Jeanne d’Arc - La vérité sur un faux procès

Alain Bournazel · Chapitre 41 sur 41 · partie 5/6

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Jeanne d’Arc - La vérité sur un faux procès

Chapitre V: - le Procès Ordinaire (I)

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 6 parties.

On ne remplace pas Jeanne d’Arc

Regnault de Chartres était un des plus proches collaborateurs de Charles VII, auprès duquel il resta en service près de trente ans. Sa fidélité à la cause armagnaque était totale. Son père, enquêteur des eaux et forêts de Normandie, fut tué à Azincourt en 1415. Licencié en droit civil, doyen de Beauvais et archevêque de Reims (1414), Regnault de Chartres succéda, en 1425, à Martin Gouge, évêque de Clermont, aux fonctions de chancelier de France qu’il occupera jusqu’à sa mort en 1444. Il effectuera de nombreuses missions en Angleterre et prendra une part active à la conférence d’Arras de 1435.

Le grand serviteur de Charles VII est un homme discret, assez mal connu. C’est un homme de l’ombre qui a la totale confiance du roi, ce qui justifie ses longues années de service dans un poste difficile. C’est un diplomate, un négociateur avisé, un modéré du camp armagnac qui privilégie la réconciliation du roi et du duc de Bourgogne. Certains estiment que c’est un homme de coups tordus, un navigateur en eaux troubles (Minois) – ce qui, après tout, n’est pas incompatible. Même s’il procéda au sacre de Charles VII, le 17 juillet 1429, son implication dans la foi n’est pas évidente. Comme beaucoup d’hommes de son époque, et en particulier Pierre Cauchon avec lequel il entretient de bonnes relations, Regnault de Chartres parait avoir choisi l’état ecclésiastique moins par conviction religieuse que par souci de développer une carrière.

La rupture entre le chancelier et La Pucelle

Le chancelier a suivi le parcours de Jeanne depuis son arrivée à Chinon jusqu’à la campagne de l’Oise. Ses rapports avec elle paraissent assez distants. S’il ne fait preuve d’aucun enthousiasme à son égard, il ne lui témoigne aucune hostilité. C’est lui qui préside le tribunal ecclésiastique de Poitiers qui est chargé, en mars 1429, d’examiner Jeanne, fille de laboureur, qui réclame une armée pour aller délivrer Orléans.

L’avis rendu par cette haute instance, qui regroupait quelque quarante théologiens, était d’une formulation balancée mais finalement favorable à Jeanne qui obtint ce qu’elle souhaitait. Les relations entre l’archevêque et La Pucelle ne semblent pas avoir rencontré de difficultés particulières, au moins jusqu’au sacre.

La donne change lorsque des pourparlers, au départ secrets, sont engagés entre le roi et le duc de Bourgogne. Des contacts sont établis dès le soir du sacre et aboutiront au traité d’Arras (1435). Cette stratégie d’apaisement était en complète opposition avec celle de La Pucelle qui affirmait que la paix avec le duc s’obtiendrait “au bout de la lance”. Mais il semble que la rupture entre l’archevêque, chancelier de France, et Jeanne d’Arc soit intervenue lors de la campagne de l’Oise (avril – mai 1430). Après avoir agi quelque temps de conserve, ils finirent par se séparer et Jeanne, comme on le sait, fut capturée devant Compiègne, le 23 mai 1430. La pomme de discorde semble précisément venir de cette ville.

Après le sacre, Compiègne avait fait allégeance à Charles VII, en août 1429. Toutefois, elle devait être restituée au duc de Bourgogne, comme gage de la trêve signée entre le roi et le duc, à la fin du mois d’août. En mai 1430, Regnault de Chartres s’était spécialement rendu dans la ville pour tenter de la convaincre de respecter l’accord, en faisant valoir que : « le roi désirait

gratifier le duc de Bourgogne pour le faire quitter l’alliance anglaise 90 ».

Mais les habitants ne l’entendaient nullement ainsi. Malgré leur désir de servir le roi de France, ils n’avaient aucune intention de revenir sous l’égide du duc de Bourgogne, notamment en raison de la haine que ce dernier nourrissait à leur égard pour avoir fait allégeance au roi de France.

 

La Hire et Poton

La rancune de l’archevêque se révéla tenace. Alors que l’ensemble de la cour observa un silence absolu sur La Pucelle jusqu’à la libération de la Normandie, Regnault de Chartres écrivit, au mois de juillet 1430, à ses chers sujets de la bonne ville de Reims, pour les informer de sa capture devant Compiègne. Mais au-delà de cette information, le chancelier de France procède à un dénigrement en règle de Jeanne d’Arc : « qui ne voulait écouter aucun conseil et faisait tout à son plaisir ». Interprétant la volonté divine, l’archevêque n’hésite pas à écrire que Jeanne avait été prise parce qu’« elle s’était constituée en orgueil par les riches habits qu’elle avait pris et qu’elle n’avait pas fait ce que Dieu avait commandé mais avait fait à sa volonté ». On aurait évidemment attendu un peu plus de compassion de la part d’un ecclésiastique qui n’exprime pas le moindre sentiment à l’égard d’une jeune femme engagée dans la même cause que lui. La portée de la missive était certes limitée car elle ne s’adressait qu’aux habitants de la ville de Reims. Mais, comme nous l’avons vu, au Moyen Âge, les lettres se recopiaient et se diffusaient largement.

Le berger Guillaume

La lettre de l’archevêque avait également un autre objet. Elle informait qu’était venu vers le roi un jeune berger, nommé Guillaume, qui gardait les brebis dans la montagne du Gévaudan et qui avait commandement de Dieu pour prendre les armes et venir : « aider le noble roi de France […]sans faute les Anglais et les Bourguignons seront déconfits ». Comme signe de la réalité de sa mission (signe que Jeanne n’avait jamais fourni), Guillaume exhibait ses pieds et ses mains ensanglantés qui reproduisaient les stigmates de saint François d’Assise, une des plus hautes figures de la chrétienté médiévale. La référence à ce grand saint qui vécut dans la plus grande pauvreté constituait également un moyen indirect pour pointer du doigt le goût affiché de Jeanne pour les vêtements luxueux et les belles parures.

