Si l'amour est un art: La Famille Sullivan, New York, tome 1 (French Edition)
Chapitre Trente-Deux
— Cal, j’aimerais te présenter ma petite amie, Rosa. Rosa, le maire et moi nous connaissons depuis longtemps.
C’était la première fois que Drake avait utilisé les mots « petite amie ». Ils sonnaient bien. Ils lui plairaient encore plus quand il l’appellerait sa « fiancée ». Plus encore quand il l’appellerait sa « femme ».
Il savait qu’il s’emballait. Et il s’en fichait. Enfin, il comprenait ce que ses cousins de San Francisco et de Seattle ressentaient pour les personnes dont ils étaient tombés amoureux. L’éternité n’était pas juste quelque chose qu’on voit dans les films ou qu’on lit dans les livres. C’était tellement plus que quelques belles phrases sur une carte de la Saint-Valentin.
L’éternité était douce et brute, compliquée et belle, effrayante et forte.
L’éternité, c’était Rosa.
— Enchanté, déclara Calvin. Je suis ravi que vous ayez pensé à nous pour votre émission spéciale. Si nous pouvons aider d’une autre manière, faites-le-nous savoir. Denise et Olive de Lakeside Stitch & Knit sont déjà prêtes à se mettre en première ligne pour vous défendre jusqu’au bout.
— Leur gentillesse, la gentillesse de tout le monde, a été tellement importante pour moi.
Drake attira Rosa contre lui tandis que ses émotions remontaient à la surface.
— Merci beaucoup de nous laisser filmer dans votre bâtiment, Calvin. Mais je veux juste que vous sachiez que si vous êtes mal à l’aise à n’importe quel moment à l’idée qu’une équipe de tournage et que des acteurs de télé-réalité soient ici, nous pouvons trouver autre chose.
— Vous plaisantez ? Je suis le héros du siècle en ce moment même.
Il adressa un clin d’œil à la jolie fille qui regardait par la porte de son bureau.
— Est-ce que ça vous dérangerait de signer un autographe pour ma sœur ?
— J’adorerais.
Rosa se dirigea immédiatement vers la porte et tendit la main comme si elle rencontrait une collègue et non pas une enfant.
— Tu dois être Jordan ?
Drake avait dit à Rosa que Calvin élevait seul sa sœur de dix ans, après que ses parents étaient décédés l’un après l’autre un mois après la naissance de Jordan.
Les yeux de celle-ci étaient énormes lorsqu’elle hocha la tête, tellement impressionnée qu’elle resta sans voix pendant un moment rare. S’efforçant de mettre la sœur de Calvin à l’aise, Rosa ajouta :
— J’adore tes bracelets.
Drake remarqua enfin la demi-douzaine de bracelets tissés dans un arc-en-ciel de couleurs sur les poignets de Jordan.
— Est-ce que c’est toi qui les as faits ?
Lorsque la petite fille hocha à nouveau la tête, Rosa reprit :
— Peut-être que tu pourrais me montrer comment faire un jour ?
— C’est vraiment facile. Tu peux utiliser un kit, mais j’ai appris à les faire toute seule.
— Cool.
Il n’en fallut pas plus pour que Jordan commence à parler à toute allure et Drake adorait la manière dont Rosa suivait tout ce qu’elle disait.
— Tu ne penses pas que ça l’intéresserait de faire du baby-sitting un jour, si ? demanda Calvin à Drake à voix basse.
— Tu sais quoi ? J’ai l’impression que ça pourrait être exactement ce qu’elle veut faire.
Calvin haussa un sourcil.
— Tu sais que je plaisantais, n’est-ce pas ? Rosa est une superstar internationale avec un sacré paquet de choses plus importantes à faire que traîner avec ma petite sœur.
— Crois-moi, elle préférerait de loin apprendre à faire ces bracelets qu’à aller à une première tape-à-l’œil.
Calvin ne semblait toujours pas convaincu, mais Drake savait que son ami comprendrait une fois qu’il apprendrait à mieux la connaître.
Rosa serra Jordan dans ses bras puis, quand la petite fille retourna à l’extérieur pour jouer avec ses amis, elle se tourna vers Calvin.
— Votre sœur est géniale.
— Je sais, approuva-t-il en souriant. Merci d’avoir illuminé sa journée.
— Elle a illuminé la mienne aussi.
Rosa sortit un classeur de son sac et le tendit à Calvin.
