La descente de Pégase

James Lee Burke · Chapitre 23 sur 28

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La descente de Pégase

Chapitre 23

 

Je compris que la capacité de Whitey Bruxal pour la ruse et le mensonge ne devait pas être sous-estimée quand, vendredi matin, son avocat – une saloperie tirée à quatre épingles appelée Milton Vidrine – téléphona à Helen Soileau au poste de police. Milton avait réussi à se payer des études d’avocat en travaillant pour un service d’extermination d’insectes puis avait fort bien gagné sa vie en faisant la chasse aux ambulances à Baton Rouge. Mieux connu sous l’appellation de « Zone d’Ombre » Vidrine, il était expert dans l’art de se présenter aux urgences ou aux soins intensifs de l’hôpital afin d’y convaincre les victimes d’accidents de la route en état de semi-coma de signer un accord de règlement ou un formulaire de dégagement de responsabilité qui les laisseraient le plus souvent complètement démunies. Vidrine annonça qu’il souhaitait s’adresser simultanément à Helen et moi. Par coïncidence, je me trouvais justement dans le bureau d’Helen quand l’appel fut transféré. Elle mit son téléphone sur mode « mains libres », sans l’informer de ma présence.

— De quoi s’agit-il ? fit-elle.

— M. Bruxal souhaiterait que vous compreniez clairement une situation qui n’est pas de sa responsabilité et sur laquelle il n’a aucun contrôle, répondit Vidrine.

— Quelle situation ? dit Helen.

— J’aimerais que l’inspecteur Robicheaux soit présent.

— Je suis la responsable de cette administration. Voulez-vous me dire de quoi il s’agit ou préférez-vous me l’écrire ? répliqua Helen.

Il y eut un moment de silence.

— L’inspecteur Robicheaux est réputé pour être un homme impulsif et violent, reprit-il. Son passé d’alcoolique n’est un secret pour personne à Lafayette. Mais M. Bruxal tient à s’assurer que l’inspecteur Robicheaux n’aura à subir aucune conséquence fâcheuse. Je vous passe ce coup de fil plus par acquit de conscience que pour rester dans le cadre de la loi.

Helen tournait le dos à la luminosité de la fenêtre et je discernais à peine son visage mais je la vis rire sous cape devant l’absurdité d’un homme comme Milton Vidrine faisant référence à la notion de conscience.

— Je suis ici, monsieur Vidrine, dis-je en me penchant en avant. Merci pour votre évaluation de mon profil psychologique ainsi que pour avoir passé ce coup de fil.

Milton Vidrine se sentit peut-être désarmé une seconde ou deux en comprenant que j’avais entendu ses remarques mais il se reprit aussitôt.

— M. Bruxal a renvoyé son employé, Thomas Leo Raguza, et souhaite informer toutes les personnes concernées qu’il n’est aucunement responsable des actes de cet homme.

— Je ne sais pas comment interpréter vos propos, répliquai-je.

— Vous avez flanqué à M. Raguza une dérouillée monumentale, inspecteur Robicheaux. M. Bruxal n’a aucune idée des antécédents qui vous lient à M. Raguza et il ignore pourquoi ou comment il a pu vous provoquer. Mais M. Bruxal ne tient pas à employer une personne manifestant une telle hostilité à l’égard d’un membre des forces de l’ordre locales. Il craint néanmoins que M. Raguza ne représente maintenant une menace.

— Redites-moi cette dernière partie, fit Helen.

— Mon client pense que M. Raguza est un individu instable qui doit être considéré comme dangereux.

— Et c’est récemment que Bruxal a fait cette trouvaille ? intervins-je.

— Je vous fais passer l’information ainsi qu’elle m’a été présentée, répliqua-t-il.

— Eh bien, en voici une autre. Lefty Raguza et votre client ont participé au meurtre d’un de mes amis. Son nom était…

Avant que je puisse continuer, Helen s’appuya sur son bureau et se pencha vers le haut-parleur. Avec son pouce, elle appuya sur le bouton d’enregistrement.

— À partir de maintenant, cette conversation téléphonique sera enregistrée. Votre déclaration sur le danger posé par Thomas Raguza envers un membre des services du shérif de la paroisse d’Iberia a été notée. Je tiens aussi à vous informer que je considère cette information comme une façon déguisée de menacer un membre de mes services.

— C’est parfaitement ridicule, dit-il.

— Tous les individus en col blanc qui se retrouvent en cellule disent la même chose quand la grille se referme sur eux.

— Je vais contacter M. Marceaux, le procureur, pour le mettre au courant.

— Très bien. Vous vous méritez mutuellement. Et maintenant, je vous prierais de vous tenir à distance de mes services, fit-elle.

Helen coupa la communication et éteignit la fonction « mains libres ». En voyant mon large sourire, elle me décocha un regard noir et je baissai les paupières, examinant le bout de mes doigts.