Regnault de Chartres entreprend d’orchestrer lui-même l’action de ce nouveau messager de l’espérance auquel on veut faire jouer le même rôle galvanisant que La Pucelle. À Beauvais, où l’archevêque a temporairement pris résidence, se rassemble une armée de quelque 800 combattants avec des chefs de guerre confirmés comme le maréchal de Sainte-Sevère et Poton de Xaintrailles, en vue d’une expédition aux alentours de Gournay, prélude à une attaque de la capitale normande. La troupe se met en route, Guillaume chevauchant allégrement au milieu d’elle, la libération de Rouen sous l’égide du berger étant destinée à supplanter, dans l’imaginaire, la libération d’Orléans sous l’égide de Jeanne. Mais cette belle stratégie tourne court car la troupe du berger se heurte à une armée anglaise venant à sa rencontre, sous les ordres du comte d’Arundel. L’affrontement vire à la déconfiture pour les Français… Sainte-Sevère se replie sur Beauvais, et Poton de Xaintrailles et Guillaume sont capturés pour être conduits au château de Rouen. Mais les Anglais ne veulent pas affronter un deuxième procès Jeanne d’Arc. Lors du sacre d’Henri VI, Guillaume est exhibé à Paris « lié de bonnes cordes comme un larron ». Il est ensuite ramené au château du Bouvreuil, enfermé dans un sac et, sans autre forme de procès, jeté dans la Seine. Poton quant à lui restera, tout au long de sa captivité, convié à la table de Warwick. Martial d’Auvergne dédiera au malheureux berger une courte complainte :

Et fut ainsi pris audit lieu

Un jeune enfant berger tout sot

Soit disant envoyé de Dieu

Pour l’amour de la feue Pucelle

Qu’on avait vu ainsi conquerre

Chacun voulait faire comme elle

Et s’entremettre de la guerre.

Ricarville – L’exploit et la tragédie

La prise du château du Bouvreuil par Ricarville se situe parmi les opérations les plus audacieuses de la guerre de Cent Ans. Mais l’incapacité dans laquelle se trouvent très rapidement les acteurs de cette téméraire entreprise, de pouvoir assurer la suite de leur conquête, transforme cette dernière en tragédie. L’affaire avait été bien préparée au début de l’année 1432, à Beauvais, sous l’égide du maréchal de Boussac, soucieux sans doute de réparer l’échec qu’il avait subi, quelques semaines plus tôt, devant Clermont en Beauvaisis. Autour du seigneur de Fontaine et de messire de Fouquet, Ricarville et ses hommes s’assignent pour objectif de prendre le château de Rouen. Ils ont en main deux atouts importants. Un moine cordelier, qui avait l’œil militaire et qui fut un temps prisonnier au château, avait repéré les points qui permettaient d’escalader les murs du coté de la campagne, ce qui avait de fortes chances de garantir la discrétion. Par ailleurs, une complicité était assurée dans la place. Un homme de la garnison, Pierre Audebœuf, surnommé Pierrot de Biou, s’était engagé à

seconder les Français 91.

Le 27 février, de Boussac et ses hommes s’avancent jusqu’à une lieue de Rouen. Le maréchal met ses hommes en embuscade. Selon Monstrelet, Ricarville se dirige vers le château avec 126 combattants. À la faveur de l’obscurité et aidé par Pierre Audebœuf, les hommes dressent des échelles contre la courtine et pénètrent dans le château. La surprise est totale. Les Anglais, tirés de leur sommeil, n’opposent aucune résistance. Beaucoup sont massacrés. Certains d’entre eux se sauvent soit vers la campagne soit vers la ville. Toutefois, le commandant de la place, le comte d’Arundel et quelques officiers réussissent à se barricader dans une chambre forte. Au matin, le comte se fait descendre dans les fossés par une nacelle et regagne la ville.

De son coté, Ricarville revient à l’endroit où il avait laissé le maréchal et le reste de la troupe et leur demande de se hâter pour venir s’emparer du château. Mais une violente dispute éclate sur le partage du futur butin. Dans l’impossibilité de trouver un accord, la troupe repart sur Beauvais. Selon LaChronique Normande, Ricarville a repris la route du château et a été le premier exécuté. Monstrelet laisse entendre qu’il est reparti pour Beauvais et qu’il n’est pas revenu.

Les Anglais se sont ressaisis. Aucun mouvement en faveur des Français ne s’est dessiné dans la population. La mort d’un enfant tué accidentellement par une flèche française aurait, selon LaChronique Normande, fait basculer la population dans le camp anglais. Les Français sont assiégés dans le château. Pour les empêcher de sortir, les pont-levis sont incendiés. Bedford qui se trouve à Paris est informé tous les jours de l’évolution de la situation. Il donne des instructions fermes pour que la rébellion soit matée. Des messagers sont dépêchés aux capitaines de Pont-Audemer, Honfleur, Pont l’Évêque et au bailli de Rouen de venir en toute hâte avec leurs hommes pour chasser les Français du château.

Harcelés de toutes parts, les gens de Ricarville se réfugient dans le donjon. Pour les réduire, les eaux de pluie du donjon sont détournées et les canons sont braqués contre cette tour à partir de la chapelle du roi. Les voussures de la porte d’entrée et de la fenêtre tombent sous les coups. La situation devient intenable. Le 17 mars, les survivants font leur reddition. La vengeance des Anglais est terrible : 104 hommes sont décapités sur la place du Vieux Marché par Geoffroy de Thérache, le bourreau qui officia pour le supplice de Jeanne d’Arc. Audebœuf est écartelé. Pour l’avenir, les Anglais redoubleront de vigilance autour du château.

 

89 Cf. : note d’Olivier Bouzy

90 Quicherat, Tome V page 175

91 Le coup de main de Ricarville est connu par deux sources d’époque : La Chronique Normande et

La Chronique de Monstrelet. Des divergences existent entre ces deux sources. Comme le fit Ch.

De Beaurepaire, la version retenue dans cet ouvrage est celle de Monstrelet qui parait mieux

informé de l’affaire que La Chronique Normande.

 

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Les Parisiens chassant les Anglais

 

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VICTOIRE ET RÉHABILITATION

 

Les relations entre le régent et le duc de Bourgogne ne furent jamais exemptes de soupçons et d’arrière-pensées. Au final, ce dernier ne pouvait que constater que l’alliance anglaise rapportait peu à la Bourgogne.

Avec le temps, les rapports devinrent plus lointains. Le duc de Bourgogne refusa à plusieurs reprises la Jarretière que Bedford lui offrait. Et lorsqu’il créa la Toison d’Or, il fut stipulé dans la chartre fondatrice que les membres d’un autre ordre devaient le quitter immédiatement.

