Je pense mieux

Christel Petitcollin · Chapitre 37 sur 54

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Je pense mieux

Chapitre 9 : Améliorer votre relationnel

Beaucoup d’entre vous me l’ont confié : les relations sont décevantes et compliquées. Vous avez l’impression de faire d’énormes efforts d’adaptation et malgré tout, vous vous sentez souvent choqués, blessés ou trahis. En parallèle, vous ressentez une impression de décalage, de ne pas tout comprendre, de faire des gaffes, qui vous procure un malaise durable, parce que l’implicite ne sera pas éclairci. À ce stade de votre lecture, si vous avez bien suivi le cheminement que je vous proposais, vous commencez à avoir une vision bien éclairée de la réalité. Vous commencez à avoir assez de clés pour comprendre la nature des malentendus. Cela va simplifier vos relations avec les autres. Les notions que j’aborde dans ce chapitre vont compléter votre compréhension des mécanismes en action dans les interactions.

 

Inventaire de vos erreurs en communication

 

Pour commencer, je vous propose de récapituler ensemble vos principales erreurs de communication.

 

La première est d’avoir appliqué vos valeurs et vos croyances personnelles à tous vos interlocuteurs sans exception, ni discernement :

– Seul le lien compte, peu importe le rang.

– Tout le monde est de bonne volonté et apte à collaborer.

– Tout le monde est évolué, humaniste, ouvert et intelligent.

La notion d’individu primaire vous était étrangère. L’idée que quelqu’un puisse être obtus ou méchant ne vous effleurait pas. Votre propension à ne pas juger, voire à refuser de juger est réellement problématique. Vous ne teniez compte ni des jeux de pouvoir éventuels ni du défi d’évolution de certains de vos interlocuteurs. C’est ce que j’ai appelé « signer des chèques en blanc relationnels ». Paradoxalement, tout en vous sentant différents, vous m’avez souvent dit : « Je croyais que tout le monde fonctionnait comme moi. » Vous avez maintenant des éléments pour décoder vos interlocuteurs. Certaines personnes sont dans une saine et plaisante émulation, d’autres dans une compétition agressive et acharnée. Avec certains interlocuteurs, la négociation sera possible, avec d’autres, il ne s’agira que de marchandage. Rappelez-vous qu’il est impossible d’établir une collaboration constructive avec quelqu’un qui ne raisonne qu’en termes d’alliance face à des ennemis communs. Ne sous-estimez pas non plus la peur et le stress qui sous-tendent les relations des dominants.

 

Votre seconde erreur est de faire toujours plus de ce que vous faites déjà trop. Muriel est songeuse. La veille de notre rendez-vous, elle a assisté à une conférence de Matthieu Ricard sur le thème de l’altruisme. Elle me raconte ce qu’elle a vécu. Au début de la conférence, elle adhérait pleinement à toutes ces belles valeurs d’humanisme, d’altruisme, de bienveillance. Elle se sentait portée par le discours de Matthieu Ricard. Ensuite, elle a commencé à se sentir découragée de ne pas être au niveau de ses propres attentes, puis elle s’est mise à culpabiliser de ne pas en faire assez. Mais brusquement, elle a senti que ce discours venait en remettre une couche à des gens déjà convaincus du bien-fondé de cette attitude. Il est peu probable qu’une conférence sur l’altruisme puisse convertir un égoïste, peu probable surtout qu’il vienne l’écouter. Elle a brusquement pensé : « Ce n’est pas ce public qui devrait entendre cela. Nous en faisons déjà trop. Nous sommes comme des individus hyperlaxes qui croient devoir encore s’assouplir. » Je suis bien d’accord avec elle : vous devez commencer à en faire moins et ça marchera nettement mieux !

 

Ensuite, votre syndrome de Cassandre vous complique beaucoup la vie. Maintenant, vous avez le décodage du processus : c’est une lutte entre l’aliénation sociale de votre côté et l’aliénation culturelle de l’autre. Vous avez trop l’habitude d’avoir raison. De plus, vous cherchez trop de précision et d’authenticité dans vos relations. Finalement, ce qui manquait à Cassandre, puisqu’elle n’avait pas le don de persuasion, c’est la capacité à se taire. Avoir raison trop tôt, c’est avoir tort. Laissez aux autres le plaisir d’avoir raison. S’ils sont en aliénation sociale, de toute façon, ils ne peuvent pas avoir accès à votre perception de la réalité. Le besoin d’avoir raison est aussi proportionnel au manque d’estime de soi. Alors, finalement, l’important, est-ce d’avoir raison ou d’être heureux dans ses relations ?

 

Enfin, ce qui est le plus problématique dans vos relations est votre manque d’ego. Trop de vision collective et d’altruisme créent un manque de consistance dans la relation. Si vous n’avez pas d’espace personnel, vous n’avez pas d’intimité. Vous n’êtes plus dans le partage, vous êtes dans la fusion et l’indifférenciation. L’intimité n’est possible qu’entre deux personnes qui ont des choses personnelles à partager. Par un étrange souci d’honnêteté et de franchise, vous vous sentez obligés de mettre vos tripes sur la table, dès le début de la relation. C’est à se demander si le problème est réellement que vous faites trop confiance, ou si ce n’est pas plutôt que vous n’arrivez pas à vous retenir de parler, par manque de jardin secret. Vouloir trop de transparence, c’est devenir soi-même transparent. Pire, au-delà d’un certain seuil d’effeuillage, vous n’êtes plus nus, vous êtes écorchés vifs. Vos interlocuteurs n’ont pas nécessairement envie de voir vos boyaux.

 

Sans estime de soi, il est impossible d’avoir de relations sincères, profondes et salutaires. Malgré votre immense sens de l’humour, beaucoup de vos relations manquent de légèreté. On peut se fréquenter sans se psychanalyser, ni engager un débat profond à chaque discussion. En fin de compte, qu’est-ce qu’une vraie relation ? Être soi-même ? Refaire le monde ? Partager un pique-nique ou une randonnée ? Qu’est-ce que c’est, être « sociable » ? Comment aborder les gens et nouer avec eux des relations satisfaisantes ?