— Je suis fatiguée de ces individus qui nous traitent comme leur paillasson. C’était toi ou Purcel qui disait que pour résoudre la plupart des problèmes du monde, il suffirait de déclarer trois jours de chasse ouverte aux humains ?

— C’était Ernest Hemingway.

— Va falloir que je me mettre à le lire un peu plus.

Elle prit place derrière son bureau et de son doigt recourbé effleura son front juste au-dessus du sourcil, tandis que la colère quittait peu à peu son visage.

— Qu’est-ce qu’ils mijotent, à ton avis ? reprit-elle.

— Ils se dissocient de Raguza tout en attirant mon attention sur lui.

Ses yeux se baladaient autour de la pièce et je crus qu’elle réfléchissait à mes propos. Mais je me trompais.

— On se les attrape de tous les côtés, dit-elle.

— Pardon ?

— Toutes les entreprises corrompues du pays finissent chez nous. Ils nous enculent et ils finissent par nous les faire aimer pour ça.

— Qui ça « ils » ?

— Tous ceux qui ont un gros carnet de chèques.

Elle expira bruyamment.

— Alors, quelle est la situation avec Cesaire Darbonne ?

— On lui prend ses empreintes digitales en ce moment même.

 

*

 

Il faut bien croire à quelque chose. C’est vrai pour tout le monde. Même les athées croient en leur non-croyance, sinon ils deviendraient fous. Le misanthrope croit en sa détestation du genre humain. Le joueur invétéré croit en sa prescience et y voit la preuve qu’il est aimé de Dieu. La personne qui passe un nombre incalculable d’heures à faire du lèche-vitrines malgré ses revenus limités et examine pièce par pièce les vêtements mis en vente dans les vide-greniers indique ce faisant qu’à ses yeux, nos biens terrestres ne seront jamais des cendres disséminées sur nos tombes. Je soupçonne l’ivrogne de croire que son autodestruction est la pénitence nécessaire pour se rendre acceptable aux yeux du Créateur. Les fidèles de saint François voient Dieu dans le visage des pauvres et des opprimés mais ne remarquent même pas qu’ils sont encerclés par des feux grégeois. Ce qu’ils ont en commun, c’est la fragilité de leur vision morale, mais c’est aussi ce qui fait d’eux des êtres humains.

Généralement au beau milieu de leur carrière, la plupart des flics et des journalistes prennent conscience d’une réalité terrible : ils sont en passe de devenir des individus aigris et cyniques, ceux-là même qu’ils considéraient comme de pitoyables aberrations ou anachronismes de leur profession. Mais lorsque les gens vous mentent au quotidien, que vous voyez des commissions d’urbanisme vendre des quartiers entiers aux marchands de pornographie et aux propriétaires de salons de massage, quand vous voyez les avocats les plus chers du pays travailler dur à défendre les assassins et les seigneurs de la drogue, quand vous enquêtez sur des dossiers de pédophilie tellement violents que vos convictions les plus profondes s’en trouvent bouleversées, vous vous voyez contraint de réexaminer votre propre vie et vos points de vue à l’aune de critères normalement réservés aux saints.

C’est à ce moment-là que vous réaffirmez ou non votre conviction en la justice et la protection des innocents. Mais au contraire des métaphysiciens, vous ne parvenez jamais à atteindre la foi par le syllogisme ou l’abstraction. Vous la retrouvez souvent en prenant fait et cause pour un individu, un innocent dont vous êtes convaincu qu’il mérite la protection de la loi et de la justice. Si vous parvenez à ce résultat, le reste semble d’une importance relative.

Je voulais croire en Cesaire Darbonne. Comme tant de producteurs de canne à sucre dans le sud de la Louisiane, il avait tout perdu à cause d’un traité commercial autorisant l’importation massive de sucre bon marché aux États-Unis. L’univers rural de langue française dans lequel il avait grandi, avec ses bayous sinueux et son infinité verdoyante de champs de canne à sucre ondulant sous la brise du golfe, avait fait place à un territoire urbanisé, quadrillé de parcelles trop nombreuses et de rues commerçantes. Toutefois, jamais il n’aurait pu envisager la plus grande tragédie dans sa vie.

Sa fille, à l’image de la mienne, semblait posséder l’innocence, l’amour et la bonté dont aurait pu rêver n’importe quel père. Personne, et je dis bien absolument personne, ne saurait comprendre la douleur, le sentiment de perte et la rage au cœur d’un père qui se réveille avec l’image de sa fille violée ou assassinée. Une image obsédante qui le hante tout le long de ses journées et le poursuit jusque dans son sommeil. Les sentiments qu’il nourrit à l’égard des bourreaux de son enfant sont d’une nature telle qu’il ne saurait les partager avec quiconque, à moins d’être lui-même un pervers pathologique.

À quatorze heures quinze, Mack Bertrand appela mon poste.

— Les empreintes correspondent, dit-il.

