Myrina Holmes : version intégrale

Anna Triss · Chapitre 43 sur 132

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Myrina Holmes : version intégrale

Chapitre 40 : Succomber à la tentation

 

« Le seul moyen de se délivrer de la tentation, c’est d’y céder. »

Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Grey

 

Myrina

Je pénètre dans le nouveau bureau du Fédérateur Pécheur, aussi spacieux et fastueux qu’un cabinet présidentiel. Je remarque d’abord un canapé d’angle en cuir placé devant une monumentale cheminée en pierre où rougeoient quelques braises, mais c’est la vue de la ville tentaculaire derrière la grande baie vitrée qui accapare ensuite mon attention.

Sous les deux lunes d’Infernum, d’innombrables lumières s’agglutinent le long des colonnes élancées des gratte-ciel de Neethoraa, tels des témoins dorés de la vie démoniaque grouillant derrière les façades grises et noires. L’antique Palais des Magistraux juché sur sa colline rocheuse domine fièrement toute la vallée et la capitale effervescente des Enragelés.

Je pourrais passer des heures à contempler cette vue, mais je ne me suis pas déplacée ici pour me pâmer devant le paysage nocturne.

Je ne suis pas sûre de moi à 100 % sur ce coup. Je me demande même si je ne suis pas en train de commettre une erreur. Oh, j’en crève d’envie, c’est une certitude… mais une petite part de moi reste toujours méfiante envers lui. J’ignore si je parviendrai à oublier ma réserve et à me laisser complètement aller. Je dirais que, quelque part, je me teste autant que je le teste lui.

Kelen se téléporte derrière moi.

Sa présence échauffe le sceau sous ma robe comme si un tison invisible venait de se presser sur ma cuisse.

Les bras autour de moi, je ne me retourne pas. Si je m’aventure à me baigner dans la noirceur d’or de ses yeux, je perdrai toute maîtrise. Mon pauvre cœur palpite déjà à un rythme démentiel.

Ses paumes épousent l’arrondi de mes épaules nues. Mes muscles se contractent et frémissent sous son toucher léger.

— Tu m’as manqué.

Ces mots insufflés au creux de mon oreille sont à la fois caresse, confession, promesse, intimité. Mon esprit nage dans la brume saturée d’électricité sensuelle qui flotte autour de nous et mon corps est plus sensible que jamais.

— Nous nous sommes vus il y a quatre heures.

Ses lèvres effleurent mon lobe lorsqu’il susurre :

— Ces quatre heures auraient pu être quatre siècles. J’ai cru que tu ne viendrais pas.

Moi aussi, je l’ai cru.

Il se met à picorer ma nuque de baisers évanescents tandis que ses mains courent de haut en bas sur mes bras, hérissant les fins poils qui constellent ma peau. J’ai la sensation que des lianes de chaleur veloutée s’enroulent autour de moi sans m’étouffer. Je ferme les yeux et inspire profondément.

— Comment dois-je t’appeler, à présent ? Monsieur le Fédérateur ? m’enquiers-je avec une pointe de cynisme.

Je pensais que ça me ferait bizarre de le tutoyer et de l’entendre me tutoyer, mais il s’avère que non. C’est… naturel.

— Appelle-moi juste Kel, Myrina. Par contre, ne compte pas sur moi pour prononcer le diminutif de ton prénom, je le trouve ridicule, fait-il remarquer, son souffle chatouillant mon cou.

— En fait, je préfère t’appeler « connard ». Ça te va mieux.

En guise de douce punition, il me mord brusquement l’oreille. Rouvrant les paupières, je jure en lui expulsant un coup de coude revanchard dans le ventre. Peine perdue, ses abdos sont si fermes qu’il ne sent rien. Un rire amusé et insouciant lui échappe.

Je suis fan de son rire rauque. Je voudrais pouvoir l’enfermer dans une petite boîte à musique afin de m’abreuver de cette mélodie chaque fois que j’aurai un coup de blues.

— Veux-tu que je te retire la marque ce soir, mon petit chat ? 

La question à un million de Fourches…

— Je ne sais pas encore. Nous sommes en période d’essai pour un CDI, n’est-ce pas ?

Kelen sourit contre ma peau sans répondre à ma question.

Puis il entreprend de retirer la plume et les épingles qui retiennent mes cheveux en continuant à m’embrasser la nuque, la gorge, l’épaule. Je fonds un peu plus à chacun de ses baisers. Tous ses gestes exsudent un érotisme fou. La douceur languide dont il fait preuve est presque déconcertante ; il fait sciemment durer l’attente.

— Il y a un autre avantage à ce sceau, souligne-t-il avec une certaine désinvolture en rangeant les épingles dans sa poche de pantalon au fur et à mesure qu’il m’en déleste.