Pendant le séjour d’Henri VI en France, d’avril 1430 à janvier 1432, Philippe le Bon ne se déplaça pas pour lui rendre hommage et n’assista même pas au sacre. Cette attitude lui permit de ne pas renouveler le serment de fidélité qu’il avait prêté en 1420, à Troyes au roi d’Angleterre.

La mort, en novembre 1432, d’Anne de Bourgogne, duchesse de Bedford, victime d’une épidémie, à l’âge de 28 ans, fit disparaître le lien

familial qui unissait le régent et le duc 92. Cinq mois après la mort d’Anne, Bedford épouse Jacquette dont le père, le comte de Saint-Pol, est vassal du duc de Bourgogne.

Philippe le Bon n’apprécie guère la désinvolture du régent à l’égard de la mémoire de sa sœur mais aussi la négligence à l’égard de lui-même, dans la mesure où Bedford omit de le consulter, comme il aurait dû le faire selon les coutumes féodales, avant de contracter cette nouvelle union.

Mais il est des raisons plus tangibles. Le duc de Bourgogne éprouve des difficultés pour mater la rébellion de ses sujets de Lille, qui sont soutenus par Frédéric II d’Autriche. Or ce dernier a signé un accord avec Charles VII, et Philippe le Bon redoute d’être pris en tenaille par ces deux adversaires : il sait que son allié anglais serait incapable de lui venir en aide.

La reconquête du royaume

L’épreuve du temps souligne une réalité. Plus de dix ans après sa signature, le traité de Troyes de 1420 n’avait pas réussi à mettre fin à la guerre entre la France et l’Angleterre, alors que c’était son principal objet. Il est temps d’en tirer les conséquences et de réellement faire la paix. Les efforts persistants venant à la fois des conseillers de Charles VII et de ceux de Philippe le Bon finissent par porter leurs fruits. Le traité d’Arras (21 septembre 1435), conclu dans la ville où Jeanne fut remise aux représentants du duc de Bourgogne pour être livrée aux Anglais, scelle la réconciliation du roi de France et du duc. Ceci entraine la fin de la double monarchie, née de la guerre civile mais qui malgré des débuts prometteurs n’est jamais parvenue à s’imposer. Les Anglais ont refusé de s’associer à ce nouveau traité conclu à leur détriment et dont la signification est claire : le royaume de France leur échappe, et Henri VI et ses successeurs ne seront jamais roi de France.

Désespéré de voir l’œuvre de sa vie détruite, Bedford mourut une semaine avant la signature du traité. Après avoir été embaumé, il fut enterré selon son souhait dans le sanctuaire de la cathédrale de Rouen où reposaient déjà le cœur du roi Charles V et Henri le Jeune, fils ainé d’Henri II Plantagenet, mort en juin 1183 à l’âge de 23 ans au château de Martel dans le Quercy. La plaque en marbre noir au dessus de son cercueil énonçait ses titres éminents : « Très haut et très puissant prince Jean de Lancastre, en son vivant régent du royaume de France, connétable d’Angleterre, duc de Bedford, d’Anjou et d’Alençon, comte du Maine et de Richemont, de Kendal et d’Harcourt ».

Le tombeau de Bedford sera respecté par Charles VII et Louis XI mais malmené pendant les guerres de religion. Finalement, ce tombeau sera l’œuvre la plus durable du régent en Normandie et en France…

La mort du duc de Bedford priva l’Angleterre du grand homme d’État qui portait la présence anglaise à bout de bras dans le royaume des lis. L’année suivante, Français et Bourguignons, désormais unis, chassèrent les Anglais de Paris, le 13 avril 1436. En 1441, l’Île de France était entièrement libérée.

Du côté des Anglais, la situation évolue mal pour Henri VI. Le roi se révèle incapable d’assurer la fonction royale alors que les désordres et les mécontentements montent en puissance. Le contraste est saisissant entre la force rayonnante qui se dégageait d’Henri V et la faiblesse maladive, la versatilité, l’irrésolution qui accablent son malheureux rejeton. Henri VI est aux antipodes de l’image du héro de la chevalerie médiévale que les Lancastre avaient voulu incarner. Il faut néanmoins mettre à l’actif du souverain son intérêt pour les problèmes d’éducation (il fonde le collège d’Eton) et sa volonté d’améliorer les relations entre les deux royaumes.

En mai 1444, une trêve est signée à Tours et des pourparlers sont engagés pour résoudre le long conflit. Pour faciliter le rapprochement, Henri VI épouse Marguerite d’Anjou, fille du roi René, beau-frère de Charles VII. Mais cette union n’est pas appréciée en Angleterre, et Margueritte, qui tient du caractère autoritaire de sa grand-mère Yolande d’Aragon, devient vite impopulaire.

En 1449, les Anglais

rompent unilatéralement la trêve de Tours. La riposte française est vive et c’est l’ensemble de l’implantation anglaise qui s’effondre. Château-Gaillard se rend sans résistance. Dunois met le siège devant Rouen, défendue par le gouverneur Somerset. À l’inverse de ce qui s’était passé avec Ricarville, la population prend les armes contre les Anglais. Somerset se réfugie dans le château et tente de résister, mais il doit capituler.

Le 10 novembre 1449, Charles VII fait une entrée triomphale dans la ville libérée où il n’était pas revenu depuis 1417. Le roi ne prend pas résidence au château : il s’installe au palais archiépis-copal remis en état pour l’accueillir. En revanche, il fait retirer de la forteresse les armoiries anglaises pour rétablir celles du royaume de France. Pierre de Brézé est nommé capitaine de la ville et de la forteresse de Rouen. Quelques mois plus tard, le 15 avril 1450, la victoire de Formigny assure la reconquête définitive de la Normandie.

La guerre des Deux-Roses

Puis, la situation intérieure en Angleterre se dégrade encore pour le roi. La fin du règne d’Henri VI est misérable. À partir de 1450, il donne des signes de faiblesses mentales comme jadis son grand-père Charles VI. Après la bataille de Castillon, le 17 juillet 1453, les Anglais ne conservent plus en France que Calais. Cette même année, Henri VI plonge dans un coma cérébral dont il ne sortira qu’à Noël 1454 mais dans lequel il replongera à plusieurs reprises ; un conseil de régence est mis en place pour le remplacer pendant ces périodes d’absence. Des révoltes éclatent dans le pays. Au Parlement, le favori du roi, le duc de Suffolk, est mis en accusation pour haute trahison. Peu de temps après, il sera assassiné.

