Si l'amour est un art: La Famille Sullivan, New York, tome 1 (French Edition)
Chapitre Douze
Rosa sourit timidement à Drake en sortant de la chambre du motel dix minutes plus tard.
— Désolée d’avoir mis aussi longtemps. J’ai eu du mal à démêler mes cheveux.
Elle semblait plus qu’un peu nerveuse en passant ses doigts dans ses mèches soyeuses. Le claquement d’une portière de voiture sur le parking la fit sursauter et elle prit ses grandes lunettes de soleil dans son sac.
— Nous devrions partir.
Il détestait le fait qu’elle avait l’impression de devoir se cacher du reste du monde, tout ça parce qu’un salop avait pris et vendu des photographies d’elle. Mais étant donné qu’il avait été très difficile de la convaincre de revenir à sa cabane, il ne voulait pas insister là-dessus à ce moment-là.
Néanmoins il n’avait pas l’intention de s’empêcher de poser une main sur le bas de son dos lorsqu’ils traversèrent le palier du deuxième étage jusqu’aux escaliers. Maintenant qu’il l’avait touchée et embrassée, il ne pouvait pas s’empêcher de vouloir le refaire. Encore. Et encore.
Bon sang, comme elle avait bon goût.
Le simple fait de penser à sa douceur, à la passion avec laquelle elle s’était enroulée autour de lui, à la suavité de sa peau, poussa Drake à faire appel à chaque once de self-control pour ne pas la retourner contre le mur du motel et la dévorer.
Il lui avait promis de ne plus l’embrasser et il avait été sérieux, même si tenir cette promesse le tuait. Il n’avait pas eu l’intention de lui sauter dessus quand elle avait ouvert la porte, mais dès qu’il l’avait regardée dans les yeux, un désir primaire avait pris le dessus. Il n’avait pas réfléchi, il ne s’était même pas rendu compte de ce qu’il faisait avant qu’elle ne soit dans ses bras, lui rendant son baiser avec autant de passion. Avec le même désir.
Mais ce qu’il y avait entre eux était plus grand qu’un baiser. Car Rosa n’était pas juste une femme qu’il désirait. Elle lui donnait envie de prendre des risques. De gros risques. Même si cela signifiait revoir soigneusement ses croyances de longue date sur la relation entre ses parents.
Drake avait toujours supposé que si son père avait dû tout recommencer, il n’aurait jamais laissé sa mère devenir sa muse dévorante. Mais les suppositions de Drake avaient-elles été erronées ? Ni Drake ni aucun de ses frères et sœurs n’avaient posé cette question tendancieuse à leur père. Bon sang, ils avaient à peine prononcé le nom de Lynn Sullivan à voix haute au cours des trente dernières années. Personne de leur famille élargie ne l’avait fait non plus, comme s’ils savaient tous que le simple fait de parler d’elle était l’équivalent de donner une allumette à leur père pour enflammer un baril de poudre.
Mais à présent, il y avait tout ce mystère : pourquoi son père voulait-il soudain donner ses peintures de sa mère à chacun d’eux ? Qu’est-ce qui avait bien pu changer ?
Drake s’installa sur le siège conducteur à côté de Rosa et quand elle lui sourit, il fut ravi d’avoir une raison de repousser les pensées à propos de son père au second plan. Pour le moment, il ne voulait se concentrer que sur elle. Et tandis qu’il se permettait de vraiment se délecter d’elle, il remarqua soudain ce qu’elle portait.
La veille, elle était venue à sa cabane en survêtement. Cependant, ce jour-là, elle portait la même tenue de touriste Montauk. Elle était complètement différente. Plus proche de la haute couture que des articles du bazar.
— Qu’est-ce que tu as fait à tes vêtements ?
Elle passa son doigt sur les motifs finement brodés bleu et vert sur l’ourlet.
— J’ai apporté quelques modifications.
— Quelques modifications ? Tu as transformé ce sweat-shirt en une œuvre d’art à porter.
Il connaissait de sacrément bons artistes textiles en ville et il était certain qu’ils seraient tout aussi impressionnés. Pas étonnant qu’elle ait eu les bobines de fil et le paquet d’aiguilles dans son sac de courses.
— Depuis combien de temps est-ce que tu fais ça ?
Elle haussa les épaules, clairement gênée par sa question.
— Un moment. Même si d’habitude, je ne réadapte pas de vêtements. Je n’avais pas de canevas sur lequel travailler hier et j’avais besoin d’occuper mes mains pour ne pas devenir folle.
Il enregistra l’importance que le fait de créer des œuvres artistiques avait pour elle et demanda :
— Tu brodes directement sur le canevas ?