— Lequel ?

— Il décuplera ton orgasme et le mien.

— Hum. Encore faudrait-il en avoir un à l’origine, noté-je au moment où ma longue crinière, libérée de mon chignon, se déroule dans mon dos.

Ses doigts passent sous les bretelles de ma robe, se baladent paresseusement sur l’extrémité de mes clavicules. Ma respiration devient sommaire. Nom de Dieu, mes pointes de seins sont aussi dures que des rochers et dans mon tanga, ce sont les chutes du Niagara.

— Tu n’en auras pas juste un, Myrina, réplique-t-il dans un murmure enroué en descendant très lentement la fermeture Éclair de ma robe.

— Vantard, marmonné-je pendant que l’ongle de son index dévale la courbe de ma colonne vertébrale jusqu’à mon coccyx.

L’arrière de ma robe totalement ouvert, j’esquisse trois pas en avant pour me soustraire à ses mains.

Je pivote vers lui en restant à distance. Un demi-sourire enjôleur aux lèvres, Kel ancre son regard brillant et gourmand dans le mien. Ses iris ont adopté une teinte d’un rouge profond.

Sans le quitter des yeux, je baisse mes bretelles le long des bras et fais doucement glisser la robe en satin le long de mon corps jusqu’à ce qu’elle tombe autour de mes pieds.

***

Kelen

Ma Vertueuse Pécheresse se tient devant moi, magnifiée par le clair-obscur, seulement vêtue d’un tanga en dentelle noire. Elle ne porte pas de soutien-gorge. Ses yeux devenus vairons luisent comme une paire de pierres précieuses : un rubis et un diamant. Ses mèches chocolat et lait cascadent sur ses épaules, ses seins gonflés s’abaissent et se soulèvent à un rythme irrégulier, ses longues jambes fuselées sont serrées l’une contre l’autre. J’attarde mon regard sur le grain de beauté près de son aréole, puis plus longuement encore sur mon sceau en haut de sa cuisse. Je me régale de chaque détail de cette vision alléchante. Ma queue affamée d’elle est de plus en plus douloureuse dans mon pantalon. J’ai bien fait de ne pas enfiler de boxer.

Cette nuit, elle sera à moi. Enfin.

— Tu es une œuvre d’art à part entière, Myrina Holmes.

— Une autre dans ta collection, commente-t-elle tout bas avec une ombre d’amertume.

Ses paroles me prennent brièvement au dépourvu. Comment peut-elle suggérer une telle chose ?

— Tu sais bien que non, mon petit chat. On ne compare pas un tableau de maître aux croquis préparatoires qui l’ont précédé.

Elle me décoche son regard sombre et inquisiteur de Traqueuse, comme pour évaluer ma sincérité. Malgré la puissance de notre lien, elle nourrit encore des doutes sur mes intentions à son égard.

Elle n’en aura plus aucun une fois que je serai profondément enfoui en elle.

N’y tenant plus, je me décide à la rejoindre, mais elle me devance.

Presque nue, elle marche vers moi d’un pas décidé, crochète ma nuque pour faire ployer ma tête vers la sienne et s’empare fougueusement de ma bouche.

Sa langue s’immisce entre mes lèvres ouvertes, joue violemment avec la mienne, m’enflamme comme un feu de forêt. Je tente d’agripper sa masse de cheveux, mais elle écarte mes bras d’un geste brutal et déboutonne ma veste de costume à toute vitesse en m’arrachant deux boutons dans la précipitation. Tout en mordillant et en léchant mes lèvres comme une panthère qui aurait une faim de tous les diables, elle tire sur ma veste, la fait descendre le long de mes bras et la balance à terre, tout ça en moins de cinq secondes. Je grogne dans sa bouche, le souffle de plus en plus court, les reins en feu. Putain, elle est déjà déchaînée, je sens que les préliminaires ne vont pas durer longtemps.

Myrina tâtonne au niveau de mon col et desserre davantage le nœud de ma cravate. Elle se décolle de mes lèvres en haletant pour la faire passer par-dessus ma tête et l’enfiler autour de la sienne. Alors qu’elle s’attaque aux boutons de ma chemise sans perdre de temps, je souris devant la vue ultra bandante de ma cravate qui pend entre ses seins plantureux. Mais elle me laisse à peine le temps de me rincer l’œil : elle reprend ma bouche dans un baiser passionné en ouvrant ma chemise, qu’elle déchire à moitié avec ses griffes. Bon Dieu, elle est bouillante comme la lave du Vésave. J’adore ça, mais il est inconcevable que je reste une seconde de plus sur la touche dans notre course à l’orgasme pharaonique. Remue-toi, Wills ! Reprends le contrôle de la situation, ta réputation d’incube torride et bestial est en jeu !