La dynastie sera finalement contestée par le duc Édouard d’York, né le 28 avril 1442, au château de Rouen où son père était gouverneur, qui descend d’Edmund, duc d’York, quatrième fils d’Édouard III. Inversion des rôles : alors que la France se relève péniblement d’une longue guerre civile, le territoire anglais, qui avait été épargné des affrontements de la guerre de Cent Ans, est frappé à son tour d’une inexpiable querelle entre ses princes qui dégénère dans un terrible conflit armé, au nom bien trompeur de guerre

des Deux-Roses (1450-1461)93. Les deux camps s’affrontent en batailles rangées.

En 1460, l’armée lancastrienne est successivement défaite à Northampton et victorieuse à Wakefield. Le 19 mars 1461, les armées du roi sont écrasées à Towton, lors de la plus grande bataille de la guerre civile de l’histoire du pays. Henri VI est fait prisonnier et enfermé dans la Tour de Londres. Son lointain cousin Édouard est couronné sous le nom d’Édouard IV. Rétabli brièvement sur le trône en 1470, Henri VI est définitivement vaincu le 4 mai 1471, à Tewkesbury, où son fils est tué. Ce roi qui avait dans sa jeunesse reçu deux couronnes prestigieuses, celle d’Angleterre et celle de France, n’en gardera finalement aucune. De nouveau incarcéré dans la Tour, Henri subit – comme naguère Jeanne d’Arc au château du Bouvreuil – les brimades et les mauvais traitements de ses geôliers ; il meurt assassiné. « La terre est maudite dont le prince est un enfant ou se gouverne comme un

enfant 94 ». (Proverbe rapporté par les Anciennes Chroniques d’Angleterre ).

Castillon : la victoire posthume de Jeanne

Jeanne d’Arc avait annoncé qu’avant sept ans : « Les Anglais abandonneraient plus grand gage qu’ils ne firent devant Orléans et perdront tout en France par une grande victoire que Dieu enverra aux

français 95 ». La libération de Paris peut correspondre à la première phase de la prophétie. Quant à la grande victoire qui permettra de chasser les Anglais du royaume de France, on peut la reconnaître dans la bataille de Castillon.

En 1450, les troupes de Charles VII lancent leur offensive en Gironde et dans la vallée de la Dordogne. Toutefois la majorité des seigneurs gascons et les Bordelais tiennent à rester dans la dépendance du roi d’Angleterre. Un mouvement de résistance spontanée s’organise sous l’égide du vicomte de Castillon. Le roi d’Angleterre est sollicité pour apporter son aide au mouvement. Henri VI, voulant redorer son prestige malmené par la guerre des Deux-Roses par une belle victoire, envoie une armée de secours en Guyenne commandée par lord Talbot, comte de Shrewsbury, âgé de près de soixante-dix ans mais auréolé de ses nombreuses victoires passées. En octobre 1452, il fait une entrée triomphale à Bordeaux et un nombre important de villes se rallient à lui, comme Libourne, Saint-Émilion, Castillon, Langon… En mars 1453, Talbot est rejoint par une nouvelle armée de renfort venue d’Angleterre et commandée par son propre fils, lord Lisle.

Face à l’offensive anglaise, Charles VII ne reste pas inactif. L’armée royale a été profondément réorganisée et professionnalisée par des ordonnances de 1445 et 1448. Un corps d’archers a été constitué pour faire pièce à la redoutable “archerie” anglaise. Dirigée par les frères Jean et Gaspard Bureau, l’artillerie française est devenue une des meilleures d’Europe. L’armée française, au lieu de marcher directement sur Bordeaux, préfère s’assurer le contrôle de la vallée de la Dordogne en préparant un siège pour enlever la ville de Castillon. À cet effet, elle aménage un camp sur les bords de la Lidoire, petit affluent de la Dordogne, à proximité de la ville. Informé de cette situation, Talbot se hâte de quitter Bordeaux avec 5 000 ou 6 000 hommes afin de bousculer les troupes françaises avant qu’elles ne procèdent à l’encerclement de la ville. Le choc des deux armées aura lieu devant le camp français.

Le matin, Talbot arrive devant Castillon avec sa cavalerie. Les fantassins et l’artillerie dont la vitesse de déplacement est moins rapide, sont laissés à l’arrière. Le chef anglais surprend un groupe d’archers français qui prenaient position à proximité d’un prieuré, situé sur une petite colline qui domine la ville. Les malheureux sont massacrés. Talbot fait halte au prieuré et permet à ses hommes de prendre quelques instants de repos agrémenté par l’ouverture de bouteilles de vin qui étaient stockées en ce lieu. On vient l’informer que les Français s’enfuient du camp. La nouvelle se révélera erronée, les observateurs anglais ont mal interprété un mouvement de troupes françaises qui finalement regagnaient le camp. Voulant profiter de la situation Talbot décide, sans hésiter, de passer à l’attaque du camp français. Un de ses capitaines qui lui recommande d’attendre l’arrivée de son artillerie et de ses fantassins pour engager le combat, se fait sévèrement admonester. Il fait mettre à pied sa cavalerie, lui seul reste sur une petite haquenée et déploie ses troupes pour investir le camp français sur sa plus grande longueur.

L’artillerie des frères Bureau révèle son efficacité. Néanmoins, les Anglais parviennent jusqu’au talus où ils réussissent à planter un étendard. Une furieuse mêlée oppose les combattants pendant une heure. Les guisarmes, les haches, les épées mais aussi les couleuvrines, les ribaudequins, les petits canons, tout ce que le Moyen Âge finissant peut compter comme armes de guerre, s’affrontent pendant plus d’une heure avec une implacable dureté. Le cheval de Talbot s’effondre frappé d’un boulet de couleuvrine. L’intervention des cavaliers bretons qui étaient à l’arrière du camp sème la panique chez les Anglais. La bannière de Talbot est renversée. Lui-même et son fils, lord John Lisle, sont tués par les archers de Charles VII qui vengent ainsi la mort de leurs camarades massacrés le matin. Selon certaines estimations, 4 000 Anglo-Gascons dont une trentaine de chevaliers trouvent la mort dans l’affrontement. La bataille de Castillon confirme la maitrise professionnelle de l’armée du roi de France, tandis que les Anglais sont victimes de leur témérité excessive et de comportements désordonnés.

La mort de Talbot, qui totalisait tant de victoires, symbolise à elle seule

l’effondrement de la présence anglaise dans le royaume de France 96. Castillon capitule le lendemain de la défaite, et Saint-Émilion et Libourne feront de même. Bordeaux se rend le 19 octobre, et les Anglais quittent le royaume à l’exception de Calais. Les bourgeois qui sont les plus compromis sont bannis.

