Myrina Holmes : version intégrale

Anna Triss · Chapitre 79 sur 132

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Myrina Holmes : version intégrale

Chapitre 30 : Pécher par procuration

 

« Il n’est d’engagements sacrés que ceux du cœur. »

Madame de Girardin, Monsieur le marquis de Pontanges

 

Myrina

Je me réveille avec une furieuse envie de faire l’amour couplée à un désir inhabituel de traîner au lit toute la matinée – alors que j’ai un million de choses cruciales à faire – et, surtout, à une faim du tonnerre. Mon estomac gargouille bruyamment comme si je n’avais rien mangé depuis des jours. Je m’enverrais bien un petit-déjeuner de championne, composé d’une dizaine de crêpes nappées de chocolat et de chantilly. De gaufres. De pancakes. De gâteaux. Bref, un buffet à volonté pour recharger les batteries avant la journée marathon et tendue du string qui s’annonce.

Émergeant des vapeurs bienfaisantes du sommeil, je bâille à m’en décrocher la mâchoire et m’étire de tout mon long, faisant craquer les os de mon dos courbatu par nos galipettes de la veille sur le piano. Mon regard bifurque par réflexe vers la baie vitrée. Les premières lueurs du jour pointent à l’horizon en saupoudrant le ciel d’Infernum de jolis reflets pourpres. Le Vésave baigne encore dans un cocon d’ombres qui lui insuffle une aura menaçante. En cet instant, je ne pourrais dire si je préfère le monde des démons ou la Terre. Jusqu’à récemment, je ne me voyais pas revenir habiter sur Infernum, mais la donne a changé… Après tout, pourquoi ne pas envisager de vivre ici, un jour ? Ce sont mes terres natales, mes racines. Et cette idée présente quelques avantages… J’y réfléchirai plus tard, ce n’est pas le moment.

Mon attention revient sur mon compagnon à ma droite dans le lit. Couché sur le flanc, Kel me tourne le dos. Il dort encore, le drap entortillé entre ses grandes jambes épaisses, la tête enfouie dans son oreiller moelleux. Mes yeux mi-clos glissent avec approbation le long de son dos bronzé, jusqu’à ses fesses rondes, étroites et musclées absolument divines qui semblent appeler mes mains et m’implorer de les croquer à pleines dents. Je m’extasie devant la vision qui attise ma fièvre matinale, la Luxure supplantant largement la Paresse et la Gourmandise. Ma faim de chère est supplantée par ma faim de chair. Mon énergie Stuprène a aussi besoin d’être ravitaillée, car je me dois d’être dans une forme optimale afin de mener ma mission à bien. Et je n’aurai aucune pitié : je ne le lâcherai pas avant d’avoir obtenu ce que je brigue. Il ne s’est pas gêné pour me réveiller l’autre fois avec le même objectif, alors croc pour croc ! Pour reprendre ses affirmations : le sexe matinal, c’est le meilleur.

Seigneur, même son odeur m’invite à enfreindre la moralité et à me vautrer dans le vice. Ses phéromones d’incube sont pourtant en veille.

Je tends la main et fais courir la pulpe de mes doigts sur mon territoire : sa peau chaude et douce. Il ne tarde pas à gigoter en grognant de protestation, comme si je le chatouillais… ou l’enquiquinais. Tsssss, il oublie qu’il m’appartient, ce con. Quel caractère de merde, pensé-je en soupirant, captivée par son corps dont je voudrais ne faire qu’une bouchée.

Tiens, j’ai des pulsions cannibales maintenant ?

— Bonjour, mon beau brun ténébreux, chantonné-je doucement en lui caressant les fesses.

Kelen se décale au bord du lit pour échapper à mes mains. Je ricane en mon for intérieur. Quand je vais passer à la vitesse supérieure, il arborera une tout autre attitude.

— Beaucoup trop tôt, assène-t-il d’une voix râpeuse, étouffée dans son oreiller.

