Sept ans en Afrique Occidentale

Pierre (Pierre Bertrand) Bouche · Chapitre 24 sur 31

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Sept ans en Afrique Occidentale

Chapitre XVII

EXCURSIONS.

 

Dans le chapitre précédent, j’ai raconté avec quelques détails un voyage que je fis moi-même. Dans celui-ci, j’analyserai ce que d’autres missionnaires ont raconté de leurs excursions. Revenant de l’ouest à l’est, nous nous arrêterons à Agoué pour suivre le Père Ménager à Akrakou. A Porto-Novo, nous suivrons le Père Poirier à Sakaté, et le Père Courdioux à Okiadan. Enfin, de Lagos, nous verrons le Père Borghéro aller reconnaître le Jébou et Abéokouta; nous verrons aussi les missionnaires catholiques s’établir dans cette grande ville.

 

AKRAKOU.

J’étais encore à Agoué, lorsque le Père Ménager fit une excursion à Akrakou, ville de deux à trois mille âmes, située au nord-est d’Agoué. Parti à six heures du matin, notre excursionniste traversa la lagune en pirogue, et se mit ensuite dans son hamac porté par deux noirs vigoureux. «Doucement balancé sur leurs fortes épaules, écrivit-il à ses parents, je laissai avec bonheur mes pensées se reporter aux belles et fraîches matinées d’été et de printemps passées auprès de vous. Des centaines d’oiseaux au brillant plumage et au chant varié animaient gaiement cette nature parfois si sauvage, à laquelle la main de l’homme n’a jamais disputé que quelques pieds de terre pour construire sa case. Chaque année, cette plaine se couvre d’une nappe d’eau. Récemment desséchée et engraissée par les détritus qu’y déposent les eaux limoneuses, elle offrait le spectacle d’une végétation des plus luxuriantes…

«Il est près de dix heures. Nous arrivons à Akrakou. On entre dans la ville par un petit chemin qui conduit directement à la maison du cabécère…

«Je témoignai le désir de visiter la ville. Le cabécère fit porter devant moi son bâton, et je parcourus ainsi, suivi des grands et de la foule, les rues tortueuses et étroites d’Akrakou. Au fond d’une grande place, se dresse, environné de hauts et magnifiques arbres, le seul monument de la cité; c’est une vaste maison ouverte où le roi rend la justice devant son peuple.

«A Akrakou, on se sent déjà à l’intérieur. La végétation est toute différente.»

Avant de repartir, le Père Ménager visita la foire. Elle se tient à quelques minutes de la ville, près d’une lagune dont les eaux coulent vers Grand-Popo ou Agbananquein.

Le Père Ménager rentra à Agoué à huit heures du soir environ, harassé de fatigue, mais très-satisfait. Nous nous disions combien il serait avantageux de relier Agoué à Akrakou par un canal.

 

OUÉMÉ—SAKÉTÉ—OKIADAN.

De Porto-Novo, les missionnaires ont visité Ouémé, à l’ouest; Aggéra et Sakété, au nord; Okiadan, au nord-est.

 

OUÉMÉ.

En 1868, j’allai de Porto-Novo à Ouémé, avec M. Courdioux, non en touriste, mais en qualité de chirurgien militaire. Notre but était moins d’explorer le pays que de porter nos soins à de malheureux blessés. La guerre avait éclaté entre le roi de Porto-Novo et la province de Ouémé, à l’occasion d’un cabécère que le roi voulait imposer à Ouémé et que Ouémé refusait d’accepter. Or, dans une rencontre, plusieurs soldats de l’armée du roi tombèrent blessés sur le champ de bataille. On les portait à l’hôpital de la mission comme on les avait relevés, sans songer à étancher le sang; en sorte qu’ils nous arrivaient épuisés, perdus. Cela me donna l’idée d’aller où l’on se battait, afin de faire un premier pansement. J’avoue que j’étais curieux aussi d’assister de près aux opérations d’une guerre en pays nègre.

