Si l'amour est un art: La Famille Sullivan, New York, tome 1 (French Edition)

Chapitre Neuf

 

 

Rosa n’avait pas pensé que les choses pourraient devenir plus compliquées. Cependant elle n’avait pas vu Drake Sullivan venir. Et elle n’avait jamais rencontré personne avec tant de passion qu’elle débordait. Non seulement sur ses carnets à dessin et sur ses toiles, mais aussi dans ses lasagnes alléchantes.

Et en particulier dans tous les regards pleins de désir qu’il lui avait adressés dans la cabane.

Elle n’avait jamais été aussi tentée par un homme auparavant. Elle pourrait si facilement se perdre en lui et oublier temporairement ses inquiétudes dans ses bras. Pourtant elle ne pouvait pas se le permettre. Et non parce qu’éviter de se lancer dans une relation potentiellement compliquée était la chose la plus importante à faire à ce moment-là.

Elle garderait ses distances, elle se menotterait elle-même à la vieille colonne de lit du motel s’il le fallait, parce qu’elle n’était pas assez bien pour lui.

Je ne suis pas un grand fan de télé-réalité.

Neuf petits mots, néanmoins ils en disaient long. Il ne l’avait pas dit méchamment. Il ne l’avait même pas formulé comme une critique. Mais on l’avait traitée de beaucoup de mauvaises choses au fil des ans : une ordure, une fille un échelon en dessous d’une strip-teaseuse, une putain des médias. Il n’était donc pas difficile de lire entre les lignes.

Elle n’avait pas besoin de connaître le monde de l’art pour deviner à quel point le travail de Drake était prestigieux. Elle n’avait qu’à voir ses peintures de ses propres yeux.

Drake Sullivan était incroyablement talentueux et il était clairement proche des membres de sa famille, qui semblaient tous vraiment géniaux et normaux. Il pourrait avoir n’importe qui. Une gentille fille sans carrière étrange qui consistait à faire des duck faces pour des selfies et à partager trop de détails personnels avec de parfaits inconnus.

Elle n’avait pas encore trouvé ce qu’elle allait faire, mais elle était certaine d’une chose : Drake devrait être avec une fille dont le corps nu n’avait pas été vu par des millions de personnes sur leurs écrans de téléphone et d’ordinateur, à la télévision et dans des magazines dans le monde entier.

C’est pourquoi elle devait s’obliger à l’oublier. Elle devait oublier le désir dans ses yeux. Elle devait effacer cette vision trop puissante de ses mains fortes et sexy qui la dessinaient rapidement avant de lui servir des lasagnes un moment plus tard. Et elle devait principalement oublier la manière dont il s’était précipité pour la défendre quand elle en avait trop dit à propos de sa mère.

Il avait été son chevalier en armure plus d’une fois. D’abord sur la route humide, puis quand il avait fait réparer sa voiture en panne sans révéler sa couverture, puis de nouveau avec sa fureur envers les propos tenus par sa mère quand les photographies avaient été diffusées.

Elle comprenait sa colère, c’était en grande partie la raison pour laquelle elle avait fui. Mais comme elle l’avait prévenu : les choses n’étaient pas si simples. Rosa savait que sa mère l’aimait. Et même si Rosa avait fui sa famille et se cachait délibérément à Montauk, le sentiment était réciproque. Sauf que quelque part en chemin, les choses étaient devenues étranges. Pire qu’étrange : vraiment mauvaises. Et à présent, Rosa ignorait si elle pouvait les arranger.

Pouvait-elle faire partie de la famille Bouchard sans être dans leur émission ? Ou est-ce que quitter l’émission signifiait aussi abandonner les gens qui comptaient le plus pour elle ?

Après quarante-huit heures, sa famille devait être inquiète pour elle. Elle ne les avait pas appelés ni leur avait écrit. Elle ne leur avait donné aucune information sur l’endroit où elle se trouvait, elle n’avait même pas un téléphone portable en état de marche pour qu’ils puissent suivre sa trace. La culpabilité augmenta dans le creux de son estomac, assez pesante pour qu’elle doive au moins leur faire savoir qu’elle allait bien, même si elle n’était pas prête à rentrer chez elle.

