La maison dorée
Chapitre 13
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La première chose que remarque Thea, quand Cornelia la pousse dans sa chambre, c’est qu’il n’y a pas de bain. Le feu n’est même pas allumé dans la cheminée, d’ailleurs. Les volets sont fermés. L’espace est presque entièrement plongé dans l’obscurité, éclairé par une unique chandelle de suif, sa flamme vacillant au gré des mouvements de leurs corps.
« Que se passe-t-il ? chuchote Thea. Qu’y a-t-il ? »
Cornelia ferme la porte et tourne la clé dans la serrure. Elle plonge la main dans la poche de son tablier. Thea songe un instant qu’elle a découvert la poupée de Walter et la petite demeure dorée, et elle est saisie de panique. Comment expliquera-t-elle son minuscule amant avec sa palette vierge, et la maison vide, à peine plus grande qu’un noyau de pêche ? Elle ne peut imaginer aucun faux-fuyant crédible.
« C’est arrivé pour vous, quand vous étiez au théâtre », dit Cornelia en lui tendant brusquement une mince enveloppe. Elle est trop plate pour contenir une miniature, Thea en est certaine. Elle se sent un peu plus calme, feint l’indifférence, et persiste à ne pas la prendre de la main de Cornelia.
« Encore un présent d’Eleonor Sarragon ? demande Cornelia d’un ton sec.
— Probablement. Où était-elle posée ?
— Sur le seuil de la porte. Encore une fois. C’est curieux que nous ne voyions jamais la personne qui vient les livrer, ne trouvez-vous pas ?
— Ce n’est qu’une lettre. Pourquoi s’agiter autant pour une simple lettre ? »
Cornelia se passe la main sur le visage. « Donne-la-moi, s’il te plaît, dit Thea aussi raisonnablement que possible. J’ai passé la soirée à échanger des courtoisies avec un homme ennuyeux qui ne m’intéresse pas pour satisfaire les caprices de ma tante. Je ne vais pas satisfaire les tiens en plus. »
Cornelia paraît estomaquée mais Thea saisit fermement l’enveloppe entre ses doigts et pousse sa vieille gouvernante vers la porte. « Tu t’inquiètes trop », lui dit-elle avant de déposer une bise sur sa joue, où la peau est chaude et moite.
« Je ne m’inquiète pas assez.
— Cornelia, je ne suis plus une petite fille », lance Thea avant de fermer la porte.
Enfin seule, elle allume deux autres chandelles de suif et examine l’enveloppe. Elle ne peut pas déterminer si l’écriture est la même que celle des deux miniatures car cette fois son nom est rédigé en lettres minuscules, et non en majuscules. Elle vient peut-être de Walter, encore avide après leur rencontre précipitée au Schouwburg, à l’entracte. Thea n’arrive toujours pas à croire à sa propre audace, d’avoir ainsi laissé sa tante et Jacob dans la loge pour aller caresser son amant et se laisser caresser en retour. Elle désire tant que la lettre vienne de lui et elle l’ouvre avec précipitation.
Thea Brandt, lit-elle.
Étrange que Walter s’adresse à elle par son nom de famille. Puis elle lit la deuxième phrase.
Je sais ce que vous faites avec Walter Riebeeck.
Thea scrute les mots et son estomac se noue.
Vous avez eu des rapports intimes avec lui, continue la lettre. Vous vous êtes offerte à lui de manière obscène. Et j’ai tout vu. Si vous ne suivez pas mes instructions, je raconterai à tout Amsterdam quelle putain vous êtes.
Elle a la bouche sèche.
Tout le monde saura ce que vous êtes. Vous ne réparerez jamais cela ; la honte retombera sur vous, vous en serez la seule responsable. Songez aux conséquences pour votre famille, mais cent florins achèteront mon silence. Déposez l’argent dans la Vieille Église, sous la troisième miséricorde à gauche de l’autel. Elle sera inspectée chaque jour, et si l’argent n’y est pas d’ici dimanche, la réputation des Brandt sera irrémédiablement entachée.
