Je pense mieux
Ego n’est pas un gros mot
Selon Arielle Adda , le surdoué n’a qu’une idée très confuse de sa 2
valeur intellectuelle, il voit ses défauts avec une lucidité aveuglante, presque douloureuse, et son souci de perfection est sans cesse mis à mal par le constat de ses faiblesses et de ses manques. Ah, oui, j’oubliais, vous n’êtes pas surdoués, donc vous n’êtes pas concernés ! Sabine aussi continue à nier farouchement être surdouée.
Ego n’est pas un gros mot
Pour commencer, ego n’est pas un gros mot. L’ego est un mot tiré du pronom personnel latin « moi, je ». Il désigne généralement la représentation et la conscience que l’on a de soi-même. Il est tantôt considéré comme le fondement de la personnalité (notamment en psychologie) ou comme une entrave à notre développement personnel (notamment en spiritualité). Certains le confondent avec le faux-self. En général, c’est un mot qui a mauvaise presse, qu’on prononce avec une moue de dégoût, qu’on n’utilise que pour vous reprocher d’en avoir un, alors qu’en ce qui vous concerne, vous souffrez déjà d’un déficit carabiné. Stop ! L’ego, c’est le cœur de notre identité, de notre unicité, de notre humanité. On pourrait dire que notre ego, c’est l’équivalent psychologique de nos empreintes digitales. C’est ce qui nous différencie les uns des autres et c’est la partie la plus tendre et la plus fragile de nous. Quelle maltraitance on lui inflige en la dénigrant !
Moi, je suis la personne la plus importante pour moi. C’est comme ça. Je peux le nier ou l’accepter, mais en aucun cas changer cet état de fait. Donc, vous aussi, vous êtes la personne la plus importante pour vous. C’est une vérité biologique basique incontournable, même si elle vous dérange beaucoup. Vous seul pouvez prendre soin de vous, de votre santé, de votre bien-être, de votre développement personnel. Si je nie cette réalité biologique, je deviens, comme le dit joliment Jacques Salomé, un « soiniant » et je m’occupe alors des « soi-niés ». Dans ce cas, le burn-out m’attend tranquillement au tournant pour m’apprendre ce qu’il en coûte de ne pas m’écouter. Si j’accepte cet état de fait, je peux en tenir compte et faire en sorte que mon ego, bien nourri, rassuré, tout paisible, se tienne tranquille dans mes interactions, au lieu de crier famine. Votre santé physique et mentale vous appartient. C’est votre responsabilité d’en prendre soin.
Vous connaissez les adages : « Charité bien ordonnée commence par soi-même » et « Aime ton prochain comme toi-même » (et non pas à la place de toi-même !), mais peu d’entre vous mettent ces maximes en application. Au contraire, pour vous, seuls les autres comptent. Que les autres soient bien, heureux, en sécurité, ah oui, ça c’est important ! Mais que vous-même, vous soyez bien, heureux, en sécurité, c’est très secondaire. Quand je vous le fais remarquer, vous vous insurgez parfois : « Non, non ce n’est pas vrai ! Moi aussi j’aime bien qu’on s’occupe de moi ! J’ai aussi besoin d’amour et d’attention. » Pourtant, cela ne rejaillit pas dans vos comportements. Vous ne savez pas recevoir, vous n’écoutez pas vos besoins, vous vous laissez maltraiter par des relations toxiques, vous vous dénigrez en permanence grâce à votre bourreau intérieur.
J’ai repéré votre tour de passe-passe : il s’agit de la formule magique « C’est pas grave ! » C’est fou ce que cette petite phrase peut permettre d’avaler comme couleuvres ! Vous minimisez tout le mal que l’on vous fait, toutes les frustrations que vous vous infligez, tous les besoins que vous niez. C’est bien dommage, car cet égocentrisme naturel est bénéfique biologiquement et psychologiquement. À chaque fois que vous niez votre fatigue, vos chagrins, vos colères, vos peurs, que vous vous infligez des frustrations, que vous vous laissez infliger des humiliations et des injustices, votre âme (enfin, ça c’est mon mot à moi) pleure et déprime silencieusement. Le manque d’amour que vous avez pour vous-même est sûrement la pire des maltraitances que vous vous infligez. Votre sens de la justice voudrait que jamais personne n’ait à subir cela. Alors, appliquez-le à vous-même : pas plus vous qu’un autre ne devrait subir un tel traitement. Même Bouddha vous le dit : « Si ta compassion n’inclut pas toi-même, elle est incomplète. »