Les vivants et les morts

Anna de Noailles · Chapitre 33 sur 50

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Les vivants et les morts

La Langueur des Voyages

Le matinal plaisir du soleil dans l’herbage, Dessinant des ruisseaux d’intangible cristal; Les cieux d’été, plus chauds qu’un sensuel visage Opprimé de désir, altéré d’idéal; Le hameau romantique au creux d’un roc stérile; Des jardins de dattiers, épais ainsi qu’un toit; L’arrivée, au matin, dans d’étrangères villes, Où, soudain, l’on se sent libéré comme une île Que bat de tout côté un flot distrait et coi; Le bitumeux parfum d’une rade en Hollande, Le bruit de forge en feu des vaisseaux roux et noirs Que la noble denrée exotique achalande; Enfin, surtout, l’odeur et la couleur des soirs, Ont, pour le voyageur que le désir oppresse Et que guide un mystique et rêveur désespoir, L’insistante langueur qui prélude aux caresses…