La maison dorée

Jessie Burton · Chapitre 31 sur 40

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La maison dorée

Chapitre 28

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« Nous devons en parler à Otto, décrète Cornelia.

— Certainement pas », rétorque Nella. Elle est revenue en hâte au Herengracht pour y trouver Cornelia seule, torturée par l’angoisse, et elle n’a eu d’autre choix que de s’asseoir à la table de la cuisine pour tout lui raconter. « Cornelia, l’existence de Walter Riebeeck est le secret de Thea, c’est à elle de le révéler. Je m’y oppose.

— Mais la milice doit être mise au courant !

— Rebecca Bosman affirme que son épouse et lui sont partis ! Nous ne devons pas nous lancer à ses trousses. Nous devons faire confiance à Thea. Et imaginez si l’affaire est dévoilée au grand jour. Notre Thea, prise dans les filets d’un misérable couple de maîtres chanteurs ? Nous ne pouvons pas lui faire ça. Je m’y refuse. Songez aux dégâts que cela infligerait à sa réputation, encore plus que la rupture de ses fiançailles avec Jacob. »

Cornelia blêmit. « Remontrez-moi ces lettres.

— Cela ne fera que vous bouleverser davantage. »

Cornelia semble désespérée. « L’actrice pourrait mentir.

— Pourquoi le ferait-elle ? Elle ne ment pas, Cornelia. Vous n’étiez pas là. » Nella soupire, pose la tête sur la table et pousse les lettres sur le bois. « Non. J’ai le regret de vous assurer que Walter Riebeeck est bien réel.

— Mais Otto…

— Cornelia. » Nella relève la tête. « Comment croyez-vous qu’il va réagir à la nouvelle d’un amant ? Et d’un amant marié, par-dessus le marché ? Ce dénommé Riebeeck est parti, n’impliquons pas Otto dans cette histoire. Thea risquerait de ne plus jamais vous adresser la parole.

— Si on la retrouve un jour. » Cornelia s’assied lourdement. « Nous ne sommes pas plus avancés que ce matin.

— Non.

— Aucun enfant n’est en sécurité, constate Cornelia d’un ton triste. Dès l’instant de sa naissance. »

Nous étouffons Thea depuis trop longtemps, songe Nella. En nous montrant trop protecteurs, en ne lui enseignant pas les aléas du monde – ou en faisant trop de suppositions sur son avenir. Je me serais enfuie, moi aussi. J’aurais pris mon envol par-delà les toits de la ville. J’aurais peut-être trouvé un Walter rien qu’à moi, j’aurais déversé mes fantasmes sur son corps indigne.

Et d’un autre côté, voyez ce qu’il advient lorsqu’on s’enfuit. On laisse derrière soi une telle désolation.

Comment a-t-elle réussi ? se demande Nella. Comment avons-nous pu ne rien voir ? Elle est stupéfaite de se rendre compte que Thea a peut-être fait l’expérience de choses qu’elle-même aurait voulu connaître avec Johannes, là où il l’avait si fermement et douloureusement rejetée. Une question qui la trouble depuis ce temps : que ressent-on entre les bras d’un homme qui vous désire ?

Elle songe à Thea, assise dans la loge de Jacob au théâtre, annonçant que les palmiers peints du Schouwburg vivaient dans son cœur, qu’ils avaient plus de sens à ses yeux que n’importe quel arbre véritable. Thea, éclatante au bal des Sarragon, indifférente aux critiques à peine voilées des autres filles. Elle rayonnait d’une sorte d’assurance qui ne naît peut-être que lorsqu’on se sent aimé, et Nella ne pouvait pas le comprendre.

Mais le plus terrible, c’est que Thea se trompait. Elle était heureuse car elle avait offert son cœur et pensait l’offrande partagée. Puis tout avait dérapé.

Nella pourrait tuer ce Walter Riebeeck, quoi qu’elle prêche à Cornelia. Elle pourrait déchiqueter ses fichus décors de palmiers.