Mais cet allumeur à deux Fourches m’aguiche à me repousser ! Réduisant la distance qui nous sépare, je colle mes seins contre son dos en enlaçant son torse, puis je love ma figure dans le creux confortable de sa nuque, sniffant son parfum envoûtant. Je lève une jambe territoriale et l’enroule autour de sa cuisse. Cet amas de chair fraîche appétissante est à moi, rien qu’à moi ! Lorsque je pense à toutes les salopes qui ont mis leurs sales pattes sur mon mec, j’ai envie de les retrouver une à une et de les hacher menu avec mes griffes et mes dents. Dommage que j’aie incinéré son carnet de conquêtes, je m’en serais servi pour concrétiser ma vendetta. Mais c’est fini, les aventures Willesques ! Je suis la seule femme qui ai le droit de le toucher de la sorte. Hum, je devrais peut-être le droguer avec le sédatif spécial CIT et tatouer mon nom au-dessus de son pubis pendant qu’il comate, juste au cas où ?

N’importe quoi ! Je n’ai pas à manquer de confiance en moi, puisque je sais pertinemment ce que je représente pour lui. Il me trouve irrésistible – et je vais le prouver dans une minute. En toute modestie, je crois qu’il a raison. Ce que j’aperçois dans le reflet du miroir me plaît, en règle générale. J’adore mes grands yeux violets, mes cheveux bruns aux mèches argent, mon visage aux traits fins, et je suis plutôt satisfaite de ma silhouette bien proportionnée. On ne va pas se mentir, je suis une démone canon. Merci à mes parents pour m’avoir transmis ces gènes-là.

Tu débloques, Myrina Holmes, siffle une petite voix sévère dans ma tête. Tu t’entends penser depuis quelques minutes ? La possessivité, la jalousie, l’arrogance ? On dirait Kel !

Ah oui, pas faux. Je hausse les épaules en décidant d’analyser ça plus tard. Vive la procrastination ! Tout ce qui compte là tout de suite, c’est mon entrejambe.

— Mmmh, tu sais que tu es l’homme le plus sexy que j’aie jamais vu ? susurré-je en faisant vadrouiller mes mains sur ses muscles saillants, flattant son orgueil pour obtenir ce que je souhaite.

— Oui, oui, je sais, répond-il avec un soupçon d’agacement. Laisse-moi dormir encore une heure ou deux, je suis claqué.

— Rien à foutre, murmuré-je en malaxant ses… mes pectoraux. J’ai très envie de te baiser, j’ai la chatte en feu.

À mes mots crus, son corps se contracte contre le mien et un petit grondement fauve vibre dans sa gorge. Très bien. J’étais sûre qu’il réagirait à mes paroles obscènes. J’ai l’intention de l’émoustiller jusqu’à ce qu’il me saute dessus ou, mieux encore, m’invite à le chevaucher en mode cow-girl.

Je dissémine une ribambelle de baisers lascifs dans son cou avant de remonter mes lèvres afin de lécher, téter et mordiller son délicieux lobe d’oreille. Kelen soupire profondément au moment où ma main déterminée descend sur ses tablettes de chocolat et se referme autour de son érection d’une dureté tout à fait encourageante. Je le sens nettement moins fatigué, tout à coup.

— Myrina, j’ai… quelque chose à te dire, halète-t-il tandis que je masse fermement sa queue brûlante dans mon poing.

— Plus tard, Wills, rétorqué-je en accentuant mon mouvement de va-et-vient.

Tout en m’occupant de lui, je me déhanche, frottant mon bas-ventre humide contre son postérieur pour essayer de soulager un peu la pression qui pèse dans le centre de ma féminité. Les pointes de mes seins, écrasés contre ses omoplates, sont aussi dures qu’une paire de diamants.

— C’est… assez… important. Putain ! jure-t-il entre ses dents en soubresautant quand j’effleure ses bourses de mes griffes.

— Plus important que ça ? minaudé-je en riant.

Il laisse retomber sa tête dans l’oreiller avec un gémissement sourd. Il va bientôt céder, je le sens. Nos libidos sont calées l’une sur l’autre. Je relâche la pression sur son sexe, assouplissant mon poignet et le masturbant avec beaucoup plus de langueur. Alterner la brutalité et la délicatesse, voilà la clé de la réussite pour rendre un homme fou de désir. Ça, et…

— Mon Kel, prononcé-je à son oreille d’une voix de velours, laisse-moi te sucer et t’avaler.

