Si l'amour est un art: La Famille Sullivan, New York, tome 1 (French Edition)

Chapitre Quatre

 

 

La femme de la falaise avait quitté le parking dans sa vieille voiture usée plus vite qu’elle ne l’aurait dû. Drake ne la connaissait pas, il ne savait même pas comment elle s’appelait, mais il était quand même inquiet.

Il avait déjà vu ce genre de morosité auparavant. Chaque fois que le nom de sa mère était prononcé, même après toutes ces années, toutes les couleurs quittaient le visage de son père. Trente ans après sa disparition et sa mort, la douleur de William Sullivan ne s’était pas estompée.

De la même manière, ce qui était arrivé à cette femme l’avait de toute évidence blessée profondément. En particulier vu la peur qu’elle semblait ressentir à chaque mot qui sortait de la bouche de Drake.

Il n’avait pas imaginé qu’il la reverrait un jour, il n’avait jamais pensé qu’il aurait l’occasion de l’admirer de plus près, qu’il aurait l’occasion de mémoriser les traits parfaits et exotiques de son visage. Il en avait déjà assez fait en la dessinant, puis il avait quitté son cottage pour s’assurer qu’il ne céderait pas à la tentation de lui donner vie sur une toile. Mais à présent…

À présent, l’envie de la peindre s’était transformée en un désir profond. Le genre de besoin urgent de peindre qu’un artiste attendait de ressentir toute sa vie.

Drake ne se rendit pas compte qu’il tenait encore les pommes et le cookie de la femme avant que le cookie ne s’émiette dans son poing. La pâte et les pépites de chocolat furent écrasées entre ses doigts tandis qu’il se dirigeait vers la poubelle située à côté de la porte d’entrée et il jeta le cookie. Après avoir laissé la pluie retirer les miettes de ses mains, il mit une pomme dans chacune de ses poches et entra enfin.

— Drake, chéri, on ne t’a pas vu de la semaine.

Mona Agnew gérait la caisse du bazar depuis trente ans, depuis que son mari et elle en avaient ouvert les portes. En dépit du fait qu’elle était légèrement indiscrète, en particulier quand il s’agissait de sa vie amoureuse, il préférait de loin faire ses courses dans le bazar que dans le nouveau magasin d’une grande d’alimentation qui se trouvait au bout de la rue. Drake avait toujours apprécié les endroits où régnait un peu de vie, c’est pourquoi la vieille cabane de chasse du cap de Montauk lui convenait parfaitement.

— Comment ça va, Mona ?

— Très bien. J’ai réservé une de ces tartes aux pommes fraîchement sorties du four qui te plaisent tant. Et si tu faisais tes courses pendant que je vais la chercher à l’arrière pour toi ?

Il prit un petit panier et choisit son poulet et ses légumes habituels quand son regard fut attiré par la couverture d’un magazine. S’arrêtant net, il posa son panier et saisit le magazine brillant, n’en croyant pas ses yeux.

La femme de la falaise était sur la couverture.

De manière générale, elle ressemblait à peine à la femme qui portait une tonne de mascara, du rouge à lèvres rouge sang et qui croulait sous les bijoux, cependant il venait de la regarder dans les yeux et il ne pouvait pas se tromper.

Même s’il souhaitait souvent pouvoir le faire, il ne vivait pas dans une grotte, il savait donc que les Bouchard étaient la famille de télé-réalité phare des réseaux sociaux ces derniers temps. Cependant, il n’avait jamais visionné leur émission et il n’avait jamais rencontré aucun d’eux en personne non plus. Pas avant que Rosalind – le magazine indiquait que c’était son nom, ce qui ne semblait pas vraiment lui aller même s’il n’aurait pas su dire pourquoi – n’apparaisse de nulle part sur la falaise ce matin-là.

Ses entrailles se tordirent tandis qu’il lisait le gros titre. La vilaine fille préférée de l’Amérique : Un scandale de photos de nus ? Ou une nouvelle idée commerciale brillante des Bouchard ?

Était-ce pour cette raison qu’elle avait pleuré ? Qu’elle avait jeté son téléphone du haut de la falaise ? Qu’elle arborait un air aussi morose ?

Il n’avait jamais pris de photographies de lui nu avec son téléphone, mais il connaissait beaucoup de gens qui le faisaient. Est-ce que des photographies sexy qu’elle avait prises pour un petit ami avaient été piratées et diffusées dans le monde entier ?