Elle avait presque dépassé le parking du bazar quand elle décida de se garer. Elle avait eu de la chance en y entrant incognito la veille et elle était presque sûre d’avoir vu des téléphones portables prépayés à vendre. Il était assez facile de suivre un appel d’un téléphone portable, mais pouvait-elle l’utiliser pour se connecter à sa boîte e-mail sans révéler son emplacement ?

En réalité, son téléphone ne lui avait pas manqué du tout. Si elle avait pensé à un autre moyen d’envoyer un message instantané à sa famille, elle l’aurait choisi, ne serait-ce que pour avoir plus que deux jours de répit de la technologie omniprésente.

Rosa garda la tête baissée en traversant le parking et en entrant dans le magasin, mais de toute évidence, la femme derrière le plan de travail se souvenait d’elle.

— Je suis tellement contente que vous soyez revenue ! Vous avez oublié votre monnaie hier.

Elle passa la main sous le comptoir et donna plusieurs billets et pièces à Rosa.

Rosa s’obligea à sourire lorsqu’elle la remercia calmement avant de se précipiter vers l’étagère des téléphones et d’en choisir rapidement un qui indiquait que la messagerie web était activée. Elle prit une grappe de raisins et deux bananes en retournant à la caisse, l’argent qu’elle n’avait pas donné à Drake encore dans sa poche.

Elle savait qu’il se fichait de l’argent, or maintenant qu’il l’avait peinte, elle ne se sentirait pas bien en ne le remboursant pas. Bien entendu, elle ne commettrait pas l’erreur de retourner à son chalet ; elle ne pouvait pas se faire confiance en sa présence. Pas quand il la remplissait de plus de désir qu’elle ne le méritait. Dès qu’elle le pourrait, elle lui enverrait l’argent par courrier avec une simple note de remerciement.

— J’ai vraiment l’impression de vous connaître, déclara la femme en enregistrant les achats de Rosa, et pas juste parce que vous étiez là hier. Est-ce que vous avez emménagé en ville il y a peu ?

— Non, répondit Rosa, priant pour que la femme ne voie pas à quel point son cœur battait fort. J’ai juste pris de petites vacances.

— Désolée que le temps ne soit pas meilleur pour vous.

La femme inclina la tête.

— Je jurerais vous avoir déjà vue quelque part, cela dit. D’habitude, je n’oublierais pas une jolie femme comme vous.

Le sang coulait vite et fort dans la tête de Rosa lorsqu’elle reprit :

— Vous êtes très gentille, mais on me le dit souvent. Je dois avoir un de ces visages familiers.

Heureusement, la femme se contenta de sourire et de rétorquer :

— Avant, les gens me disaient toujours que je ressemblais à Jacky O.

Rosa essaya de ne pas prendre sa monnaie trop vite. Avoir l’air de paniquer ne rendrait la femme que plus suspicieuse.

— Je vois pourquoi. Vous avez la même structure osseuse.

— C’est vrai, hein ?

La femme semblait extrêmement ravie.

— Je m’appelle Mona Agnew et j’espère vous revoir bientôt.

Rosa prit le sac contenant son téléphone et les fruits, puis elle se dirigea vers la porte avant de déclarer :

— Enchantée de vous connaître, Mona.

Son cœur battait la chamade tandis qu’elle retournait au motel et qu’elle montait les escaliers jusqu’à sa chambre au deuxième étage en courant. La bonne nouvelle, c’était que Mona ne l’avait pas reconnue. Mais combien de temps s’écoulerait avant que la gentille femme ne remette des magazines en rayon et ne réalise que le visage en face d’elle ne ressemblait pas seulement à la femme qui était venue deux fois dans son magasin, mais qu’il s’agissait de la personne sur les couvertures ?

Rosa avait passé des années avec des objectifs d’appareils photo braqués sur elle chaque fois qu’elle sortait d’un immeuble, néanmoins elle ne s’était jamais sentie aussi paranoïaque. Cependant, elle n’avait jamais vraiment voulu se cacher auparavant. Elle n’avait jamais vraiment eu besoin de quelques jours loin du regard public pour tout réévaluer du début à la fin.

