Je pense mieux

Christel Petitcollin · Chapitre 14 sur 54

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Je pense mieux

Remplissez le culbuto

 

Je représente souvent la confiance en soi comme un culbuto : vous savez, ces jouets dont la base arrondie est remplie de plomb. Bousculez le culbuto et il se balancera sur sa base, jusqu’au moment où il retrouvera sa stabilité. Lorsqu’on a très peu de confiance en soi, c’est comme si notre culbuto avait très peu de plomb dans sa base. Dans ce cas, il peut être facilement bousculé et dansera longuement avant de retrouver son équilibre. Observez comme la pichenette de mon compliment a déstabilisé Valérie. C’est votre cas aussi, les réflexions, critiques et compliments vous font vaciller sur votre socle. À l’inverse, un culbuto rempli de plomb jusqu’au sommet sera inébranlable. C’est le cas des imbéciles, campés sur leurs certitudes, pleins d’aplomb pour asséner leur vision stéréotypée du monde. Je vous invite au passage à noter que parfois, ces gens pleins d’assurance vous épatent et que leurs avis péremptoires vous impressionnent. Vous aimeriez tellement avoir leur assurance ! C’est à ces gens-là que vous risquez de donner le pouvoir de vous dicter qui vous devez être. Entre ces deux extrêmes, vous avez le cas des culbutos suffisamment remplis pour être stables, mais néanmoins ébranlables par de bons arguments. Une petite phrase circule sur Internet : « Le savant a lu plus de dix mille ouvrages et il doute toujours. L’intégriste n’en a lu qu’un, mais il est persuadé de détenir la vérité. » Loin de moi l’envie de vous transformer en imbécile ou en intégriste ! Mon but n’est pas de remplir votre culbuto jusqu’en haut, mais de vous donner une base d’assurance plus solide pour ne plus être ébranlé au moindre courant d’air, et le moyen de gérer vos doutes pour rester ouverts.

 

Réalisez également que ce culbuto vide fait bien l’affaire des manipulateurs : il leur est d’autant plus facile de remplir votre culbuto avec leur façon de voir le monde ! On colonise moins facilement un territoire bien occupé. On déstabilise moins une personne centrée et consistante.

 

Par ailleurs, la confiance en soi est quelque chose qui s’évapore et qui doit s’alimenter régulièrement. Les culbutos sont poreux. Par exemple, si vous restez six mois sans pratiquer votre métier, vous aurez à nouveau votre assurance au plus bas. C’est tout le drame du chômage : plus il dure, plus le chômeur a l’impression qu’il ne sait plus faire. Il faut sans cesse restaurer sa confiance en soi, l’alimenter, l’entretenir.

Voici comment remplir votre culbuto :

1. Validez toutes vos réussites…

Sans « Oui, mais… »

Je vous l’ai dit, des mercis et des bravos sont nécessaires pour prendre confiance en soi et renforcer cette confiance. Or, vous ne validez rien : pas même un diplôme de médecin ! Tout est affaire de chance ou de hasard, n’est-ce pas ? Vous n’avez jamais rien fait d’exceptionnel et à chaque fois que vous avez réussi, c’était juste un concours de circonstances ou parce que c’était facile. Sachez que, comme Sabine, vous ne dupez que vous et vous exaspérez ceux qui n’ont justement pas vos facilités. Vous avez déjà accompli beaucoup de belles et bonnes choses. Il est temps de valider tout cela. Faites-vous aider de vos proches et établissez la liste des cinquante choses que vous avez faites et dont vous pouvez être fier. Chiffrez tout cela avec précision. Car j’ai repéré une de vos astuces pour ne pas valider vos réussites. Vous restez dans le vague et vous minimisez. Par exemple :

 

« Je fais du théâtre.

– Depuis combien de temps ?

– Oh, quatre, cinq ans…

– Tu as joué combien de pièces ?

– Oh, cinq ou six… »

 

Pour valider cela, il faut des chiffres précis et réels. Je fais du théâtre depuis six ans. J’ai joué sept pièces de théâtre. Pour l’anecdote, sachez que la personne qui me disait cela à propos du théâtre a ajouté « Je chante aussi… », ce qui cachait qu’elle avait fait du chant lyrique pendant quatre ans, puis qu’elle faisait partie d’un groupe de jazz depuis trois ans. Son « Je chante » évasif, en fait, c’était « Je me produis sur scène depuis sept ans de façon quasi professionnelle ». Même si cela vous paraît prétentieux, ce sont des faits réels et objectifs. Nous avons déjà parlé de votre modestie. Elle vous entrave et elle vous empêche d’évaluer objectivement votre propre compétence. Mesurer, chiffrer, chronométrer, compter les points sont autant de façons de valider des réussites. Les normo-pensants font cela très bien et ce sont eux qui ont raison.