Nous partîmes vers onze heures, et nous essuyâmes en route une tempête si violente que M. Courdioux avait ses bottes remplies d’eau. Partout nous rencontrions des hommes armés qui allaient et venaient; des femmes chargées de butin s’en retournaient vers Porto-Novo. Tous nous acclamaient. Nous traversâmes une forêt, et nous arrivâmes au milieu des combattants, après trois heures de marche. Une escouade d’hommes, embusquée derrière les buissons, faisait feu dans la direction du fourré. L’ennemi n’était point là, nous dit-on, mais on tirait pour l’avertir que l’armée du roi ne s’était pas repliée en arrière.

Aussitôt que le monarque fut informé de notre présence dans le camp, il nous manda auprès de lui. Nous le trouvâmes assis au milieu de ses femmes. Les troupes formaient la haie, tandis que les deux généralissimes couchés à plat ventre débitaient des louanges au vainqueur. «Tu es un grand roi, disaient-ils; on ne résiste pas impunément à tes volontés. Les rebelles sont châtiés; leurs villages sont détruits… etc., etc.» Le monarque nous tendit la main avec fierté, nous fit porter des siéges et servir de bon vin de Bordeaux, qu’il n’avait eu garde d’oublier dans son palais. Naturellement nous bûmes à la gloire du puissant potentat.

La Providence bénit nos efforts; nous eûmes le bonheur de faire couler l’eau sanctificatrice du baptême sur le front de plusieurs mourants.

Les blancs ne sont pas tenus en chartre privée à Porto-Novo comme au Dahomey; ils peuvent circuler sans trop de difficultés dans les environs. Peu de missionnaires passent plusieurs mois dans cette station sans visiter Aggéra. Cette ville, importante par ses marchés, est située à deux heures de Porto-Novo, dans la direction du nord. Les communications avec l’intérieur y sont faciles; mais il n’est pas permis aux blancs d’y fixer leur résidence. On les accueille bien, on est prévenant pour eux, on leur fait mille promesses: c’est tout.

L’étroit sentier qui court de Porto-Novo à Aggéra traverse une plaine cultivée en partie, et en partie couverte d’herbes et parsemée de palmiers.

L’air est plus sain à Aggéra qu’à Porto-Novo; les habitants y jouissent d’une plus grande longévité.

Au delà d’Aggéra on rencontre immédiatement une lagune, dont les eaux inondent une forêt épaisse qui couvre la rive opposée.

Généralement les blancs s’arrêtent à cette lagune. M. Poirier est allé jusqu’à Sakété, afin de reconnaître ce que les noirs appellent les montagnes de l’intérieur.

 

SAKÉTÉ.

Après avoir traversé la lagune en pirogue, M. Poirier gravit une petite colline au haut de laquelle se trouve un village. «Le chef se nomme Iangran; c’est un prince de la famille royale de Porto-Novo»; un de ces ahovi ou princes des mattes dont nous avons déjà parlé. Les princes, d’après le droit coutumier du pays, ne peuvent résider dans la capitale. Ils se fixent à la campagne, où ils deviennent de petits tyranneaux, redoutés à cause de leurs exactions et de leur cruauté. Les têtes accrochées aux arbres montrèrent au missionnaire que Iangran méritait la réputation faite aux ahovi.

Deux haltes, l’une à Lakké, l’autre à Cougé, permirent au touriste de reprendre haleine. Il n’aperçut Sakété qu’au déclin du jour.

Dans cette région, les arbres atteignent des proportions colossales; on rencontre des pierres sur le chemin. «Au milieu d’une terre rouge mêlée d’argile, on trouve d’énormes blocs isolés. Ce granit, d’une substance jaune, semble être d’origine volcanique. Après avoir dégagé un bloc de la terre qui l’entoure, les noirs l’exposent au feu; et dès qu’une fente se déclare, ils y enfoncent des coins de fer.» Ce mode d’extraction est long et pénible; mais c’est le seul possible à des gens privés d’outils et ignorant l’art du mineur.

M. Poirier obtint, non sans difficultés, une audience du roi. Sa Majesté, comme tous ses congénères, se montra prodigue de compliments et de promesses.