— Ne me dis pas ça.

— Les empreintes de Cesaire sont partout. Que veux-tu que j’y fasse ? Tu m’as bien dit que sa pioche manquait dans sa cabane à outils ? De toute évidence, c’est la sienne.

— Le pauvre gars n’avait certainement pas besoin de ça, dis-je. Écoute, Mack, il n’avait pas de mobile. Je suis convaincu qu’il ignorait que Bello avait violé sa fille.

— Comment peux-tu en être aussi sûr ?

— C’est moi qui le lui ai appris. Il en était abasourdi.

— Peut-être que ce n’était qu’une impression. Tu es un être plein de sollicitude, Dave. Valerie Lujan haïssait son mari. Ça ne l’aurait pas gênée de faire passer l’information à Cesaire.

— Non. M. Darbonne a eu l’air assommé par la nouvelle. Peut-être qu’il a tué Bello mais pas parce qu’il savait qu’il avait agressé sa fille.

— Bonne chance avec tout ça.

— Tout ça quoi ? demandai-je.

— Cette affaire. C’est comme si tu essayais de te sortir une toile d’araignée des cheveux, hein ?

 

*

Je mis Helen au courant du coup de fil de Mack puis passai le reste de mon après-midi à essayer de vérifier les alibis de Cesaire Darbonne. Un guichetier se rappela l’avoir vu à Winn-Dixie, ainsi que l’employé de la station-service près du pont mobile. Mais son alibi reposait essentiellement sur un fait précis : il affirmait avoir changé sa roue à l’entrée de la raffinerie et malheureusement aucun des gardes de sécurité ne se rappelait l’avoir vu. Il avait en outre un autre problème. L’élevage de chevaux de Bello Lujan était situé à moins d’un quart d’heure de chez lui. Cesaire aurait pu se rendre au Winn-Dixie, faire le plein d’essence, changer sa roue et avoir largement le temps d’assassiner Bello.

Je retournai au bureau juste avant dix-sept heures.

— Tu veux un mandat ? demanda Helen.

— Pas encore, répondis-je.

— J’ai l’impression que le profil de Cesaire se rapproche de plus en plus de celui de notre suspect, dit-elle.

— C’est trop flagrant. L’arme du crime est abandonnée à un mètre ou deux du corps avec les empreintes de Darbonne partout sur le manche. Pourtant Mack Bertrand pense que la dernière personne à avoir touché cette pioche portait des gants. Pourquoi Darbonne porterait-il des gants pour ensuite lâcher sa propre pioche sur la scène du crime avec ses empreintes dessus ?

— On revient à Whitey Bruxal ?

— Peut-être.

— Mais Bruxal ne pouvait faire porter le chapeau à Cesaire Darbonne à moins de savoir que celui-ci avait un mobile. En d’autres termes, il aurait dû être au courant que sa fille avait été agressée par Bello. Ce qui ne semble pas être le cas. Je crois que Bruxal ne fait pas partie du tableau en l’occurrence. Bwana dire quoi à ça ?

Elle m’avait eu.

 

*

 

Au moment où je m’apprêtais à quitter le bureau à la fin de la journée, je reçus un appel téléphonique de Koko Hebert.

— J’ai trouvé des particules sous les ongles de Bello, dit-il. Soit il avait eu droit à une partie de jambes en l’air de première classe avant de casser sa pipe, soit il s’est battu avec son agresseur.

— Koko, si vous ressentez encore le besoin de prouver à quel point vous êtes exécrable et grossier, je vous rassure tout de suite. Tout le monde dans le service a compris que vous ne faisiez pas semblant.

— Allez vous faire foutre. Sous réserve des résultats d’analyse au labo, je dirais que les lambeaux de peau proviennent d’une personne de couleur. Normalement, on ne peut pas déterminer l’origine ethnique en examinant les échantillons de tissu humain parce qu’ils sèchent rapidement et on ne peut plus les différencier de ceux de la victime. Mais Bello avait des fragments de peau sous deux ongles et on dirait bien qu’ils venaient d’une personne noire. Par contre le sexe de l’agresseur est une autre paire de manches. Faut qu’on envoie tout ça à un laboratoire de Floride pour le savoir. Comme Bello a fait leur fête à la moitié des Noires de cette paroisse, je ne suis pas certain que mes échantillons serviront à quelque chose. Démerdez-vous avec ça, Robicheaux, et rappelez-moi si vous avez besoin d’autres explications.

On ne tirait pas à vue sur Koko, à moins d’être prêt à recevoir une dose massive de shrapnels en retour.