Sans attendre qu’elle me dépouille de ma chemise et sans cesser de l’embrasser goulûment, je l’empoigne par les cuisses et la soulève promptement du sol. Ses jambes fermes se resserrent en tenaille autour de mes hanches, ses mains se cramponnent à mes épaules crispées, sa poitrine souple s’écrase contre mon torse déjà moite de sueur. Les pointes dressées de ses seins me brûlent la peau et son entrejambe se moule contre la mienne. Son parfum sucré de femme et ses phéromones musquées de succube me pénètrent. J’attrape les rondeurs exquises de son cul pour frotter d’autorité sa chatte humide contre ma queue raide. Myrina se cabre contre moi en roulant des hanches, gémit plaintivement dans ma bouche, et ça m’excite à mort.

Si je m’écoutais, j’ouvrirais ma braguette et je la baiserais tout de suite, debout, encore habillé, en la portant en équilibre contre moi. Je peux tenir la cadence dans n’importe quelle position et je suis convaincu qu’il en est de même pour elle. Mais pour notre première fois, je ne veux pas sauter intégralement l’étape des préliminaires, indissociables de la montée en puissance du désir et du plaisir.

Je nous téléporte juste devant la baie vitrée et la plaque sans ménagement contre la surface en verre. Je dévore ses lèvres pulpeuses et succulentes, mordille l’arête de sa mâchoire, lape sa gorge comme un animal endiablé. Chacun de mes baisers lui soutire un soupir de délectation, chacun de mes coups de langue un gémissement sourd. Les sons délicieux qu’elle pousse m’électrisent comme jamais. Voilà la musique qui me fait intensément vibrer, celle que je veux écouter tous les jours, toutes les nuits.

Elle renverse la tête en arrière en se raccrochant au col de ma chemise. Je glisse ma main entre nos corps brûlants pour frôler sa marque à la cuisse, ce qui la fait tressaillir. Elle caresse mes pectoraux et griffe mon ventre. Nous sommes en nage et pantelants tous les deux alors que nous n’avons même pas encore commencé à baiser.

— Dis-moi, mon petit chat, soufflé-je contre ses lèvres en écartant l’ourlet de son tanga pour insérer mon pouce sur son mont de Vénus. Dis-moi à quel point tu me veux.

— Je te veux, Kel. Je te veux… (J’appuie férocement sur son clitoris.)… ah ! tellement !

Oh, mais elle va m’avoir. Elle va me sentir sur toute ma putain de longueur. De nombreuses fois.

Tandis que je cajole son bourgeon avec le bout de mon pouce, elle presse sa paume sur ma hampe par-dessus mon pantalon avant de la masser avec une sensualité énergique. Elle me fait perdre les pédales.

Je la repose à terre pour lui arracher sa lingerie ; elle pousse un petit cri de surprise qui fait pulser ma queue sous sa main. Elle me mitraille du regard lorsque je jette la pièce de dentelle sur le sol, mais je n’en ai cure. Je déploie les doigts entre ses jambes et enfonce mon index et mon majeur dans son antre inondé le plus loin possible. Son oreille prisonnière de mes dents pointues, elle miaule en se dandinant sous mes va-et-vient sauvages. J’ambitionne de lui extorquer toutes les notes que ses cordes vocales sont capables de produire, de la plus grave à la plus stridente, et de faire frémir chaque partie de son corps félin.

Soudain, elle me saisit par les pans de ma chemise et me repousse en arrière, m’obligeant à retirer les doigts de son intimité. Je fronce les sourcils avec un grondement de protestation, mais quand je la vois tomber à genoux devant moi, je révise mon jugement avec un ravissement non dissimulé. Elle me débraguette en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, baisse mon pantalon et capture la base de mon sexe majestueux entre ses doigts fins pour lui rendre l’hommage qu’il mérite.

La vue de son beau visage juste devant ma queue raidie est grisante. J’en ai rêvé un bon millier de fois. Une main repliée sous son menton, je caresse sa mâchoire du pouce.

— Myrina…

Elle lève ses yeux enfiévrés vers moi. Un sourire machiavélique fleurit sur ses lèvres. Elle veut ma mort.

— Wills ? lâche-t-elle d’une voix innocente en griffant légèrement ma peau. 

— Si tu ne peux pas la prendre en entier dans ta bouche, je ne t’en tiendrai pas rigueur. Je suis conscient d’être très bien monté.

Elle se marre joyeusement. Je ne plaisante pas, pourtant. La gorge asséchée, j’avale ma salive lorsqu’elle passe le bout de sa langue rose sur ses lèvres rougies par nos baisers.

