Myrina Holmes : version intégrale
Chapitre 23 : Abandon de soi
« La vérité dans tout ; la vérité avant tout ; la vérité par-dessus tout. »
Bernard Fontenelle, Les maximes et pensées
Kelen
« Je t’aime, Kel. »
Impossible de dormir.
Ses mots flottent entre nous comme des étincelles magiques qui s’éternisent au cœur de la nuit, même deux bonnes heures après qu’elle les a murmurés avant de s’assoupir entre mes bras.
Je devrais être fou de joie. Au lieu de quoi, je suis sceptique. Cette phrase me semble tellement irréelle. Je la rembobine. Je ressasse les syllabes et l’intonation chétive de sa voix en m’évertuant à percer la vérité qui se dérobe à moi. Je me triture les méninges encore et encore. Dans ma boîte crânienne, mon liquide céphalique est en ébullition.
Ma part la plus cynique doute à cause du contexte particulier de cette verbalisation. Elle argue que Myrina l’a seulement formulée parce qu’elle était vulnérable, dans un instant de faiblesse et de fragilité extrêmes. Parce qu’elle était immergée dans un état second conditionné par ses émotions et son épuisement. Voire… par simple gratitude, ce qui serait encore pire. Cette voix horripilante ajoute qu’elle ne les pensait pas vraiment et que, dès qu’elle aura retrouvé ses esprits au réveil, elle s’éclipsera de chez moi en me blessant plus douloureusement que la dernière fois.
Mais mon autre part la contredit vertement. Elle me rappelle que ma Traqueuse n’a plus ma marque et que, par conséquent, sa sincérité ne peut être que totale. Elle m’affirme que Myrina Holmes ne psalmodierait jamais ces mots à la légère après avoir tant combattu pour ne pas me les confesser plus tôt.
Ces deux parts se disputent en mon for intérieur. Un débat houleux fait rage en moi.
Putain, mais vos gueules, c’est quoi ces réflexions de gonzesse ! hurle tout à coup une troisième voix de stentor qui fait instantanément taire les autres.
Il y a néanmoins un constat qui ne prête pas à polémique.
L’Amazone est dans mon lit.
Cela fait des siècles que je n’ai pas dormi avec une femme. Je ne suis plus habitué à la sensation de partager mon espace de sommeil. D’ordinaire, je m’étale en plein milieu, bras et jambes largement écartés. J’ai besoin de beaucoup de place. Or elle aussi, apparemment. Elle n’arrête pas de gigoter en marmonnant et, au final, elle s’est carrément foutue en travers de mon pieu, sur le dos, la tête tournée vers moi. Elle m’a même piqué mon oreiller, la peste. Malgré mon gabarit, je suis au bord du matelas. Si je recule de dix centimètres, je me casse la gueule. Pourtant, je n’ose pas la pousser. Je ne veux pas prendre le risque de la réveiller.
Immobile à côté d’elle, je contemple son adorable visage de Vertueuse Pécheresse dans la semi-pénombre. Un ange et un démon cohabitent dans cette enveloppe de chair. Ses paupières closes frémissent par intermittence, sa respiration régulière s’échappe de ses lèvres entrouvertes au galbe parfait, ses mèches indisciplinées retombent sur ses joues un peu trop émaciées. Je n’ai soulevé le drap qu’à trois ou quatre reprises pour mater ses nichons – oui, je l’ai désapée à l’aide de ma télékinésie pour qu’elle soit plus à l’aise. Dans le silence serein de ma chambre, je grave dans ma mémoire les traits fins de cette étrange créature hybride qui a envahi mon existence comme une tempête et a réussi à me retourner le cerveau dans tous les sens.
Qu’a-t-elle de plus que les autres pour que je me sois entiché d’elle alors que je m’étais juré de ne plus jamais tomber amoureux après Clémence ? Comment a-t-elle fait pour s’infiltrer si profondément en moi sans que je m’en aperçoive ? Pourquoi sa douleur se répercute-t-elle autant dans mes fibres malgré le fait que je l’aie démarquée ? Et bordel, comment se fait-il que je me pose toutes ces questions débiles en plein milieu de la nuit ?
Excédé, je récupère mon bras écrasé sous le corps de la métisse et m’assois au bord du lit, la tête entre les mains. Qu’est-ce qui m’a pris de jouer les Vertueux et de la coucher dans mon plumard ? Cette nana me rend masochiste.