Il relève aussitôt le visage de son oreiller. Sa main vient se refermer avec autorité autour de la mienne, interrompant ma stimulation charnelle, et il bascule sur le dos afin de pouvoir me regarder en silence. Ses traits sont froissés par un dilemme que j’ai du mal à comprendre. Ses yeux étincellent comme des onyx. Lorsqu’il se mord la lèvre inférieure en fixant ma bouche, je constate que ses crocs sont aussi apparents que les miens. Je m’humecte les lèvres. Par Satan, son hésitation singulière m’excite encore plus. Ce n’est plus un feu que j’ai entre les jambes, c’est un incendie. Je dégaine l’argument ultime en déposant un baiser transpirant de tendresse sur ses lèvres. Détachant lentement ma bouche de la sienne, je plante un regard passionné dans le sien pour tenter de lire en lui. Une pensée étrange me traverse l’esprit à cet instant : Cette Traqueuse signera ma perte.

— Ok, puisque tu y tiens, fais-toi plaisir en me faisant plaisir, ronronne mon connard en croisant les mains derrière sa nuque avec désinvolture.

Il replie une jambe, exhibant fièrement sa virilité à la raideur impressionnante sans une once de pudeur. Je ne peux m’empêcher de sourire devant le tableau que m’offre ce mauvais garçon torride allongé dans son lit. Il soulève les hanches du matelas en haussant un sourcil : double provocation.

— Qu’est-ce que tu attends pour dévorer ma queue, petite nympho ? Que je te l’enfonce moi-même dans la gorge jusqu’aux amygdales ? me défie-t-il d’une voix rauque.

Il a gagné, je mouille encore plus.

— Veux-tu avec ou sans crocs ? m’enquiers-je avec amusement en me positionnant à genoux entre ses jambes, mes paumes épousant les contours de ses abdominaux.

— Avec, quelle question.

Je me penche docilement en avant, mais Kel me tapote la hanche et m’ordonne :

— Non, mets-toi sur le côté, que je puisse te caresser en même temps.

Il est mignon. J’apprécie particulièrement ce genre d’attention.

Je me place à la perpendiculaire de son corps alangui et laisse ma langue cajoler son érection sur toute sa longueur en guise d’introduction, de la base au gland. Mon Hybresang rassemble mes cheveux dans son poing afin de me dégager le visage et faufile son autre main entre mes cuisses.

— Par tous les enfers, mon petit chat, tu es inondée, ahane-t-il avec un violent mélange d’approbation et de désir.

Je hoche la tête en lapant le bout frémissant de son sexe. J’ai hâte qu’il se déverse dans ma gorge et étanche en partie ma faim. Pour votre culture générale, sachez que le sperme des incubes est beaucoup plus savoureux et sucré que celui des humains, âcre et salé. Ondine compare la substance laiteuse à une variété de piment doux enduit de miel. La nature étant bien faite, leur semence a des vertus aphrodisiaques et décuple l’orgasme en augmentant la production d’endorphines de la partenaire qui en est la « réceptrice ». Il paraît que le sperme des Stuprènes guérit instantanément les infections bénignes et les angines des humaines. Et celui de Kel est particulièrement bon, mais je ne suis peut-être pas très objective sur ce coup-là. Bref, c’est parti pour la fellation matinale qui précédera une baise fantastique !

Tout en maintenant notre contact visuel, j’enfourne sa hampe imposante dans ma bouche vorace en éraflant sciemment sa peau fine de la pointe de mes crocs. Les yeux de Kelen se révulsent un court instant avant de revenir dans les miens quand ma langue entre en action. Trois doigts s’immiscent entre mes replis, les écartent et investissent mon vagin pendant que son pouce s’agite sur mon clitoris. Je parie qu’on va jouir tous les deux très rapidement, vu notre état…

Je lui dirai quand nous aurons terminé. Oui, ce sera plus propice. Elle sera détendue après son orgasme.

Je bats des paupières. Kel n’a pas ouvert la bouche, mais j’ai l’impression de l’avoir entendu parler. Comment est-ce possible ? Suis-je à ce point épuisée ?

Merde ! Arrête de penser, Wills ! Focus ! Elle va calculer avant la fin de ta pipe !

Je lui expédie un petit regard interrogateur tout en poursuivant ma gâterie. Il me décoche un immense sourire innocent. Hum. C’est louche, ça. Aucune auréole dorée ne pourrait flotter au-dessus du crâne cornu de ce Pécheur. Enfin, uniquement cornu. Son crâne de licorne, quoi.