— Mais qui te dit que je vais te sucer, connard ? ronronne-t-elle en glissant sa main libre entre ses cuisses.

Incapable de m’en empêcher, je la regarde se toucher sans la moindre pudeur. Son poing immobile reste autour de ma queue gorgée de sang et ses yeux mi-clos sont verrouillés à mon visage. Voilà une forme de torture bien pire que celle qu’elle m’a fait endurer aux 1001 Nuits de Luxure. Si elle m’avait infligé cela lors de notre séance de bondage, j’aurais répondu à toutes ses questions sans hésiter.

— Et surtout, qui te dit que je ne vais pas te laisser en plan après m’être soulagée toute seule ? me nargue-t-elle cruellement, Pécheresse jusqu’au bout des griffes en cet instant.

— Tu ne ferais pas ça, contesté-je, tendu dans tous les sens du terme.

— Tu en es sûr ?

En poursuivant ses attouchements érotiques, elle fait errer mon gland tumescent le long de ses lèvres scellées, étalant ma perle de liquide pré-séminal sur sa bouche qui devient luisante. Elle me provoque : j’en ai la respiration coupée. J’exerce une légère pression sur sa bouche en poussant avec les hanches, mais elle ne l’ouvre pas. Elle m’interdit toujours l’accès. Je n’ai jamais été aussi sexuellement frustré de ma vie. J’en viendrais presque à regretter d’avoir tenu à me lancer dans des préliminaires. J’aime beaucoup jouer en temps normal, mais là c’est trop pour moi, bordel !

La petite vicieuse sort sa langue et effleure la pointe de ma queue durant une fraction de seconde. J’enroule autour de ma main la cravate attachée à son cou, puis je tire dessus d’un coup sec pour l’inciter à avancer la tête et à me tailler une pipe. Mais elle recule avec un petit rire facétieux avant de se lécher les lèvres, ce qui m’achève. Le sifflement létal d’une guillotine retentit dans mon esprit. Furibard, je cogne ma paume contre la putain de baie vitrée face à moi en vociférant.

Elle est encore plus félonne que moi au lit, ce n’est pas possible !

— Si tu voyais la tête que tu tires, Kel… J’ai bien envie de prendre une photo et de l’envoyer à la presse, dit-elle d’un ton caustique qui n’est toutefois pas dénué de tendresse.

— Je présume que tu ferais nettement moins la maligne et que tu tirerais aussi une drôle de tête si je me masturbais devant ton visage avant de terminer par une faciale, mon petit chat.

Cette fois, elle se fige, yeux écarquillés, bouche bée… et j’en profite pour m’engouffrer délicatement dans la brèche buccale.

Satan soit loué, Myrina ne résiste pas et ne me fait pas languir davantage. Elle gobe avidement mon gland, puis elle accueille tout ce qui suit avec la voracité d’une femelle Appétante qui aurait jeûné avant pendant des jours. Ses crocs ripent contre ma peau lorsqu’elle enfourne ma queue au fond de sa gorge et l’aspire puissamment. Un instant plus tard, sa tête bat en retraite. Elle entortille sa langue adroite autour de la bête et revient à l’assaut en me reprenant entre ses lèvres chaudes. En appuyant mon avant-bras contre la vitre, j’enfonce l’autre main dans ses cheveux soyeux à l’arrière de sa tête sans contenir plus longtemps mes petits grognements de plaisir. En outre, mon amante continue à se titiller entre les jambes tout en me pompant magnifiquement bien… Je ne tarde pas à me pencher en avant et à reposer carrément mon front contre la baie vitrée en serrant le poing de toutes mes forces.

Cette fellation est merveilleusement démoniaque : je suis aux anges.

***

Myrina

— Relève-toi, mon petit chat, murmure-t-il en plaçant doucement les doigts autour de ma gorge.

Je m’exécute sans me faire prier. Ça tombe à pic : je n’en peux plus, j’ai besoin de le sentir en moi.

— Est-ce que tu prends la pilule ? s’enquiert-il en me caressant la joue d’un revers de main.

C’est l’unique moyen de contraception des démons, puisque nous sommes immunisés contre les MST.

— Évidemment.

Son regard incandescent et fiévreux vissé au mien, l’Hybresang me soulève la jambe droite pour que je l’enroule autour de sa hanche et m’adosse à la baie vitrée. Le souffle haché, il referme sa main sur la mienne autour de la garde de son sexe trempé. Ensemble, nous le guidons vers son objectif entre mes cuisses.

