L'odeur du café

Dany Laferrière · Chapitre 31 sur 35

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L'odeur du café

Chapitre 35 · La fenêtre

 

 

La clé

 

La première fois que le notaire Loné enjamba la fenêtre, ce fut tout simplement parce qu’il avait oublié sa clé. Il éprouva, étonnamment, un très vif plaisir. Il ne le refit pas, malgré tout, ce jour-là.

Deux jours plus tard, le notaire Loné, en revenant de sa promenade quotidienne, tenta de refaire le coup de la fenêtre. Malheureusement, c’était un samedi et il y avait un monde fou dans la rue.

Durant la semaine suivante, le notaire Loné prit l’habitude de ne plus passer par la porte pour rentrer chez lui.

Ce n’est qu’après un mois de ce régime que quelqu’un rapporta ce comportement bizarre à Zette qui en parla à Da. Le lendemain, la ville entière était au courant.

Dans l’après-midi du jeudi du milieu du mois de septembre, les gens se sont rassemblés près de la maison du notaire Loné pour l’attendre. Il revenait de jouer aux échecs chez Passilus. Le notaire marchait calmement vers sa maison. Il grimpa les marches qui mènent à sa galerie et se dirigea, spontanément, vers la fenêtre. Il s’arrêta à mi-chemin. Pour la première fois, il pensa revenir à sa vieille méthode de passer tout simplement par la porte. Le notaire hésita longuement, puis prit la fatale décision d’aller vers la fenêtre. Au moment de l’enjamber, il se retourna. Il n’y avait personne dans la rue. Les gens s’étaient cachés partout : derrière les arbres, dans les maisons, sur les toits, dans les hautes herbes. On n’entendit pas un bruit.

Le notaire Loné de la rue Desvignes, assez lestement, franchit la fenêtre. Une fois de trop.

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