Drake côtoyait suffisamment les célébrités et avait des parents célèbres pour savoir qu’il y avait probablement moins de dix pour cent de vérité dans ce que le magazine avait écrit. Mais même s’il avait réussi de justesse à s’empêcher de la peindre, il était désormais impossible qu’il s’empêche de feuilleter le magazine et de lire l’article.

Il lui fallut moins d’un paragraphe pour s’énerver. D’après l’article, un membre de son équipe de télévision avait secrètement placé des caméras dans toute la chambre d’hôtel qu’elle avait louée dans les îles Vierges, puis le salop les avait vendues pour une somme « non connue, mais considérable » au pire site de ragots du web, qui avait ensuite revendu les photographies partout où cela avait été possible. Manifestement, sa famille était « furieuse » et « travaillait pour poursuivre en justice l’homme qui avait pris et vendu les photographies autant que la Loi le permettait ». Rosalind se « remettait du choc » et ne pouvait pas être jointe pour commenter la situation.

Elle se remettait ? Certainement pas. Elle pleurait et tremblait en haut d’une falaise à deux mille quatre cents kilomètres de Miami.

Dans ce magazine, les photographies volées avaient été réimprimées avec des étoiles rouges sur les parties les plus intimes du corps de Rosalind, cependant elles ne cachaient pas vraiment grand-chose.

Et Drake se détesta pour avoir regardé.

Il referma brusquement le magazine et le fourra à l’arrière du stand, derrière un numéro de Log Home. Néanmoins son beau visage et son corps à peine couvert étaient sur la couverture d’une demi-douzaine d’autres magazines.

Dès qu’il l’avait vue marcher le long de la falaise, il avait su que quelque chose n’allait pas. Si seulement le problème avait été une mauvaise rupture. Car Drake ne pouvait pas imaginer à quel point Rosalind avait dû se sentir éviscérée par ce qui s’était passé. Un muscle sursauta dans sa mâchoire tandis qu’il posait ses courses sur le comptoir où Mona attendait avec sa tarte aux pommes.

— Tu as l’intention de partager cette tarte avec quelqu’un ? demanda-t-elle en saisissant ses articles.

Spontanément, le visage de Rosalind apparut dans l’esprit de Drake.

— Non, à moins que l’un de mes frères et sœurs ne passe à l’improviste. Je suis ici pour me concentrer sur ma peinture, comme toujours.

— Je suppose qu’un jeune homme bien bâti comme toi doit avoir toutes les petites amies qu’il peut avoir en ville, pas vrai ?

Il s’obligea à sourire.

— On se voit dans quelques jours, Mona.

La pluie tombait encore pendant qu’il se dirigeait vers sa voiture. Il n’avait pas vu une telle tempête depuis des années. La visibilité était tellement mauvaise à la sortie du parking qu’il ne pourrait pas conduire prudemment à plus de vingt-cinq kilomètres à l’heure.

Il avait eu l’intention de retourner directement au cottage pour s’obliger à travailler même si cela le tuait, toutefois il ne parvenait pas à arrêter de penser à Rosalind. Sa famille avait dit à la presse qu’ils l’aidaient à traverser cette épreuve. Mais était-ce vrai ? D’après ce que Drake avait vu, cela n’y ressemblait pas.

De plus, il doutait que quelqu’un de Miami ait l’habitude de conduire avec un tel brouillard et sa faible visibilité. Détestant l’idée que quelque chose lui arrive, il tourna à gauche en sortant du parking, dans la direction qu’elle avait prise quelques minutes auparavant, plutôt que de retourner directement chez lui. Ce n’était pas comme s’il tomberait sur elle de nouveau, pourtant il ne pourrait pas vivre avec lui-même s’il ne vérifiait pas au moins que rien ne lui était arrivé, à elle ou à sa voiture, dans la tempête.

Moins de cinq minutes plus tard, quand il vit son véhicule sur le bord de la route, il sut que son instinct avait eu raison. Il s’arrêta derrière la vieille voiture, s’attendant à la voir assise à l’intérieur en attendant de l’aide. Mais il ne la trouva nulle part.

Est-ce qu’elle marchait vraiment sur le bord de la route par ce temps ?

En jurant, il courut vers sa voiture, la démarra, puis recula dans la rue étroite à deux voies, plissant les yeux pour voir à travers la pluie drue et le brouillard épais que ses essuie-glaces et ses phares transperçaient à peine. Finalement, Dieu merci, il la vit marcher à trente mètres de là, la tête baissée et les épaules voûtées contre la force de la pluie.