Elle hocha la tête.
— Mais c’est juste un passe-temps. Personne ne sait que je le fais. Juste ma famille… et maintenant, toi.
Voyant qu’elle ne le regardait pas dans les yeux, il tendit la main pour lever son menton comme il l’avait fait dans la chambre du motel.
— Pourquoi est-ce que le monde entier ne sait pas à quel point tu es talentueuse ? Que tu es une artiste ?
Au lieu de lui répondre, elle se lécha les lèvres et il ne put s’empêcher de passer son pouce sur la chair humide. Tant qu’il ne l’embrassait pas, il ne rompait pas sa promesse. Mais lorsqu’elle frémit et que ses yeux s’assombrirent de désir quand son regard se baissait vers les lèvres de Drake, il eut du mal à ne pas l’attirer et l’embrasser à lui en couper le souffle.
— Rosa ?
Elle releva les yeux vers lui.
— Qu’est-ce que tu m’as demandé ?
Il grogna presque sous l’effet de la tension sexuelle qui étincelait comme un câble électrique entre eux. Il n’avait jamais désiré quelqu’un à ce point. Il n’avait jamais dû se retenir non plus.
— Tu passes à la télévision toutes les semaines et je suppose que ta famille vend certains produits à vos téléspectateurs, pas vrai ? Alors pourquoi est-ce que tu caches ton art ?
— Ce n’est pas de l’art, rétorqua-t-elle d’abord.
Puis elle ajouta :
— Tu poses trop de questions.
Au contraire, il commençait à voir qu’il n’en avait pas du tout posé suffisamment. Pas juste à son père et à Rosa, mais à lui-même aussi. Cependant, cela ne signifiait pas qu’elle avait besoin qu’il la martèle à cet instant précis. Par conséquent, il répondit simplement :
— Est-ce que tu as pris ton aiguille et tes fils ? Tu pourrais utiliser une de mes toiles pendant que tu poses pour moi.
— Ils sont dans mon sac, même si je ne suis pas sûre de vouloir faire quoi que ce soit devant un vrai artiste.
Il baissa les yeux vers l’ourlet du sweat-shirt de Rosa, puis l’observa à nouveau dans les yeux.
— Hier, tu m’as dit de ne pas être modeste, alors je vais te dire la même chose maintenant. J’aimerais te peindre pendant que tu travailles, si tu me le permets.
Elle se mordit la lèvre comme si elle y réfléchissait. Finalement, elle accepta :
— D’accord. Mais les règles restent les mêmes : tu ne peux pas montrer les peintures à qui que ce soit.
— Je ne le ferai pas.
Il devait lui avouer que sa sœur avait vu les peintures, mais il ne voulait pas prendre le risque qu’elle change d’avis et qu’elle ne veuille plus aller chez lui. S’efforçant de justifier sa décision en se disant qu’il le lui révélerait sous peu, il caressa délicatement son menton de ses doigts couverts de peinture une fois de plus, puis il démarra enfin le moteur.
* * *
— Est-ce que tu as peint toute la nuit ?
Rosa se tenait debout dans l’encadrement de la porte, bouche bée. Oscar avait aboyé joyeusement quand il l’avait vue et à présent, il s’appuyait lourdement contre sa cuisse pendant qu’elle lui caressait la tête.
Drake n’avait pas réfléchi à l’impression que cela donnerait, il n’avait pensé qu’à prier pour qu’elle n’ait pas encore quitté la ville et pour atteindre le motel avant qu’elle ne le fasse. Il était inutile de faire semblant qu’il n’était pas consumé par le fait de la peindre. Pas quand la preuve était juste devant elle.
— Je te peins depuis que tu es partie, hier.
Et maintenant qu’elle était de retour en chair et en os, il avait terriblement envie de retourner à ses pinceaux et à ses toiles.
— Tu peux t’asseoir, rester debout ou t’allonger où tu veux ; tout me convient.
Il était en train de tendre le bras vers un de ses pinceaux quand il remarqua qu’elle le fixait avec de l’inquiétude dans les yeux.
— Attends, tu veux dire que tu n’as pas dormi depuis hier ?
— Je n’en avais pas besoin.
Elle fronça les sourcils.
— Est-ce que tu as mangé ?
— Je vais bien.
Les deux seules choses dont il avait envie, c’était Rosa et la chance de la peindre.
— Non, tu ne vas pas bien.
Elle se dirigea vers la cuisine avec Oscar sur les talons.
— Je ne suis pas aussi bonne cuisinière que toi, mais je peux au moins m’assurer que tu ne meures pas de faim.
