L'odeur du café
Chapitre 13 · La vie
Le coq
Borno est passé devant la galerie et a salué Da d’un signe de tête. Il va sûrement à un combat de coqs chez Germain. Le ciel est d’un bleu net et dur. L’air doux de la fin d’après-midi. Borno tient le coq sous son bras, la tête complètement enveloppée dans une vieille chaussette. Le coq ne doit pas savoir où il va. Je vois le bec pointu qui a percé la chaussette. Il n’arrête pas de tourner la tête.
— C’est un coq de qualité, Da, je l’ai acheté en République dominicaine…
— C’est vrai, ils ont de bons coqs là-bas…
— Qu’est-ce qu’il a ? Il est malade, Da ?
Personne ne m’adresse jamais la parole directement.
— Depuis trois semaines, il fait de la fièvre.
— Da, il faut traiter le p’tit gars comme un coq. Le seul remède c’est l’alcool. Un peu d’amidon qu’on mélange avec du tafia, puis vous lui badigeonnez tout le corps avec cette mixture.
— Merci, Borno. Je le ferai la prochaine fois.
— J’ai du tafia avec moi, Da.
— Je ferai ça demain… Timise lui a déjà fait un massage, récemment.
— Il n’y a que le tafia pour les coqs comme pour les garçons. Il faut élever ce garçon comme un coq de combat. Ne le garde pas dans tes jupes, Da.
Borno se tourne vers moi et je vois ses yeux rougis par le manque de sommeil et l’alcool.
— Je parie que tu ne t’es jamais battu ?
Je le regarde sans dire un mot.
— Il m’a l’air quand même malin, ton p’tit gars, Da.
Da me regarde et sourit. J’aime ce sourire de Da. Je me penche pour regarder une fourmi en train de transporter un minuscule morceau de pain. Je la touche presque avec mon œil gauche.
— Tu ne veux pas une tasse de café ? demande Da en remplissant déjà la tasse bleue.
Borno fait deux pas vers la galerie, prend la tasse et siffle le café en deux longues et puissantes gorgées.
— Merci, Da. Un bon café… Maintenant, faut que je file.
Borno sort la bouteille de tafia de sa poche arrière droite, prend une longue gorgée, en boit un peu et rejette le reste avec violence sur la tête du coq.
— Crois-moi, dit-il en s’en allant, t’as un p’tit gars, il faut le traiter comme un p’tit coq. Ne le garde pas au chaud, sous ton ventre, Da.
Je regarde longtemps le dos de Borno qui prend la direction de la Croix du Jubilée. La tête du coq est enveloppée dans une chaussette. Au moment où Borno allait tourner à droite vers la maison de jeu de Germain, la voiture noire de Devieux débouche sans klaxonner. Borno l’esquive de justesse.
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