La dernière chose qu’il voulait faire, c’était déraper sur elle. Par conséquent, il s’arrêta prudemment sur le bord de la route de nouveau avant de sortir de sa voiture d’un bond.

— Rosalind !

Même à travers le brouillard, il aurait juré voir à quel point ses yeux étaient écarquillés et effrayés lorsqu’elle se retourna en entendant son nom. Un moment plus tard, elle commença à avancer encore plus vite le long de la route, s’éloignant de lui.

Il ne lui en voulait pas de fuir étant donné ce qu’il s’était passé. Néanmoins cela ne voulait pas dire qu’il pouvait la laisser dehors, sur une portion de route dangereuse au cœur d’une tempête.

Pour la deuxième fois en une journée, il courut après elle. Sauf que cette fois, il ne s’arrêta pas à mi-chemin. Pas quand il savait précisément à quel point elle avait besoin d’aide.

Il ignorait ce qu’elle allait faire quand il la rattraperait et qu’il poserait une main sur son bras, cependant il ne s’attendait certainement pas à ce qu’elle lâche le sac qu’elle tenait et à ce qu’elle se retourne, les poings levés, en criant :

— Allez-vous-en !

Bon sang, comme elle était belle. Et sacrément féroce, même quand elle était effrayée et trempée, à tel point qu’il fut certain de savoir d’où venait sa beauté. Pas des traits parfaits de sa mâchoire. Pas des courbes délicieuses de sa bouche. Pas de sa silhouette incroyable.

Non, c’était de la force qui se trouvait sous toutes les autres parties d’elle. Tant de force qu’elle lui coupait littéralement le souffle.

Mais le simple fait qu’elle soit forte ne signifiait pas qu’elle ne devrait pas s’inquiéter d’être au milieu de nulle part avec un homme qui mesurait bien trente centimètres de plus qu’elle et qui pesait trente-cinq kilogrammes de plus.

— Je ne vais pas vous faire de mal, lui promit-il d’une voix assez forte pour qu’elle l’entende par-dessus la pluie qui martelait la chaussée. Mais marcher sur le bord de la route pendant une tempête n’est pas sûr.

— Tout allait bien jusqu’ici.

Drake ne doutait pas un instant que tout irait bien de nouveau pour elle sous peu, mais parfois, peu importe la force que vous possédiez, vous aviez quand même besoin d’aide pour surmonter les pires moments.

— J’ai vu votre voiture sur le bord de la route, à huit cents mètres d’ici. Je peux vous conduire là où vous essayez d’aller.

Il voyait bien à quel point elle détestait le fait de devoir accepter son offre. Néanmoins personne ne pouvait nier le danger présent à cet endroit du bord de la route étroite.

Cependant, elle ne lui répondit pas avec des mots, elle se contenta de se pencher en avant et de ramasser son sac trempé. Étant donné qu’il s’était presque entièrement déchiré, il ne fallut que le plus infime des contacts pour que le papier marron s’ouvre complètement. Tout tomba, un paquet de sous-vêtements atterrissant aux pieds de Drake, suivi un moment plus tard par deux oranges.

Ce fut peut-être la goutte qui fit déborder le vase, car elle resta debout sur place et fixa le désordre des yeux. Drake se pencha rapidement et ramassa tous les articles. Les plats à réchauffer, les T-shirts et les sweat-shirts de touristes et en particulier les sous-vêtements, la brosse à dents et le dentifrice lui indiquèrent qu’elle n’avait pas prévu ce voyage. De toute évidence, elle avait dû partir de Miami et, d’une manière ou d’une autre, elle avait atterri à Montauk.

Les seuls articles qui n’avaient pas de sens étaient les bobines de fils colorés et les aiguilles pour coudre. Si l’article de magazine disait vrai, elle n’avait pas de compétences ou d’intérêts mis à part l’agrandissement de son empire de beauté. Cependant, étant donné les histoires ridiculement enjolivées qu’il avait lues à propos de son père et de sa mère au fil des ans, Drake savait qu’il valait mieux ne pas croire tout ce qu’on pouvait lire dans ces revues.

Espérant qu’elle le suivrait maintenant qu’il avait ses affaires, il se dirigea vers sa voiture. Heureusement, quand il ouvrit la portière du côté passager et qu’il jeta ses courses à l’intérieur, elle était juste derrière lui. Il lui tint la portière jusqu’à ce qu’elle soit en sécurité à l’intérieur.

