Myrina Holmes : version intégrale
Chapitre 11 : Pénétrances
« Toute vertu est fondée sur la mesure. »
Sénèque, Lettres à Lucilius
Myrina
Aramiel et moi nous sommes rabattus sur des pâtes à emporter pour aller les déguster dans son appartement cosy au dernier étage de l’immeuble récent dans lequel il vient d’emménager. Je ne voulais pas aller dans un autre restaurant. J’avais seulement envie d’être seule avec lui, sans prise de tête, d’autant plus que ma robe était dans un état pitoyable. Nous nous sommes assis sur son canapé, nos plats sur la table basse, et avons mangé en discutant. C’était simple, mais ça me convenait très bien vu mon état d’esprit. Le médecin a fait tomber la veste et moi les escarpins, comme si nous nous connaissions depuis des années et que toutes ces petites choses étaient naturelles.
Son logement est moderne, confortable, sophistiqué, propre et rangé. Un grand aquarium rectangulaire rempli de pirhanères (des gros piranhas carnivores dorés munis de dents deux fois plus longues que ceux vivant sur Terre et qui pullulent dans les sources d’eaux chaudes souterraines d’Infernum) occupe la moitié d’un mur. Aramiel a du goût pour la décoration et sait assortir les coloris : turquoise et chocolat prédominent. Ses meubles sont en bois clair et des affiches vintage colorées ornent les murs. Qui a dit que les démons n’avaient pas le sens de l’esthétisme ?
— Eh bien, ce n’était pas commun pour un premier rencard, commente-t-il d’un ton insouciant à la fin du repas, un coude sur le dossier de son canapé. Tout en paradoxe. C’était à la fois extraordinaire et catastrophique. Il y avait de l’animation, c’est indéniable.
Je craignais qu’il ne prenne ses jambes à son cou en sortant du Jardin d’Eden. S’il m’avait annoncé qu’il ne voulait plus me revoir, je ne lui en aurais pas tenu rigueur, car il faut avouer que cette soirée était super bizarre. Mais contre toute attente, il m’a invitée chez lui. Il est plus patient et ouvert d’esprit que moi, c’est une certitude. Si les rôles avaient été inversés et qu’une de ses ex-maîtresses jalouse et dingo nous avait fait un coup pareil, je me serais barrée sans chercher à aller plus loin.
— Je suis tellement désolée pour la scène avec Wills, Aramiel. J’ai souvent du mal à comprendre ce qui lui passe par la tête.
— Tu n’as pas à être désolée, tu ne pouvais pas prévoir qu’il viendrait semer la zizanie. Et puis, ce n’est pas tous les jours qu’on voit la femme sur laquelle on fantasme frapper le Fédérateur Pécheur d’Infernum au milieu d’un restaurant de luxe parce qu’il a essayé de me coller la diarrhée de ma vie.
Présenté sous cet angle, c’est plutôt drôle. Je ris de bon cœur en appuyant la tête en arrière contre son avant-bras.
— La femme sur laquelle tu fantasmes est un nid à emmerdes, voilà la réalité.
— J’ai l’habitude des nids à emmerdes. Je suis épidémiologiste, tu te souviens ? plaisante-t-il en passant le bout de ses doigts dans la masse indisciplinée de mes cheveux.
Je savoure ses caresses capillaires en fermant les paupières. Il masse mon cuir chevelu, ce qui est infiniment relaxant. Quel doigté…
Ce type est trop parfait pour exister. Il doit y avoir un couac quelque
part, foi de Traqueuse. Il est adepte de l’urolagnie 23 ? Il est éjaculateur précoce ? Il euthanasie ses patients quand il est mal luné ?
— Bon, arrête ton char, le Vertueux. Tu dois bien avoir quelques défauts sous tes écailles !
— Bien sûr, comme tout le monde, dit-il d’une voix amusée.
— Par exemple ?
— J’ai des TOC de langage. Je place des mots compliqués et incompréhensibles dans des phrases banales quand je suis distrait ou épuisé, même devant mes proches. Parfois à la clinique, j’explique des pathologies sans prêter attention à adapter mon vocabulaire à mes interlocuteurs. J’utilise machinalement des expressions savantes et tortueuses. Certains de mes patients bâillent dans le meilleur des cas, sans oser m’interrompre. Les autres me dévisagent comme si j’étais échappé d’un asile psychiatrique.
— Quel genre de mots ? murmuré-je, intriguée.
— Au lieu de dire l’abréviation « ADN », il m’arrive de le prononcer en entier. Acide désoxyribonucléique.