— Je sais que vous êtes occupé et je ne veux pas prendre trop de votre temps aujourd’hui, alors avec un peu de chance, les informations qu’il y a là-dedans répondront à la plupart de vos questions sur l’organisation de l’émission en direct de demain. Ma mère organise l’arrivée en avion de mes frères en ce moment même, mais je vais m’assurer qu’elle passe vous saluer avant demain matin.
— Je suis sûr que vous avez pensé à tout ce que nous devons savoir.
Calvin posa le classeur sur le bureau.
— Si votre famille et vous avez besoin d’autre chose, dites-le-moi. Nous sommes tous de votre côté.
— Merci.
Au lieu de partir en lui serrant à nouveau la main, elle passa ses bras autour de lui. Bien entendu, Cal ne semblait pas du tout opposé à l’idée de la serrer contre lui quelques secondes, même s’il savait très bien qu’elle était prise.
Une fois que Rosa et Drake furent à l’extérieur du bâtiment, elle annonça :
— Ton ami me plaît. Ça ne me semble pas juste qu’il ait eu autant de malchance avec ses parents.
— Malheureusement, sa vie amoureuse a été plutôt pourrie aussi.
— Comment est-ce que quelqu’un d’aussi séduisant et qui est aussi un super frère peut avoir une vie amoureuse pourrie ?
— Séduisant ? la taquina Drake.
— Je l’ai à peine remarqué, le taquina-t-elle en retour. Mais sérieusement, c’est un très bon parti. Que s’est-il passé ?
— Il y avait quelqu’un au lycée. Sarah. Nous pensions tous qu’ils seraient ensemble pour toujours. Je la croise en ville parfois, mais elle ne pose jamais de questions sur Calvin. Tout comme il ne pose jamais de questions à propos d’elle.
Quand ils s’étaient retrouvés à une bifurcation sur leur chemin, il avait décidé de faire un détour.
— Tu veux voir quelque chose de beau ?
— C’est déjà le cas, mais je suis toujours partant pour en voir plus.
Il l’attira contre lui et l’embrassa profondément avant de l’emmener dans les montagnes.
* * *
Rosa passait beaucoup de temps à la salle de sport, mais étant donné l’intensité à laquelle ses poumons étaient secoués par ce chemin de montagne, elle avait l’intention de passer plus de temps dans les bois à l’avenir. En particulier quand tout autour d’elle était si charmant et inspirant. Elle voulait acheter des fils de soie dans toute une série de couleurs pour broder les tons rouges et jaunes des piverts et des chardonnerets, les belles écorces blanches des bouleaux, les feuilles de douzaines de nuances de vert profond des érables autour d’eux.
La seule chose qui n’allait pas vraiment avec les alentours fut la vibration du téléphone de Drake dans sa poche tandis qu’ils escaladaient la dernière portion de chemin jusqu’en haut de la colline. Il le sortit et regarda l’écran plusieurs fois avant de finalement l’éteindre avec un son d’impatience.
— Avant, il n’y avait pas réseau ici. C’était une des choses que je préférais de cet endroit.
— Je suis plutôt douée pour jeter les téléphones depuis des endroits en hauteur, plaisanta-t-elle. Si tu veux que j’essaie.
— J’accepterais la proposition si je pensais que ça obligerait cette galerie à me lâcher. Mais étant donné que je leur dois une douzaine de peintures pour la semaine prochaine, je suis sûr qu’ils trouveront un moyen de me retrouver même sans le téléphone.
Avant qu’elle ne puisse répondre à cette nouvelle information plutôt choquante selon laquelle la galerie avait besoin de toutes ces nouvelles peintures, il ajouta :
— Cela dit, pour l’instant, je veux que nous oubliions tout ce que nous avons à faire et que nous passions juste un moment à profiter de ça.
L’attirant sur une grande pierre plate, il la serra contre lui, le dos de Rosa contre son torse, et il enroula ses bras autour de sa taille. Une chaleur sensuelle inonda Rosa lorsqu’elle fut si proche de lui, alors même qu’elle restait bouche bée face à la beauté splendide qui se trouvait devant elle.
— Oh, Drake.
Elle la sentit à nouveau, cette sensation qu’elle avait enfin trouvé sa place.
— Tu as peint ça, pas vrai ?
Elle reconnut la vue de l’une de ses plus grandes toiles accrochées dans le cottage de son père.
— Debout juste ici, en regardant les lacs et les collines vallonnées.