Ce ne fut que lorsqu’il se plaça derrière le volant qu’il réalisa à quel point une voiture pouvait être petite même quand il n’y avait que deux personnes à l’intérieur, en particulier quand les fenêtres s’embuaient à l’intérieur.

— Je m’appelle Drake Sullivan.

Il était un peu étrange de lui révéler son nom alors qu’il avait l’impression qu’ils avaient déjà traversé tant de choses ensemble ce jour-là. Mais ce n’était pas vraiment le cas, si ? C’était elle qui en avait vu de toutes les couleurs. Il n’avait eu à gérer que son blocage artistique… et l’envie incessante d’y mettre un terme en immortalisant son visage et son corps sur la toile.

— Vous avez fait comme si vous ne saviez pas qui j’étais au magasin.

— C’était le cas. J’ai vu votre visage sur un magazine et c’est comme ça que j’ai réalisé qui vous étiez.

— C’est ça.

Elle se tourna vers lui d’un air suppliant. Elle n’était plus féroce. Elle n’était plus furieuse.

— S’il vous plaît, ne dites à personne que je suis là. Je vous donnerai tout ce que vous voulez. Tout l’argent que vous voulez, juste pour que vous vous taisiez.

— Je ne veux pas de votre argent.

Comment pouvait-elle penser qu’il en voudrait ? Cela dit, elle ne le connaissait pas, pas vrai ? Elle ne savait rien de lui, même s’il venait de voir des photographies d’elle avant d’entrer et de sortir de la baignoire.

— Je suis désolé pour ce qui vous est arrivé.

— Vous avez de la peine pour moi ?

— Je ne suis pas désolé pour vous.

Il voulait s’assurer qu’elle le comprenne. Il n’avait pas pitié d’elle. Elle était clairement trop résistante pour sa pitié ou celle de qui que ce soit d’autre.

— Mais ce qui vous est arrivé ? C’était mal. Très mal. Si quelque chose comme ça arrivait à ma sœur…

Il serra la mâchoire.

— Je voudrais tuer le type qui a pris ces photos.

— Vous avez…

Le mot se rompit et elle s’avachit contre le dossier de son siège dans une posture de défaite.

— Bien sûr que vous les avez vues. Le monde entier les a vues maintenant.

— Si je pouvais retourner en arrière et ne pas les regarder, Rosalind, je le ferais.

— Rosa.

Elle avait prononcé le mot d’une voix si basse qu’il ne l’avait presque pas entendue.

— Mon vrai nom est Rosa.

— Rosa.

Il lui allait tellement mieux que Rosalind.

— Rosa, répéta-t-il à nouveau, juste pour sentir son nom sur ses propres lèvres.

Quelqu’un l’avait-il un jour attiré ainsi ? Si c’était le cas, il ne s’en souvenait pas. Cependant, les circonstances étaient plutôt incroyables, n’est-ce pas ?

De toutes les falaises, de tous les parcs du monde, elle était allée sur la sienne.

— Je peux aider. Ma famille…

— Non !

Le mot « famille » sembla la ramener à la vie. À la férocité.

— Je ne veux pas que votre famille soit impliquée. Je vais résoudre le problème moi-même. Tout ce que je veux maintenant, c’est un endroit où me laver et me reposer pendant quelques heures avant d’agir. Quand j’étais petite, il y avait un motel près d’ici. Ce serait super si vous pouviez m’y emmener.

— Le motel Seaside est encore là. Par contre, il y a des endroits plus plaisants en ville.

— Non !

Le mot était imprégné de panique.

— Le motel Seaside sera suffisant.

Même si l’article de magazine avait été composé à quatre-vingt-dix-neuf pour cent de mensonges, Drake était certain d’une chose : la femme sur le siège passager de sa voiture était riche. Vraiment riche. Les draps à mille fils au pouce carré devaient être sa norme, pas le coton délavé qui était sur les lits anciens du motel Seaside. Mais au lieu d’insister, il répondit :

— J’ai un ami qui peut vous aider à remorquer votre voiture. Joe ne posera pas de questions. Et il peut la réparer pour vous aussi.

Son « merci » était sincère, mais prononcé à voix basse. Presque comme si elle ne pensait pas mériter sa gentillesse. Comme si elle pensait vraiment que c’était sa faute si un pauvre type avait pris des photographies d’elle et les avait vendues.

— J’ai de l’argent, mais je ne peux pas vraiment l’utiliser pour l’instant sans que les gens me retrou…

Elle s’interrompit comme si elle avait soudain réalisé qu’elle en disait trop.