Je dois avoir un grain moi aussi… Comment un terme pareil peut-il être sexy dans sa bouche ? Il y a probablement une corrélation entre l’intelligence Altrusite et la libido Stuprène.
— Mais encore, Aramiel ?
— Validité intrinsèque.
— De quoi s’agit-il ?
— La capacité d’un examen diagnostique de pouvoir reconnaître les malades et les non-malades caractérisée par deux paramètres : la sensibilité et la spécificité.
La sensibilité, ça me parle bien en ce moment. Je suis à la fois sensible au son rauque de sa voix, à son parfum aux notes de bois de santal et aux cercles plaisants que ses doigts longs et agiles décrivent sur ma tête. Des picotements engourdissent ma peau aux endroits où il me touche.
— Quoi d’autre ? ronronné-je.
— Pénétrance, formule-t-il en articulant ses syllabes d’une voix langoureuse.
Je rouvre les yeux, incrédule.
— Tu te fiches de moi.
— Même pas. Ce terme est lié à la génétique. La pénétrance est la probabilité qu’un individu présente le phénotype pathologique sachant qu’il a le génotype à risque.
Je n’ai rien pigé, mais c’est étrangement excitant.
— Aramiel…
— Myrina ?
— Sois franc avec moi, je te prie. Est-ce que tu cries « Hippocrate ! » quand tu jouis ?
Il se marre, étonné par ma question saugrenue. De petites rides creusent le coin de ses yeux.
— Il n’y a qu’une seule façon pour toi de le savoir.
Je vais me dévouer avec plaisir pour mener cette investigation. Moi aussi, j’ai le sens de l’abnégation.
En un clin d’œil, je me rapproche de lui sur le canapé et prends place sur ses genoux. Les bras du médecin enserrent ma taille, ses iris s’insinuent dans les miens. Il ne bouge pas, comme s’il attendait de voir ce que je compte faire. Je lève la main pour caresser ses cheveux, qui se révèlent aussi doux que de la soie argentée. Leur finesse est si différente de la densité capillaire de Kelen…
Je me maudis à cette pensée un peu bête, surgie de nulle part. Je ne devrais pas penser à lui en cet instant. Je ne devrais pas sentir encore la morsure de son regard mordoré sur moi alors qu’Aramiel me caresse de ses yeux ambrés. Pourquoi ne réussis-je pas à m’ôter Wills de la tête après tout ce qu’il m’a infligé ? J’ai l’impression que mon cœur pèse une tonne et que je vais être victime d’une descente d’organe cardiaque d’une seconde à l’autre. Je devrais en vouloir à mort à Kelen d’avoir franchi les limites ce soir, mais je n’y arrive pas. Je suis tordue, nom d’un chien.
Je songe au fait qu’il a pris le risque de se griller auprès de tout le monde pour m’empêcher d’avaler une bouchée de sauce au laxatif. Je revois son expression intense lorsque j’ai pris la main d’Aramiel avant de quitter Le Jardin d’Eden. Sur le coup, j’ai cru que je n’avais blessé que sa fierté, mais à présent, je n’en suis plus tout à fait sûre. Il se donne tellement de mal pour me provoquer et me pourrir l’existence que j’en viens même à envisager qu’il ne s’agit pas juste d’un jeu pour lui.
J’ai le sentiment qu’il y a autre chose.
Et cette idée me hante, parce que je n’ai plus aucune certitude en ce qui le concerne. Le démon Pécheur agit de manière contradictoire en permanence. Il ne m’a donné aucune nouvelle pendant deux mois, ce qui confirmait le fait qu’il voulait juste coucher avec moi. Or depuis qu’il m’a envoyé ce poème morbide, il est revenu à la charge de plus belle. Il se conduit parfois comme un gosse humain capricieux malgré ses treize siècles de vie. Il n’y a pas grand-chose de cohérent et de rationnel chez lui. On dirait qu’il ne parvient pas à se détacher de moi, en fait. Plus je le repousse, plus je m’éloigne de lui et plus il s’obstine. Pourtant… il m’a finalement enlevé la marque. Sait-il lui-même ce qu’il veut ?
Aramiel est peut-être ma solution. Dans un cas, on a un Vertueux, un homme qui semble stable et responsable, guidé par sa raison. Il me rappelle un peu Owen lorsqu’il était humain, à dire vrai. Ce doit être pour ça que je me suis sentie bien avec lui dès le départ. Dans l’autre cas, on a un Pécheur, qui s’apparente bien plus à un adolescent versatile qu’à un homme, mû par ses pulsions narcissiques et ses désirs immatures, aussi possessif que manipulateur, accoutumé à obtenir tout ce qu’il veut d’un claquement de doigts.
