L'odeur du café

Dany Laferrière · Chapitre 25 sur 35

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L'odeur du café

Chapitre 28 · La tristesse

 

 

La tristesse

 

Le mauvais chemin

 

La mère de Sylphise est arrivée à l’improviste de Miragoâne et a surpris Rico sur sa galerie en train de parler avec Sylphise. Elle cachait son visage en sueur sous un grand chapeau de paille. Personne ne la vue venir, pas même Frantz parti en éclaireur sur sa bicyclette. Elle a sûrement longé le bord de mer depuis la Petite Guinée. Frantz pensait qu’elle passerait derrière l’église.

 

Le voyou

 

La mère de Sylphise traverse la galerie sans regarder personne. Au moment de franchir la porte, elle se retourne pour découvrir Sylphise.

— Qu’est-ce que tu fais là ?

— Rien, maman.

— Tu n’as pas de leçons ?

— C’est vendredi, maman.

— Je le sais que c’est vendredi, et ne me réponds pas comme ça quand je te parle…

— Je viens d’arriver, maman.

— Ah, c’est maintenant que tu arrives… Je n’ai qu’à tourner le dos pour que tu rentres à n’importe quelle heure !

— Mais maman, je répétais avec la chorale…

— La chorale. Toujours la chorale.

— Je vous l’avais dit hier…

— Et qu’est-ce que tu fais avec ce voyou ?

— Je ne fais rien, maman.

— Tu sais que je n’aime pas te voir traîner avec tous les voyous de la ville.

— Mais maman…

— Il n’y a pas de « mais maman »… Va m’attendre à l’intérieur…

Elle se tourne finalement vers Rico.

— Quant à toi, descends de ma galerie… Je ne veux plus te voir ici… Tu m’entends, ne remets plus les pieds chez moi, petit voyou…

Rico a descendu très lentement les marches du petit escalier de la galerie. Tête baissée. La mère de Sylphise a attendu qu’il arrive au milieu de la rue pour rentrer. À peine la porte refermée qu’on entend un terrible cri de Sylphise.

— Non maman… Non maman… On ne faisait rien…

— Menteuse.

 

Soleil noir

 

Rico est venu nous trouver. On a marché jusqu’à la mer. Frantz est entré dans l’eau avec sa bicyclette. S’il ne la nettoie pas avec de la vaseline, le sel de la mer détruira ses rayons. On a reconduit Rico jusque chez lui, en longeant le rivage. Aucune brise. La mer ne bougeait pas. Rico n’a pas dit un mot. Frantz a essayé de le faire rire en aboyant comme s’il était le chien de mer. Le soleil était déjà couché. On ne voyait rien devant nous.

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