Elle ouvrit le réfrigérateur et sortit de la charcuterie, du fromage, des cornichons et de la moutarde. Elle trouva une miche de pain sur le plan de travail et prit une assiette dans une des étagères ouvertes au-dessus de l’évier.
Même le fait de la regarder préparer un sandwich nourrit Drake. En tant qu’artiste, alors qu’il s’efforçait de la saisir en train de préparer un sandwich dans sa cuisine, et en tant qu’homme, lorsqu’elle mit un morceau de dinde dans sa bouche et qu’elle se lécha les doigts.
Bon sang, comme il avait envie de passer sa langue sur sa peau.
— Viens manger, l’invitait-elle quelques minutes plus tard, poussant l’assiette et un soda vers lui sur le petit plan de travail carrelé de la cuisine.
Mais il ne voulait pas perdre une seule seconde de l’occasion qu’il avait pour la peindre en personne, en chair et en os.
— Merci, je vais le manger dans un instant.
Elle leva les yeux au ciel.
— Je ne vais pas devoir te nourrir par la force, si ?
Il ne se donna pas la peine de répondre, pas quand il était complètement concentré sur le fait de capturer l’expression de son visage : la légère inclinaison de sa bouche tandis qu’elle le réprimandait, la rougeur discrète sur ses joues qui était restée après leur baiser.
— Ouvre la bouche.
Drake fut pris par surprise par le sandwich appuyé contre sa bouche. Mais même s’il fit ce qu’elle lui demandait – ce qu’elle lui ordonnait, en réalité – il fut à peine conscient de ce qu’il goûtait. Il ne pouvait se concentrer que sur la proximité de Rosa, entre les toiles et lui, et sur la sensation agréable de l’avoir presque collée à son corps.
— Je vais rester debout là jusqu’à ce que tu finisses ça.
Il prit une autre bouchée, puis la fit descendre avec le soda qu’elle avait dans son autre main.
— C’est bon, déclara-t-il en remarquant enfin le goût. Vraiment bon.
Le sourire de Rosa s’afficha, rapide et beau, une fossette se creusant.
— Merci.
Il aurait souhaité qu’elle accepte ses compliments sur ses compétences artistiques aussi facilement que celui sur son sandwich.
Après qu’il avait mangé une autre bouchée, elle en prit une de l’autre côté.
— Hum, commença-t-elle la bouche pleine. C’est vrai que c’est bon.
Curieusement, partager un sandwich avec elle dans son chalet semblait beaucoup plus intime que tous les dîners de cinq étoiles avec des nappes blanches et des lumières tamisées qu’il avait connus. Assez intime pour qu’il ne puisse plus attendre avec de lui avouer :
— Ma sœur est passée à l’improviste ce matin. Elle a vu les peintures, mais elle a promis qu’elle ne le dirait à personne.
Alors qu’elle était sur le point de lui donner une autre bouchée, Rosa baissa le sandwich.
— Elle le fera.
— Suz est maîtresse dans l’art de garder des secrets. C’est ce qu’elle fait pour gagner sa vie : elle s’assure que les entreprises puissent complètement protéger leurs systèmes.
Mais Rosa secouait la tête.
— Ces peintures étaient censées rester entre toi et moi. Pas entre toi, moi et ta sœur.
— Mis à part avec un serment signé de mon sang, je ne sais pas comment je vais te convaincre de me croire quand je te dis qu’elle n’a pas l’intention de te nuire.
— Qu’est-ce que tu lui as dit sur moi ?
— Seulement que nous venions de nous rencontrer et que je voulais te peindre.
— Est-ce qu’elle était horrifiée ?
Rosa n’attendit pas qu’il réponde.
— Bien sûr que oui. Personne ne voudrait que son frère fréquente une ordure de télé-réalité impliquée dans un scandale de photos de nus.
Il posa ses mains sur ses épaules.
— Si tu essaies de m’énerver en t’insultant et en insultant ma famille en même temps, ça fonctionne.
Elle écarquilla les yeux.
— La seule chose qui l’a horrifiée, c’est ce qui t’est arrivé. Elle m’a dit qu’elle aimerait pouvoir créer un programme qui effacerait les photos d’Internet pour toujours, que cela fait un moment qu’elle pense à un moyen de protéger les gens du cyberharcèlement.
— Elle a vraiment dit ça ?
Lorsqu’il hocha la tête, Rosa ajouta :
— Je ne voulais pas l’insulter. J’ai juste du mal à faire confiance aux gens en ce moment.
— Tu as tous les droits d’être cynique. Si ma sœur allait être un problème, je ne te le cacherais pas. Mais, la prévint-il, si tu te traites d’ordure de nouveau, tu vas découvrir à quel point je peux vraiment être dangereux.
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