Pour ma part, je ne suis plus une ado. Je suis une femme. J’estime avoir suffisamment souffert en perdant quasiment tous les êtres auxquels je tenais les uns après les autres. Je ne peux pas me permettre de jouer une nouvelle fois mon cœur ébréché au loto, encore moins de me reposer sur quelqu’un qui n’est pas digne de ma confiance, m’a déjà trahie et n’a aucune conscience morale. Ma résistance mentale a des limites.
— Où es-tu, Myrina Holmes ? demande Aramiel en me sondant d’un air soucieux.
— Ici, avec toi, soufflé-je en dessinant un motif sur sa joue avec le bout de mon ongle.
Et j’ai bien l’intention de le lui prouver.
Je me penche vers lui pour appuyer mes lèvres sur les siennes. L’Altrusite m’étreint contre lui en ouvrant la bouche, dans laquelle j’introduis la pointe de ma langue. Mes doigts glissent sur ses mâchoires, serpentent sur sa gorge, avant d’aller masser ses pectoraux par-dessus sa chemise. Nous nous embrassons longuement, lentement, en nous imprégnant l’un de l’autre. Sa main droite presse ma cuisse, sa main gauche me cajole le creux des reins. Grâce à ce profond baiser, tout en douceur et en sensualité, j’oublie les pensées qui me tourmentaient il y a encore quelques secondes… jusqu’à ce que je me souvienne que je dois empester la sauce incube et le laxatif. Pas très glamour pour une première séance de sexe ! Il vaut mieux me laver avant de laisser mes hormones succubes partir en vrille. Je mets fin à notre baiser plein de langueur. Je suis essoufflée et une tension familière s’est manifestée dans mon bas-ventre. Je suis impatiente de rattraper le temps au niveau de ma vie sexuelle, mise en stand-by ces derniers temps à cause de la marque démoniaque.
— Je peux prendre une douche rapide, Aramiel ?
— Si tu me laisses te déshabiller, oui.
— Si je te laisse me déshabiller, tu me laisseras me doucher seule ? insisté-je, circonspecte.
Il réfléchit en se tapotant le menton, puis acquiesce avec un sourire.
Je me tourne à demi afin qu’il puisse accéder à l’arrière de ma robe. Il la dézippe jusqu’au coccyx et me caresse la colonne vertébrale d’un revers de main. Je me relève de ses genoux avant de lui faire face, debout entre ses jambes. S’avançant jusqu’au bord du canapé, Aramiel fait rouler ma robe vers le bas en contemplant chaque parcelle de peau qui se dévoile au fur et à mesure de la descente. Mes seins, mon ventre, mes cuisses. Il marque une pause sous mes hanches en réalisant que je ne porte pas de culotte et inspire brusquement.
— Bon Dieu, Myrina, grogne-t-il, ses yeux devenus nacrés fixés sur mon entrejambe soigneusement épilé.
Son juron me fait rire. C’est la première fois que je l’entends blasphémer.
Il termine de retirer ma robe et examine mon corps nu d’un air appréciateur en extirpant son portable de sa poche. Ensuite, il pianote sur son écran et agite devant moi… son chronomètre digital.
— La salle de bains, c’est la deuxième porte à droite dans le couloir. Il y a des serviettes dans le meuble sous le lavabo.
— Mais pourquoi...
— Je t’accorde cinq minutes tapantes pour te doucher, ma belle, annonce-t-il en actionnant le chrono. Pas une seconde de plus. Si tu dépasses ce délai, je viens te rejoindre dans la douche et j’envoie mes bonnes manières de Vertueux au diable.
Mmmh, cette perspective est très tentante. Je vais peut-être m’attarder sous l’eau, en fin de compte.
***
À peine ai-je enfilé le peignoir éponge qui était suspendu sur le porte-manteau que la porte de la salle de bains s’ouvre. Ah, les cinq minutes sont écoulées, a priori. Je me retourne vers Aramiel, qui semble un tantinet déçu de ne pas me trouver sous la douche. Je tends les mains vers lui tandis qu’il s’approche avec détermination, mais il ignore mon geste. Avant que j’aie pu anticiper son action, il me soulève du sol pour me balancer sur son épaule comme un démon de Neandertal et fait demi-tour afin de m’emmener dans sa tanière.