Il n’y a pas de signature, pas d’indice sur l’enveloppe. Thea agrippe le papier comme s’il s’agissait d’un démon et, la main légèrement tremblante, elle le pose sur le couvre-lit avant de s’accroupir sur le parquet. Elle attrape le pot de chambre vide, prise de haut-le-cœur, et se met à vomir. Ce n’est pas possible. C’est un cauchemar éveillé.
Thea demeure ainsi, trop stupéfaite pour pleurer. Aucun sanglot, rien que ces vomissements, comme si elle pouvait peut-être en sortir cent florins, se vider totalement et disparaître, son corps transformé en cette somme d’argent exigée pour la protéger.
Elle se roule en boule. Cent florins. Elle sait que son père et sa tante paient à Cornelia un salaire de soixante florins pour l’année entière et que Cornelia les trouve généreux. Mais cent florins à remettre du jour au lendemain ? Thea n’a jamais vu une somme pareille de toute sa vie. Elle ferme les yeux. Elle n’a jamais éprouvé une telle terreur.
*
À trois heures du matin, Thea est enfin certaine que toute la famille est endormie. Plus tôt, quand elle a réussi à se relever et à se mettre au lit, elle a entendu une dispute dans le salon, la voix de sa tante s’élevant et retombant, celle de son père aussi. Mais il était peu probable que Cornelia leur ait parlé de la lettre déposée à la maison car personne ne s’était rué dans sa chambre. Cornelia fait encore preuve de discrétion, au moins. Son père et sa tante se disputaient à propos d’autre chose, et pour une fois, Thea se contrefiche de savoir quoi. Elle a entendu la porte de sa tante se refermer, puis le bruit familier de son père déambulant au rez-de-chaussée, fermant les volets et apportant à sa famille une sécurité qui n’est soudain plus qu’une illusion aux yeux de Thea.
Elle a si froid qu’elle peut à peine bouger. Ses rotules sont blotties sous son menton comme deux soucoupes d’os, elle a la nuque endolorie d’être restée recroquevillée, les yeux vitreux dans la chambre qui s’assombrit. Elle songe à Cornelia, assise à côté d’elle au théâtre, le jour de son anniversaire. « Nous avons œuvré dur », lui avait-elle dit. « Nous ne vivons plus dans la crainte ni dans la honte. » Et la seule chose qui occupait l’esprit de Thea en cet instant, c’était de voir Walter.
Et c’est faux, ce qu’a dit Cornelia. La honte demeure chez eux un diablotin sombre, assis dans chaque recoin de la maison. Son père, gêné par la perte de son emploi. Cornelia, affolée par des lettres et des colis. Sa tante, cherchant désespérément à s’élever au-dessus de son passé, prête à l’enfermer dans un mariage sans amour si cela peut lui permettre de s’accrocher à une once de respectabilité. Et les fantômes de la honte sont présents, eux aussi. Un oncle exécuté par l’État, condamné pour ses crimes de sodomie. Une mère célibataire, morte en couches. Et à présent, une lettre dans laquelle son enfant est traitée de putain.
Rien, dans cette lettre, ne correspond à l’amour qui a fleuri entre Walter et elle. À la façon dont, dans son cœur, il s’élève vers le ciel. Elle reprend la lettre, la flaire pour y déceler une trace olfactive mais elle ne dégage rien d’autre qu’un parfum tenace et banal de papier pressé. Elle ne voit pas les mots dans l’obscurité mais elle les connaît déjà par cœur. Qu’est-ce qu’une putain, exactement ? se demande Thea en fermant les yeux. Qu’est-ce que cela signifie, et qui m’insulterait ainsi ? J’aime Walter Riebeeck et nous sommes promis l’un à l’autre.
Thea a une personne précise en tête, qui aurait pu écrire de tels propos, la seule à connaître leur relation. C’est trop douloureux à envisager – que Rebecca, son unique amie, puisse lui faire cela, puisse l’affubler de tels qualificatifs. Cela paraît impossible.