— Ça a toujours été un de mes endroits préférés au monde. Et maintenant que tu es là, je peux sincèrement dire que je ne peux pas imaginer être ailleurs.
— Je ressens la même chose.
Elle se détourna de la vue pour le regarder dans les yeux.
— Quelqu’un a dû me voir maintenant et envoyé un tweet ou une publication sur Facebook. Les paparazzis seront là demain matin. Peut-être même ce soir.
— Qu’ils viennent.
Drake semblait férocement protecteur.
— Ils découvriront bientôt que ce n’est pas comme ça que les choses fonctionnent à Summer Lake.
— C’était l’une de mes pires craintes, admit-elle à voix basse. Qu’ils me trouvent et qu’ils me ramènent dans une vie, un monde dont je ne voulais plus. Et puis, quand j’ai commencé à tomber amoureuse de toi, j’ai détesté l’idée qu’ils t’emmènent dedans aussi.
Elle enroula ses bras encore plus fort autour de lui.
— Mais même si ces peurs n’ont jamais vraiment disparu, je refuse de les laisser me faire du mal à nouveau. Et je ne les laisserai certainement pas te faire du mal.
Les lèvres de Rosa s’étirèrent en un sourire lorsqu’elle lui déclara :
— Tu as déjà les peintures dont la galerie a besoin.
— Rosa…
Il encadra son visage de ses mains.
— Je t’ai promis de ne pas rendre les peintures de toi publiques.
— Maintenant, je te demande de me promettre autre chose. Je te demande de me promettre de les montrer au monde entier. Je ne supporte pas l’idée de laisser des œuvres d’art aussi belles prendre la poussière et être oubliées sous des bâches pendant trente ans. Et je ne me le pardonnerais jamais si tu cachais quelque chose que tu as créé parce que tu as peur de me blesser. C’est toi qui as vu ma force depuis le début. Tu avais raison, Drake. Je suis forte. Aussi forte que la femme que tu as peinte sur toutes ces toiles.
Il ne répondit pas immédiatement. Au lieu de cela, il la regarda profondément dans les yeux comme s’il avait besoin de s’assurer qu’elle ne le disait pas juste pour lui faire plaisir. Finalement, il accepta :
— Je vais les exposer. Toutes, sauf les dernières.
Même si elle comprenait son désir instinctif de cacher les nus, Rosa était plus avisée à présent. Peu importe les vêtements qu’elle portait, c’était la personne qu’elle était en dessous d’eux qui comptait.
— Surtout celles-là.
Elle resserra sa prise autour de lui, voulant être plus près. Toujours plus près.
— Lorsque les gens pensent à moi nue, je veux que ce soit de tes peintures qu’ils se souviennent. Mais ce n’est pas juste parce que je suis enfin prête à ce que le monde découvre qui je suis vraiment. Plus que tout, je veux que les gens voient que le véritable amour change tout. Que prendre le risque de donner ton cœur à la bonne personne peut même te rendre les choses que tu pensais avoir perdues pour toujours. Je ne pensais pas que je pourrais refaire confiance à quelqu’un un jour. Que je pourrais aimer à nouveau. Mais tu m’as montré que je pouvais reconnaître chaque partie de moi, le bon comme le mauvais, sans avoir honte. Sans avoir peur.
— Tu es tellement courageuse.
Il emmêla ses mains dans les cheveux de Rosa et l’embrassa avant d’ajouter :
— Tu m’as montré comment être courageux aussi. Comment arrêter de fuir. Comment laisser partir le passé et me battre pour un avenir avec mon père. Tu m’as ramené ici, à l’endroit que j’ai toujours le plus aimé, mais que je n’ai jamais imaginé être mien.
Il lui sourit, ce beau sourire qui faisait toujours battre le cœur de Rosa dans sa poitrine.
— Nôtre, si un studio et une galerie d’art pour lui et pour elle près du lac te semble être une bonne idée.
Elle avait plus pleuré au cours de la semaine précédente que durant la dernière décennie, mais elle n’avait pas l’impression de devoir retenir ses larmes cette fois-ci. Pas quand chacune provenait d’une joie pure.
— Un studio et une galerie d’art pour lui et pour elle me donne l’impression qu’un rêve se réalise, répondit-elle. Peut-être que nous pourrions convaincre ton père de nous construire une maison.
— Quelque chose me dit qu’il a déjà commencé à dessiner les plans.
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