L'odeur du café

Dany Laferrière · Chapitre 18 sur 35

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L'odeur du café

Chapitre 21 · Les théorèmes

 

 

Théorème I

 

Saint-Vil Mayard, le coiffeur de la rue Lamarre, était en train de couper les cheveux de Willy Bony, l’ami de Augereau, quand il énonça son premier théorème : « Tout corps plongé dans l’eau en ressort mouillé. »

Le notaire Loné, qui attendait son tour, s’est levé pour saluer l’effort.

— Ah, là, Saint-Vil, tu nous as tous eus. Il n’y a rien à redire.

 

Théorème II

 

Une semaine plus tard.

Le notaire Loné était, cette fois-ci, seul dans le salon de coiffure de Saint-Vil Mayard. Passilus faisait semblant de lire un journal sur la galerie, en attendant son tour. Malgré tout ce qu’il dira plus tard, Passilus n’avait rien entendu.

Saint-Vil Mayard, visiblement stimulé par son premier succès, déclara sur un ton péremptoire : « Tout corps plongé dans l’eau, s’il ne remonte pas après deux heures, doit être considéré comme perdu. »

— Pourquoi « deux heures » ?

— Parce que…

— Pourquoi pas un délai plus raisonnable ?

— … c’est deux heures.

— Il me semble…

— On ne discute pas un théorème, Loné.

 

Théorème III

 

Le jour suivant pourtant.

Saint-Vil Mayard a voulu rapidement rectifier le second théorème afin d’éviter un trop grand nombre d’interprétations erronées.

Il affirme, cette fois définitivement : « Tout corps plongé dans l’eau en présence d’un requin, s’il ne remonte pas après deux heures, doit être considéré comme perdu. »

Enfin, l’unanimité s’est faite autour de la question. C’est Augereau, l’ami de Willy Bony, qui prend la parole :

— Écoutez, dit Augereau, il est fort possible que Saint-Vil Mayard soit l’Archimède de Petit-Goâve, mais je doute qu’Archimède puisse être vu, un jour, comme étant le Saint-Vil Mayard d’Athènes.

Après un moment de silence accordé à l’assistance pour digérer la réflexion, le notaire Loné réclame le dernier mot.

— C’est juste, Augereau, mais admettez avec moi que la comparaison est quand même flatteuse.

Le groupe applaudit Saint-Vil Mayard, comme un seul homme, pour l’originalité et l’audace de ses réflexions.

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