Ma vie était mille fois plus simple avant notre rencontre, quand j’avais juste à me préoccuper de moi-même. J’envisage de signer un pacte avec un démon majeur pour effacer Myrina Holmes de ma mémoire et me défaire de sa diabolique emprise.
Car maintenant qu’elle a pleuré tout son soul sur mon épaule, tout va redevenir comme avant ! Elle va rendosser son masque de guerrière psychorigide têtue et control freak. Elle va nier, flipper, se tirer. Et aller retourner baiser son blaireau de docteur dans la foulée. C’est inévitable.
Et moi, je serai le dindon de la farce, pour ne pas changer. Si je manquais de confiance en moi, je dirais que je suis le roi des cons.
— Toutes des salopes, grogné-je entre mes dents.
— Kelen ? appelle-t-elle d’une voix ensommeillée tellement sexy qu’elle décuple mon irritation.
Un froissement de drap. Sa paume atterrit dans le bas de mon dos, faisant naître une maudite onde de chaleur entre mes reins.
— Tu dois t’en aller, Myrina, énoncé-je en adoptant mon ton le plus impérieux.
— Pourquoi ? bafouille-t-elle, interdite.
— Je n’arrive pas à dormir. Tu prends toute la place, lâché-je sèchement.
Ses bras minces se glissent autour de mon torse par-derrière. Elle colle ses seins contre le haut de mon dos et applique un baiser suggestif sur ma nuque, affolant mon pouls. Des picotements s’éveillent sous la surface de ma peau. Mais qu’est-ce qu’elle fout, nom d’un chien ? N’a-t-elle pas pigé que j’ai besoin d’espace ?
Ah, j’ai capté, elle veut que je la saute dans le but d’oublier ses problèmes ! Une baise défouloir avant de m’envoyer chier pour la énième fois. Certainement pas, je ne suis pas son sex-toy géant dont elle peut profiter quand ça l’arrange ! Je suis peut-être le roi des cons, mais bordel de ma corne, j’ai ma fierté !
Pas bander, Wills. Pas bander !
— Le morceau de piano que tu jouais tout à l’heure était somptueux, soupire-t-elle en caressant mes pectoraux d’une main languide tandis que ses lèvres veloutées chatouillent le creux de mon cou.
Si elle savait… J’ai composé ce morceau pour elle il y a environ un mois. Je ne l’ai encore jamais fait écouter à personne. J’ai songé à l’intituler ironiquement « Myrina la mirifique », mais finalement, je ne lui ai pas attribué de nom.
Je ne compte pas le lui avouer, car je suis de trop mauvais poil.
Sollicitant tout mon self-control, j’intercepte son poignet gracile et le serre entre mes doigts, malmenant sa circulation sanguine.
— Pourquoi es-tu venue ici, Holmes ? Si tu voulais une baise de consolation pour évacuer ta pression et ton coup de déprime, tu aurais pu aller voir ton trou-du-cul de toubib.
Dégageant sa main de ma poigne, elle se détache subitement de moi.
Voilà, elle va se barrer ! Je le savais ! Je vous l’avais dit. J’avais raison. Toutes des sa…
Avec une vivacité martiale, elle me tire en arrière et me renverse sur le matelas. J’essaye de me redresser, mais elle m’escalade en un éclair et s’installe à califourchon sur mon thorax. J’ai une vue imprenable sur son corps nu – splendide, au demeurant – que je savourerais si je n’étais pas aussi vénère. Son visage est rose de colère, ses sourcils sont froncés au-dessus de ses yeux vairons, ses cheveux bruns méchés d’argent sont hirsutes. Elle m’empoigne le bas du visage en se courbant vers moi, me broyant la mâchoire entre ses doigts. Elle a actionné le mode Traqueuse. Elle fulmine : ses canines et ses griffes sont sorties. Sa petite chatte toute chaude est pressée contre la partie supérieure de mon abdomen et le bout de ses seins est à quelques centimètres de mon menton, telle une invitation personnelle à les déguster. Et moi… je durcis contre mon gré alors que j’avais réussi à me maîtriser jusque-là. Par Lucifer, j’ai très envie de l’allonger en travers de mes cuisses et de lui flanquer une fessée de malade pour lui montrer de quel bois je me chauffe.
— Mais qu’est-ce que tu racontes, Kelen Wills ? gronde-t-elle en plantant son regard de bad inspectrice dans le mien.
— La friendzone peut aller se faire enculer à sec. Ne me dis pas des mots pareils si tu ne les penses pas, Myrina Holmes ! craché-je spontanément.