La mort de Talbot lors de la bataille de Castillon

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La guerre de Cent Ans est terminée. Pour l’heure personne ne le sait car l’accord de paix ne sera signé qu’en 1475, à Picquigny, entre Louis XI qui a succédé à son père Charles VII, et le roi d’Angleterre Édouard IV. Les Anglais accepteront de se retirer du royaume de France moyennant une forte indemnité financière. Sur le plan des armes, Castillon marque aussi la fin des armées féodales disparates, tandis que s’imposent les armées professionnelles qui relèvent directement d’un pouvoir royal fort, dominant désormais les grands vassaux. C’est finalement la France moderne qui, par anticipation, émerge à Castillon. Quant à Charles VII, au soir de cette dernière bataille, il a bien gagné le titre que l’histoire lui décerna de “roi victorieux”. Après des siècles de guerres sur un territoire partagé, la France et l’Angleterre vont désormais suivre leur destin séparément, obligées de reconnaître enfin la justesse des propos qu’en termes moins abrupts que Jeanne d’Arc, formulait Jean Juvénal des Ursins : « À la fin, France sera France et Angleterre, Angleterre, car elles ne sont pas compatibles ensemble et ne peuvent être conjointes ou souffrir l’une l’autre en un même

lieu ou pays 97 ».

La Réhabilitation de Jeanne

Durant vingt ans, le roi a gardé le silence. Mais il manifesta sa sympathie à la famille de Jeanne et à ses proches compagnons. Il aida Pierre d’Arc à s’acquitter de sa rançon, il nomma son oncle, Jean d’Arc, arpenteur du roi pour la France et la Champagne. Il anoblit un des premiers compagnons de Jeanne, Jean de Nouillonpont, qui devint Jean de Metz. Il serait même passé à Domremy.

Le 15 février 1450, alors que la reconquête n’est pas achevée, Charles charge son conseiller Guillaume Bouillé de faire une information sur le procès de Jeanne. Bouillé est doyen du chapitre de Noyon, docteur en théologie, professeur à l’université de Paris depuis 1430, il en fut recteur de 1437 à 1439, et il a déjà accompli diverses missions pour Charles VII. Le roi veut « savoir la vérité du procès et la manière dont il y fut procédé ». La première enquête conduite, les 4 et 5 mars, permet de recevoir sept dépositions. Guillaume Bouillé rédige un traité sur : « Le procès inique que feu le seigneur Pierre Cauchon, alors évêque de Beauvais, fit tel quel contre ladite Pucelle Jeanne qui, en ce temps, se battit pour défendre le royaume contre ses envahisseurs ».

Condamnée pour hérésie par un tribunal ecclésiastique, Jeanne ne pouvait être réhabilitée par un tribunal laïc : la constitution d’un tribunal ecclésiastique dépend du pape. Sollicité, Nicolas V (1447 à 1455) charge de l’affaire Guillaume d’Estouteville, dont la famille avait lutté contre les Anglais. Son frère en particulier s’était illustré dans la défense du Mont Saint-Michel. Guillaume d’Estouteville s’adjoint l’inquisiteur de la foi, le dominicain Jean Bréhal, professeur de théologie sacrée. Le cardinal et l’inquisiteur dressent la liste des questions sur lesquelles doivent porter les dépositions des témoins. Des enquêtes sont conduites aux marches de Lorraine, à Paris et à Orléans auprès de personnes qui connurent Jeanne.

Pour obtenir la révision du

procès, l’accord du pape est nécessaire. On estime que l’initiative de l’action doit venir des intéressés, à savoir la famille, pour le préjudice moral et la “note d’infamie”. La mère de Jeanne, Isabelle, et ses deux frères Jean et Pierre adressent une supplique au pape pour examiner la cause jugée en 1431. Mais Nicolas V n’est pas favorable à l’ouverture d’un nouveau procès qui amènerait l’Église à se déjuger. Après sa mort, Calixte III, élu en avril 1455, signe le rescrit qui permet la reprise de l’affaire. Le 7 novembre 1455, Isabelle en pleurs et son fils Jean présentent le rescrit dans la sacristie de Notre-Dame de Paris. Un avocat est donné à la famille, Pierre Maugier, maître ès arts, docteur en décrets, et doyen de la faculté de décrets et de l’université de Paris.

Le 15 décembre, Maugier expose les douze raisons pour lesquelles le procès était inique :

1 – Incompétence de la juridiction ;

2 – Menaces faites contre l’inquisiteur ;

3 – Récusation du juge par Jeanne ;

4 – Refus du recours de Jeanne au pape ou au concile ; 5 – Nature de la cause et révélations secrètes du ressort du Saint-Siège ;

6 – Crainte de la prison et des gardes infligée à une jeune fille si jeune ;

7 – Refus d’un avocat ;

8 – Minorité de moins vingt-cinq ans de l’accusée ; 9 – Rigueur envers Jeanne, sans modération de peine, et absence de relaps ;

10 – Fausseté des comptes-rendus de séances ; 11 – Faux articles transmis pour avis ;

12 – Conseils perfides données à Jeanne.

En novembre 1449, Charles VII avait accordé des lettres d’abolition aux habitants du duché de Normandie, pour tous les actes qu’ils avaient commis pendant l’occupation anglaise. Le procès en révision ne peut donc porter que sur les jugements de 1431, sans mettre en cause la responsabilité juridique des personnes. Les enquêtes font facilement apparaître les vices de forme, les erreurs de procédure, les pressions exercées. Aux douze articles de la condamnation, qualifiés de “merveilleuse confusion”, Jean Bréhal oppose en douze chapitres les raisons pour lesquelles « le procès quant à sa matière et sa forme, de même contre cette Pucelle élue, contienne une manifeste injustice ».

Les temps ont changé, confortant les propos tenus naguère par La Pucelle : le duc d’Orléans est revenu en France (1440) et, depuis la bataille de Castillon, les Anglais ont été chassé du royaume. Alors qu’aucune voix ne s’était élevée en 1431, des personnalités éminentes soutiennent désormais la cause de Jeanne sur des points où elle avait été particulièrement malmenée.