Il pousse un soupir énervé en fourrant ses doigts en moi le plus loin possible. Je geins contre son sexe, terrassée par un afflux de sensations inouïes, écartelée entre douleur et plaisir.

Bordel, encore cette histoire de licorne ! Si ça ne venait pas d’elle, je débanderais direct !

Mais qu’est-ce que… Mes yeux écarquillés comme des ronds de flan se rivent sur la marque rouge de ma morsure sur sa gorge, que je n’avais pas remarquée jusque-là. Une bouffée de panique monte en moi à cette vue.

MAYDAY ! MAYDAY ! ELLE EST EN TRAIN DE CAPTER !

Je recule brusquement en plaquant une paume sur ma bouche pour contenir un cri d’horreur. Kelen me lance un regard soucieux alors que, de l’autre main, je palpe mon propre cou.

Un sceau démoniaque. Oh. Mon. Dieu !

J’ai l’impression que le plafond me tombe sur le crâne. Ça explique tout ! Nos âmes et nos esprits sont connectés !

Tâchons de relativiser, cela aurait pu être pire. L’effet de surprise aurait pu engendrer de lourdes conséquences : ses crocs de démone côtoyaient mon organe le plus vital.

— Mais… mais… comment… que…, bégayé-je, ahurie.

— Surtout, garde ton calme, ma chérie, énonce-t-il d’un ton mielleux alors que son air n’est pas dénué de nervosité. Respire un coup, termine de me sucer et on en discute ensuite.

GARDER MON CALME ET CONTINUER À LUI POMPER LA CORNE ??? VA CREVER, CONNARD !

— Mais non, tu dramatises, réplique-t-il avec un geste évasif de la main pendant que j’hyperventile. En outre, si je crevais, tu en souffrirais très probablement un chouia.

— Nous… nous nous sommes…

— Marqués, confirme Kelen dans mon esprit.

— Et tu entends…

— Tes pensées. Et toi les miennes. Nous sommes également liés par télépathie. Super nouvelle, n’est-ce pas ? songe-t-il avec un sourire pincé.

— SUPER NOUVELLE ? TU TE FICHES DE MOI ? hurlé-je en serrant les poings, ivre de colère et de terreur.

— Allons, Myrina, tu connais la chanson : contrôle tes émotions, elles me mettent les nerfs en pelote.

— Va te faire foutre, Kelen ! Je n’en reviens pas ! Comment as-tu pu laisser une telle chose se produire ? l’accusé-je en le mitraillant du regard.

— Hé ! C’est toi qui m’as mordu la première. Je n’ai fait que te rendre la politesse.

— Mais je n’étais pas moi-même !

— C’était instinctif, mon petit chat. Nous n’aurions pas pu empêcher ce phénomène, il était inéluctable. Ton subconscient a fait son choix. Cela fait un moment que je te répète que nous sommes des âmes sœurs. En voilà la preuve formelle, clame-t-il en désignant son sceau, puis le mien.

Je me cache le visage entre les doigts, envahie par une vague de désespoir qui balaye tout sur son passage. Je suis clairement dépassée par les événements. C’est un engagement si puissant, qui implique tant de contraintes ! Je ne suis pas prête à l’assumer. J’avais déjà parcouru un sacré chemin en admettant mes sentiments pour lui et en devenant sa compagne, sauf que là… nous avons encore brûlé toutes les étapes et je me retrouve devant le fait accompli à cause de ma bêtise. Si j’avais le même pouvoir que lui, je me téléporterais à l’autre bout du monde.

Il s’assoit sur le matelas, agrippe mes poignets et écarte mes mains. Ses pouces appuient sur mon pouls qui palpite à toute allure. Une expression presque solennelle imprègne son visage.

— Myrina, tu n’as pas à avoir peur, s’efforce-t-il de me rassurer. Ne considère pas notre marquage comme une contrainte, mais comme un avantage. Il ne s’agit pas d’une chaîne qui te privera de ta liberté, il s’agit d’une parure en or massif qui renforcera notre amour et augmentera nos puissances respectives. Nous serons tous deux plus forts ainsi, crois-moi.