« Êtes-vous en colère contre elle ? » demande Cornelia en interrompant le fil de ses pensées.

Elle soupire. « Je suis en colère contre lui.

— Je le sais bien. Mais contre Thea ? »

Nella réfléchit à la question. « Il serait facile de dire que je suis en colère. Dans de nombreux quartiers de cette ville, ce qu’a fait Thea serait jugé impardonnable – faire fi de la vertu au nom de l’amour ? Mais ces quartiers n’ont jamais tenu notre famille en grande estime. » Nella passe une fois encore en revue la scène du matin à la Vieille Église : l’impérieuse Mme van Loos, prompte à rendre son verdict, sa bourse désormais plus pleine ; son fils Jacob, le lâche ; les femmes Sarragon, flairant l’occasion de briser une étrangère à leur cercle. Sa colère refait surface, elle coule dans ses veines. La famille van Loos et les Sarragon ne connaissent pas toute la vérité, mais si c’était le cas… Il est si aisé d’accorder de la valeur à la vertu, c’est utile à bien des égards. Mais pas à n’importe quel prix. Il est impossible que tous les jeunes gens de la ville atteignent leurs dix-huit ans sans s’être compromis ici ou là. Simplement, personne n’en parle.

« Non, répond-elle. Je ne suis pas en colère contre elle. Je veux juste qu’elle rentre à la maison. »

Nella envisage brièvement de parler à Cornelia du contrat de mariage, des vingt mille florins, des mensualités promises, du legs de la maison à la mort d’Otto. Doivent-ils toujours donner la maison à Jacob, à présent ? Impossible, puisque le mariage n’a pas eu lieu. Et pourtant : il est déjà terrible qu’ils se soient endettés de vingt mille florins. Ce serait un soulagement de pouvoir se confier mais Cornelia ne serait pas en mesure de résoudre ce problème, et cela risquerait de la déstabiliser davantage. Pourquoi lui annoncer aujourd’hui que le foyer où elle a vécu depuis son enfance s’est changé en eau, qu’il leur coule entre les doigts ?

Il semble scandaleux que des gens déjà si riches puissent avoir le droit de conserver une pareille somme. Mais j’étais si désespérée, songe Nella. Je voulais tant que Thea se marie. Je voulais cette sécurité. Et Otto voulait ce que Thea voulait. Et Thea ne savait même pas de quoi il s’agissait.

On frappe à la porte et les femmes sursautent. Cornelia se précipite dans l’escalier, Nella sur ses talons. Elles ouvrent la porte pour découvrir Caspar Witsen sur le seuil. Il semble fatigué. « Je suis allé partout, dit-il. Je ne l’ai pas trouvée.

— Entrez, offre Nella.

— Je ne peux pas.

— Vous devriez manger quelque chose. Boire quelque chose, dit Cornelia.

— S’il vous plaît », insiste Nella.

Caspar se laisse guider. Il semble livrer un combat intérieur, il fait les cent pas devant elles, se passe les doigts dans sa tignasse. « Thea m’a écrit, dit-il. Elle m’a interrogé sur les fleurs. »

Nella et Cornelia échangent un regard. « Elle vous a écrit ?

— C’était après l’annonce de son ondertrouw. J’ai d’abord pensé qu’elle m’écrivait au sujet de son mariage, mais elle me demandait comment préparer des décoctions soi-même. Elle se disait très reconnaissante pour celles que j’avais apportées, et très intéressée aussi.

— Des décoctions ? » Pendant un instant, l’esprit de Nella est assailli d’images de poisons, de belladone et de ciguë, de centranthe en trop grande quantité. « Et… lui avez-vous répondu ? »

Le visage de Caspar s’affaisse. « J’étais si occupé. Je n’ai pas eu le temps. » Il plonge la main dans sa poche et leur tend la lettre.

J’ai l’impression de reconstituer ma nièce à travers des morceaux de papier, songe Nella en lisant la lettre. Une nouvelle Thea, une Thea dont j’ignorais tout de l’existence.