Thomas Bassin présente un mémoire pour défendre la réalité des apparitions de La Pucelle animée d’une foi pure. Pour lui, aucune loi n’interdit aux femmes de prendre les armes pour une guerre juste. Engagée dans une guerre juste, Jeanne pouvait donc prendre l’habit d’homme. Jeanne avait commis des erreurs pour certaines prophéties. Elle avait notamment prédit qu’elle irait à la croisade et mourrait en Terre Sainte. Jean Bréhal rappelle que mêmes les plus grands prophètes se sont trompés…

Trois juges sont désignés :

- Jean Juvénal des Ursins, qui succéda à Cauchon à l’évêché de Beauvais en 1432, et nommé archevêque de Reims en 1449 ;- Guillaume Chartier, évêque de Paris depuis 1447, originaire de Bayeux comme son frère Alain ;

- Richard Olivier, évêque de Coutances depuis 1453, chanoine et official de Rouen, en 1444. Il avait contribué à l’ouverture de la ville à Charles VII.

Jean Bréhal assure la charge d’inquisiteur. Il n’y a pas d’accusé, ce qui est inhabituel pour une procédure inquisitoire. Pierre Cauchon est mort (18 décembre 1442), ainsi que Jean d’Estivet (20 octobre 1438). Jean Le Maistre a simplement disparu : il fait le mort.

Les enquêtes

« Les dépositions des

témoins obtenues par les enquêtes sont au cœur du procès de nullité 98 ».

Cent-seize personnes dont nous connaissons les noms et les qualités témoignent sur Jeanne, sa jeunesse, sa vie guerrière, sa mort. Par ailleurs, des théologiens et des canonistes émettent des avis écrits. Les causes de nullité

Les juges, l’évêque Cauchon surtout, mais aussi le vice-inquisiteur Le Maistre, ne pouvaient être juges de Jeanne en raison de leur incompétences en la cause et de leur partialité à l’égard de l’accusée. Jeanne n’avait pas commis de crimes et n’avait pas de domicile dans la juridiction de l’évêque de Beauvais. L’incompétence territo-riale était absolue. Par ailleurs, tous les témoins attestent de la partialité de Cauchon : Jean Bréhal recense douze motifs prouvant la partialité des juges, et en particulier celle de l’évêque.

 

Le 7 juillet 1456, dans la grande salle du palais archiépiscopal de Rouen, à l’endroit même où Jeanne d’Arc avait été condamnée en 1431, le tribunal ecclésiastique rend son verdict. Il estime que les douze articles de 1431 qui ont conduit à la condamnation « ont été extraits de façon corrompue, artificieuse, calomnieuse, frauduleuse et malicieuse du prétendu procès et des prétendues confessions de ladite défunte ». Ils sont immédiatement lacérés. Ensuite, le tribunal décrète que le procès et les sentences rendues en 1431 sont « entachés de dol, calomnie, iniquité, contradictions, contenant erreurs manifestes de droit et de fait ». En conséquence, ils sont cassés, effacés, annulés, vidés entièrement de force. Le tribunal ordonne enfin qu’une procession solennelle soit faite au cimetière de Saint-Ouen et sur la place du Vieux Marché où sera érigée « une noble croix pour perpétuer le souvenir » de Jeanne.

… Et le château

En 1469, le nouveau souverain Louis XI, qui a succédé à son père Charles VII, met fin au duché de Normandie. L’anneau ducal est solennellement brisé. Au traité de Picquigny, signé le 29 août 1475, entre Édouard IV et Louis XI, le roi d’Angleterre renonce moyennant finances à toute prétention sur le royaume de France.

Ainsi, le duché normand n’existe plus, la menace anglaise n’existe plus. Le château du Bouvreuil n’a plus aucune utilité. Il est relégué au rang d’un entrepôt qui sera fortement endommagé, en 1542, par un violent incendie qui ne fit aucune victime sauf un malheureux mulet, emporté par les flammes.

Puis, comme bien des citadelles médiévales, le château constitue pendant des décennies une riche carrière de belles pierres pour l’édification ou la restauration d’autres maisons et monuments. Progressivement, la forteresse se réduit. Les besoins de l’urbanisation accélèrent le démantèlement.

Aujourd’hui, il ne reste de l’imposant édifice que l’ancien donjon, appelé la tour Jeanne d’Arc, où La Pucelle ne fut pas emprisonnée mais où elle fut menacée de torture. Témoin immobile et muet de cette longue histoire, héroïque et tragique.

 

92 La duchesse de Bedford sera enterrée dans le cœur de l’église des Augustins de Paris qui servait

déjà de sépulture à la branche des ducs d’Orléans.

93 Ce nom vient des emblèmes des deux familles. La guerre se terminera par un mariage, entre

Henri VII de Tudor, rattaché à la maison de Lancastre, avec Élisabeth d’York, fille du roi Édouard

IV (voir page 57).

94 Jehan de Wavrin Anciennes Chroniques d’Angleterre, choix de chapitres publiés par la Société de

l’histoire de France, tome 1, Paris, 1858.

95 Voir interrogatoire du 1er mars 1431.

96 Pour les Anglais, John Talbot est le héros emblématique de la guerre de Cent Ans. Dans sa pièce,

Henry VI, Williams Shakespeare procède à une opposition radicale entre le vertueux Talbot et

Jeanne d’Arc dépeinte comme une garce.

97 Cité par P. Contamine : Jeanne d’Arc – Colloque CNRS.

98 Procès en nullité de la condamnation de Jeanne d’Arc, édité par la Société de l’histoire de

France, tome V page 39, 1988.

 

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Jeanne d’Arc (d’après un manuscrit du XVe siècle)

 

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ANNEXES

 

Lettre du vicaire général de l’inquisiteur

(Martin Billorin) à Monseigneur le duc de Bourgogne99

Tous les loyaux princes chrétiens et tous autres vrais catholique sont tenus d’extirper toutes les erreurs contre la foi et les scandales qui s’ensuivent pour le simple peuple chrétien… Il est voix et commune renommée que par une certaine femme nommée Jeanne que les adversaires de ce royaume appellent La Pucelle, et à l’occasion d’elle, en plusieurs cités, bonnes villes et autres lieux de ce royaume, plusieurs et diverses erreurs ont été semées, dogmatisées, publiées… et dont s’en sont suivis et s’en suivent plusieurs grandes offenses et scandales contre l’honneur divin et notre sainte foi, pour la perte des âmes de plusieurs simples chrétiens ; toutes choses qui ne peuvent ni ne doivent être dissimulées ni passer sans une bonne et convenable réparation.

