Je pense mieux

Christel Petitcollin · Chapitre 36 sur 54

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Je pense mieux

Votre rapport à l’argent

À mon avis, ces entreprises exemplaires doivent être au nombre de 13 % et elles doivent être dirigées par des individus ayant atteint le stade 6 postconventionnel. Si vous n’avez pas la chance de trouver une entreprise aussi humaine, et à défaut de pouvoir créer vous-même cette ambiance dans votre service, vous pouvez envisager de devenir travailleur indépendant. Vous pourrez alors ramer à votre rythme, sans vous sentir bridé, ni obliger les autres à suivre votre train d’enfer. Vous risquez bien de devenir autoesclavagiste, mais si c’est pour accomplir votre mission de vie, vous ne verrez pas le temps passer. Le seul véritable obstacle à votre mise en libéral est votre rapport à l’argent.

 

Votre rapport à l’argent

 

J’ai eu cent fois l’occasion de le constater, les surefficients en général ont un vrai problème avec l’argent : ils s’en fichent complètement. C’est même une volonté délibérée d’opposer à cette notion pourtant vitale une indifférence méprisante. Le fric ? Pouah ! Votre idéal serait de pouvoir se passer d’argent. Il suffirait que chacun soit dans le don, que tout soit gratuit et que personne n’abuse, n’est-ce pas ? Récemment, j’ai vu circuler sur Facebook cette petite phrase : « Le fric ne simplifie rien. Il a juste rendu payant ce qui est gratuit, compliqué le partage, divisé les hommes, les a rendus fous et a tout rendu toxique. Ce n’est pas un moyen d’échange du tout. C’est un moyen de pression qui rend totalement con. » Je me suis dit que cette phrase résumerait sans doute assez bien les croyances que vous entretenez à propos de l’argent. Et pourtant, vos croyances sur l’argent sont erronées et limitantes. Elles font de vous la proie facile des escrocs et des profiteurs, et vous font vivre dans une pauvreté et une insécurité inutiles. Dans l’expérience faite avec les rats, ce ne sont pas les croquettes qui posent problème, mais la façon dont les rats profiteurs-exploiteurs les volent aux rats dominés. Il en va de même avec l’argent : ce n’est pas l’argent qui pose problème, mais la cupidité humaine. L’argent ne corrompt que les gens corruptibles, même s’il est vrai qu’ils sont nombreux. Vous vous trompez de combat. L’argent est une énergie neutre, avec laquelle il faut vous réconcilier. Si vous jugez l’électricité uniquement à travers la catastrophe de Tchernobyl ou quand elle se manifeste par la foudre, vous en aurez une vision très négative, mais l’électricité peut être une énergie bienfaisante, quand elle chauffe votre tasse de thé ou vous permet de m’envoyer un e-mail. L’argent peut être une juste reconnaissance de votre force de travail et vous procurer sécurité, confort et loisirs.

 

En vingt ans de consultations, j’ai eu des centaines de fois l’occasion d’être sidérée par la pauvreté artificielle à laquelle vous vous condamnez, en refusant de compter. J’ai simultanément été effarée des sommes que vous avez dilapidées, en vous laissant plumer par des patrons, des amis, ou des conjoints sans scrupule. Avec l’argent, vous vous comportez comme les rats dominés : vous vous laissez déposséder et vous mangez les miettes. De plus, comme vous oubliez aussi de facturer vos services, les profiteurs ont tout loisir d’abuser de votre serviabilité.

 