Il plonge enfin au creux de mes chairs féminines, imposant en moi sa présence aussi brûlante que massive. Lentement, doucement jusqu’à la moitié… puis avec un violent empressement jusqu’au fond. La grande secousse qui ponctue sa pénétration m’arrache un râle interminable que Kelen étouffe dans un nouveau baiser débordant d’ardeur. Je noue mes bras tremblants autour de son cou en entremêlant ma langue à la sienne. Mon amant se retire tranquillement, ne laissant en moi que son gland, et revient s’enfoncer en moi avec une frénésie si brutale qu’il me cloue à la vitre dans son mouvement. Je gémis tout mon saoul. Mes griffes se contractent dans sa nuque et son omoplate. Il m’embrasse plus intensément encore. Non, je corrige, il ne m’embrasse pas : il me ravage la bouche comme un fou pour me revendiquer.

Ce n’est pas bon ; c’est fantastique. Et je sais qu’il éprouve exactement la même chose, je le perçois à travers notre lien. Je n’arrive pas à croire qu’il est enfin en moi. Il m’embrase de la pointe des orteils au sommet du crâne. Des filaments de lumière papillonnent devant ma vision. En vérité, j’ai l’impression de vivre le fantasme le plus hot de ma vie. C’est sans nul doute à cause de la marque qui accentue nos sensations charnelles, mais je n’ai jamais autant pris mon pied avec un homme. Et nous ne sommes qu’au début…

— Putain que tu es bonne, Myrina, lâche-t-il d’une voix rauque contre mes lèvres.

Me prenant de plus en plus fort, il décroise mes bras de son cou en s’emparant rudement de mes poignets et m’aplatit les bras contre la baie vitrée de part et d’autre de ma tête. La froideur de la surface en verre forme un paradoxe poignant avec la chaleur incendiaire de son corps qui heurte délicieusement le mien. Plusieurs éléments en cristal du lustre suspendu au plafond cliquettent. Je cille.

— Kel… Le lustre. Ta télékinésie…

— Rien à foutre du mobilier, gronde-t-il en me donnant un coup de boutoir plus féroce encore, qui me fait gémir de plus belle.

Si féroce d’ailleurs que la vitre commence à se craqueler derrière moi. Seigneur, il n’y va pas avec le dos de la cuillère en argent, l’Hybresang ! S’il ne modère pas ses ardeurs, on va briser la baie vitrée et tomber dans le vide !

— Téléporte-nous ailleurs, idiot de Pécheur !

Nouveau coup de reins, nouvelle fissure du verre, nouveau tremblement du lustre. Mais finalement, Kelen finit par piger qu’il nous met en danger. Il nous fait donc apparaître devant le canapé en un clin d’œil. OK, on va en profiter pour changer de position.

Je le pousse en arrière, il s’affale sur l’assise, je l’enfourche aussitôt, il m’empoigne les hanches, et nous voilà remboîtés. Nickel, je vais pouvoir imprimer mon propre rythme. J’ondule au-dessus de lui, mes mains dans ses cheveux en bataille. Son regard perçant rempli de dépravation se raccroche au mien tandis que ses doigts me caressent langoureusement les fesses. Sa virile fossette au menton aimante mes yeux et, sans réfléchir, je lui bascule la tête en arrière pour lui faire sa fête. Tout en m’empalant sur lui de haut en bas, je lui suce le menton jusqu’à ce qu’il lâche un cri énervé. Il me prend par la gorge pour m’écarter et se frotte le bas du visage. Oups, un hématome assombrit déjà sa peau.

— Merde, Myrina ! Tu m’as fait un suçon, je parie !

Je lui destine un sourire contrit.

— Yep, et alors ?

— Sur le menton ! Et comment veux-tu que je camoufle ça ?

— Il aura disparu dans une demi-heure, arrête de râler. Au pire, je te mettrai du fond de teint.

Il me sonde d’un air outré comme si je venais de le traiter de Vertueux. En riant, j’amplifie mes coups de reins afin de lui faire oublier ce petit désagrément esthétique… et ça fonctionne pendant quelques secondes. Mais sans avertissement, il décide de se venger en se courbant vers ma poitrine. Il me mord carrément le téton, ce taré. La douleur me fait hurler sur le coup. Il a beau me lécher pour atténuer sa morsure, je suis remontée à bloc. Donc, en représailles, je lui griffe le torse jusqu’au sang sur une vingtaine de centimètres.

Oui, ça commence à déraper. Il est rare que l’acte sexuel reste soft et gentillet entre les démons. En fait, entre Kelen et moi, je dirais que cette tournure était même inévitable. Nous connaissant, la bagarre et la baise ne pouvaient être qu’étroitement liées. Tant mieux, ça met double dose de piquant dans nos rapports. Colère et Luxure, un mélange détonnant de péchés !

Cinq minutes plus tard, le cuir du canapé est labouré de multiples traces de griffures et nous sommes l’un et l’autre couverts de morsures et lacérations sanguinolentes, d’hématomes et de suçons.