Les maisons de Sakété sont isolées et protégées par des buissons, des arbustes ou de petits bosquets, qui servent, en temps de guerre, de véritables retranchements. J’ai remarqué des habitations fortifiées ainsi aux environs de Porto-Novo, particulièrement au levant, du côté de Ouéké.

 

OKIADAN.

Okiadan se trouve au nord de Badagry, sur le bord de l’Ocpara, grande rivière qui déverse ses eaux dans la lagune. MM. Courdioux et Verdelet voulurent visiter cette ville; mais ils ne purent s’y faire autoriser. Nous ne répéterons pas ce que nous avons rapporté de leur excursion, à propos du tatouage (chap. II).

Les Anglais, par un traité du 4 juillet 1863, promirent leur protectorat à Okiadan. De leur part, les chefs de cette ville avaient promis de s’inspirer de la politique britannique dans leurs relations avec les tribus voisines. Ils s’engageaient, en outre, à empêcher sur leur territoire les opérations de la traite et à favoriser les promoteurs du commerce légal, à quelque nation ou tribu qu’ils appartinssent.

 

JÉBOU.

Le Jébou se trouve à l’est de la colonie de Lagos. Il a une population de plus de 400,000 habitants, et est partagé pour l’administration en deux parties: le Jébou-Rémo et le Jébou-Odé. Odé est le siége du gouvernement général et la résidence de l’_awajali_, souverain de la nation.

Les Jébous sont rudes et violents dans leurs manières. Ils tentèrent d’abord de ruiner Abèokouta, puis en devinrent les alliés. L’islam a fait des progrès parmi eux.

M. Borghéro voulut pénétrer dans leur pays en avril 1864. «Depuis ces dernières années, a-t-il écrit, les Jébous ont adopté pour politique l’exclusion de tous les étrangers. Ils vivent, du reste, dans un isolement complet; leur roi s’enveloppe de tant de mystère qu’il est invisible même pour ses propres sujets. Si quelque circonstance le force à communiquer avec eux, il ne le fait qu’à travers un voile qui le dérobe à leurs regards.

«Je fus reçu à Épé par le chef militaire qui porte le titre de possou. Dans sa simplicité patriarcale, il m’accueillit très-gracieusement; mais il ne voulut jamais me permettre d’aller à Odé, ni de séjourner à Épé plus de quelques jours.»

Épé est la ville la plus importante du Jébou. Elle se compose de la ville haute, située sur un petit plateau, et de la ville basse qui borde la lagune. Les Anglais voulurent s’emparer d’Épé, il y a quelques années. Possou les laissa débarquer, puis les reprit en flanc et les rejeta sur la lagune, en leur infligeant des pertes qui les ont rendus plus circonspects. Le major qui commandait la compagnie de débarquement reçut une balle au visage.

«Les lagunes, à l’est de Lagos, diffèrent notablement de celles qui sont à l’ouest. En général, les premières sont beaucoup plus larges, quoique sur quelques points elles se rétrécissent et n’offrent plus qu’un étroit canal. Au lieu d’avoir, comme les autres, des bords inaccessibles, la terre est ici séparée de l’eau par des arbres souvent gigantesques, dont la variété et la forme offriraient au botaniste un sujet intéressant d’étude.

«Nous partîmes (en pirogue) vers onze heures du matin, et nous arrivâmes en vue de Lagos le lendemain matin, 23 avril.» (BORGHÉRO.)

 

ABÈ-OKOUTA.

A Lagos nous sommes déjà dans le pays que les voyageurs et les géographes anglais, après les Arabes, appellent Yarriba ou Yorouba. Les indigènes, eux, le nomment Nagos. Quelquefois, il est vrai, on les entend parler du Yorouba; mais ils ne désignent sous ce nom que la partie la plus septentrionale des pays nagos. Ceux-ci s’étendent depuis le Barba (Bornou) et le Nufé, au nord, jusqu’à l’océan Atlantique, au sud; et depuis le Dahomey et Porto-Novo, à l’ouest, jusqu’au Bénin et au Niger, à l’est.