À l’heure actuelle, le seul avantage que je vois, c’est qu’il ne pourra pas rompre notre « clause d’exclusivité » et coucher avec d’autres femmes. Oh ! Mais au fait, et si je l’avais marqué par accident pour de mauvaises raisons ? La possessivité ? La jalousie ? La crainte de le perdre ?

— Non, tu as fait cela pour de bonnes raisons, n’en doute pas. Par amour en premier lieu, mais aussi parce que tu avais pleinement confiance en moi suite au récit de mon passé. Et je te le redis, je ne t’aurais jamais trompée, même sans marquage, assure-t-il mentalement.

Il est sincère, c’est une évidence que le sceau me révèle. Mais c’est tellement flippant qu’il soit greffé dans ma tête ! C’est une nouvelle forme d’intimité, encore plus consistante que l’union de nos corps.

— Kel, je ne veux pas perdre mon identité et mon indépendance. Je veux ressentir mes émotions. Conserver mes pensées, contré-je d’une voix penaude.

Il déplace les mains le long de mes bras couverts de chair de poule jusqu’à mes épaules, traçant des cercles sur ma peau nue afin d’apaiser mon tumulte intérieur. Je m’égare dans son regard mordoré, en quête de miettes de réconfort.

— Tu ne perdras ni ton identité ni ton indépendance. Nous allons continuer à nous reposer l’un sur l’autre et apprivoiser notre lien pour en tirer le meilleur. Plus tu auras peur, plus il se dérobera à nous comme une bête indomptable. Tu dois avant toute chose l’accepter pour le canaliser et révéler tout le positif de son potentiel, mon petit chat. Lutter contre lui n’amènera rien de bon. Nous pourrons doser la sensibilité de notre lien en travaillant dessus ensemble.

Contrairement à moi, le Pécheur ne redoute pas les conséquences du marquage réciproque. Il est serein à ce sujet. Cependant, j’éprouve quand même la tension secrète qui le tenaille. Sa plus grande angoisse est que je m’enfuie et que je l’abandonne. Car il est conscient que l’idée m’a frôlée et qu’elle s’accroche toujours dans un coin obscur de mon esprit.

— Le… le processus est irréversible, Kel ?

Il acquiesce sans un mot, ses yeux dans les miens.

Et je sais qu’il ne ment pas, cette fois. 

En revanche, pour ne pas changer, je ne sais pas du tout comment je vais gérer cette situation.

***

Kelen

Elle a pris ses distances, comme je m’y attendais. Elle s’est enfermée dans la salle de bains depuis une heure. Malgré mon inquiétude croissante, je n’ai pas tenté de la suivre, car j’ai perçu son besoin de solitude et d’introspection. Je suppose que je dois la laisser respirer et lui accorder le temps d’intégrer le double marquage. Cela me démange les écailles d’écouter ses pensées, mais je me suis abstenu. On devrait me remettre une médaille pour cela, ce n’est pas mon genre d’être aussi bienveillant.

Après avoir petit-déjeuné en matant le journal télé, j’allume mon deuxième portable – celui que j’utilise pour mes affaires officieuses – et appelle le numéro obtenu auprès de Donovan Gerone au Blood and Flesh Club. On décroche au bout de deux sonneries.

— Oui ? dit une voix masculine au timbre grave.

— Thanatos ?

— Lui-même. À qui ai-je l’honneur ?

— Monsieur Jericho Baron. J’ai eu votre numéro par l’intermédiaire de…

— Gerone, complète le mystérieux démon à l’autre bout du fil. (Putain, je ne supporte pas qu’on me coupe la parole, ça commence mal.) Il m’a prévenu pour votre prise de contact. Votre profil est intéressant, mais je n’aime pas parler au téléphone. Vous êtes disponible aujourd’hui pour qu’on se rencontre ?

Non, abruti ! J’ai un emploi du temps de Fédérateur, mais j’ai un monde et une belle-sœur à sauver.

— Tout à fait, mens-je tranquillement. Quelle heure, quel endroit ?

— Je vous envoie les infos par SMS, dit-il avant de raccrocher.

Je décolle le portable de mon oreille en grognant. Je hais les Révoltés autant que les Cardinaux.

D’autant plus qu’à cause de cet enfoiré, je vais être obligé de me reteindre les cheveux en blond.

 

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