Le chalet de Drake avait été tellement plus chaleureux et confortable que la chambre de motel de Rosa avec ses draps usés, sa vieille moquette et son papier peint démodé. Mais cette chambre trop calme était bien plus sûre que les questions difficiles de Drake et que le désir entre eux. Elle allumerait son téléphone portable, elle enverrait un court e-mail à sa mère, puis elle l’éteindrait pour pouvoir s’asseoir dans sa chambre sûre et calme pour trouver enfin ce qu’elle allait faire.

Mais dès qu’elle entra, Rosa réalisa que la sécurité n’était qu’une illusion. Le lit était fait et la serviette qu’elle avait placée sur l’écran de la télévision avait été pliée soigneusement sur le comptoir de la salle de bains, l’équipe d’entretien avait donc dû entrer pendant son absence. Malheureusement, la personne qui avait nettoyé sa chambre avait dû allumer sa télévision et oublié de l’éteindre quand elle était partie.

Et à ce moment précis, Rosa voyait son propre visage et son corps à peine couvert sur l’écran.

— Tandis que le scandale de photos de nus de la femme en vogue de télé-réalité est toujours d’actualité, déclara le présentateur de l’émission de divertissement, nous avons invité deux experts d’Hollywood pour donner leur point de vue sur la limite entre la vie privée et publique et où celle-ci devrait être établie. Selma, je sais que vous n’êtes pas une grande fan de Rosalind et de sa famille, mais est-ce qu’elle a gagné votre sympathie maintenant ?

Selma Laskey était l’une des journalistes de célébrités les plus méchantes de Los Angeles et même si elle avait l’impression d’être debout devant un train en approche, les yeux de Rosa restèrent fixés sur l’écran tandis que la femme trop mince répondit :

— Vous plaisantez ? Je n’arrive pas à croire qu’elle n’a pas posé pour des photos de nus avant.

— Mais elle n’a pas posé pour celles-ci, argumenta le présentateur. Ou est-ce que vous pensez qu’elle a orchestré cette situation d’une manière ou d’une autre à son profit ?

— Je n’y crois pas une seconde, intervint John Canyon avant que Selma ne puisse répondre.

Il s’agissait d’un avocat connu d’Hollywood, mais Rosa n’avait jamais eu directement affaire à lui.

— Le simple fait qu’elle soit une personnalité publique ne signifie pas que ces photos ne sont pas une énorme atteinte à ses droits. Même si elle n’a pas été piratée, elle a été attaquée en ligne, alors appeler cela une cyberattaque n’est pas loin du compte et j’espère que ses avocats s’en prennent au responsable en y mettant les moyens.

— Il n’y a rien qu’une exhibitionniste ne veuille plus que d’avoir tous les regards rivés sur elle, rétorqua Selma en lançant ses cheveux en arrière, rejetant l’idée d’une cyberattaque en levant les yeux au ciel. Je vous garantis que le fait que le monde entier parle d’elle améliore les choses.

Sortant enfin de sa paralysie, Rosa bondit vers la télévision et l’éteignit.

Elle avait su que les gens pouvaient être cruels, mais qu’avait-elle fait à Selma pour lui faire penser qu’elle méritait une chose pareille ? Aucune femme ne le méritait, pas même une femme qui avait autant ouvert sa vie aux caméras. Un mélange dangereux de colère et de frustration la poussa à sortir son téléphone portable prépayé de sa boîte pour qu’elle puisse appeler le studio et les obliger à la mettre à l’antenne pour se défendre.

Heureusement, quand le téléphone démarra, une part d’elle raisonnable avait repris le dessus. Passer un appel irréfléchi ne ferait qu’ouvrir les vannes pour un tsunami de questions et de demandes qui l’emporterait à nouveau dans le monde dont elle venait à peine de s’échapper. Et la vérité, c’était que Selma n’avait rien dit que Rosa n’ait pas entendu un million de fois. Tout bien considéré, « exhibitionniste » était l’une des insultes les plus gentilles que les gens lui aient jetées au visage au fil des ans.