 

*

 

Je rentrai chez moi et partageai un dîner léger avec Molly avant de repartir au crépuscule sur la route qui longeait le bayou en direction de Loreauville. Les prés étaient verts et parfumés, les bouquets de chênes le long du chemin palpitaient d’oiseaux. À l’écurie de Bello Lujan, le ruban délimitant la scène du crime tremblait et vacillait dans le vent. Je fis le tour de l’écurie et examinai l’endroit où Mack avait trouvé l’arme du crime puis observai l’étendue d’herbe que l’assassin avait parcourue pour parvenir à la clôture métallique. Qu’est-ce qui m’avait échappé ? Pas seulement ici, mais au cours de tous les interrogatoires ayant trait à Yvonne Darbonne et Monarch Little, Slim Bruxal et l’Homme Crustacé, Tony et Bello Lujan. La clé du mystère luisait à la périphérie de mon champ de vision, comme le fragment acéré d’un souvenir que vous emportez avec vous au sortir d’un rêve. Elle reposait au cœur d’une remarque anodine, dans une référence oblique à laquelle je n’avais pas prêté attention ou dans un petit indice à l’image d’un grain de sable sur une plage. Mais de quoi s’agissait-il ?

De l’autre côté de la clôture métallique, deux garçonnets et une fillette, tous noirs, jouaient avec un cerf-volant représentant le drapeau américain. La petite, qui n’avait pas plus de huit ou neuf ans, tenait la ficelle. Ils avaient fabriqué un fort en contreplaqué qu’ils avaient dressé à l’intérieur d’un bouquet de plaqueminiers, puis étalé une couverture sur laquelle ils avaient déversé le contenu d’un sac de courses : une boîte de crackers, une carafe en plastique remplie d’un liquide qui ressemblait à du Kool-Aid, trois barres chocolatées et du thon en boîte.

— Tout va bien, les gars ? demandai-je.

— On va camper dehors au moins jusqu’à la nuit, répondit l’un des garçonnets.

— Vous n’étiez pas ici tôt ce matin, hein ?

— Non, m’sieur, répondit le même.

— Il est drôlement bien votre fort, là, repris-je.

— Oui, m’sieur, dit-il à nouveau.

Son regard quitta mon visage et se porta vers le cerf-volant qui grimpait vers le ciel. L’autre petit garçon semblait aussi se concentrer un peu trop sur le cerf-volant. La fillette avait enroulé la ficelle autour de son poignet et s’amusait à tirer dessus par intermittence afin de le faire monter et descendre dans le couchant. Elle portait un jean retenu à la taille par un élastique et des tennis roses avec un chemisier blanc imprimé de petites fleurs. Elle me regarda de ses grands yeux marron, avec son visage rond à la peau sombre et brillante comme du chocolat, encadré de couettes. Son expression était l’image même de l’innocence.

— Vous n’êtes pas allés à l’intérieur du ruban jaune vers l’écurie, hein les enfants ?

Personne ne répondit.

— Comment tu t’appelles ? demandai-je à la petite.

— Chereen, dit-elle. Et vous ?

— Dave Robicheaux. Je suis officier de police. Est-ce que vous avez vu quelqu’un traverser le pré en courant, tôt ce matin ?

— On n’était pas là, répondit-elle.

— Mais peut-être plus tard, vous êtes venus voir ce qui se passait ?

Ils échangèrent un regard puis observèrent les oiseaux qui mouchetaient le ciel.

— Vous êtes sûrs que vous n’avez rien à me dire, les enfants ? repris-je.

— Vous voulez des crackers et du Kool-Aid ? fit-elle.

— Non, mais merci quand même. N’allez pas de l’autre côté de ce ruban jaune, d’accord ?

— Non, m’sieur. On va rester ici. De ce côté de la clôture.

Je les saluai d’un geste de la main et m’éloignai. Quand je leur jetai un dernier coup d’œil par-dessus mon épaule, l’un des garçonnets ouvrait la boîte de thon tandis que l’autre remplissait trois gobelets en plastique de Kool-Aid.

 

*

 

Je retournai à New Iberia et me rendis au chevet de Monarch Little à l’hôpital. Il était assis dans son lit et regardait un match des Chicago White Sox sur un poste de télévision scellé dans le mur, les draps tirés sur son torse incliné. Je m’installai sur le côté du lit et saisis ses bras pour examiner sa peau, depuis ses poignets jusqu’en haut de ses avant-bras.

— Qu’est-ce que vous faites ? demanda-t-il.

— Penche-toi, dis-je.

— Pour quoi faire ?

— Pour que tu ne finisses pas accusé de meurtre. Pour une fois dans ta vie, essaie de coopérer avec quelqu’un qui est de ton côté.

Il resta immobile pendant que j’examinais attentivement son visage, ses cheveux, sa gorge et sa nuque.

— Enlève ta chemise, ordonnai-je.

— M’sieur D…

— Obéis.

Il enleva le haut de son pyjama et tendit ses bras énormes puis me laissa examiner sa poitrine et son dos.

— Ça ira, fis-je.

— Qu’est-ce qui ira ?

— Tu n’as pas tué Bello Lujan.

— C’est une découverte pour vous ? J’ai jamais tué personne, moi.