En luttant, on dégringole et on s’effondre sur le sol, lui au-dessus de moi. Je le fais rouler sur le dos pour le chevaucher encore, mais il me flanque une bourrade pour me désarçonner et reprend le dessus en jurant. J’accepte de le laisser mener la barque pendant un moment, le temps de récupérer des forces. Avec un soupir d’aise, je ferme les yeux en m’arquant contre lui, mes jambes autour de ses hanches. Quand je rouvre les paupières, le démon nous a téléportés par terre devant la baie vitrée pour rafraîchir sa peau poisseuse de sueur et de sang, car monsieur le Fédérateur « commence à avoir trop chaud, putain », selon ses dires. Petite nature.

Le lustre en cristal qui n’arrête pas de tressauter et de se balancer à cause des ondes incontrôlables de sa télékinésie se décroche du plafond et vient s’écraser sur le sol à deux mètres de nous dans un fracas du tonnerre. Bon, voilà les premiers gros dégâts matériels.

Une minute environ plus tard, alors que notre plaisir s’accroît de façon exponentielle, un miroir sur notre droite explose et une chaise à roulettes voltige dans mon champ de vision par-dessus son épaule pour aller percuter un mur.

— KEL ! le rappelé-je à l’ordre en lui pinçant un mamelon.

Il plisse les yeux vers moi de mécontentement et, sans trop comprendre comment, je me retrouve couchée à plat ventre sur son bureau, lui derrière moi. Toutes les affaires présentes sur le meuble volent brusquement sur les côtés, fauchées par une main invisible : PC, feuilles, stylos, lampe. Sans un mot, mon sanguin amant m’écarte les cuisses, me lève une jambe pour la mettre sur le bureau et me pénètre en levrette en déchargeant toute sa bestialité démoniaque dans ses ultimes coups de reins. Seigneur, ce déhanché ! Il m’empoigne par les cheveux et la cravate pour m’obliger à me cambrer vers l’arrière. Les mains crispées sur le bord du bureau qui craque et tremble à chaque profond mouvement de bassin de Kelen, je jouis magistralement, la bouche grande ouverte sur un cri éperdu qui n’en finit pas. Lorsqu’il me rejoint une seconde plus tard dans l’extase en rugissant comme un lion, une myriade d’étoiles multicolores danse devant ma vue, mon corps est ébranlé par un séisme euphorisant et chaque fibre de mon être se calcine.

L’Hybresang s’allonge sur moi et niche son visage brûlant dans mon cou. À l’intérieur de son torse haletant qui s’écrase contre mon dos, son cœur bat aussi vite que le mien. Est-ce que c’est agréable ? Le mot est faible. Je suis dans une forme du tonnerre grâce à nos échanges énergétiques de Stuprènes et le torrent hormonal qui coule dans mon organisme. Je pourrais participer à un triathlon.

— Mmh, c’était fabuleux, chuchote-t-il en déposant un baiser sur le pouls effréné qui palpite dans ma gorge. Et tu ne t’es pas trop mal débrouillée non plus.

J’éclate de rire en lui assénant une claque sonore sur la fesse. Mais quel connard !

— Nous avons à moitié détruit ton lieu de travail.

— Il reste l’autre moitié à détruire, susurre-t-il à mon oreille. Prête pour le deuxième round, mon petit chat sauvage ?

Bordel, oui. Il m’a promis des orgasmes multiples, je ne l’ai pas oublié.

Comment, je ne vous avais pas dit ?

Les incubes ne débandent pas entre deux culbutes et peuvent éjaculer plusieurs fois à la suite sans problème.

***

Deux heures plus tard, nous devons interrompre notre petite sauterie volcanique car Sam tambourine à la porte avec insistance en rappelant à Kelen qu’il est attendu en bas par de nombreuses personnes. Son suçon au menton n’est plus qu’un mauvais souvenir et j’ai fait attention à ne pas lui infliger de marques visibles sur les parties du corps exposées, donc il est présentable.

Vautrée à poil dans le canapé en piteux état, je le regarde pensivement se rhabiller. Pantalon, chaussures, nouvelle chemise (oui, monsieur a même une garde-robe de secours dans son bureau) et veste de costume à la coupe impeccable.

Je soupire de désarroi. Présentable ? Non, Kel est encore plus radieux qu’avant nos ébats. Je craque et me liquéfie en même temps. Ce mec pourrait me baiser encore une dizaine de fois que je ne serais pas rassasiée. J’ai de nouveau terriblement envie de lui, mais je vais devoir prendre mon mal en patience.

— Pourquoi ne bouges-tu pas ton petit cul de ce canapé, tu ne descends pas avec moi ? questionne-t-il en essayant – je dis bien essayer – de discipliner sa tignasse sombre avec les doigts.