Un Vertueux dominateur, tiens donc ! Il est de plus en plus intéressant. Sa main s’engouffre sous le peignoir pour se positionner sur la rondeur de mes fesses nues, qu’il pince au passage pour me punir de l’avoir fait languir – et sans doute aussi parce que je n’ai pas mis de culotte sous ma robe pendant notre rencard. Un gloussement m’échappe à mon insu et je lui claque le cul en guise de réponse. Je l’entends soupirer. Je peux me tromper, mais j’ai la sensation qu’il est un peu stressé. Serait-il en proie à la pression de la performance ?
— As-tu déjà couché avec une Pécheresse, docteur Drake ? roucoulé-je en lui pétrissant le postérieur sans retenue.
— Une Enragelée. J’ai été passablement traumatisé, confesse-t-il en franchissant le seuil de la porte de sa chambre.
— Mmmh, pourquoi ça ?
— Ce n’est pas le moment d’évoquer cet incident.
— Trop tard, tu as piqué ma curiosité d’Équitale.
Il me jette sur son lit avec une rudesse précipitée. Dix secondes plus tard, il est au-dessus de moi, en appui sur ses bras tendus, son regard brillant niché au fond du mien. Je commence à déboutonner sa chemise en me mordillant la lèvre.
— Allez, fais-moi part de tes petits déboires intimes, Aramiel. Rien ne peut me choquer.
— Tu vas te foutre de moi, grommelle mon futur amant.
— Mais non, affirmé-je en le dépouillant de sa chemise.
Son torse finement musclé est aussi appétissant que je l’imaginais. Miam !
— Je n’ai jamais raconté ça à personne. Tu promets de ne pas te moquer ?
Faisant courir mes doigts sur ses flancs nus, je hoche la tête en adoptant une mine sérieuse. Mais intérieurement, je rigole déjà.
— Quelques mois après mon divorce, j’ai rencontré une Enragelée en discothèque ; on fêtait l’enterrement de vie de garçon d’un collègue, explique Aramiel en dénouant la ceinture de mon peignoir. Une superbe brune, comme toi. Elle m’a assuré qu’elle n’avait pas connu beaucoup d’hommes. Elle paraissait assez douce, presque timide. En réalité, c’était une folle furieuse au lit.
Seigneur, la loose, dire qu’il s’est fait avoir par ce subterfuge à deux Fourches ! De nombreuses Pécheresses jouent les saintes-nitouches pour attraper les nigauds Vertueux dans leur toile.
— Qu’est-ce qu’elle t’a fait, doc ? l’encouragé-je en débouclant la ceinture blanche de son pantalon.
— Elle m’a dévoilé des penchants désarmants pendant nos ébats. Je n’avais pas l’habitude. Elle voulait que je l’insulte de tous les noms et que je lui crie des mots crus. Elle me mordait, me pinçait et me griffait partout, jusqu’au sang. J’ai eu droit à des fessées très vigoureuses aussi. (Jusque-là, rien de surprenant de la part d’une femelle alpha.) Je me suis plié au jeu des insultes, ça mettait du piment dans ce contexte ; les morsures, les pincements et les griffures, je pouvais gérer également, je ne suis pas particulièrement coincé… Sauf que ce n’était pas un jeu pour elle. Au comble de l’excitation, elle m’a giflé méchamment à plusieurs reprises pendant l’acte et m’a flanqué un gros coup de genou dans le ventre. Elle voulait me faire couler de la cire brûlante sur le torse, m’attacher les mains, me bâillonner, bref, des pratiques de soumission auxquelles je n’adhère pas. Un cauchemar. Elle avait une attitude presque… masculine. Le point culminant de cette nuit abominable a été le moment où elle s’est absentée de la chambre. J’allais battre en retraite pendant ce temps-là, mais je n’ai pas été assez rapide. Au moment où je finissais de me rhabiller, elle est revenue dans la pièce sous sa forme démoniaque en brandissant une carotte géante de trente centimètres de long qu’elle avait ramenée de la cuisine. Je lui ai opposé un refus catégorique, décrète-t-il avec gravité.
— Ah ? La carotte était pour elle ?
— Non, Myrina. Pour moi.
Un fou rire irrépressible me submerge. Aramiel fronce les sourcils et pince les lèvres, joues empourprées d’embarras. N’est-il pas adorable ?
— Tu m’avais promis de ne pas te moquer.
— Excuse-moi, dis-je en ouvrant la fermeture Éclair de son pantalon et en le descendant sur ses hanches. Elle est… mignonne, ton histoire.