C’est son écriture, sans le moindre doute. Les décoctions se sont avérées si bénéfiques pour nous tous, mais je suis certaine que le procédé de fabrication doit être compliqué, écrit-elle à Witsen. Comme il doit être agréable d’observer une graine pousser à partir de rien. De se tenir au milieu d’un verger et de voir s’épanouir le dur labeur d’un cultivateur.

Elle est datée de la semaine précédente. Nella lui rend la lettre. « Il faut que vous la gardiez. Elle est à vous. »

Visiblement ébranlé, il reprend la lettre. « Madame, je ferais n’importe quoi pour vous rendre ces moments plus faciles.

— Vous avez déjà fait beaucoup, Monsieur Witsen. Nous vous sommes si reconnaissants. Vous l’avez tant aidée quand elle était malade.

— Si vous avez besoin de quoi que ce soit, Otto connaît mon adresse.

— Nous n’hésiterons pas à faire appel à vous », dit Nella d’un ton apaisant, la main posée sur le bras de Witsen. Il la dévisage, comme sur le point d’ajouter quelque chose, mais il se ravise.

« Nous vous écrirons dès que nous saurons où elle se trouve », dit-elle. Elles le regardent partir. Nulle décoction, pense Nella, ne peut ramener une fille volatilisée.

*

À vingt-deux heures ce soir-là, trente hommes de la milice de Saint-George et quelques autres, dont plusieurs domestiques des maisons voisines de la Courbe d’Or, sont encore à la recherche de Thea. Sa disparition a été officiellement déclarée.

Quand Otto arrive enfin, il est accompagné d’un officier et Nella fait entrer les deux hommes. Cornelia, dans la cuisine, réchauffe une tourte au poulet, afin de redonner des forces à Otto.

« Seigneur Kobell, Madame », se présente l’officier.

Il est jeune, pense Nella – mais, à dire vrai, tant de gens semblent plus jeunes qu’elle, ces derniers temps. « Nous avons cherché des heures durant, continue Kobell. Et nous avons été méticuleux. Mes hommes ont besoin de repos.

— Mais je vous ai payés, intervient Otto.

— Laissez-les dormir un moment, Seigneur Brandt, dit Kobell. Ils seront frais et dispos et passeront la journée de demain à chercher de nouveau.

— Mais d’ici demain, nous ne la retrouverons plus. »

Kobell se passe la main sur le côté du visage comme pour en chasser l’hébétude. « Nous la retrouverons. » Il hésite. « Vous devez vous préparer à de longues recherches. Tant qu’elle ne souhaitera pas être retrouvée, notre tâche sera des plus difficiles.

— Comment savez-vous qu’elle ne veut pas être retrouvée ? » demande Nella, se souvenant des propos de Caspar à la Vieille Église le matin même, une conversation qui lui semble avoir eu lieu des semaines plus tôt.

Kobell fronce les sourcils. « Si elle souhaitait être retrouvée, alors pourquoi se serait-elle enfuie ? »

Nella soupire intérieurement devant la médiocrité de l’analyse. Il est vraiment jeune, et Caspar a raison. Une personne qui s’enfuit nourrit toujours une étincelle d’espoir, celui que quelqu’un vienne la secourir d’elle-même. Nella connaît bien ce sentiment. Elle s’accroche à l’idée que sa nièce ne veuille pas rester cachée éternellement. Thea veut qu’ils la retrouvent.

Nella remarque l’épuisement d’Otto et elle repense à Walter Riebeeck : la malveillance de ses lettres, la révélation d’un cœur brisé. Elle éprouve un pincement de culpabilité à l’idée que même en cet instant, en ces circonstances terribles, ils créent de nouveaux secrets qu’ils dissimulent à l’autre. Croit-il vraiment que Thea puisse être avec la miniaturiste ? Si elle n’est pas avec Riebeeck, alors peut-être est-ce le cas ?