— Pourquoi t’es-tu injecté toute cette héroïne dans le bras, Monarch ?

— J’en avais envie.

— T’as failli attraper le dernier train, camarade.

— Peut-être que ça aurait mieux valu.

— Et tous ces soldats en Irak ? Elles sont comment leurs journées, à ton avis ?

— J’ai essayé de m’y engager, dans l’armée. Mais elle a pas voulu de moi.

Ma remarque était un coup en dessous de la ceinture et je méritais sa réponse. Je m’assis sur la chaise auprès de son lit et y restai longtemps, sans rien dire. Il essaya de se concentrer sur le match de base-ball à la télé mais il était clair que ma présence et mon silence le mettaient de plus en plus mal à l’aise.

— Il vous manque un boulon, m’sieur D., finit-il par dire.

— Je veux que tu m’appelles dès que tu seras sorti d’ici, répondis-je.

— Pour quoi faire ?

— Ma femme aimerait que tu viennes dîner.

Un sourire en coin commença à se former sur sa bouche.

— Vous plaisan…, commença-t-il.

— Te moque pas, l’interrompis-je. C’est une ancienne religieuse catholique. Elle est capable de t’arracher les deux bras pour te flanquer une raclée.

Il fit tout un cirque, enfonçant son oreiller sur son visage, mais je pouvais l’entendre pouffer de rire dessous.

 

*

 

Cette nuit-là, le dernier bulletin météo annonça une nouvelle tempête qui se préparait au large des Caraïbes et atteindrait la violence d’un ouragan à son arrivée à Cuba. Je m’endormis sur le canapé à la lueur des éclairs d’un orage sec qui déchirait le haut des arbres et balayait les feuilles en rafales. Je rêvai de base-ball et de soirées d’été dans City Park pendant les années cinquante quand nous nous entraînions devant le vieux panneau en bois et grillage à poules placé à l’ombre de chênes festonnés de mousse espagnole. Dans le rêve, l’air était chargé d’une odeur de crabe bouilli et de graisse de barbecue qui s’enflammait sur du charbon de bois brûlant, et j’entendais au loin, près de la caserne de pompiers en brique rouge, un orchestre cajun jouer Jolie Blon.Le rêve semblait refléter une période d’innocence dans notre histoire, une vision idyllique dont je n’ai jamais pu me défaire. Mais en réalité, il y avait de nombreux aspects des années cinquante qui n’étaient pas si innocents que ça, et Monarch Little était là, dans mon rêve, pour me le rappeler. Ou du moins, c’est ainsi que je l’interprétai.

Il se tenait au point de départ du terrain de base-ball, une batte posée sur l’épaule, à une époque où les gens de couleur n’avaient pas le droit d’entrer dans le parc, et renvoyait des balles rasantes aux trois petits Noirs que j’avais vus jouer au cerf-volant près de la clôture de Bello Lujan. Sauf que dans le rêve, les gamins n’étaient absolument pas intéressés par Monarch et sa batte de base-ball ; ils demeuraient assis sur l’herbe rase, juste derrière la limite du terrain de jeu et mangeaient leur pique-nique. Un des enfants ouvrait une boîte de thon en conserve.

Je m’éveillai de mon rêve comme un homme brisant le panneau de verre qui le retenait prisonnier.

 

*

 

Le lendemain était un samedi. Je me levai à sept heures et m’habillai dans la cuisine pour ne pas réveiller Molly. Je remplis les gamelles de Snuggs et Tripod sur les marches du jardin, laissai un mot à Molly sur le tableau à messages, pris une demi-brique de jus d’orange au réfrigérateur puis descendis St. Peter Street jusqu’à Iberia General. Monarch était justement en train de signer ses papiers de sortie quand j’arrivai dans le hall d’entrée.

— Faut que je te parle, fis-je.

— J’ai commandé un taxi, répondit-il.

— Après notre discussion, je te conduirai où tu voudras. J’ai le pick-up dehors.

— J’ai pas encore mangé, dit-il.

— On est deux, alors.

— Je me dirigeai vers le McDonald’s d’East Main. Les vêtements que Monarch portait au moment où l’équipe médicale l’avait sorti de l’eau glaciale dans la maison à crack avaient été lavés et séchés à l’hôpital. Assis à mes côtés, vitres baissées, sous l’ombre des arbres qui filaient de part et d’autre, il avait l’air frais et dispos, étrangement en paix avec lui-même. Je me garai derrière la file de véhicules qui faisaient la queue au guichet des repas à emporter.

— Tu as déposé ton épée et ton bouclier ? demandai-je.

— Qu’est-ce que vous voulez dire par « épée et bouclier » ?

— Tu ne « vas plus étudier la guerre ». C’est les paroles d’un cantique. Le chanteur dit à celui qui l’écoute qu’il a démissionné du reste du troupeau, qu’il est parvenu à faire sa propre paix.