— Non. Je te l’ai dit, les galas ce n’est pas mon truc. Tu penses en avoir pour combien de temps, Wills ?

Un sourire canaille étire ses lèvres enflées par nos baisers audacieux. Ma question le réjouit, visiblement.

— Une heure d’acte de présence supplémentaire parmi la meute d’hypocrites devrait suffire. Pourquoi cela, Holmes ?

Je hausse les épaules, jugeant préférable de jouer les muettes. Kelen s’approche du canapé et s’accroupit près de moi.

— Aimerais-tu qu’on passe toute la nuit ensemble ? interprète-t-il d’une voix de velours en englobant le bombé de mon sein au creux de sa grande main basanée afin de le malaxer sensuellement.

Je hausse encore les épaules pour ne pas trop me mouiller – enfin, façon de parler.

Il me prend délicatement par le menton, toujours en souriant, et colle un doux baiser sur mes lèvres.

— Il y a un Arcadus dans la salle de réunion voisine de ce bureau, Myrina, dévoile-t-il en sortant quelque chose de sa poche pour le poser en équilibre sur le renflement de mon sein. Je te rejoins chez moi tout à l’heure, nous ferons l’amour sur mon piano.

Son badge personnel.

Mon regard étonné croise le sien. Je frissonne, mais pas à cause de l’objet. Faire l’amour ? Une expression bizarre dans sa bouche à lui. C’est la première fois que je l’entends dire ça.

— Je n’ai pas dit oui, fais-je remarquer en louchant sur la carte qui oscille à chacune de mes respirations.

— Mais tu n’as pas dit non, mon petit chat.

Il m’adresse un clin d’œil confiant et sexy, puis il se téléporte au rez-de-chaussée parmi ses nombreux invités.

— Va te faire foutre, connard, râlé-je en saisissant le badge entre deux doigts.

***

Alors que je termine de me rhabiller à mon tour, mon portable sonne. J’ouvre ma pochette de soirée pour prendre mon smartphone. Numéro inconnu.

— Myrina Holmes à l’appareil.

— Bonsoir, mademoiselle Holmes, me salue une profonde voix de femme. Je ne vous dérange pas, mon enfant ? Nous ne nous connaissons pas encore, mais j’espère remédier à cette situation dès que possible.

Cette voix me dit quelque chose. Je l’ai entendue quelque part. À la télé, peut-être... ?

— À qui ai-je l’honneur ?

— Je suis Beliale, Magistrale de la légion Stuprène.

Je me raidis de tout mon corps.

Une des responsables de l’exécution de mes parents.

— Qu’est-ce que vous me voulez ? l’interrogé-je froidement.

— Je vous ai aperçue tout à l’heure dans la salle de réception. Jolie robe, d’ailleurs. Kelen est revenu en bas il y a deux minutes avec une superbe mine d’incube satisfait, j’en ai déduit que vous aviez terminé ce que vous aviez à faire ensemble.

Une fouineuse. Tiens donc.

— Hum hum. Vous devriez également en déduire qu’il faudrait que vous vous mêliez de votre cul écailleux si vous ne voulez pas avoir des ennuis avec moi.

Je me retiens d’ajouter l’insulte « espèce de pétasse peroxydée » qui ferait probablement mauvais genre.

— Mademoiselle Holmes, je cherche à m’amender auprès de vous au sujet de… vous savez quoi. (Mais oui, je te crois, blondasse.) Ce fut une erreur de jugement et de parcours que je déplore. À l’occasion, je souhaiterais m’expliquer avec vous pour qu’il n’existe plus aucune rancœur entre nous. En attendant que vous soyez disposée à m’écouter, permettez-moi de vous mettre en garde contre ce coureur de jupons sans scrupule et la manière indigne dont il vous considère.

Une ex jalouse et possessive. Génial, il ne manquait plus que ça ! Et comme il l’a fait chanter pour l’évincer du second tour des élections, elle doit être encore plus aigrie.

— Vous pouvez vous foutre votre mise en garde là où je pense.

— Charmant… Depuis des siècles, Kelen possède un calepin à la couverture rouge qu’il a pour habitude de ranger dans le premier tiroir de son bureau chez lui. Il en est extrêmement fier et ne le montre qu’à ses plus proches amis. Il le vénère comme le Saint-Graal.

— Et alors ?

— Il s’agit de son tableau de chasse, mademoiselle Holmes. Si j’étais vous, je vérifierais si mon nom est inscrit sur ce livre pour être fixée sur ses intentions à court, moyen ou long terme à votre encontre.

— Mais vous n’êtes pas moi, Beliale.