En marge de son travail, Julien a créé une troupe de théâtre amateur. Il en est le directeur, le metteur en scène et le prof de théâtre. Il me dit que le théâtre est sa passion et qu’il se régale. Cela fait maintenant sept ans que la troupe fonctionne avec une douzaine de personnes. Au fil des années, Julien a monté de belles pièces, organisé des événements de plus en plus prestigieux et reconnus mais, ces derniers temps, il est blessé par l’attitude de certains acteurs, parfois pas très investis, ni très reconnaissants. L’un quitte la troupe en donnant comme raison qu’il ne s’y amuse plus, et dit sur un ton de reproche que Julien a « changé ». Julien trouve cette attitude blessante, parce qu’il fait tout cela bénévolement depuis sept ans. Je comprends alors l’origine de l’ingratitude de ses élèves acteurs. Ils n’ont rien payé depuis sept ans et se sont habitués à ce que tout soit dû et gratuit. Je dis à Julien : « Ce qui est gratuit n’a pas de prix, donc pas de valeur. Comment font les autres profs de théâtre ? » Julien soupire : « Oh, eux, ils se font payer, cher parfois, d’ailleurs ! » J’attrape ma calculette, je fais rapidement un calcul moyen : les élèves des autres cours paient entre 500 et 1 000 € à l’année. Julien a donc perdu en sept ans entre 42 000 € et 84 000 €. Il a fourni un travail de très grande qualité en faisant croire aux gens qui en profitaient que ça ne valait rien. Inversement, il ne s’est jamais demandé non plus comment ses acteurs pouvaient vivre le fait de ne rien payer pour des cours de théâtre de cette qualité. Peut-être même ces acteurs se sont-ils sentis exploités de ne pas être payés pour jouer ! Julien voulait juste que les gens soient contents et se faire lui-même plaisir en s’offrant une troupe. Dans la réalité, cela ne peut pas fonctionner. Vous finissez toujours l’aventure frustrés et dégoûtés.

 

Lucie, elle, me parle de ses difficultés financières. C’est pour cela qu’elle ne s’offre qu’une seule séance avec moi par mois et elle s’en désole. Au cours de notre entretien, je découvre qu’elle donne gratuitement des cours d’allemand, deux fois par semaine, à sa jeune voisine, depuis le début de l’année. Je lui demande pourquoi elle ne facture pas ses cours d’allemand, puisqu’elle est dans une telle précarité. Elle me dit que ça la gênerait de demander de l’argent, que ce n’est rien, que « C’est pas grave… » Je lui demande si elle accepterait qu’on lui donne des cours d’informatique ou de piano gratuits. Elle réalise que non : elle se sentirait trop redevable. Mais se faire payer pour ses cours d’allemand lui paraît impossible. Elle ampute ainsi son budget d’un appoint de 120 € par mois, voire bien plus, car je sais qu’elle donne aussi d’autres cours.

 

Brigitte, en grandes difficultés financières, me dit sur un ton léger et puéril : « Il faut que je trouve des sous. » Je recadre : « 1. Les “sous”, c’est pour les tirelires d’enfants. 2. L’argent ne se “trouve” pas, il se gagne. Vous devez gagner votre vie, comme une personne adulte. » Brigitte reste songeuse : « Il faudrait trouver une autre façon de le dire, parce que “gagner sa vie”, c’est une expression nulle ! »

En même temps, à plus de quarante ans, « ne pas gagner sa vie », c’est aussi un peu nul, surtout quand on a des enfants à charge. À propos de l’argent, vous avez souvent cette attitude puérile : vous jouez avec le feu, puis comptez sur la chance pour vous tirer de là quand les choses deviennent trop alarmantes. Le Dr Elisabeth Kübler-Ross a passé sa vie auprès des mourants. Certes, elle affirme qu’elle n’a jamais entendu un mourant dire : « Si j’avais eu 10 000 $ de plus, ça aurait changé ma vie. » Pour autant, nous sommes dans une société où l’argent est un incontournable. Qu’est-ce qui fait croire à certains d’entre vous que vous pourriez échapper à cette obligation de subvenir à vos besoins ? Si vous n’êtes pas autonome financièrement, c’est que quelqu’un d’autre paye pour vous. Trouvez-vous ça juste ? Tout comme pour la modestie, en se plaçant dans une logique de pauvreté, on tire tout le monde vers le bas. Tout le monde a le droit de vivre confortablement et de se sentir en sécurité. La misère n’est pas une vertu. Ne jugez pas négativement les gens qui gagnent de l’argent. Vous aussi, vous avez le droit et même le devoir de gagner votre vie, même si l’expression est effectivement un peu limitée. À vous d’en inventer une autre !

 

L’argent est une énergie, rien de plus. La façon dont l’argent circule dans votre vie est simplement représentative de comment les énergies circulent dans votre vie. D’où vient l’argent et où va-t-il ? Dans quels postes est-il rare ou abondant, comment l’avez-vous investi ou gaspillé ?

 

Vous avez un sens de la justice (ou plutôt de l’injustice) exacerbé. Pourtant, il y a une valeur qui en découle, que vous ne mettez absolument pas en application. Il s’agit de l’échange égalitaire. Vous donnez, donnez, donnez sans compter, et vous êtes, inversement, quasiment incapables de recevoir.