Abèokouta, capitale des Egbas, n’a pas moins de 200,000 habitants. Cette ville, plusieurs fois attaquée par le Dahomey, a toujours résisté avec avantage. Sa position centrale lui donne une grande importance pour le commerce de l’intérieur et pour la diffusion de l’Évangile et de la civilisation chez les Nagos. Nous y avons vu les Anglais s’y établir et s’en faire chasser. En 1880, les missionnaires catholiques y fondèrent une station. Accompagnons-les à Abèokouta.

On part de Lagos en pirogue dans la direction du nord, et l’on s’engage dans l’Ogoun. «Ce fleuve débouche dans le lac Corodou par un canal qui traverse un grand bois de palétuviers. C’est une étrange navigation que celle de ce canal. Représentez-vous des arbres dont les troncs, soutenus par de longues racines, ne commencent qu’à trois ou quatre mètres au-dessus de l’eau. De leurs branches descendent des filaments qui plongent au fond du fleuve par leur extrême pointe, et de là poussent un nouvel arbre. Multipliez ces arbres de manière à en former une forêt émergeant du lit même du fleuve, et vous aurez une idée de celle que nous allons traverser. C’est dans le dédale de ces racines qu’il faut naviguer, sous ces grottes découpées et fantastiques qu’il faut diriger la pirogue. A chaque pas vous rencontrez un nouvel obstacle; une racine descendue d’hier vous barre un passage jusque-là resté libre. Que de manœuvres pour vous frayer une route! Vous avancez à la faible lueur d’une lanterne; l’écho répète les cris des piroguiers; d’autres voyageurs, embarqués comme vous sur le canal, demandent des renseignements pour se diriger; des oiseaux inconnus, effrayés de tous ces bruits, volent en désordre avec des cris sinistres, tandis que des singes de toute espèce, qui vous regardent, semblent se moquer de votre embarras.»

Au milieu de ce bois se trouve le village d’Agboï, où M. Borghéro passa la nuit du 4 au 5 mai 1864. Il faut voir dans sa lettre (Annales de la propagation de la foi, t. XXIX, mars) combien il lui fut difficile de trouver un gîte, et quel gîte! afin de prendre du repos.

«Nous nous mîmes en marche de grand matin, ajoute M. Borghéro, et, après deux heures de navigation, toujours à travers les palétuviers, nous entrâmes enfin dans le courant du fleuve.»

«A peine sortis du canal, dit à son tour M. Holley (août 1880), nous entrâmes dans un courant rapide qui s’élargit un peu. Les rives sont bordées de grands bombax, de vigoureux cotonniers qui servent d’appui aux lianes souples et élégantes. Çà et là des berceaux de fleurs rouges et blanches tapissent avec grâce ces géants de la lagune, et offrent un coup d’œil enchanteur. Sur ce fond de verdure, de végétation luxuriante, se détachent de nombreux palmiers nains dont la feuille contraste agréablement avec celle des autres arbustes.

«La navigation de l’Ogoun est très-difficile. Le fleuve, encaissé dans son lit, ronge ses rives limoneuses et mine la terre qui porte le bombax; l’arbre s’affaisse sous son propre poids, s’incline, tombe, et par sa chute barre le passage. C’est avec beaucoup de peine et de danger qu’on parvient à franchir ces obstacles, en passant tantôt au-dessous, tantôt au-dessus de ces troncs énormes. Les habitations sont rares le long de l’Ogoun, et le silence qui règne autour de vous donne au spectacle déjà si grandiose de ces bords une nouvelle majesté.» (BORGHÉRO.)

On rencontre, en remontant l’Ogoun, les villages d’Oricha, d’Ichéri, de Go-Houn, d’Obba, d’Oré et de Tekpana.

Ichéri fut dévasté, il y a quelques années, par les Jébous. Il se divise en deux quartiers, celui des Malais et celui des païens.

Go-Houn est sur la rive gauche du fleuve, à trente mètres environ à pic au-dessus du courant.

Obba ne présente que cinq ou six maisons.

