous les pays, de la part des religions officiellement reconnues et des pouvoirs en place. Mais, même si les chamans ont subi de graves persécutions, le chamanisme n’a heureusement jamais pu être annihilé. Ses fondements ont continué à exister, à se transmettre oralement, et il est actuellement en pleine renaissance. Un festival chamanique international annuel permet aux chamans du monde entier de se retrouver, de partager, d’échanger sur leurs pratiques. C’est, entre autres, ce que raconte le livre de Patrick Dacquay.

 

En lisant ce livre, j’ai pensé à vous en continu. D’abord parce que l’écriture de Patrick Dacquay est extrêmement sensorielle. Jugez-en par vous-même. Voici ce qu’il écrit à propos de l’élément Air : « Le plaisir sensuel d’être léché par le vent, être debout face à la mer, fait partie de l’héritage du Celte. Être en équilibre sur le bord des falaises, tel un oiseau qui va prendre son envol, procure une liberté absolue. Ce sentiment d’immensité face à l’horizon, fouetté par les rafales du vent apaise le mental. L’air est la médecine de la tête. Il souffle sur l’esprit et l’apaise de ses fardeaux… »

 

Ça donne le frisson à un hyperesthésique, n’est-ce pas ?

 

Ensuite, dans les valeurs qu’il exprime, chaque développement correspond à quelque chose que j’ai perçu de vous. Par exemple, lorsqu’il parle des trois attitudes chamaniques :

– Aucune hiérarchie : vous connaissez bien vos difficultés avec les

hiérarchies en général, et avec celles qui sont injustes et incompétentes en particulier…

– L’échange égalitaire : qui est votre fantasme, mais que vous

appliquez si mal ! (Eh oui : être généreux et ne jamais spolier l’autre n’est que la moitié du concept. Il vous faudra aussi apprendre l’autre versant : savoir demander et recevoir… Je développerai cela dans un autre chapitre.)

– L’ordinarité : vous savez, cette humilité, que vous revendiquez si

souvent !

De même, les trois vertus chamaniques sont vos valeurs : l’amour (universel), la confiance (l’inverse de la peur et du repli sur soi), le ressenti (cet instinct, cette intuition, si forts chez vous…). Et les deux piliers de la pratique chamanique, honorer et invoquer, rejoignent complètement votre immense propension à la gratitude et votre foi, parfois naïve, parfois très sage et en tout cas particulièrement têtue !

 

Je me suis bien amusée en lisant les chapitres sur les quatre règnes : minéral, végétal, animal et humain. Outre le style d’écriture savoureux de Patrick Dacquay, j’avais l’impression de vous entendre sur les jolis cailloux, les pauvres arbres et les gentilles bébêtes ! Je vous taquine ! Évidemment, je retrouvais surtout ce puissant sens du sacré qui s’applique à tout ce qui vous entoure.