Rosa souhaitait désespérément que les choses soient plus claires et qu’elle ait toutes les réponses dont elle avait besoin pour aller de l’avant. Mais à ce moment précis, la seule chose dont elle était certaine, c’était qu’elle avait besoin de plus de temps pour réfléchir. Pour respirer. Pour trouver exactement ce qu’elle voulait, plutôt que le chemin le plus facile ou ce qui rendrait sa mère le plus heureuse.

Elle venait de quitter le lycée quand elle avait accepté de faire l’émission. Et elle n’était plus une enfant. Elle savait beaucoup plus de choses maintenant que lorsqu’elle avait dix-huit ans. Alors, même si le téléphone portable lui faisait l’effet d’une patate chaude dans la main et qu’elle avait hâte de s’en débarrasser de nouveau, elle devait au moins envoyer un message à sa famille dès que possible.

Tandis qu’elle allait sur Internet et qu’elle se connectait à sa boîte e-mail, elle s’efforça d’ignorer le pincement dans sa poitrine et les nœuds dans son estomac. Pourtant quand elle vit les centaines de nouveaux e-mails en attente dans sa boîte de réception, il fut inutile d’essayer d’être calme et sereine. Pas quand il y avait des demandes de la part des médias de tous les plus grands groupes de presse du monde : le magazine People, le journal London Times, US Weekly. Même le Time voulait lui parler.

Sa main tremblait quand elle cliqua sur un seul e-mail qui venait du compte personnel de sa mère.

Rosalind, je prie pour que tu ailles bien ! S’il te plaît, contacte-moi !

Nous sommes tous tellement inquiets.

La gorge de Rosa se noua sous l’émotion et ses yeux étaient déjà remplis de larmes lorsqu’elle tapa :

Je ne voulais pas t’inquiéter.

Elle arrêta ses doigts au-dessus de son téléphone. Elle ne voulait pas faire de promesses en ce qui concernait son retour, mais elle ne voulait pas couper les ponts pour toujours non plus. Après une demi-douzaine de faux départs, elle se décida enfin.

Je te promets que je te recontacterai sous peu. J’espère qu’Aaron,

Lincoln et toi allez bien. Je vous aime.

Rosa avait espéré qu’envoyer un e-mail l’aiderait à se sentir moins coupable. Mais, au contraire, elle se sentait plus mal que jamais en sachant à quel point sa mère était inquiète. Et plus encore, elle réalisa à quel point elle avait envie d’entendre sa voix.

Elle était sur le point de passer de l’e-mail au téléphone pour pouvoir appeler le numéro de chez elle, quand un nouvel e-mail apparut sur l’écran.

Dieu merci, tu vas bien ! J’étais tellement inquiète en voyant que tu

ne décrochais aucun de mes appels et que tu ne répondais pas à mes

e-mails. Je sais à quel point tu étais bouleversée à propos des

photos, mais maintenant, je suis sûre que tu vois que le public est de

notre côté comme jamais. Absolument tout le monde veut

t’interviewer et la chaîne est prête à faire une émission spéciale de

deux heures pendant leur meilleur créneau. Nous pouvons

transformer quelque chose de terrible en quelque chose de

fantastique, chérie, néanmoins nous ne pouvons rien faire de ces

incroyables opportunités sans toi. J’attends à côté du téléphone.

Tout le monde est prêt à sauter dans un avion et à te rejoindre, où

que tu sois.

Rosa eut l’impression qu’un vent amer et froid avait soufflé dans la chambre d’hôtel.

Avait-elle vraiment été assez stupide pour penser que sa mère était juste inquiète pour elle ?

Comment avait-elle pu oublier que, même s’ils avaient accepté de faire l’émission de télé-réalité cinq ans auparavant pour sauver leur famille, désormais, les caméras, les interviews et les opportunités étaient toujours prioritaires ?

Son estomac se retourna, mais elle ne céda pas à l’envie d’être malade. Ou de pleurer. Ou de crier. Au contraire, elle se déconnecta méthodiquement de sa boîte e-mail, éteignit le téléphone et le plaça sur le bureau à côté des aiguilles et des fils qu’elle avait achetés à la supérette.

