Je pense mieux

Christel Petitcollin · Chapitre 21 sur 54

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Je pense mieux

Les fonctions exécutives

 

Voici un point primordial concernant l’autisme qui peut vous aider à comprendre vos fonctionnements. Cela concerne les fonctions

exécutives. Dans son livre 9 Vivre avec le syndrome d’Asperger, Liane Holliday raconte une anecdote édifiante, que j’utilise de plus en plus souvent comme un test. Voici l’histoire qu’elle relate : lorsqu’elle faisait ses études à l’université, Liane était évidemment très seule et souffrait de cette solitude. Un jour, des jeunes filles qui suivaient les mêmes cours sont venues bavarder avec elle et lui ont proposé une sortie shopping. Bien que n’aimant pas trop le shopping, mais tellement heureuse d’avoir enfin des relations amicales, Liane Holliday a accepté de bon cœur. Elle s’est préparée fébrilement à cet événement, cherchant comment s’habiller de la façon la plus « normale » possible. Le jour J, Liane Holliday est passée chercher ces jeunes filles avec sa voiture et elles se sont rendues en centre-ville. Puis, les jeunes filles sont descendues de la voiture et ont dit à Liane Holliday : « Sois là dans trois heures. » Elles se sont éloignées en bavardant. À ce stade de mon récit, je vois le visage attentif de mon surefficient blêmir et se décomposer. Tant de vilenie vous surprendra toujours ! Ensuite, je lui demande : « À votre avis, comment a réagi Liane Holliday ? Et vous, qu’auriez-vous fait à sa place ? » Extrêmement gêné, le surefficient me répond : « J’ai honte de l’avouer, mais je crois que je serais resté à les attendre et que je les aurais ramenées sans rien dire. Le chagrin et la colère seraient arrivés après, une fois que j’aurais été de retour chez moi. » Je ne peux que le confirmer : c’est effectivement exactement ce qu’a fait Liane Holliday. Je trouve bouleversante la façon dont elle l’exprime : « Je voudrais pouvoir dire que j’ai abandonné les filles à leur sort à l’endroit où elles m’avaient laissée. Mais bien sûr, je ne l’ai pas fait. » Liane Holliday ajoute : « Si cette aventure avait été unique en son genre, il se pourrait qu’aujourd’hui je ne m’en souvienne même plus. Malheureusement, l’année a été tout entière truffée d’épisodes similaires. »

 

J’en ai fait un petit sondage personnel. Je raconte l’anecdote dès que j’en ai l’occasion et je guette vos réactions. Pour l’instant, c’est du 100 %. D’abord, la méchanceté de ces filles vous prend tous de court. Votre visage exprime la surprise, puis la consternation. Ma question : « Qu’auriez-vous fait à la place de Liane ? » obtient toujours la même réponse : vous auriez réagi exactement comme elle. Quelquefois, vous nuancez votre propos : « Enfin, autrefois, j’aurais réagi comme elle, parce qu’aujourd’hui, je ne me laisse plus faire ! », mais je crois que vous dites cela pour vous rassurer. Je ne suis pas sûre que ce soit vrai. Comment expliquer ce comportement étonnant ? Et surtout, comment expliquer cette constance ? Quels enseignements tirer de votre réaction unanime à ce genre de mésaventures ?

 

Bien sûr, vous y trouverez une explication pseudorationnelle. Vous me dites : « Moi, j’agis selon mon éthique. J’ai pris un engagement, je le tiens et je laisse les autres face à leur conscience », ou « Je choisis de donner l’exemple. Ça peut les amener à réfléchir », ou encore : « À force d’être gentil avec les gens, ils vont changer à mon égard. » Toutes ces croyances sont fausses, bien sûr. Les gens déviants n’ont pas de problème de conscience, n’ont pas besoin de réfléchir à leurs actes et prennent la gentillesse pour de la faiblesse et de la stupidité. De plus, se laisser maltraiter par un imbécile n’en a jamais fait une meilleure personne.

 

En fait, la raison de cette incapacité à sortir du comportement prévu est neurologique. Les autistes ont un dysfonctionnement des fonctions exécutives. Ces fonctions exécutives, situées dans le lobe frontal, sont des processus cognitifs dits de haut niveau qui assurent un rôle de coordination des processus dits de niveau inférieur pour permettre l’adaptation aux situations nouvelles qui ne peuvent être gérées par des automatismes. Les fonctions exécutives permettent de sortir des habitudes, d’évaluer les risques et de prendre des décisions, de planifier l’avenir, de prioriser et d’ordonner des actions, et donc évidemment de faire face à des situations imprévues. Elles sont indispensables pour :