Avant d’arriver à Tekpana, le pays change d’aspect. On quitte la contrée des Egbados, ou Egbas de la côte, et l’on entre dans celle des Egbas proprement dits. Ces Nagos, les plus renommés de tous, sont maîtres d’Abèokouta. Ils se sont adonnés à l’agriculture et au commerce; ils ont même quelques petites industries. Ils fabriquent des objets en terre cuite, en cuivre et en fer, des tissus de coton, des nattes et autres articles en filaments de palmier et en paille, etc., etc. Grâce à ce genre de vie et à ces occupations, les Egbas sont d’humeur pacifique. On aurait tort, néanmoins, de les croire dépourvus d’énergie et de courage.

A Titi, le courant, resserré entre les rochers qui encaissent le fleuve, est rapide et plein d’écueils.

Aro, lieu de débarquement pour Abèokouta, est un petit village situé un peu au-dessus de Titi.

La durée du trajet de Lagos à Abèokouta est de cinq jours environ.

Abèokouta signifie sous les rochers. Cette ville est bâtie sur la rive gauche de l’Ogoun, dont le cours forme une barrière naturelle contre les incursions du Dahomey, le grand dévastateur de ces régions. Elle est située par 7° 8′ de latitude nord et 1° 25′ de longitude est, en un lieu où se dressent des masses granitiques qui firent donner à la ville le nom qu’elle porte. Les débris de cent peuplades diverses vinrent là chercher un asile, vers 1820, alors que les guerres suscitées par la traite dévastaient les régions environnantes. Chaque peuplade garda son autonomie dans cette ville fédérative dont les quartiers divers portèrent les noms des villages abandonnés. On distingue encore à Abèokouta sept quartiers principaux dont les chefs portent le titre de roi: Alaké, Olowou, Olidomacpa, Iloungoun, Onitoko, Agoura et Onilado. Le chef principal est à Alaké. Tandis que les autres rois sont élus par leurs sujets, celui d’Alaké est élu par les agbalagba ou anciens, qui forment une espèce de sénat auquel on soumet les affaires importantes. La nomination du roi d’Alaké doit être ratifiée par tous les chefs d’Abèokouta.

Le bachoroun, premier ministre, tient les rênes du pouvoir exécutif. Les ogboni, organisés comme une loge maçonnique, forment un conseil dont les décisions s’imposent au souverain. M. Holley dit d’eux: «Ils sont les maîtres du pays, et passent pour posséder un secret: ce secret ne paraît être autre chose qu’une série de moyens connus d’eux seuls, propres à gouverner le noir, à l’exploiter et à paralyser chez lui l’influence européenne.»

Les ballogoun (chefs de guerre) ont naturellement aussi voix prépondérante dans les conseils de l’État. Leur crédit est d’autant plus grand qu’Abèokouta a continuellement besoin de se tenir sur la défensive contre des voisins remuants qui l’attaquent sans cesse. Partant, les ballogoun sont toujours sur pied.

Oro, le dieu policier, que nous avons déjà fait connaître, est à Abèokouta, très-illustre et très-puissant personnage.

Nous souscrivons sans hésiter aux observations suivantes de M. Borghéro: «L’influence du christianisme ferait des Egbas un grand peuple. Leur capitale est la porte du Sahara et du Soudan. Déjà les caravanes des Egbas poussent leurs communications jusqu’au lac Tchad et jusqu’à Tombouctou… S’ils étaient amenés à la civilisation chrétienne, quel ne serait pas leur bonheur sous un climat privilégié, dans un pays qui donne tout en abondance! Le sol s’élève graduellement, et présente, dans ce grand espace circonscrit par le cours du Niger, des plateaux où les richesses végétales rivalisent avec les richesses minérales, des collines et des vallées fertiles, sans chaînes de montagnes qui entravent les communications. Les géographes ont bien tracé sur les cartes de grandes chaînes qu’ils appellent montagnes de Kong, mais je me suis assuré que ces montagnes sont de simples plis de terrain. Que les Egbas subissent le joug pacifique de l’Évangile, et ils ne tarderont pas à constituer une grande nation qui réunirait les branches éparses des Nagos, et établirait des relations entre le golfe de Guinée, le cours inférieur du Niger et le Soudan.»