Nella se demande si Otto a parlé de la miniaturiste à Kobell. Non, il n’aurait pas fait une chose pareille car il n’a quasiment aucune preuve et préfère être pris au sérieux. La miniaturiste doit rester leur propre préoccupation familiale. Elle se sent épuisée jusqu’à la moelle, plus qu’elle ne l’a jamais été de toute sa vie.

« Assez », déclare Otto, interrompant le cours de ses pensées. « Les heures qui viennent sont cruciales. Nous ne pouvons pas renoncer. »

Mais Cornelia monte l’escalier de la cuisine, sa tourte au poulet en offrande. Elle dégage un parfum délicieux, si chaud et accueillant, en décalage avec la peur qui les habite tous. Kobell tourne la tête.

« Il faut en prendre une part, Seigneur Kobell », dit Nella. Tout comme Cornelia, elle conçoit l’importance de la nourriture en cet instant, même si Otto en est incapable.

« La nuit est tombée, insiste Otto. Il fait nuit et nous ne l’avons pas encore retrouvée. C’est ma fille. C’est ma vie. Personne dans toute la ville n’a offert la moindre miette d’information !

— Et les écuries ? Les docks ? » demande Nella. Elle regarde Cornelia, les yeux dans le vague mais une flamme brûlant encore dans ses iris. Cornelia a toujours été habituée à dormir moins qu’eux.

« Nous y sommes allés. Nous avons reçu des rapports des docks », explique Kobell en regardant une feuille de papier sortie de sa poche. « Ce matin, cinquante navires devaient prendre la mer. Parmi ceux que nous avons interceptés avant qu’ils ne dépassent Texel, pas un seul capitaine ou commissaire de bord n’a fait état d’une fille ou d’un garçon de la corpulence de Thea, de son âge ou de son apparence qui aurait demandé à monter sur le pont.

— Parmi ceux que vous avez interceptés », répète Nella. Kobell confirme ses propos d’un haussement d’épaules désolé. « À quelle heure était la marée du matin ?

— Juste après sept heures.

— Elle a donc largement eu le temps de prendre la mer si elle était vraiment désespérée.

— Thea ne prendrait pas la mer, décrète Cornelia en servant la tourte sur des assiettes. Elle n’a jamais mis les pieds à bord d’un bateau. Elle est encore en ville. Je le sens.

— Pas nécessairement, rétorque Nella. Et les écuries ?

— Rien non plus là-bas, répond Kobell.

— Avez-vous cherché dans les couvents ? demande Cornelia.

— Les couvents affirment qu’elle n’est pas chez eux.

— Ils pourraient la protéger.

— Seigneur Jésus ! s’exclame Otto. Un couvent ?

— Thea n’irait pas voir les nonnes, dit Nella. Et même si c’était le cas, elle ne pourrait pas y rester éternellement. »

Kobell décline la part de tourte et ouvre la porte. Cornelia demeure interdite, l’assiette offerte entre les mains. « Reposez-vous, dit-il. Je vous assure, Seigneur, Mesdames : la garde de nuit est dehors, à sa recherche, et je reviendrai d’ici quelques heures. »

Avant qu’Otto ait eu le temps de protester, il leur adresse un bref salut de la tête et disparaît dans l’obscurité. Ils demeurent seuls, tous les trois.

« Il a raison, affirme Nella. Il faut que nous dormions. Nous ne sommes d’aucune utilité, dans cet état. Thea doit dormir en ce moment, elle aussi. »

Mais où Thea dort-elle, et avec qui, sont des questions qu’aucun d’eux n’ose formuler. Otto refuse de monter se coucher. Il est impossible pour lui d’imaginer dormir alors qu’il n’a aucune idée de ce qu’il est advenu de sa fille. Nella le comprend : il veut monter la garde dans le vestibule, au moins quelques heures. Droit sur sa chaise, un coussin derrière la tête, la tourte qui refroidit à côté de lui.