— Qu’y a-t-il de mignon dans le fait que j’ai failli être violé par une carotte ?
Mon hilarité redouble. J’en ai les larmes aux yeux, il va m’achever. Un Altrusite vexé en boxer, c’est tordant, je vous jure !
Oh merde, il va quand même falloir que je me calme si je veux le faire de nouveau bander, parce que là, ce n’est pas gagné. Mais j’ai confiance en moi pour résoudre ce problème. Comme dirait Barney Stinson dans How I Meet your Mother : « Challenge accepted ! »
Une main entre ses pectoraux, je le pousse sur le côté pour l’inciter à rouler sur le dos. Dans ma rotation, les pans de mon peignoir s’écartent et mes seins s’échappent joyeusement de leur carcan, ce qui attire immédiatement le regard d’Aramiel sur eux. Je m’incline vers lui, effleurant sa peau de mes pointes et enroulant ma jambe autour de la sienne. Mes doigts sinuent le long de son torse jusqu’à son ventre contracté. Je lèche le lobe de son oreille avant de lui susurrer :
— Ne t’inquiète pas, docteur Drake. Je ne suis pas fan des carottes. Les courgettes, en revanche…
— Myrina, me gronde-t-il en me fusillant des yeux.
Je lui adresse un clin d’œil coquin et enfouis ma main dans son boxer. Ah, une semi érection, je suis sur la bonne voie. Je l’empoigne fermement au niveau de la garde et imprime un mouvement de va-et-vient paresseux en clouant mon regard enfiévré dans le sien. Il durcit entre mes doigts jusqu’à atteindre une taille tout à fait satisfaisante pour ce que j’ai ensuite en tête. Il empaume mon sein et le malaxe avec force. J’accélère la cadence autour de sa queue. Un premier gémissement vrombit dans sa gorge, je l’étouffe en l’embrassant passionnément. Sa main délaisse mon globe afin de se glisser entre mes cuisses, ce qui n’est pas pour me déplaire. Il trouve direct mon clitoris et le stimule délicatement avec son majeur, ni trop fort, ni pas assez. Voilà un des avantages d’avoir un amant qui a étudié l’anatomie, et je suis convaincue qu’il y en a plein d’autres.
Un instant plus tard, je baisse son boxer et enfourne sa verge dans ma bouche sans lui laisser le temps de reprendre sa respiration. Désormais, il est très dur et moi, très mouillée. Pendant que je le suce, il se tortille en tirant sur mon peignoir pour me dénuder. Sa main revient se réfugier entre mes jambes et il me pénètre avec son pouce, frictionnant mon point G avec le bout de son doigt. Ah, c’est si bon ! Je me cambre en prenant son sexe plus loin dans ma bouche. Il râle en soulevant les hanches du lit tandis que je m’empale plus violemment sur son pouce en remuant le bassin, jusqu’à faire craquer son poignet. Nous nous enflammons à l’unisson.
Mais je pense qu’on va écourter les préliminaires, car j’ai accumulé une telle frustration sexuelle que je suis déjà au bord de la rupture. Je le lui fais comprendre d’un simple regard, qui doit hurler « Baise-moi » car Aramiel m’agrippe par le cou et m’oblige à reculer la tête pour délivrer sa queue. Trois secondes plus tard, il me renverse sur le dos et s’allonge sur mon corps en abritant son visage dans mon cou. Il me butine la gorge de baisers, léchant et mordillant ma peau frémissante. Mes mains se referment sur ses fesses, mes cuisses s’ouvrent pour lui, et nous nous sourions, haletants tous les deux.
— Donne-moi donc toute la pénétrance que tu as, Aramiel, chuchoté-je d’une voix suave en frottant mes replis le long de sa verge palpitante.
Il plonge sur ma bouche pour me rouler une pelle fougueuse et, je suppose, me faire taire.
Puis il s’enfonce en moi avec lenteur.
Et là, une douleur épouvantable implose sous mon crâne comme si on perforait mon cerveau avec un pieu. Ma vue se brouille et mes tympans bourdonnent. Un couinement désarticulé fuse de mes lèvres tandis que mes yeux roulent dans leurs orbites.
— Myrina ! braille mon amant en encadrant mon visage entre ses mains. Qu’est-ce que tu as, ma belle ?
Au moment où je comprends avec détresse que Kelen ne m’a pas démarquée, je m’évanouis dans les bras d’Aramiel alors qu’il est encore en moi.
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