— Tout ce que j’ai sur moi maintenant, c’est un peu de liquide. Alors, avec un peu de chance, le travail de votre ami sur ma voiture ne sera pas trop cher.

— Ne vous inquiétez pas, Joe n’arnaque pas les gens.

Il démarra enfin la voiture et s’engagea sur la route. Ils conduisirent le petit kilomètre et demi qui les séparait du motel dans un silence lourd. Lorsqu’il se gara sur le parking, elle demanda à nouveau :

— Vous n’allez dire à personne que je suis là, pas vrai ?

Il comprit l’envie pressante d’échapper à la vie réelle. C’était en partie la raison pour laquelle il avait acheté son cottage. Certes, c’était un endroit tranquille où peindre, mais plus important encore, c’était le moyen parfait d’échapper à la pression qui provenait de son héritage en tant que fils de William Sullivan. Même avec son expérience, il ignorait complètement comment gérer la situation de Rosa.

— Je ne le dirai à personne, Rosa.

Il n’était pas prêt pour son petit sourire ou pour la façon dont son cœur se retourna dans sa poitrine face à la douceur dure de sa beauté.

— Il y a une autre clé de voiture cachée sous le siège conducteur.

Elle se lécha les lèvres, se mordant la lèvre inférieure avant de reprendre :

— Je vous en dois une. Une sacrée.

Sur ce, elle prit ses affaires dans ses bras et sortit du véhicule. Il attendit d’être sûr qu’elle avait réservé une chambre au deuxième étage avant de retourner lentement à son cottage.

Il s’était énormément efforcé de l’oublier ce matin-là, mais maintenant qu’il l’avait rencontrée et qu’il connaissait tous les détails de sa situation ?

Il était impossible qu’il l’oublie à présent.

Et il était hors de question qu’il n’essaie pas de l’aider, même s’ils n’avaient pas eu une conversation de plus de cinq minutes. D’abord, il appellerait Joe pour qu’il s’occupe de sa voiture, puis il passerait un autre appel à son cousin Smith, qui s’avérait être une des plus grandes stars de cinéma du monde.

Drake savait que Smith était occupé à écrire, produire et jouer dans des films. Cependant quand il s’agissait de la famille, son cousin prenait toujours soin de décrocher le téléphone.

— Drake, je suis ravi d’avoir de tes nouvelles.

— Comment va Valentina ?

— Elle est splendide, comme toujours.

Drake put facilement entendre l’amour et la fierté dans la voix de son cousin quand il parlait de sa fiancée. Valentina et Smith travaillaient ensemble sur tous leurs films à présent et ils étaient actuellement en lice pour un Oscar pour leur premier projet en commun, une histoire d’amour située à Alcatraz.

Ne voulant pas faire perdre son temps précieux à son cousin, Drake alla directement au cœur du sujet.

— J’ai une faveur à te demander.

— Bien sûr, qu’est-ce qu’il te faut ?

— Est-ce que tu as entendu parler d’un scandale basé sur une photo impliquant Rosalind Bouchard ?

— Qui n’en a pas entendu parler ?

Smith semblait dégoûté.

— Hollywood peut être un bon endroit où travailler, mais on ne le devinerait pas en voyant ce qui peut arriver à des gens comme elle. Pourquoi est-ce que tu poses la question ? Est-ce que c’est une amie à toi ?

— Non.

Une conversation de cinq minutes dans sa voiture ne faisait pas d’eux des amis. Mais cela ne changeait rien au fait que Drake se sente contraint de l’aider.

— J’aimerais savoir si toi ou qui que ce soit d’autre a le pouvoir de faire disparaître ces photos.

Smith émit un son frustré.

— Honnêtement, c’est peu probable. Une fois que les photos sont sur Internet, il est presque impossible de les retirer de la circulation. Après, je pense que sa famille s’en occupe déjà.

— Qu’ils le fassent ou pas, expliqua Drake, ses mots devenant de plus en plus agités malgré lui, si tu peux faire quoi que ce soit, je t’en serais reconnaissant. J’aimerais pouvoir te donner plus d’explications maintenant, mais j’ai bien peur que ce soit impossible.

— Compte sur moi.

Et c’était tout. Pas de questions. Pas de dérobades ou de baratin. Juste la promesse de Smith d’aider autant qu’il le pourrait. C’était la magie d’être un Sullivan : ils étaient toujours là les uns pour les autres, quoi qu’il arrive.

Drake aurait souhaité que Rosa puisse dire la même chose de sa propre famille.

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