C’est une femme étrange et solitaire, a dit Walter. Mais Thea est certaine que cela ne vient pas de Rebecca. Même si elles se sont quittées en mauvais termes lors de leur dernière entrevue, Rebecca ne s’abaisserait pas à agir ainsi. Tout d’abord, l’actrice la plus accomplie du Schouwburg n’a pas besoin de cet argent. Plus d’une fois, Rebecca lui a parlé de ses investissements dans la VOC, de la maison qu’elle loue au bord du Leidsegracht qui lui coûte quatre cents florins par an. Rebecca ne ferait pas non plus quelque chose d’aussi cruel. Elle a déjà exprimé son aversion pour Walter, il est donc peu probable qu’elle entreprenne une chose pareille sans craindre que Thea ne la soupçonne.
Thea étend les jambes et s’allonge sur le dos, toujours habillée. Alors qui pourrait avoir besoin de cette somme ? Qui lui ferait cela ?
Sois logique, se dit-elle en s’efforçant d’être courageuse, tandis qu’elle glisse la lettre sous son oreiller. Bien que Thea n’apprécie pas de conserver un tel poison si près du siège de ses pensées, elle n’ose pas laisser cette correspondance à portée de main. La défense de son amour, pour cent florins : où va-t-elle pouvoir trouver pareille somme ? Car elle doit la trouver, afin de racheter sa honte. De la repousser au fond de l’eau. Et c’est le moment ou jamais, alors que la maison tout entière semble morte.
Elle se rassied et parvient à atteindre sa porte à pas de loup. Ses pieds sont glacés, nus afin de demeurer silencieux. Elle se poste dans le vestibule et se concentre sur les minutes à venir. Que pourrait-elle vendre, quels objets dont personne ne remarquerait la disparition ? Tant de leurs biens précieux ont déjà été vendus afin d’offrir des bougies en cire d’abeille, du bois de chauffage, de belles tranches de lard et des dîners à des prétendants indésirables. Tous les tableaux ont déjà disparu, à l’exception d’un seul, acheté par son oncle et sa mère. Ainsi que les plus luxueux tapis et l’argenterie délicate. Thea elle-même ne possède rien de valeur ; ses jupes et ses corsets, sa cape, ses bottines – tout est fabriqué dans de nobles matériaux mais elle ne peut les vendre, car dans quoi se dissimulerait alors la putain ?
Elle s’avance jusqu’au pied de l’échelle du grenier. Depuis sa plus tendre enfance, on lui a interdit d’y monter seule, au risque de tomber : mais personne ne peut l’en empêcher, en cet instant. Elle empoigne chaque côté de l’échelle et entreprend d’en gravir les barreaux. En haut, il fait plus froid que dans un tombeau et elle ne voit pas grand-chose. La lumière de la lune brille légèrement par une fenêtre sans volet au centre du pignon, projetant un éclat diaphane sur des boîtes volumineuses et des toiles de protection, lui permettant de se frayer un chemin sur le parquet poussiéreux.
Il doit bien y avoir quelque chose à vendre, quelque chose que personne n’a utilisé depuis des décennies. Elle circule dans cet espace, soulève les toiles pour révéler un fauteuil à trois pieds et une vieille table de jeux d’une époque meilleure. Une boîte contient des couvertures mitées. Personne ne les achètera, pas contre la somme dont elle a besoin. Dans un coin du grenier, son regard est attiré par un coffre calé sous une poutre. Elle s’en approche lentement, s’agenouille et caresse le bois ancien. On dirait une autre boîte à couvertures mais plus solide, plus renforcée. Dans la semi-obscurité, elle sent deux loquets de part et d’autre et elle les ouvre, grimaçant au grincement du métal contre le métal. Mais le couvercle se soulève avec une facilité déconcertante et un arôme agréable de cèdre s’élève jusqu’à ses narines. Elle se décale de sorte que le clair de lune l’assiste dans sa tâche et elle contemple le trésor.