Elle avait toujours pu penser plus clairement quand ses mains étaient occupées et lorsqu’elle prit la bobine et qu’elle frotta le fil brillant entre son pouce et son index, la douce sensation de coton enroulé contre sa peau l’aida à se sentir moins engourdie. Moins vide. Moins comme si elle était en équilibre sur le bord d’une falaise avec rien d’autre que le vide.

La couture avait été l’échappatoire secrète de Rosa au cours des cinq dernières années. Personne en dehors de sa famille ne savait qu’elle créait des images de folie avec du fil et, honnêtement, cela convenait parfaitement à Rosa. Elle aimait avoir quelque chose qui ne soit qu’à elle, quelque chose qu’elle n’avait pas à diffuser avec des photographies ou des clips vidéo, quelque chose qu’elle n’avait pas à sortir pour des émissions nocturnes comme un animal de foire. L’art textile était ce qui lui apportait la paix. Le moment où elle se détendait.

Elle n’était pas vraiment artiste, pas comme Drake, mais tout comme elle avait entendu des écrivains dire qu’ils avaient eu leurs meilleures idées dans la douche, elle avait toujours eu les siennes avec une aiguille à la main. Son passe-temps lui avait permis de ne pas perdre la tête, alors peut-être que si elle pouvait coudre quelque chose, elle pourrait contrôler la rapidité des battements de son cœur, sa colère… et surtout, la douleur de savoir que même à ce moment-là, sa mère se concentrait uniquement sur les opportunités.

Les mains de Rosa se serrèrent si fort sur la bobine que les bords en plastique mordirent sa peau tandis qu’une vague chaude d’impuissance montait en elle à nouveau. Spontanément, la voix de Drake résonna dans sa tête, comme pour lui fournir un contrepoint à sa honte, à la vulnérabilité douloureuse qu’elle ressentait.

Il y a quelque chose chez vous qui me donne envie d’enfreindre toutes les règles. Vous me donnez envie de prendre le risque qui a complètement détruit mes parents. Vous êtes forte à ce point-là. Votre pouvoir est fort à ce point-là. Le pouvoir de faire, d’accomplir, d’avoir absolument tout ce que vous voulez.

Elle ignorait comment il voyait ça quand il la regardait. Elle ne pouvait même pas commencer à comprendre pourquoi il ressentait ces sentiments quand il était avec elle.

Tout ce qu’elle savait, c’était qu’elle avait terriblement envie d’aller le retrouver, de retourner à son chalet qui avait ressemblé à un refuge dans la tempête qui faisait rage tout autour d’elle.

Elle voulait continuer d’observer les croquis qu’il avait dessinés, où elle semblait forte et puissante, jusqu’à ce que, d’une manière ou d’une autre, elle commence à croire que cela pourrait être vrai.

Et, plus que tout, elle voulait rembobiner jusqu’au moment où ils s’étaient presque embrassés dans la cuisine, juste pour pouvoir fermer les yeux et tout oublier sauf la sensation agréable qu’elle ressentirait en posant ses lèvres sur les siennes.

Mais si elle rejoignait Drake et qu’elle l’utilisait pour renier sa douleur pour quelques heures merveilleuses dans ses bras, ne serait-ce pas la preuve qu’elle était toutes ces horribles choses dont les gens l’avaient traitée au fil des ans ? Rosa ne voulait pas être ce genre de femme. Elle ne pouvait pas supporter l’idée que Selma Laskey puisse avoir raison à propos d’elle.

Ce qui signifiait qu’au lieu de se ruer vers la porte et jusqu’au chalet de Drake pour se perdre en lui pendant quelques heures délicieusement coquines, elle devait prendre son sweat-shirt Montauk, enfiler une aiguille et faire quelques points.

Elle ne pourrait pas recoudre sa vie maintenant, surtout pas maintenant que ce qu’elle avait vu à la télévision et dans sa boîte e-mail lui tournait encore dans la tête. Cependant elle pouvait au moins commencer par ne rien réduire en lambeaux.

Car la seule chose qui pourrait être pire que ce qu’elle affrontait déjà serait de tomber amoureuse d’un homme qui, elle le savait déjà, était trop bien pour elle… et finir ensuite avec le cœur brisé quand il s’en rendrait compte aussi.

OceanofPDF.com