— C’que le FBI me fera, c’que vous me ferez vous, c’est du pareil au même pour moi. J’en ai marre de me battre avec tout ça. La dope, c’est fini ; les gangs, c’est fini et c’te vie-là, c’est fini aussi. Si je dois passer des années au trou, eh ben tant pis.

— C’est bien ce que je voulais dire.

— Pourquoi faut toujours qu’vous parliez en code ? dit-il.

Nous arrivâmes à hauteur du guichet électronique et je commandai des œufs, des saucisses, des petits pains et du café au lait pour deux.

— Ajoutez-y deuxfried pies, me glissa Monarch.

— Et deuxfried pies,dis-je au boîtier.

La commande arriva au deuxième guichet et je me garai sous le grand chêne face à l’entrée. Je n’arrivais pas à croire la quantité de nourriture que Monarch était capable d’enfourner en une bouchée.

— Qu’est-ce que v’voulez savoir ? demanda-t-il, en laissant couler de l’œuf brouillé sur son menton.

— Quand je t’ai interrogé sur la mort de Tony Lujan, tu as dit que tu avais prévu de le retrouver près du Boom Boom Room mais que tu avais changé d’avis.

— Exact.

— Pourquoi ?

— J’allais lui taper de la thune. Mais c’était pas une bonne idée. Alors j’y suis pas allé. Il a fini avec une balle dans la peau, mais rien à voir avec moi.

— Ouais, je sais tout ça. Mais pourquoi était-ce une mauvaise idée ?

— J’viens de vous l’dire. J’allais lui taper…

— Non, ce n’est pas l’explication que tu m’as donnée à l’origine. Tu as eu peur qu’il se passe quelque chose.

— Ouais, j’ai pensé : « Et si Tony appelle Slim Bruxal et qu’y font venir des potes avec des battes de base-ball ? »

— Pourquoi des battes de base-ball ?

— Pasqu’ils l’ont déjà fait. J’me suis renseigné. Y se sont bagarrés derrière un night-club de Lake Charles avec un ou deux soldats de Fort Polk. Y z’ont sorti des battes de base-ball de leur bagnole, y z’ont tabassé un soldat et pulvérisé toutes les vitres de sa voiture.

— Slim et Tony ont fait ça ?

— Eux et dix autres comme eux.

— Pourquoi ne m’as-tu rien dit de tout ça ?

— Pasque vous m’aviez pas demandé, répliqua-t-il en mordant dans son fried pie.

Je ramenai Monarch chez lui à Loreauville Road puis me rendis au poste de police. Dans la quiétude de cette matinée de week-end, je m’installai dans mon bureau, sortis mes notes, les clichés, tout le dossier concernant l’accident mortel avec délit de fuite de l’Homme Crustacé.

Juste avant midi, j’appelai Koko Hebert chez lui. Bizarrement, il répondit de façon presque normale et je me demandai si son personnage public n’était pas pour l’essentiel une pose.

— Est-ce que je pense que la blessure fatale aurait pu être provoquée par un coup de batte de base-ball ? dit-il.

— Ouais, répondis-je.

— Possible.

— Allons, Koko. J’ai besoin d’un mandat. Donnez-moi quelque chose que je puisse utiliser.

— L’os était pulvérisé et les dégâts infligés énormes. Toutes sortes d’emmerdes peuvent arriver quand quelqu’un a été percuté à grande vitesse au cours d’un accident avec délit de fuite que nous ne sommes pas à même de reconstituer. C’est comme si la personne était tombée dans une bétonnière.

— Je vous apporte les photos. La blessure a un aspect concave, d’origine latérale. L’indentation est uniforme sur tout le pourtour.

— Arrêtez de me décrire ce que je sais déjà. Ouais, une batte de base-ball aurait pu causer ça. Je vais venir faire un ajout au dossier, s’il vous le faut.

— Merci, camarade.

— Pour qui est-il, ce mandat ?

— Des gamins qui seraient heureux de nous réduire à l’état de savonnettes.

 

*

Je doutais de pouvoir obtenir un mandat avant lundi matin mais j’avais d’autres choses à faire ce week-end, d’autres éléments du rêve qui m’avaient poussé à m’asseoir subitement comme si un objet en cristal avait éclaté pendant mon sommeil.

Je partis en direction de Loreauville, traversai le pont mobile et passai devant un chantier naval spécialisé dans la construction de bateaux en acier destinés à l’entretien des plates-formes pétrolières. Je descendis une route bosselée à deux voies bordées de chênes de Louisiane et de palmiers nains et demandai à un vieil homme noir qui taillait un enchevêtrement de bougainvilliers sur le treillis d’entrée de son jardin s’il connaissait une petite fille du nom de Chereen. Derrière lui, la maison était en brique et bien entretenue. Une vedette arrimée à une remorque était garée sous l’abri jouxtant la maison.