Sur les copeaux de cèdre reposent des livres noués en plusieurs paquets. À qui appartiennent-ils ? Il n’y a pas de livres chez eux, étant donné leur prix élevé. Son père et sa tante préfèrent parcourir les lourds registres comptables de la maisonnée, et ils possèdent aussi la vieille bible familiale, bien sûr – mais ces ouvrages-là, dissimulés tout en haut de la maison, ont l’air bien différents. Thea soulève un paquet, dénoue le lien et ouvre le premier livre de la pile. Ce volume est épais et joliment relié. À l’intérieur, elle trouve des gravures de naufrages, et dessous un autre livre, de qualité semblable, puis un autre, et encore un autre.
Elle est tentée d’emporter la pile entière mais, bien que personne ne monte jamais au grenier, elle ne veut pas qu’on voie qu’elle a pioché dans cette surprenante réserve. Elle change de position, plonge les mains plus profondément dans les copeaux de cèdre. Ses doigts frôlent un petit crâne d’animal qu’elle lâche aussitôt. Elle y trouve aussi des plumes, des panaches longs qu’elle n’a jamais vus de toute sa vie sur aucun oiseau. Elle y repère des sortes de cosses, des graines pareilles à des joyaux entre ses doigts.
Soudain, Thea touche un matériau mou mais consistant. Un tissu quelconque, doux comme de la zibeline. À son grand étonnement, ses mains découvrent une paire de jambes, puis de bras, et son cœur bat à tout rompre tandis qu’elle extrait une femme miniature. Elle apporte la poupée jusqu’à la fenêtre et découvre, dans le clair de lune, des yeux gris, un cou élégant, un col démodé. Une expression de retenue et une bouche affirmée, familière.
Son souffle se bloque dans ses poumons. Elle sait de qui il s’agit : c’est sa mère. Elle caresse les jupes de Marin. Ses manches, ses mains fines. Elle tient cette personne dans la paume de sa main. Qu’il est étrange de rencontrer enfin sa mère, quand elle ne peut parler et que Thea ne peut pas prendre le risque de s’exprimer au-delà d’un chuchotement, toutes deux enfermées dans une catégorie différente de silence. Thea contemple la poupée, constatant la qualité des détails, la finesse, le potentiel vibrant dans chacun de ses membres, des particularités communes à la poupée de Walter. Se pourrait-il qu’elles aient été fabriquées par la même personne, et si oui, comment ? Que fait donc une miniature de sa mère dans le grenier, et qui l’y a rangée ? Et pourquoi personne ne lui en a jamais révélé l’existence ?
La poupée continue à toiser sa fille vivante d’un regard aveugle, muette et secrète malgré la promesse d’une bouche si affirmée. Le cœur battant, la poupée de Marin toujours en main, elle retourne au coffre et continue d’y fourrager jusqu’à ce que sa main tâte une autre figurine cachée dans le cèdre. Elle l’apporte jusqu’à la fenêtre et sait aussitôt qu’elle tient son père. Le voilà dans son costume noir, et son regard est reconnaissable entre tous. « Papa ? » murmure-t-elle, sans pouvoir s’empêcher de saluer cette étrange similitude. Mais son père est profondément endormi à l’étage inférieur, sous ses pieds. Cette figurine n’est qu’un double déconcertant. Thea les tient ensemble au clair de lune : ses parents, posés sur ses doigts. Elle leur demande secrètement de lui fournir des réponses. Alors qu’elle les contemple dans leur union si vulnérable, Thea constate une fois encore combien elle ignore tout de leur histoire, combien elle sera à jamais verrouillée derrière le silence et l’inexorabilité de la mort. Elle a beau essayer, elle ne goûtera jamais à cet amour qui les avait unis. Ces poupées, si jolies et délicates soient-elles, ne lui diront rien.