Puisqu’il en est ainsi par la grâce de Dieu que ladite Jeanne soit présentement en votre pouvoir et sujétion ou en celle de vos nobles et loyaux vassaux, pour ces causes, nous vous supplions très puissant prince et nous prions vos nobles vassaux que ladite Jeanne nous soit envoyée sûrement et dans peu de temps et nous espérons que vous agirez ainsi comme de vrais protecteurs de la foi et défenseurs de l’honneur de Dieu et que nul n’y mettra empêchement ni délai. Usant des droits de notre saint office, de l’autorité à nous commise par le Saint-Siège de Rome, nous requérons instamment que le plus tôt que cela pourra se faire sûrement et convenablement, soit amenée prisonnière par devers nous, ladite Jeanne soupçonnée véhémentement de plusieurs crimes sentant hérésie pour procéder comme il sera de raison selon les bon conseils des bons docteurs et maîtres de l’université de Paris et des autres notables conseillers.

Donné à Paris sous le sceau de l’office de la Sainte Inquisition, l’an 1430, le 26 mai. Lettres de l’université de Paris

Lettre de notre mère l’université de Paris à l’illustrissime prince, monseigneur le duc de

Bourgogne (extraits)100

Bien qu’autrefois, nous avons écrit à votre

altesse que cette femme dite la Pucelle, étant, Dieu merci, en votre sujétion, fût mise aux mains de la justice d’Église pour lui faire un procès sur ces idolâtries et autres dommages touchant notre sainte foi… Nous n’avons eu aucune réponse. Nous craignons beaucoup que par la fausseté et séduction de l’Ennemi d’enfer et par la malice et subtilité de vos ennemis et adversaires qui mettent tout leur soin, comme l’on dit, à vouloir délivrer cette femme par des moyens de choix, elle ne soit mise hors de votre sujétion (ce que Dieu ne veuille permettre) ; car en vérité, il n’y eut de mémoire d’homme, sigrande offense à la sainte foi, si énorme péril, inconvénient et dommage pour la chose publique de ce royaume comme ce serait si cette femme échappait par telles voies damnables sans avoir fait une convenable réparation. Mais ce serait au grand préjudice de notre honneur et du nom très chrétien de la maison de France, dont vous et vos nobles parents avez été et êtes continuellement les loyaux protecteurs.

Pour ces causes, nous vous supplions très humblement qu’il plaise à votre Altesse, ainsi qu’autrefois nous l’en avons suppliée de mettre cette femme entre les mains de l’inquisiteur de la foi ou bien qu’il lui plaise de livrer ou de faire livrer cette femme à monseigneur l’évêque de Beauvais, en la juridiction spirituelle de qui elle a été appréhendée pour faire son procès en la foi, pour la gloire de Dieu ».

Lettre de notre mère l’université de Paris à noble et puissant homme, monseigneur Jean de

Luxembourg, chevalier101

Tous les bons chevaliers catholiques doivent employer leur force et puissance premièrement au service de Dieu et ensuite de la chose publique… De ce serment vous vous êtes bien souvenu quand vous vous êtes employé à appréhender cette femme qui se dit la Pucelle par laquellel’honneur de Dieu a été offensé sans mesure… Tous les loyaux chrétiens doivent grandement vous remercier d’avoir rendu si grand service à notre sainte foi et à tout ce royaume… Mais ce serait peu de chose d’avoir fait une telle prise… s’il advenait que cette femme fût délivrée ou nous échappât comme on dit que certains de nos adversaires veulent s’efforcer de faire et appliquent à cela toute leur intelligence, par toutes voies de choix et qui pis est, par argent et rançon…

Parce qu’en cette matière prendre délai est très périlleux et très préjudiciable à ce royaume, l’université supplie Jean de Luxembourg d’envoyer cette femme à l’inquisiteur de la foi pour discuter les grandes charges contre elle si bien que Dieu en puisse être content et le peuple édifié dûment en bonne et sainte doctrine ou bien à l’évêque de Beauvais qui l’a pareillement demandé, en la juridiction duquel elle a été appréhendée. Lesquels prélat et inquisiteur sont ses juges en matière de foi ; et tout chrétien, de quelqu’état qu’il soit, est tenu de leur obéir, sous les peines de droit qui sont grandes…

Sommation faite par l’évêque de Beauvais au duc de Bourgogne et Jean de Luxembourg et au bâtard de Vendonne de par le roi notre sire et de par lui comme évêque de Beauvais (14 juillet 1430)

Que cette femme que l’on nomme communément la Pucelle soit envoyée au roi pour être livrée à l’Église pour lui faire son procès, parce qu’elle est soupçonnée et diffamée d’avoir commis plusieurs crimes, comme sortilèges, idolâtries, invocations de démons et plusieurs autres cas touchant notre foi.

Et bien qu’elle ne doive point être tenue pour prise de guerre à ce qu’il semble… néanmoins pour la rémunération de ceux qui l’on prise et détenue, le roi veut libéralement leur donner jusqu’à la somme de 6 000 francs et pour le bâtard qui l’a prise lui donner une rente pour soutenir son état, jusqu’à 2 ou 300 livres…

Certes la prise de cette femme n’est en rien pareille à celle d’un roi, de prince ou autres personnes de grand état. Lorsqu’en effet une personne de tel état… est prise, le roi la pourrait avoir en donnant à celui qui les a capturé, dix mille francs selon les droits, usage et coutumes de France. Malgré ce, l’évêque somme les personnes susdites de livrer cette pucelle moyennant qu’il baille sureté de cette somme de dix mille francs en tout et pour tout.

Remis à monseigneur le duc de Bourgogne dans son armée établie devant Compiègne.

Lettre de l’université de Paris à l’évêque de Beauvais, le 21 novembre 1430. Assemblée générale au couvent des Mathurins

Nous nous étonnons particulièrement que l’affaire de cette femme que le vulgaire appelle la Pucelle soit retardée d’une si longue attente, enoffense à la foi et à la juridiction ecclésiastique… Et peut-être si dans la poursuite de cette affaire, votre paternité avait apporté une diligence plus vive, déjà la cause de cette femme se débattrait devant un tribunal ecclésiastique.

Par conséquent, afin qu’en cette affaire, l’autorité de l’Église ne souffre pas une plus grave blessure que le zèle de votre paternité daigne travailler avec la plus grande diligence à ce que ladite femme soit rapidement remise en votre pouvoir et en celui de monseigneur l’inquisiteur de la perversion hérétique.