— En effet. Vous seule êtes capable de déterminer ce que vous devez faire de cette petite information. Bonne fin de soirée, mademoiselle Holmes, dit-elle calmement avant de raccrocher.

Je me mords la langue, en proie au doute. Mes yeux obscurcis s’orientent vers le badge de Kel.

Seigneur, j’espère de toute mon âme que cette garce de Stuprène se plante ou me ment.

***

J’ouvre le premier tiroir de son bureau.

Un calepin à la couverture en cuir rouge, comme elle l’a dit.

Mon cœur loupe un battement. Un poids congelé se loge dans mon estomac.

Putain de bordel.

Je prends le calepin épais. Je le feuillette. Un genre de répertoire.

Des centaines de noms de femmes. Des inconnues. Des célébrités. Je tourne les pages en blêmissant au fur et à mesure. Non, je rectifie, des milliers de noms. Classés par ordre alphabétique.

Je vais à la lettre H. Hein, Halle Berry ? Il n’est pas sérieux !

Mon nom n’est pas sur cette page, mais… les lettres correspondent aux prénoms, il me semble.

Je me rends à la lettre M en inspirant. 

Encore des dizaines de noms.

Et je vois mon nom en bas de la page.

C’est pas vrai.

Je le fixe, incrédule.

« Myrina Holmes. »

Un nom.

Un nom parmi des milliers d’autres.

Un tableau de maître, tu parles.

Je n’étais qu’un défi pour lui, rien de plus.

D’un geste machinal, j’arrache la page. Je la froisse dans mon poing tremblant.

Je ferme les yeux.

Je les rouvre, les mâchoires serrées.

La confiance. Quelle monumentale connerie.

Amon, Owen, Ondine… et maintenant Kelen.

Je n’aurais jamais dû relâcher ma garde envers un queutard pareil. J’aurais dû comprendre qu’il me mentait et me manipulait depuis le début. Il voulait seulement mon corps et pervertir mes principes moraux dans la foulée.

Je me sens tellement conne d’avoir cru à son histoire bidon de CDI exclusif. En fait, il ne m’a jamais considérée autrement que comme une pièce de sa collection.

Voilà précisément pourquoi j’évite de m’attacher aux hommes avec lesquels je couche. Me prémunir de la souffrance, des désillusions et de l’abandon. Mais celui-là m’a entubée avec ses actes et ses mots.

Je prends ma décision en moins de dix secondes.

Première chose, j’allume un feu de cheminée dans le bureau de Wills et j’y balance le calepin pour qu’il crame.

Deuxième chose, je m’empare d’un stylo.

Troisième chose, je défroisse la liste de noms et, sous le mien, je rédige quelques lignes à la va-vite.

Quatrième chose, j’étale la feuille sur son bureau, bien en vue pour qu’il ne la rate pas.

Cinquième chose, je m’en vais.

***

Kelen

Je ne comprends pas pourquoi elle n’est pas chez moi lorsque je rentre de ma soirée. Si elle était là, je percevrais sa présence à travers notre lien. Aurait-elle eu un impératif, un empêchement ? Si oui, pourquoi ne m’a-t-elle pas prévenu par SMS ?

J’ai senti que quelque chose clochait à un moment donné. Une douleur intense. Une puissante déception. Sur le coup, je me suis dit qu’elle devait se rappeler la mort de ses parents, la trahison de son grand-père ou le meurtre d’Owen, peut-être les trois à la fois. J’ai songé que je ferais tout ce qui est en mon pouvoir cette nuit pour effacer ses souvenirs pénibles et son coup de déprime.

La porte ouverte de mon bureau attire mon attention.

Saisi d’un mauvais pressentiment, je me téléporte à l’intérieur de la pièce.

Une odeur de cuir et de papier brûlés me statufie.

Je découvre la feuille déchirée issue de mon calepin sur mon bureau. Je la soulève pour lire, stressé comme un enfant-démon qui s’apprête à s’envoler pour la première fois de sa vie.

Merde. Non. Pas ça.

Son nom a été rayé. Et en dessous est écrit :

« Tu voulais juste me baiser depuis le début. Tu as réussi, bravo. La prochaine fois que nous nous reverrons, tu m’enlèveras cette putain de marque. Et ensuite, n’essaie plus jamais de me contacter ou je te bute vraiment. »

Je suis furieux contre moi-même.

Douleur intense. Puissante déception.

Ce ne sont plus seulement les siennes, à présent.

Je froisse le papier dans mon poing qui rougeoie. Mon pouvoir d’Enragelé échappe à mon contrôle.

La feuille s’enflamme dans ma main. Un instant plus tard, il n’en reste plus que poussière qui s’effrite entre mes doigts contractés.

À l’image de mon histoire éphémère avec Myrina Holmes.

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