Je pense mieux
La société dite civilisée
leur bien-être et agit pour concilier ses intérêts aux leurs. Il commence à ressentir des cas de conscience entre sa morale personnelle et le respect des règles.
– Stade 6 – Principes éthiques et droits universels
Le jugement moral se fonde sur des valeurs morales à portée universelle, et est adopté personnellement par le sujet, à la suite d’une réflexion éthique (égalité des droits, courage, honnêteté, respect du consentement, non-violence, etc.). Les valeurs morales que se donne le sujet priment sur le respect des lois. Ainsi, la personne est prête à défendre un jugement moral minoritaire. Elle est capable de juger bonne une action illicite ou au contraire de juger mauvaise une action licite. La personne devient difficile à influencer.
Vous remarquerez que les enfants surefficients, même tout petits, semblent avoir déjà intégré certains éléments du niveau postconventionnel. Quand je vous parlais de mémoire… Inversement, certains manipulateurs n’ont même pas intégré la peur de la punition. Seul leur importe le plaisir sadique de faire souffrir l’autre. Entre les deux, vous trouverez des gens à tous les stades. D’après Kohlberg, seulement 13 % de la population adulte atteindrait le stade 6. Cela veut dire qu’en traitant 100 % des gens comme étant au stade 6, vous vous trompez dans 87 % des cas. Ça fait quand même beaucoup ! Peut-être cela met-il du sens sur votre impression d’être toujours en décalage avec les gens ? On retrouve aussi dans l’étude de Kohlberg les trois catégories que j’ai définies : les manipulateurs restés au niveau préconventionnel, les normo-pensants au niveau conventionnel, et les surefficients au niveau postconventionnel. Vous pouvez maintenant comprendre l’absurdité et la dangerosité d’essayer de collaborer sainement avec une personne égocentrique qui, étant restée au niveau « pas vu, pas pris », ne pense qu’à sa pomme et ne ressentira jamais aucun scrupule.
La société dite civilisée
Prenons maintenant l’individu au niveau collectif, dans son aliénation culturelle et le fonctionnement de sa société. Lorsqu’on parle de « civilisation », on pense tout de suite à une société très évoluée. J’ai potassé un peu le Larousse, par curiosité. À « civilité », tout va bien. Le Larousse en donne la définition suivante : « Respect des bienséances, paroles de politesse, compliments d’usage. » Pour quelqu’un décrit comme « civilisé », ça va encore : il est censé être « évolué, éduqué, policé (par opposition à primitif, sauvage, rustre) ». À « civilisation », le Larousse semble hésiter : « Ensemble des comportements, des valeurs, supposés témoigner du progrès humain, de l’évolution positive des sociétés (par opposition à barbarie). » Mais quand on arrive à « civiliser », on peut sentir que même le Larousse n’y croit plus : « Amener une société, un peuple, un État jugé primitif ou inférieur, à un État estimé supérieur, d’évolution culturelle et matérielle. » La civilisation ne serait-elle pas ce que l’on croit qu’elle est ?
L’organisation des sociétés humaines porte le nom de civilisation lorsque certaines conditions sont remplies :
– Sédentarisation des populations (villes).
– Spécialisation du travail à plein-temps (métiers).
– Concentration du surplus de production (stocks).
– Structure de classe (hiérarchie).
– Organisation fonctionnelle (État).
Bref, à bien y regarder, comme le constate Dominique Dupagne , la 2 civilisation a pour principal effet d’amplifier toutes les caractéristiques de l’organisation paléolithique (horde, campement, répartition des tâches entre chasseurs et cueilleurs, constitution de réserves et relations dominant-dominé), mais elle ne la révolutionne pas fondamentalement. Le principal apport positif de la civilisation est la sécurité et la stabilité. Et c’est déjà beaucoup, car c’est uniquement sur ce socle de confort que l’on peut s’abstraire de la production et développer l’art, la philosophie et la recherche. De même, quoi qu’en pensent les surefficients, l’apparition de la monnaie est un élément positif fondamental, qui a permis de concentrer l’accès aux ressources sous un format transportable, facile à stocker et surtout transmissible à ses descendants. C’est donc un vrai progrès. En revanche, plus ennuyeux, la civilisation a fait disparaître le conseil des sages, présent dans la hiérarchie tribale. Ce conseil des sages était un contre-pouvoir pour cadrer le chef dominant. C’était aussi une intelligence collective au service de la tribu. Ce conseil des sages fait cruellement défaut à notre monde d’aujourd’hui. Sans contre-pouvoir, le pouvoir du chef est devenu une dangereuse toute-puissance.