— C’est le nom de ma petite-fille. Que voulez-vous savoir ? dit-il. J’ouvris mon insigne et le lui tendis par la vitre ouverte de mon pick-up.

— Je m’appelle Dave Robicheaux, des services de police d’Iberia. Je pense qu’elle pourrait détenir des informations utiles, dis-je.

L’homme était vêtu d’un vieux pantalon et de tennis mais sa chemise était impeccable et son dos droit. L’expression de méfiance dans ses yeux était sans ambiguïté.

— Elle a neuf ans. Quelles informations elle pourrait bien avoir ?

— C’est à propos de preuves qu’elle et deux autres enfants ont peut-être trouvées sur la scène d’un crime, expliquai-je.

— Vous voulez parler de la ferme Lujan ?

— J’ai besoin de m’entretenir avec votre petite-fille, monsieur.

— Et moi, j’ai peut-être besoin d’appeler mon avocat.

Je garai mon pick-up truck dans son allée et coupai le moteur. J’ouvris ma portière et descendis.

— Elle jouait avec ses amis dans un fort en contreplaqué tout près de la clôture arrière de Bello Lujan. M. Lujan a été assassiné. Où est votre petite-fille ?

— Elle sait rien sur aucun meurtre.

Je sentais la patience commencer à me faire défaut tandis que la colère, mon éternelle Némésis, envahissait ma poitrine comme une infection. Comme la plupart des Blancs du sud des États-Unis, je n’aimais pas payer pour ce que mes ancêtres avaient peut-être fait.

— L’homme qui a tué Bello Lujan est encore en liberté. Vous préférez qu’il se mette à rôder dans votre quartier ? Vous avez envie qu’il se mette à la recherche de votre petite-fille, monsieur ?

Il enfonça son sécateur dans la pelouse et essuya sa nuque avec un mouchoir plié.

— Suivez-moi. Ils sont dans le jardin, derrière la maison, dit-il.

Je le suivis le long du mur latéral. Les trois enfants que j’avais vus jouer au cerf-volant derrière la propriété de Bello étaient occupés à un jeu de croquet sous les arbres.

— Vous vous souvenez de moi, les enfants ? demandai-je.

Ils échangèrent un regard et Chereen leva les yeux vers son grand-père.

— Dis-lui ce qu’il veut savoir, fit ce dernier.

Je m’accroupis afin de me mettre au niveau des enfants.

— Au moment du pique-nique dans le château fort, vous avez ouvert une boîte de thon, pas vrai ? dis-je.

Les trois enfants hochèrent la tête à l’unisson sans me regarder. Je pointai le doigt en direction du petit garçon qui avait ouvert la boîte.

— Comment t’appelles-tu ? demandai-je.

— Freddy.

— De quoi tu t’es servi pour ouvrir la boîte de conserve, Freddy ?

— D’un ouvre-boîtes, répliqua-t-il.

— C’était un ouvre-boîtes un peu spécial ? dis-je en lui souriant.

— Peut-être un peu, admit-il.

— Où l’as-tu trouvé ?

— C’est moi qui l’ai trouvé, intervint Chereen sans laisser son ami répondre. Dans le pré, derrière l’étable.

— Et tu l’as toujours ?

— Il est dans notre château fort. Avec le crucifix et la chaîne cassée, dit-elle.

— Un crucifix et une chaîne ? Toutes ces choses et l’ouvre-boîtes étaient ensemble ? dis-je.

— Oui, m’sieur. C’était dans les mauvaises herbes. Tout près de la clôture, avoua Freddy.

— Je suis content que vous ayez trouvé et gardé ces choses, les enfants. Mais vous auriez dû me dire tout ça hier. Un homme a été tué et son tueur est toujours en liberté, peut-être prêt à faire du mal à quelqu’un d’autre. Quand je vous ai demandé si vous étiez passés de l’autre côté du ruban, vous m’avez dit que non. Et moi, il a fallu que je découvre tout ça tout seul. En ne disant rien sur ce que vous aviez trouvé, vous me racontiez un mensonge. Indirectement, vous avez aidé un homme très mauvais à rester impuni pour un crime terrible.

— Ça va, ils ont compris, intervint le grand-père.

En me relevant, j’entendis mes genoux craquer.

— Quel âge avez-vous, monsieur ? demandai-je.

— Soixante et un ans, répondit-il.

J’eus envie de lui demander quel était pour lui le prix de la fierté. Est-ce qu’elle valait de mettre en danger la vie d’autres innocents ? Je voulais lui demander s’il croyait pouvoir négocier avec les démons intérieurs d’un type capable de démolir son semblable à coups de pioche. Je voulais lui dire que je n’étais pas la cause de sa frustration et de son hostilité et qu’en tant que fils d’un couple cajun pauvre et illettré, je partageais le même passé que lui et n’avais rien fait pour mériter son irascibilité.