*

Seule dans sa chambre, Nella est étendue sur son lit, tout habillée, les yeux grands ouverts. La milice de Saint-George, si douloureux que soit le souvenir de son implication dans l’arrestation de Johannes, semble vraiment avoir œuvré avec méticulosité. Cornelia se trompe : Thea n’est plus en ville. Mais il semble tout aussi improbable qu’elle ait pris la mer. Nella ferme les yeux, son esprit sautant d’une image à l’autre. Le lit vide de Thea. Cornelia, découvrant la maison miniature, le visage empreint de terreur. Jacob à l’église, le sourire de Caspar mourant sur ses lèvres ; Rebecca, une actrice sans rôle, levant le voile sur le cœur de Thea.

Nella se tourne sur le flanc et contemple l’aloès de Caspar qu’elle a placé près de son lit, tend la main vers la base de la feuille qu’il a sectionnée pour lui préparer une tisane calmante. Comme il doit être agréable d’observer une graine pousser à partir de rien. Elle se demande pourquoi Thea a laissé la maison miniature dans ses draps entremêlés : est-ce un oubli, ou une volonté d’avouer à sa famille qu’elle connaissait, elle aussi, la miniaturiste ? Nella referme les yeux. Que Thea soit seule ou en compagnie de la miniaturiste, peu importe, elle veut retrouver sa nièce.

Elle éprouve une douleur sourde dans les côtes en songeant qu’elle est peut-être à l’origine, elle et pas Walter Riebeeck, de la fuite de Thea. Toutes ces disputes. Toutes les fois où elle a dit à sa nièce qu’elle ne comprenait pas le monde. Toutes ces journées à pousser Thea vers Jacob, à lui faire entendre ses sempiternelles récriminations au sujet de l’argent, des sacrifices qu’elle a faits. Elle imagine Thea dans le grenier, la poupée de sa mère entre les mains, abreuvant de questions la figurine qui reste muette.

Marin, qui détestait elle aussi le carcan de cette demeure, l’aimait à égale mesure. Elle en avait été si fière. Le jour de son arrivée, dix-huit ans plus tôt, avant même la naissance de Thea, Marin lui avait demandé : Votre majestueuse maison ancestrale d’Assendelft est-elle chaude et sèche ?

Elle peut être humide, lui avait répondu Nella.

Mais voyez-vous, Marin, songe-t-elle, c’est cette maison-ci qui pourrait nous échapper, s’écrouler dans les eaux troubles du canal de Heren. Et votre fille s’en est libérée, bien avant moi.

Elle porte la main à sa poche et sent le bébé miniature qui frotte contre la minuscule maison dorée. Reviens-moi, murmure-t-elle – pas à l’intention de la miniaturiste, cette fois, mais à la personne qu’elle chérit entre toutes.

M’entends-tu, Thea ? chuchote-t-elle. Reviens.

*

C’est juste avant l’aube que Nella comprend ce qui s’est passé. Elle se redresse sur son lit, raide. L’idée est soudain si évidente qu’elle est stupéfaite de ne pas y avoir pensé plus tôt. Dans le tourbillon de la panique après la disparition de Thea, la miniaturiste, le calvaire de la Vieille Église, les révélations sur Walter et l’arrogance de la milice, la solution la plus évidente leur avait échappé. Il a fallu à Nella ces heures de solitude, son esprit enroulé en spirale tel un coquillage. Il a fallu Caspar Witsen et la lettre de Thea, et cette petite maison dorée pour qu’elle parvienne enfin à ouvrir les yeux.

Nella se lève, le cœur au bord des lèvres. Elle sent en elle une fin et un commencement, deux histoires se reliant pour former un cercle infini. Elle sait où se trouve Thea, et elle doit aller l’y chercher seule. Elle ne prendra pas une barge – pas comme elle l’a fait, dix-huit ans plus tôt. Elle louera un cheval dans une écurie. Oui, un cheval ; car même si la situation risque de virer au cauchemar, Nella n’a jamais oublié comment chevauche une fille de la campagne.

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