Et je ne veux plus entendre de « Oui, mais… » dans votre bouche ! Le « Oui, mais… » ne sert pas à nuancer votre propos, comme vous le croyez. Il sert à l’annuler. Si je vous dis : « J’aimerais bien rester, mais… », vous entendez bien que je vais partir ! De même, si je vous dis : « Vous êtes très sympathique, mais… », vous ne vous sentez plus sympathique du tout, avant même que j’aie fini ma phrase. Donc, pour pouvoir valider vos réussites pleinement, aucun « Oui, mais… » Il ne vous reste plus qu’à vous entraîner. Vous pouvez demander à vos proches de vous faire plein de compliments et de vous facturer 2 € le déni et 1 € le « Oui, mais… ». Ils vont vite s’enrichir !

 

« Tu as de belles jambes, Valérie !

– Merci. »

 

« Bravo pour votre diplôme de médecin, Sabine !

– Merci. »

 

Avec un peu d’entraînement, vous pourrez aller plus loin : merci beaucoup ; merci pour le compliment ; merci, votre compliment me touche beaucoup, etc. Bref, tout ce que vous, vous aimez entendre en retour quand vous faites un compliment… N’est-ce pas, Odile ?

2. Vous êtes quelqu’un de bien et de capable…

et vous n’avez pas à le prouver !

Nous avons déjà évoqué dans Je pense trop ce terrible sentiment d’imposture qui vous accompagne du matin au soir, et plus particulièrement quand vous devez exposer votre travail à des gens qui risquent de l’admirer. Les surefficients passent leur temps à croire qu’un jour, on va démasquer leur imposture, se rendre compte qu’ils sont nuls et leur infliger une honte cuisante en le dévoilant au grand jour. D’abord, sachez que les vrais imposteurs mentent, trichent, trompent délibérément le monde, ce qui n’est pas votre cas. Ensuite, lorsqu’ils sont démasqués, ils n’éprouvent aucune honte et retombent sur leurs pieds comme des chats. Par exemple, vous vous souvenez sans doute de cet homme politique qui a inventé le concept de « phobie administrative » pour justifier le fait de n’avoir payé aucun impôt, aucun PV, ni aucun loyer depuis des années, alors que lui-même fustigeait publiquement les fraudeurs. Vous seriez bien incapables de faire cela, n’est-ce pas ? Vous êtes intrinsèquement quelqu’un de bien, comme la majorité des gens. Vous n’avez tué personne et vous faites de votre mieux, même si vous n’êtes pas à la hauteur de vos propres exigences. Voici le conseil que je vous donne : prenez votre sentiment d’imposture, pliez-le en quatre et mettez-le dans la poche arrière de votre jean. Puis, avancez. Quand le sentiment d’imposture se manifeste, il ne vous reste plus qu’à vous tapoter la fesse en soupirant : « Tiens, tu es encore là, mon cher sentiment d’imposture ? Ça m’aurait étonné de t’avoir perdu en route ! Viens avec moi. Allons faire notre travail d’imposteur ! » Vous pouvez faire de même avec vos peurs et vos doutes. Glissez-les dans l’autre poche du jean et avancez quand même. Après tout, le vrai courage, ce n’est pas de ne pas avoir peur, c’est d’avancer malgré sa peur.

 

Ce sentiment d’imposture que vous ressentez vous donne l’illusion que vous devez « prouver » votre valeur. C’est très dangereux pour plusieurs raisons. Tout d’abord, imaginez un chirurgien vous disant : « Laissez-moi vous prouver que je sais opérer de l’appendicite ! » Auriez-vous envie de vous faire opérer par lui ? Vous voyez ainsi toute l’absurdité du mécanisme qui consiste à vouloir prouver sa valeur. Plus j’essaie de prouver ma valeur, plus je fais douter l’autre. Ensuite, si j’insiste sur le fait que vous n’avez pas à prouver votre valeur, c’est parce que vous avez un cerveau qui fonctionne au défi et qu’avoir quelque chose à prouver est un défi pour lui. Vous le savez, votre cerveau raffole des défis, au point qu’il peut difficilement y résister. C’est piégeant parce que la validation ne peut pas venir de l’extérieur. Le chirurgien ne peut pas être rassuré par son patient sur sa valeur.