Toutes ces remarques cinglantes me traversèrent l’esprit mais je n’en exprimai aucune. Je choisis de lui serrer la main alors qu’il ne m’avait pas tendu la sienne et il me fixa d’un regard vide.

— Voulez-vous m’accompagner avec les enfants jusqu’au fort, monsieur ? proposai-je.

Du bout des doigts, il brossa quelques feuilles et débris tombés sur sa chemise.

— Une pause serait la bienvenue. J’ai des crèmes glacées dans mon frigo pour la route. J’apprécie votre travail, même si je le montre pas, dit-il.

 

*

 

Après m’être rendu au fort en compagnie des enfants et de leur grand-père, je repris la route et retournai au poste où je déposai la chaîne, le crucifix et le petit ouvre-boîtes P 38 de l’armée dans le local des pièces à conviction. Puis j’appelai Helen Soileau chez elle.

— L’assassin de Bello Lujan est un type des Caraïbes. C’est un pote de Lefty Raguza, dis-je.

— Comment le sais-tu ? demanda-t-elle.

— Des gosses qui jouaient dans la propriété de Bello Lujan on trouvé une chaîne, un crucifix et un ouvre-boîtes de GI à côté de la clôture de Bello. Il avait tout ça autour du cou le fameux soir de la bagarre avec Lefty à Lafayette.

— Tu es sûr ? demanda-t-elle.

— Aucune erreur possible. À mon avis, Bello lui a cassé sa chaîne et elle a glissé dans sa chemise. Elle n’est tombée à terre qu’au moment où il était déjà presque arrivé à la clôture.

— Ce n’est pas pour autant que le type en question était sur la scène du crime. Whitey Bruxal était l’associé de Bello Lujan. Il n’est pas impossible que son homme de main soit allé traîner dans l’écurie de Bello. Mais si on peut établir une corrélation entre la chaîne et ce qu’on a trouvé sous les ongles de Bello, on aura peut-être une piste. Essaye de retrouver l’homme de main en question et ramène-le au poste.

J’appelai Betsy Mossbacher sur son portable. Elle décrocha à la deuxième sonnerie.

— J’ai besoin de retrouver ce type des Caraïbes qui travaille pour Whitey Bruxal. Il a des cheveux qui ressemblent à une serpillière à tresses qui aurait trempé dans un seau de graisse. Vous voyez de qui il s’agit ?

— C’est un clandestin du nom de Juan Bolachi. Il a autant de cervelle qu’un coton-tige. Qu’est-ce que vous lui voulez ?

— Il a peut-être participé au meurtre de Bello Lujan.

— Nos services de surveillance indiquent qu’il a déjà quitté la ville. Bonne chance dans vos recherches. Il cure toutes les écuries entre Hialeah et Belmont Park et bosse dans un ou deux champs de courses du Sud-Ouest. Vous êtes sûr que c’est lui ?

Je rappelai Helen chez elle. Nous étions samedi et j’avais conscience que mon côté obsessionnel commençait à mettre sa patience à rude épreuve.

— Le gus des Caraïbes a déjà joué les filles de l’air, annonçai-je. J’ai son adresse à Lafayette. Peut-être qu’on pourrait établir une correspondance d’ADN en faisant des prélèvements sur des objets trouvés chez lui…

— Calme-toi, bwana.Tu t’emballes.

— Je vais y travailler ce week-end. Sur mon temps de repos.

— La preuve que tu viens de découvrir est un clou dans le cercueil. Mais on en a besoin de six autres. Maintenant, mets un peu la pédale douce.

Elle avait entièrement raison pour ce qui était des preuves à charge et il était inutile de discuter avec elle. Mais Helen croyait beaucoup plus que moi en la validité de la procédure légale. Si l’édifice que vous souhaitez voir démoli est déjà fissuré, pourquoi attendre que le temps et le délabrement fassent leur œuvre ? J’essayai une autre tactique avant qu’elle puisse raccrocher.

— Je crois savoir comment l’Homme Crustacé est mort. Dès lundi matin, je veux un mandat de perquisition pour les domiciles de Lujan et Bruxal ainsi que la résidence étudiante de Slim Bruxal.

Je l’entendis soupirer au bout du fil.

— Qu’est-ce que tu as trouvé ?

— Monarch Little dit que Slim, Tony et leurs copains ont utilisé des battes de base-ball dans une bagarre avec des soldats derrière un night-club. Je crois qu’ils s’en sont aussi servis sur l’Homme Crustacé. Koko va nous aider à obtenir le mandat.

— Pourquoi des étudiants iraient-ils délibérément assassiner un vagabond ?

— Pourquoi ont-ils forcé Yvonne Darbonne à participer à leur tournante alors qu’elle était ivre, défoncée et déjà traumatisée par un viol ? Parce que ce sont des sociopathes. Parce que leurs parents auraient dû utiliser des capotes, répliquai-je.

— Procure-toi les mandats, dit-elle.

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