Une lueur de compréhension s’allume au fond de ses prunelles. Ses traits se radoucissent. À ma grande surprise, elle ébauche un drôle de sourire qui m’assèche la gorge.
— Tu es sans conteste le démon le plus idiot d’Infernum, Kel.
— Ça c’est sûr, puisque j’ai été assez idiot pour te faire un putain de câlin et te ramener dans mon majestueux plumard indigne de toi en espérant que tu cesserais de pleurnicher comme une pauvre bêtasse en mal d’attention ! Je t’ai dit de foutre le camp, mais toi, tu fais la sourde oreille, tu te tapes l’incruste et tu me casses les couilles ! Tu n’es qu’une sa…
Ses lèvres cognent contre les miennes, nos crocs s’entrechoquent et elle fourre sa langue dans ma bouche, me privant de ma volonté pour m’imposer la sienne. Je dégoupille en un quart de seconde en chopant son cul d’enfer et la balance sur le côté pour la dominer. Je me jette sur elle comme un affamé qui n’avait pas conscience de l’être. Nous nous entortillons à moitié dans les draps en roulant. Elle me griffe le dos tout en me mordant les lèvres, ce qui me rend barge.
Je rends les armes avant même de les avoir brandies.
Je frotte violemment ma queue gonflée contre son sexe déjà humide, lui arrachant des cris haletants qui viennent mourir dans ma bouche. Son cœur est au diapason du mien dans nos poitrines soudées : ils battent aussi vite l’un que l’autre. Quittant ses lèvres, je parsème sa gorge et sa poitrine de baisers déchaînés. Sa peau de pêche, ses rondeurs exquises et son parfum sucré sont des drogues dures. Mon cerveau est à moitié déconnecté, mon corps en surrégime. J’en profite pour gober ses mamelons que je suce sans cérémonie. Elle adore que je lui fasse ça autant que j’adore le lui faire. Ses doigts se compriment sur ma nuque et ses dents se plantent dans la pulpe de sa lèvre inférieure. Un instant plus tard, ma langue dévale son ventre plat et se loge au cœur de son intimité. Je meurs de soif et j’ai faim d’elle. J’ai besoin de m’abreuver à sa source et de dévorer son fruit défendu.
Je lape sa fente à plusieurs reprises avant de la pénétrer avec ma langue conquérante. Un spasme enfiévré la fait tressaillir, si bien que je dois m’emparer de ses cuisses pour l’entraver. Je m’acharne ensuite sur son clitoris, allant jusqu’à le titiller avec la pointe de mon croc. En mordillant délicatement son petit renflement de chair, je la mène au bord de la jouissance. Son abandon me galvanise autant que son goût. Elle se tortille sous moi en tordant la couette entre ses doigts et en m’implorant de la posséder. Oui ma belle, supplie-moi.
Lorsque je reviens à l’étage supérieur après l’avoir torturée, j’appuie mon gland sur son clitoris que j’ai rendu hypersensible avec ma langue expérimentée. Je la sens trembler sous mon poids. Ma métisse expire un grand coup. Nos lèvres se scellent à nouveau dans un baiser profond, impétueux, urgent, qui nous perd tous les deux. Je ne peux pas plus résister qu’elle à cette attraction dingue qui vibre entre nous depuis le début.
Impatiente, elle descend ses paumes moites le long de mon dos afin de se raccrocher à mes fesses contractées et guide mon bassin en feu entre ses jambes écartées. Je commence à enfourner le bout de mon sexe dans l’antre de la diablesse, mais me ravise in extremis. Je ne la veux pas de cette façon. Si je la prends de la sorte, mes instincts de brute Enragelée vont avoir le dessus et je vais la défoncer.
— Mon petit chat…
— Oui, Kel ? souffle-t-elle, ses jolis yeux brillant de luxure.
— Je veux que tu me baises, ordonné-je d’une voix rauque.
La Stuprène en elle s’enflamme comme un brasier.
Nous inversons nos positions. Elle me chevauche et, d’un coup de reins aussi brusque que précis, s’empale d’un seul coup sur ma queue. Mes hanches décollent du matelas tandis que je lâche un énorme « putain ! » qui résonne dans toute ma baraque. Féline, sensuelle, elle se penche en avant, faufile ses mains dans mes cheveux et lèche mes lèvres avec le bout de sa langue habile. Ma respiration se précipite, j’en suis presque étourdi.
— Tu me fais tellement mouiller, susurre-t-elle d’une voix chaude en remuant lentement sur ma hampe. Tu sens comme je suis trempée pour toi, Kel ?