L’espace d’un instant, elle envisage de les emporter dans sa chambre. Elles pourraient rejoindre Walter et la minuscule maison dorée, un trésor où le passé rencontrerait l’avenir, rétréci à une taille raisonnable sous son lit. Quelque chose l’en empêche pourtant. Ces miniatures ont leur place ici, seules, ensemble. Il ne lui appartient pas de les emporter. À qui elles appartiennent, Thea l’ignore, mais elle ne peut pas les déplacer. Elle ne doit pas en prendre possession. Si son père, un être de chair et de sang, refuse de lui parler du passé, de ses affaires privées, alors comment peut-elle en attendre davantage d’une poupée ?
Et en toute honnêteté, elles sont un peu inquiétantes. Se trouver face au visage maternel, après tant d’années : Thea ignore quels sentiments éprouver. Elle pensait être ravie, ressentir une certaine proximité. Mais il lui suffit peut-être de savoir que sa reproduction miniature se trouve ici, préservée au milieu des copeaux de cèdre, existant sous cette forme impénétrable, tandis que ses os retournent à la poussière sous le sol de la Vieille Église.
« Je reviendrai te voir », murmure-t-elle à l’oreille de sa mère – l’oreille de Marin, si réaliste soit-elle, n’entend rien. Ses yeux ne voient rien. Thea repose son père et sa mère parmi les copeaux, les recouvre, son cœur empli d’une étrange tristesse. Elle s’accroche une seconde encore à sa mère et, alors qu’elle retire la main, elle frôle ce qui lui semble être un rouleau.
Elle l’attrape, pensant qu’il s’agit d’une peinture roulée. Tout le monde sait combien les Amstellodamois aiment les peintures, qu’elles soient encadrées ou non. Voilà le genre d’objet qui peut être vendu, pense-t-elle. L’obscurité froide du grenier devient trop accablante et la découverte des poupées l’a troublée, si bien que sans réfléchir davantage, elle sort le rouleau, referme le couvercle et replace les loquets. Une vague soudaine de détermination déferle dans tout son corps. Lentement, silencieusement, le rouleau toujours dans sa main, Thea s’éloigne de ses parents miniatures, traverse sur la pointe des pieds la pièce où des taches argentées de lune se dessinent en filigrane. Elle adresse un dernier regard au coffre avant de descendre l’échelle et de s’éloigner du monde des morts.
Dans sa chambre, elle allume les restes de bougies et déroule ce qu’elle vient de trouver, mais elle est surprise qu’il ne s’agisse pas d’un paysage raffiné de moulin ou de ferme, ni d’une de ces scènes typiques de taverne rustique qu’elle voit si souvent en se rendant au marché. C’est une carte détaillée d’Afrique. Quelqu’un l’a annotée : Climat ? Nourriture ? Dieu ?
Thea ne reconnaît pas l’écriture. Elle ne reconnaît pas non plus le nom sous la côte occidentale du continent où flottent les questions, un lieu baptisé Dahomey. Mais c’est une carte délicate, elle le voit même à la lueur vacillante des bougies. Elle a été dessinée avec soin, une grande attention a été portée à la topographie des terres et du littoral. Son excitation grandit : elle en tirera un bon prix, malgré les trois questions inscrites à l’encre. Ces questions pourraient même la rendre plus précieuse. Elle pourrait broder une histoire autour. « Nous sommes une famille d’aventuriers », s’imagine-t-elle raconter aux cartographes de Raamstraat.
Thea roule la carte et la glisse derrière son lit, au cas où Cornelia entrerait le lendemain matin. Son sommeil jusqu’à l’aube est court et agité. Elle rêve que sa mère lui tend la main depuis le coffre du grenier, sa paume mince et cireuse se dépliant pour lui offrir un bouquet grouillant d’araignées. Les araignées dégringolent, leurs pattes noires dressées vers le plafond se liquéfient et se muent en lignes noires qui dessinent une carte, forment des montagnes et des lacs que Thea ne reconnaît pas, un nouveau monde hostile.
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