Je pense mieux
Chapitre 7 : Comprendre la société et ses individus
Ce n’est pas un signe de bonne santé mentale que d’être bien adapté à une société malade.
Jiddu Krishnamurti
Une grande part de votre souffrance provient du fait de vous sentir décalé par rapport au fonctionnement de la société. Vous le dites : « Je ne viens pas de cette planète ! » La méchanceté, la brutalité, la bêtise, le mensonge, le profit, la cruauté, l’injustice, la violence, les rapports de force, la trahison, la négativité, etc., sont autant de comportements que vous ne comprenez pas et qui vous révoltent. Ils vous semblent inhumains, absurdes et contreproductifs. Comme dans l’anecdote de Liane Holliday, les comportements déviants vous prennent toujours de court. Ils réactivent chez vous la nostalgie du monde tel qu’il pourrait être si chacun y mettait du sien. Mais comme on n’en est pas là, il est important et urgent que vous compreniez la société telle qu’elle fonctionne, et non pas telle que l’idéaliste que vous êtes voudrait qu’elle soit. Vous m’avez souvent dit que vous aviez peur d’être fou. Cette impression d’être fou est légitime : vous naviguez d’une aliénation à l’autre.
Les trois formes d’aliénation
François Sigaut définit trois formes d’aliénation dans notre capacité à 1
percevoir la réalité :
– L’aliénation mentale : vous ne voyez pas la réalité telle qu’elle est,
mais les autres, eux, la voient. C’est simple à comprendre : vous êtes fou.
– L’aliénation culturelle : vous ne voyez pas la réalité. Les autres ne la
voient pas non plus. On pourrait dire que tout le monde est enfermé dans une hypnose collective. Par exemple, c’est le cas des adeptes d’une secte. Maintenant, vous savez que c’est aussi le cas des gens qui ont mordu à un balancier. Leur perception de la réalité passe alors par le prisme de ce balancier. Cela fait beaucoup de monde !
– L’aliénation sociale : vous voyez la réalité telle qu’elle est, mais les
autres ne la voient pas. Dans ce cas, vous sentez que quelque chose ne va pas, alors que les autres vous renvoient que tout va bien. Pour vous, l’idéal serait que tout le monde ait une perception lucide de la réalité, mais la réalité restera toujours subjective. Alors, il est bien difficile de choisir entre ces inéluctables aliénations.
– L’aliénation mentale consiste à garder vos lunettes roses en toutes
circonstances. Elle vous fait commettre gaffe sur gaffe, enchaîner les échecs relationnels et les rejets douloureux. Elle peut s’avérer dangereuse pour votre sécurité, quand elle vous amène à nier l’existence de prédateurs. Elle peut aussi vous conduire tout droit à l’hôpital psychiatrique.
– L’aliénation culturelle vous oblige à accepter le système en l’état,
avec ses contraintes et ses failles. Comme il est impossible d’adhérer à 100 % aux valeurs d’un groupe, il faut alors renoncer à une partie de soi et accepter une forme de domination, l’avis du groupe primant sur l’avis individuel. C’est le prix à payer pour avoir une vie tranquille et sans histoires dans sa société. Vous remarquerez que c’est le choix, d’ailleurs très conscient, que font les normo-pensants. Ils vous le disent : le monde n’est pas parfait,