Après quoi, veuillez tâcher de la faire conduire dans cette ville de Paris où le nombre des savants et des érudits est considérable afin que sa cause puisse être examinée plus diligemment et jugée plus sûrement pour la saine édification du peuple chrétien et l’honneur de Dieu… Lettre de l’université de Paris au roi de France et d’Angleterre – Assemblée générale du 21 novembre – Couvent des Mathurins

Parce qu’il nous appartient particulièrement selon notre profession, d’extirper de telles iniquités manifestes, surtout quand notre foi catholique est touchée en cela, nous ne pouvons sur le fait de cette femme dissimuler le long retard apporté à faire justice, ce qui doit déplaire à chaque bon chrétien et surtout à votre royale majesté à cause de la grande obligation que vous avez envers Dieu…

Nous prions très instamment votre haute excellence qu’il vous plaise d’ordonner que cette femme soit mise sous peu aux mains de la justice d’Église, c’est-à-dire de révérend père en Dieu, notre honoré seigneur l’évêque et comte de Beauvais et aussi de l’inquisiteur ordonné en France… Et il nous semble fort convenable, si c’était le plaisir de votre altesse que ladite femme soit amenée en cette cité [Paris] pour faire son procès de façon digne et sûre car les maîtres, docteurs et autres notables personnes étant en grand nombre, l’examen de cette femme aurait plus grand renom qu’en un autre lieu.

Lettres royaux au sujet de la livraison de ladite femme à nous évêque de Beauvais

Henri par la grâce de Dieu roi de France et d’Angleterre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront salut. Il est assez notoire et commun que depuis quelque temps, une femme qui se fait appeler La Pucelle, laissant l’habit et la vêture du sexe féminin, contre la loi divine, chose abominable à Dieu, réprouvée et défendue par toutes les lois, s’est vêtue, habillée et armée en état et habit d’homme. Elle a fait et exercé cruels faits d’homicide et, comme l’on dit, a donné à entendre au simple peuple, pour le séduire et l’abuser qu’elle était envoyée de par Dieu et avait connaissances de ses divins secrets, avec plusieurs autres dogmatisations très périlleuses et pour notre foi catholique très préjudiciables etscandaleuses. Poursuivant ses tromperies et exerçant hostilité à l’égard de nous et de notre peuple, elle a été prise armée devant Compiègne par quelques uns de nos loyaux sujets et depuis amenée prisonnière par devers nous. Et pour ce que superstitions, fausses dogmatisations ou autre crime de lèse-majesté divine, elle a été par plusieurs réputée suspecte, et notoirement diffamée, nous avons été requis très instamment par révérend père en Dieu, notre aimé et féal conseiller l’évêque de Beauvais, juge ecclésiastique et ordinaire de ladite Jeanne, pour ce qu’elle a été prise et appréhendée dans les bornes et limites de son diocèse, et pareillement exhortée par notre très chère et très aimée fille l’université de Paris à vouloir faire rendre, bailler et délivrer icelle Jeanne audit révérend père en Dieu, pour l’interroger et examiner sur lesdits cas et procéder outre contre elle selon les ordonnances et dispositions des droits divins et canoniques.

Nous donnons mandement à nos gens qui ont cette Jeanne en garde, qu’ils la baillent et livrent réellement et effectivement audit révérend père en Dieu sans refus ou contredit aucun aussi souvent qu’ils en seront requis.

Toutefois notre intention est de ravoir et de reprendre par devers nous ladite Jeanne, s’il arrivait qu’elle ne fût pas convaincue ni atteinte des cas touchant ou regardant notre foi. Le 3 janvier 1431 – signée “par le roi, au rapport de son grand conseil, Jean de Rinel” (il a épousé Guillemette Bidault, nièce de Pierre Cauchon. Il est notaire du grand conseil). Première lettre aux Anglais dictée le 2 mars 1429 et envoyée par Jeanne en avril 1429

Jésus Maria, Roi d’Angleterre, et vous, duc de Bedford qui vous dites régent du royaume de

France, vous Guillaume de la Poule (William Pole, comte de Suffolk 102 103 ), Jean, sire de Talbot ; et

vous Thomas, sire de Scales 104qui vous dites lieutenant dudit duc de Bedford, faites raison au Roi du ciel. Rendez à la Pucelle qui est ici envoyée de par Dieu, le roi du Ciel, les clefs de toutes les bonnes villes que vous avez prises et violées en France. Elle est ici venue de par Dieu pour proclamer le sang royal. Elle est toute prête de faire paix, si vous lui voulez faire raison, pourvu que France vous rendiez, et payez pour l’avoir tenue. Et entre vous, archers, compagnons de guerre, gentils et autres qui êtes devant la ville d’Orléans, allez-vous-en en votre pays de par Dieu. Et si ainsi ne le faites, attendez les nouvelles de la Pucelle qui vous ira voir brièvement, à vos bien grands dommages. Roi d’Angleterre, si ainsi ne le faites, je suis chefde guerre, et en quelque lieu que j’atteindrai vos gens de France, je les ferai en aller, qu’ils le veuillent ou ne le veuillent ; et s’ils ne veuillent obéir, je les ferai tous occire. Je suis envoyée de par Dieu le Roi du Ciel, corps pour corps, pour vous bouter hors de toute France. Et s’ils veulent obéir, je les prendrai à merci. Et n’ayez point autre opinion, car vous ne tiendrez point le royaume de France de Dieu, le Roi du Ciel, fils de sainte Marie ; mais le tiendra le roi Charles, vrai héritier ; car Dieu, le roi du Ciel le veut et cela lui est révélé par la Pucelle, et il entrera à Paris en bonne compagnie. Si vous ne voulez pas croire les nouvelles, de par Dieu et la Pucelle, en quelque lieu que vous trouverons nous frapperons dedans et ferons si grand hahay qu’il y a bien mille ans en France il n’en fut un si grand, si vous ne faites raison. Et croyez fermement que le roi du Ciel enverra plus de force à la Pucelle que vous ne lui en sauriez mener avec tous assauts à elle et à ses bonnes gens d’armes ; et aux horions on verra qui aura le meilleur droit de Dieu du Ciel. Vous, duc de Bedford, La Pucelle vous prie et vous requiert que vous ne fassiez plus détruire. Si vous lui faites raison, vous pourrez venir en sa compagnie, où les Français feront le plus beau fait qui oncques fut fait pour la chrétienté. Et faites réponse si vous voulez faire paix en la cité d’Orléans ; et si ainsi ne le faites, de vos bien grands dommages qu’il vous souvienne brièvement. Écrit ce mardi semaine sainte.

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