 

De plus, avoir besoin de prouver sa valeur laisse l’espace à un petit malin, qui détecterait cette particularité chez vous, de vous manipuler. Il suffit à ce manipulateur de vous mettre au défi de réussir ce qui l’arrange que vous fassiez pour lui. Parallèlement, histoire de bien miner votre estime de vous, ce même petit malin peut vous mettre au défi de prouver votre valeur et disqualifier toutes vos tentatives, ce qui ne manquera pas de vous enfoncer. C’est d’autant plus destructeur que les gens qui vous demanderont cela sont en général de mauvaise foi. Ils essaient d’obtenir toujours plus de vous. Alors, soyez une belle personne, mais ne perdez pas votre temps à le prouver. Faites ce que vous avez à faire, ne vous justifiez pas et acceptez les compliments de ceux qui auront su percevoir votre valeur.

3. Soyez votre meilleur ami…

Embauchez un coach intérieur positif et enthousiaste.

Nous avons déjà abordé le thème du saboteur intérieur dans Je pense trop. J’espère que vous avez licencié ce tyran depuis longtemps. Il ne vous reste qu’à vérifier que votre dialogue intérieur est réellement amical, positif et encourageant. Dites-vous à vous-même ce que vous diriez à votre meilleur ami. Je suppose qu’il y a un mieux depuis votre lecture de Je pense trop, mais que vous pouvez faire plus encore. Imaginez comment vous vous comporteriez si vous deviez coacher quelqu’un qui serait brillant mais timide et dans l’autodépréciation constante. Quels mots sauriez-vous trouver pour le rassurer, le réconforter, le booster ? Eh bien, ce sont exactement les mots que vous avez besoin d’entendre. Alors, au boulot : dites-les vous !

4. Prenez soin du prince (ou de la princesse)…

en vous.

 

Dans tout crapaud sommeille un prince, il n’y a pas besoin de tuer le crapaud, il suffit de

réveiller le prince.

Éric Berne

Vous savez très bien faire cela pour les autres : repérer leur potentiel, leur permettre d’y avoir accès, les aider à le développer. Telle la bonne fée, marraine de Cendrillon, vous savez transformer les guenilles en robe de bal et les grenouilles en princes et princesses. Et vous ? Votre prince (princesse) intérieur(e), comment vous en occupez-vous ? Êtes-vous à votre service et aux petits soins pour vous-même ? Il est temps de vous réapproprier votre magnificence. Dites-le plusieurs fois et sentez que cela vous fait grandir et respirer plus amplement. Retrouvez le contact avec votre beauté, votre force, votre lumière personnelle. Comment ? Simplement en jouant à faire « comme si ». Si j’étais en contact avec ma magnificence, si je m’aimais vraiment, que serais-je en train de faire ? De quelle façon suis-je actuellement cruel avec moi-même ? Utilisez le dialogue intérieur, les affirmations positives, les visualisations de votre moi brillant et puissant. Et surtout devenez patient et indulgent avec vous-même : il faut du temps pour se réapproprier sa propre magnificence et ne plus avoir peur de sa propre lumière ! L’idée, c’est de s’épouser soi-même et de se traiter comme le ferait un conjoint amoureux. Comme le disait une publicité pour des bijoux que j’aimais bien : « N’oubliez pas que vous êtes la femme de votre vie ! » C’est valable pour vous aussi messieurs : vous êtes l’homme de votre vie ! Alors, traitez-vous comme tels.

 

Jusqu’à présent, vous étiez enfermé dans une double contrainte : vous aviez un immense besoin de reconnaissance, mais tout aussi peur d’être visible et d’être rejeté. Comment les autres pourraient-ils vous comprendre, vous accepter, vous aimer, si vous-même ne le faites pas. Restaurez votre vrai moi. C’est lui qui peut être aimé, pas votre faux-self. En apprenant à prendre soin de votre ego, à le nourrir et à le protéger, vous allez le sécuriser. Un ego bien nourri est paisible lors des interactions avec les autres et plus généralement dans les relations. Vous allez gagner en force, en consistance, en assurance.

 

La différence entre ce que vous êtes et ce que vous voudriez être est justement toute votre part d’humanité. Il vous faut apprendre à aimer tous vos aspects, avec humilité. Vous êtes déjà parfait dans votre imperfection.

1 Voir la bibliographie.

 

2 L’Enfant doué, voir la bibliographie.

3 Voir la bibliographie.

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