Putain oui, comme je la sens ! Humide, brûlante et serrée autour de moi, sa petite chatte démoniaque est l’essence même de la féminité. Ses parois glissantes qui massent ma verge douloureuse palpitent au rythme de mon cœur. C’est un paradis infernal qui m’aspire dans ses profondeurs Pécheresses toujours plus loin et draine mon âme noire à petit feu jusqu’à me dépouiller de tout autre désir que celui de ne jamais plus en sortir.
Mes mains se referment sur ses cuisses satinées que je maintiens en place pendant que je soulève férocement le bassin jusqu’à taper au fond d’elle. Une grande décharge électrique me parcourt l’entrejambe. Ma Traqueuse gémit bruyamment en fermant les yeux si fort que ses paupières se plissent, comme si le plaisir qu’elle éprouvait était insoutenable. Elle se redresse au-dessus de moi et se cambre en arrière, les paumes en appui sur mes genoux. Un râle d’intense satisfaction trémule dans ma gorge. Cette vision érotique d’elle, avec ses seins bombés aux tétons érigés, ses cheveux sauvages cascadant sur ses épaules et ses reins arqués tandis que je suis en elle jusqu’à la garde, me fait bander encore plus durement. Mes doigts cramponnés à ses hanches, je replie un peu les jambes afin de la faire rebondir vigoureusement sur ma queue que je regarde disparaître à l’intérieur d’elle avec avidité. Elle me lacère les genoux avec ses griffes, mais je m’en moque. Je suis accro, à cran, à crocs.
— Oui, oui ! Putain, mon Dieu, oui ! couine la jeune femme.
Fasciné par sa fougue, je ne tarde pas à lui céder complètement le contrôle. Je la laisse monter et descendre le long de mon sexe ultra tendu comme une furie en quête de jouissance. Sa main droite est en éventail sur mes pectoraux, sa main gauche en travers de mes abdominaux. Les miennes lui enserrent la taille, la laissant m’imprimer son rythme. Ses fesses bombées claquent contre mes cuisses à chaque fois qu’elle me prend tout au fond d’elle. Pendant ce temps, je grogne, ahane, jure. Quant à elle, elle ne gémit plus : elle braille. Je ne l’ai jamais entendue gueuler à ce point pendant la baise et quelque part, c’est aussi mélodieux qu’un morceau de musique. Elle n’a plus aucun filtre sonore. Ces sons aiguisent ma bestialité la plus primitive. Je veux qu’ils soient à leur paroxysme.
Je capture son poignet et plaque ses doigts contre son pubis pour l’inciter à se masturber. Hors d’haleine, elle cajole son bourgeon devant moi avec volupté, son regard aux pupilles dilatées enfoui dans le mien, nos mains entremêlées, en se déhanchant de plus en plus vite sur ma verge. Elle est excitante au-delà de toute raison et je ne perds pas une miette du spectacle impudique qu’elle m’offre. Avec mon autre main, je pétris sans douceur ses seins lourds de désir en faisant rouler de temps à autre ses mamelons durs sous mes doigts. Des gouttes de sueur perlent sur mon front, j’ai atrocement chaud. Nos corps communient de la plus délicieuse et la plus torride des manières. Notre alchimie est démentielle. À chaque coup de reins de la jeune femme, nos énergies démoniaques s’unissent davantage, se renforcent, s’entremêlent, nous consumant dans les flammes de notre passion immuable.
Nous n’avons pas besoin de marque. Notre lien est plus prégnant que jamais.
Le fourreau étroit et moite de Myrina se contracte puissamment autour de ma hampe, promesse d’une extase sensationnelle qui va très certainement me vider jusqu’à la dernière goutte de sperme. Son buste tremblant s’abat sur mon torse aux muscles bandés. J’enclave de mes bras la démone que j’aime et lui vole un baiser tendre, doux, un peu maladroit comparé aux précédents.
Nous ne pourrions pas être plus proches. Nous sommes désormais lèvres contre lèvres, nez à nez, yeux dans les yeux, peau contre peau, sexe dans sexe.
Connectés de toutes parts.
En ponctuant ses mots d’un dernier coup de reins beaucoup plus profond que les autres, elle me déclare solennellement :
— Je t’aime, connard.
Cette fois, je n’ai plus aucun doute sur sa sincérité.
Victoire, Wills.
Je souris contre sa bouche. Elle est enfin mienne dans tous les sens du terme.
Ses mots libérateurs me font littéralement exploser en elle et notre orgasme commun nous emporte à des milliards d’années-lumière d’Infernum et de la Terre.
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