 

C’est ici que nous retrouvons la sagesse chamanique. Dans Paroles d’un grand-père chaman, Patrick Dacquay explique très clairement les enjeux profonds de l’échange égalitaire. Encore une fois, il s’agit de jeux de pouvoir qui encouragent les humains à rester dans une interdépendance culpabilisante. Des hommes libres et sages seraient incontrôlables. Voici ce qu’en dit Patrick Dacquay : « L’échange égalitaire ne peut se faire entre deux personnes qu’à la condition qu’elles aient retrouvé leur souveraineté. Par conséquent, aucun système basé sur la hiérarchie n’a intérêt à nourrir ce principe d’égalité. L’échange égalitaire est subversif pour tous les systèmes qui portent en eux une graine totalitaire. » Par ailleurs, il faut une grande force et beaucoup de lucidité pour savoir définir ce qui rendra l’échange réellement égalitaire. C’est pourquoi Patrick Dacquay nous met en garde : « Cette sagesse nécessite également, de la part du chercheur spirituel, un travail thérapeutique périlleux. Vouloir échapper à l’allégeance ou au transfert est chose difficile. L’exigence de l’échange égalitaire est étroitement liée avec le principe de non-hiérarchie et demande une pratique assidue et quotidienne. L’échange égalitaire engendre également des conséquences économiques. On ne peut pas prendre plus d’argent que ce que mérite notre travail, mais on ne peut pas accepter de percevoir moins que ce qu’il vaut. Cette exigence nous oblige à rectifier notre comportement au quotidien. » Enfin, pour Patrick Dacquay, l’échange égalitaire modifie profondément notre rapport au monde : « Les relations avec notre compagnon ou notre compagne, le rapport avec nos enfants, le voisinage, nos frères animaux, avec le peuple des végétaux et celui des pierres, s’en trouvent bouleversés par l’application de cette règle de “l’échange égalitaire”. » C’est pourquoi il conclut avec ce message d’espoir : « Un jour viendra, j’en suis certain, où les humains auront reconquis cette notion de l’échange et auront retrouvé cette Sagesse. L’émergence du Chamanisme n’est donc pas une mode, mais elle correspond à un immense espoir : celui de retrouver les Sagesses anciennes qui régissaient l’harmonie et l’équilibre dans les clans. »

 

Au-delà de l’échange égalitaire prôné par le chamanisme, il y a cinq règles définies par l’Analyse Transactionnelle à connaître et à appliquer pour que les énergies circulent librement et en abondance dans votre vie : il faut savoir donner, certes, mais aussi recevoir, demander, refuser (de donner et de recevoir) et s’autodonner. Cette règle est valable pour toutes les formes d’énergie : l’amour, le temps, le travail, les compliments… Il ne vous reste plus qu’à les mettre en pratique.

 

Comprenez-vous maintenant à quel point vous donnez trop et recevez trop peu ? L’argent est un des moyens de rendre les échanges égalitaires. Voici quelques notions importantes :

 

Pour pouvoir se quitter, il faut être quitte. Si vous donnez plus que vous ne recevez, vous aliénez l’autre. À trop donner tout le temps, vous créez de la dette chez vos obligés.

 

Toute peine mérite salaire. Si vous acceptez de faire gratuitement ce que d’autres factureraient, vous spoliez ces autres en « cassant le marché ». Vous rendez leur juste salaire moins légitime, alors qu’ils en ont probablement bien besoin. Vous cassez également le marché en entreprise quand vous fournissez le travail de trois personnes pour le salaire d’une seule.

 

Le prix n’est pas ce que peut payer l’autre, mais la valeur de votre prestation.

 

Quand on gagne suffisamment d’argent, on développe avant tout sa sécurité, son autonomie, et sa liberté. L’argent que l’on gagne est aussi un indicateur de l’estime qu’on se porte. Qu’y a-t-il de mal à bien gagner sa vie en faisant ce que l’on aime ? L’argent peut ensuite être investi dans les causes qui nous tiennent à cœur. L’argent n’est pas un dieu à adorer, mais une énergie noble à respecter.

 

1 Voir la bibliographie.

2 Voir la bibliographie.

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